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ARGUMENT 

Cet Évangile a été écrit environ vingt ans après l’ascension de Jésus-Christ, par Saint Luc qui fut disciple et compagnon de Saint Paul et qui le suivit dans ses voyages. 

Chapitres   : Chapitre I.  Chapitre II.  Chapitre III.   Chapitre IV. Chapitre V.  Chapitre VI.  Chapitre VII.   Chapitre VIII. Chapitre IX.  Chapitre X.  Chapitre XI.  Chapitre XII.   Chapitre XIII.  Chapitre XIV.  Chapitre XV.   Chapitre XVI.  Chapitre XVII.  Chapitre XVIII.   Chapitre XIX. Chapitre XX.  Chapitre XXI. Chapitre XXII. Chapitre XXIII. Chapitre XXIV.  Livres du Nouveau Testament.

CHAPITRE I VERSET 1 A 38.

Un ange annonce à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste, et six mois après, le même, annonce à la Sainte Vierge celle de notre Seigneur. 

1 Plusieurs ayant entrepris d’écrire l’histoire des choses dont la vérité a été connue parmi nous avec une entière certitude ;

2 Selon que nous les ont apprises ceux qui les ont vues eux-mêmes dès le commencement, et qui ont été les ministres de la Parole ;

3 J’ai cru aussi, très excellent Théophile, que je devais te les écrire par ordre, après m’en être exactement informé dès leur origine ;

4 Afin que tu reconnaisses la certitude des choses dont tu as été instruit.

5 Au temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur nommé Zacharie, du rang d’Abia ; sa femme était de la race d’Aaron, et elle s’appelait Elisabeth.

6 Ils étaient tous deux justes devant Dieu, et ils suivaient tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur, d’une manière irrépréhensible.

7 Ils n’avaient point d’enfants, parce qu’Elisabeth était stérile, et qu’ils étaient tous deux avancés en âge.

8 Or, il arriva que Zacharie faisant les fonctions de sacrificateur devant Dieu, dans le rang de sa famille,

9 il lui échut par sort, selon la coutume établie parmi les sacrificateurs, d’entrer dans le temple du Seigneur, pour y offrir les parfums.

10 Et toute la multitude du peuple était dehors en prières, à l’heure qu’on offrait les parfums.

11 Alors un ange du Seigneur lui apparut, se tenant debout au côté droit de l’autel des parfums.

12 Et Zacharie, le voyant, en fut troublé, et la frayeur le saisit.

13 Mais l’ange lui dit : Zacharie, ne crains point, car ta prière est exaucée, et Elisabeth ta femme t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean.

14 Il sera pour toi un sujet de joie et de ravissement, et plusieurs se réjouiront de sa naissance.

15 Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni cervoise, et il sera rempli du Saint-Esprit dès le ventre de sa mère.

16 Il convertira plusieurs des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu ;

17 Et il marchera devant lui dans l’esprit et dans la vertu d’Elie, pour tourner les cœurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé.

18 Et Zacharie dit à l’ange : À quoi connaîtrai-je cela ? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge.

19 Et l’ange lui répondit : Je suis Gabriel qui assiste devant Dieu ; et j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer ces bonnes nouvelles.

20 Et voici, tu vas devenir muet, et tu ne pourras parler jusqu’au jour que ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles qui s’accompliront en leur temps.

21 Cependant, le peuple attendait Zacharie, et s’étonnait de ce qu’il tardait si longtemps dans le temple.

22 Et quand il fut sorti, il ne pouvait leur parler, et ils connurent qu’il avait eu quelque vision dans le temple, parce qu’il le leur faisait entendre par des signes, et il demeura muet.

23 Et lorsque les jours de son ministère furent achevés, il s’en alla en sa maison.

24 Quelque temps après, Elisabeth sa femme conçut ; et elle se cacha durant cinq mois, et disait :

25 C’est là ce que le Seigneur a fait en ma faveur, lorsqu’il a jeté les yeux sur moi, pour ôter l’opprobre où j’étais parmi les hommes.

26 Or, au sixième mois, Dieu envoya l’ange Gabriel dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,

27 A une vierge fiancée à un homme nommé Joseph, de la maison de David ; et cette vierge s’appelait Marie.

28 Et l’ange, étant entré dans le lieu où elle était, lui dit : Je te salue, toi qui es reçue en grâce ; le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre les femmes.

29 Et ayant vu l’ange, elle fut troublée de son discours, et elle pensait en elle-même ce que pouvait être cette salutation.

30 Alors l’ange lui dit : Marie, ne crains point, car tu as trouvé grâce devant Dieu.

31 Et tu concevras et tu enfanteras un fils, à qui tu donneras le nom de JESUS.

32 Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père.

33 Il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et il n’y aura point de fin à son règne.

34 Alors Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?

35 Et l’ange lui répondit : Le Saint-Esprit surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu.

36 Et voilà, Elisabeth ta cousine a aussi conçu un fils en sa vieillesse ; et c’est ici le sixième mois de la grossesse de celle qui était appelée stérile.

37 Car rien n'est impossible à Dieu.

38 Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur ; qu’il m’arrive selon que tu m’as dit. Alors l’ange se retira d’avec elle. 

REFLEXIONS

Ce qu’il y a à observer sur la première partie de la lecture regarde la naissance de Jean-Baptiste et son ministère.

Sur sa naissance, il est à remarquer qu’elle eut quelque chose d’extraordinaire et de surnaturel. Il naquit d’un père avancé en âge et d’une mère âgée et stérile. Dieu fit annoncer cette naissance par un ange et Zacharie qui ne pouvait la croire en fut assuré par un miracle que Dieu fit en le rendant muet. Tout cela tendait à faire voir que Jean-Baptiste serait un homme extraordinaire et envoyé de Dieu. Cette naissance était aussi une image et un prélude de celle de Jésus-Christ qui devait être encore plus miraculeuse, puisqu’il devait naître d’une vierge.

Pour ce qui est du ministère de Jean-Baptiste, il faut bien considérer ce que l’ange dit à Zacharie pour l’instruire de ce que son fils devait être un jour. Il lui annonça que son fils serait rempli du Saint-Esprit, qu’il irait devant le Seigneur, que comme un autre Élie, il ramènerait les hommes à Dieu et à la vie des justes, par l’austérité de sa vie, par son autorité, par son grand zèle et par la force de ses exhortations et qu’il les préparerait ainsi à recevoir le Messie dont il était le précurseur.

Recueillons de là cette instruction importante que le dessein de Dieu, en envoyant Jean-Baptiste et ensuite Jésus-Christ, a été de convertir les hommes, de les retirer de leurs péchés et d’en faire un peuple saint et adonné aux bonnes œuvres.

Dans ce que l’ange dit à la bienheureuse vierge lorsqu’il lui annonça qu’elle serait la mère de Jésus-Christ, nous avons principalement à remarquer ces deux choses.

L’une que le corps de notre Seigneur fut formé de la substance de la vierge par la vertu du Saint-Esprit et l’autre que ce Jésus qui devait naître de Marie serait le fils de Dieu, qu’on le verrait élevé à une très grande gloire et qu’il régnerait éternellement.

Ces paroles de l’ange nous enseignent donc que la naissance de Jésus-Christ a été miraculeuse et toute sainte, qu’il a véritablement pris notre nature, qu’il a été un homme semblable à nous, mais parfaitement saint et séparé des pécheurs.

Il est à remarquer enfin que la Sainte vierge eut d’abord de la peine à croire ce que l’ange vint lui annoncer, mais qu’après l’avoir entendu, elle ne douta pas que ce que Dieu lui avait dit n’arrivât. C’était là une preuve de sa foi et de sa piété et c’est ainsi que nous devons ajouter foi aux promesses que Dieu nous fait dans sa parole, étant pleinement persuadés qu’il ne manquera jamais de puissance et de moyens pour les accomplir, quelque difficulté que nous voyions dans leur exécution. 

CHAPITRE I VERSET 39 A 80.

Saint Luc rapporte :

I. La visite que la Sainte vierge fît à Élisabeth, et le cantique qu’elle prononça dans cette occasion.

II. La naissance de Jean-Baptiste et le cantique de Zacharie son père.

 39 Alors Marie se leva, et s’en alla en diligence au pays des montagnes, dans une ville de la tribu de Juda.

40 Et étant entrée dans la maison de Zacharie, elle salua Elisabeth.

41 Et aussitôt qu’Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, le petit enfant tressaillit dans son sein, et Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit.

42 Et élevant sa voix, elle s’écria : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit que tu portes est béni.

43 Et d’où me vient ceci, que la mère de mon Seigneur vienne me visiter ?

44 Car la voix de ta salutation n’a pas plutôt frappé mes oreilles, que le petit enfant a tressailli de joie dans mon sein.

45 Et heureuse est celle qui a cru ; car les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement.

46 Alors Marie dit : Mon âme magnifié le Seigneur ;

47 et mon esprit se réjouit en Dieu, qui est mon Sauveur ;

48 parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante. Et voici que désormais tous les âges m’appelleront bienheureuse.

49 Car le Tout-Puissant m’a fait de grandes choses ; son nom est saint ;

50 et sa miséricorde est d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

51 Il a déployé avec puissance la force de son bras ; il a dissipé les desseins que les orgueilleux formaient dans leur cœur ;

52 il a détrôné les puissants, il a élevé les petits ;

53 il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et il a renvoyé les riches à vide ;

54 se souvenant de sa miséricorde, il a pris en sa protection Israël son serviteur ;

55 comme il en avait parlé à nos pères ; à Abraham et à sa postérité pour toujours.

56 Et Marie demeura avec elle environ trois mois ; puis elle s’en retourna en sa maison.

57 Cependant le terme d’Elisabeth étant venu, elle enfanta un fils.

58 Et ses voisins et ses parents, ayant appris que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde en sa faveur, s’en réjouissaient avec elle.

59 Et étant venus le huitième jour pour circoncire le petit enfant, ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père.

60 Mais sa mère prit la parole et dit : Non, mais il sera nommé Jean.

61 Ils lui dirent : Il n’y a personne dans ta parenté qui soit appelé de ce nom.

62 Alors ils firent signe à son père de marquer comment il voulait qu’il fût nommé.

63 Et Zacharie ayant demandé des tablettes, il écrivit : Jean est son nom ; et ils en furent tous surpris.

64 A l’instant sa bouche s’ouvrit, sa langue fut déliée, et il parlait en bénissant Dieu.

65 Et tous leurs voisins furent remplis de crainte, et toutes ces choses se divulguèrent par tout le pays des montagnes de Judée.

66 Et tous ceux qui les entendirent, les conservèrent dans leur cœur, et disaient : Que sera-ce de ce petit enfant ? Et la main du Seigneur était avec lui.

67 Alors Zacharie son père fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa et dit :

68 Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple.

69 Et de ce qu’il nous a suscité un puissant Sauveur, dans la maison de David son serviteur ;

70 Comme il en avait parlé par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été depuis longtemps ;

71 que nous serions délivrés de nos ennemis, et de la main de tous ceux qui nous haïssent ;

72 pour exercer sa miséricorde envers nos pères, et se souvenir de sa sainte alliance ;

73 selon le serment qu’il avait fait à Abraham notre père,

74 de nous accorder, qu’après avoir été délivrés de la main de nos ennemis, nous le servirions sans crainte,

75 dans la sainteté et dans la justice, en sa présence, tous les jours de notre vie.

76 Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Souverain ; car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour lui préparer ses voies,

77 et pour donner la connaissance du salut à son peuple, par la rémission de leurs péchés,

78 par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, par lesquelles le soleil levant nous a visités d’en haut ;

79 pour éclairer ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, et pour conduire nos pas dans le chemin de la paix.

80 Et le petit enfant croissait et se fortifiait en esprit ; et il demeura dans les déserts jusqu’au jour qu’il devait être manifesté à Israël. 

REFLEXIONS

Il faut considérer sur cette lecture :

I. Que la Sainte vierge ayant été avertie par l’ange Gabriel qu’Elizabeth sa cousine était aussi enceinte par un miracle, elle alla incontinent la voir et qu’elle fut de plus en plus confirmée par ce moyen dans la croyance où elle était que le Messie naîtrait d’elle selon que Dieu lui avait fait dire.

Mais ce qui doit principalement être remarqué, c’est le cantique que Marie prononça alors. On voit dans ce cantique la reconnaissance et la joie dont elle était transportée, dans le sentiment de la grâce que Dieu lui avait faite de la choisir pour être la mère du Messie. On y découvre sa profonde humilité et en même temps sa foi et la ferme persuasion qu’elle avait que Dieu allait racheter son peuple et accomplir les promesses qu’il avait faites d’envoyer le Rédempteur.

Ceci nous engage à honorer la mémoire de la Sainte vierge et à célébrer son bonheur selon ce qu’elle le dit elle-même, à imiter sa piété, sa foi et ses autres vertus, à nous abaisser comme elle devant Dieu dans le sentiment de ses grâces et de notre indignité et surtout à louer Dieu de ce qu’il a envoyé au monde Jésus-Christ son fils notre sauveur selon les promesses qu’il en avait faites autrefois par les prophètes.

Pour ce qui est de la naissance de Jean-Baptiste, elle fut accompagnée de diverses circonstances très remarquables. Zacharie son père recouvra alors la parole par un miracle et le bruit de cette naissance se répandit de tous côtés, en sorte que chacun attendait avec impatience ce que serait un jour cet enfant.

Tous ces événements furent dispensés par la providence afin de préparer les Juifs à regarder Jean-Baptiste comme un homme envoyé de Dieu, à recevoir sa prédication et à croire au témoignage qu’il devait rendre à Jésus-Christ.

Enfin, dans le cantique que Zacharie prononça par l’inspiration du Saint-Esprit, on doit remarquer ces trois choses :

I. Sa joie, sa reconnaissance et les actions de grâce qu’il rendit à Dieu de ce que ce temps était venu auquel il délivrerait son peuple.

II. Zacharie fait voir ici une foi admirable. Quoi que le Messie ne fût pas encore né, il est pourtant fermement persuadé qu’il allait être manifesté et que le fils qui venait de lui naître serait son précurseur.

III. Enfin, Zacharie marque dans ce cantique le but de la venue de Jésus-Christ par ces mots : Après avoir été délivrés de nos ennemis, nous servirons Dieu sans crainte dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie.

Nous devons comme Zacharie, et même beaucoup plus que lui, bénir Dieu de ce qu’il nous a sauvé par Jésus-Christ et célébrer sa miséricorde aussi bien que sa fidélité et la vérité de ses promesses.

Et puisque notre Seigneur est venu pour nous consacrer au service de Dieu, il est de notre devoir de répondre au dessein de sa venue en servant Dieu fidèlement et en vivant dans la sainteté et dans la justice pendant tout le temps de notre vie.

 CHAPITRE II VERSETS 1 A 20

C’est ici l’histoire de la naissance de Jésus-Christ. 

1 En ce temps-là on publia un édit de la part de César Auguste, pour faire un dénombrement des habitants de toute la terre.

2 Ce dénombrement se fit avant que Quirinus fût gouverneur de Syrie.

3 Ainsi tous allaient pour être enregistrés, chacun dans sa ville.

4 Joseph aussi monta de Galilée en Judée, savoir, de la ville de Nazareth à la ville de David, nommée Bethléhem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David ;

5 Pour être enregistré avec Marie son épouse, qui était enceinte.

6 Et pendant qu’ils étaient-là, le temps auquel elle devait accoucher arriva.

7 Et elle mit au monde son fils premier-né, et elle l’emmaillotta, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait point de place pour eux dans l’hôtellerie.

8 Or, il y avait dans la même contrée des bergers qui couchaient aux champs, et qui y gardaient leurs troupeaux pendant les veilles de la nuit.

9 Et tout à coup un ange du Seigneur se présenta à eux, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux, et ils furent saisis d’une grande peur.

10 Alors l’ange leur dit : N’ayez point de peur ; car je vous annonce une grande joie, qui sera pour tout le peuple :

11 C’est qu'aujourd’hui, dans la ville de David, le Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur, vous est né.

12 Et vous le reconnaîtrez à ceci, c’est que vous trouverez le petit enfant emmaillotté et couché dans une crèche.

13 Et au même instant il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant :

14 Gloire soit à Dieu, au plus haut des cieux ; paix sur la terre, bonne volonté envers les hommes !

15 Et après que les anges se furent retirés d’avec eux dans le ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : Allons jusqu’à Bethléhem, et voyons ce qui y est arrivé, et que le Seigneur nous a fait connaître.

16 Ils y allèrent donc en diligence, et ils trouvèrent Marie, et Joseph, et le petit enfant, qui était couché dans la crèche.

17 Et l’ayant vu, ils publièrent ce qui leur avait été dit touchant ce petit enfant.

18 Et tous ceux qui les entendirent, étaient dans l’admiration de ce que les bergers leur disaient.

19 Et Marie conservait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur.

20 Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été dit. 

REFLEXIONS

La première considération qu’il faut faire sur l’histoire de la naissance de notre Seigneur c’est que, le Messie devant naître à Bethléem suivant les prophéties, la providence y conduisit la Sainte vierge, de la Galilée où elle demeurait dans le temps qu’elle était prête à accoucher et cela par le moyen d’un édit de l’empereur auguste qui avait ordonné qu’on fit un dénombrement de tous ses sujets et que chacun se rendit pour cet effet dans la ville d’où il était originaire.

II. La seconde réflexion est que notre Seigneur naquît dans la bassesse et dans un état de pauvreté, étant né dans une écurie et ayant été couché dans une crèche. Dieu voulait faire connaître par-là, à l’avance, que Jésus-Christ ne vivrait et ne règnerait pas dans la gloire et la pompe, que son règne serait tout spirituel et que l’humilité et la pauvreté seraient son caractère.

III. Ce fut pour les mêmes raisons que cette naissance fut premièrement annoncée à des bergers qui étaient des gens simples et d’une condition obscure et non à des personnes riches et distinguées dans le monde.

En tout cela, les chrétiens ont de grandes leçons d’humilité. Il faut cependant remarquer que la naissance de Jésus fut rendue illustre par l’apparition des anges et par le cantique qu’ils firent entendre dans les airs.

Enfin, Dieu voulut que les bergers allassent à Bethléem pour voir l’enfant Jésus et pour informer la Sainte vierge de tout ce qu’ils avaient vu et entendu de merveilleux et qu’ensuite ils le publiassent partout afin que cela servit à exciter l’attente des Juifs et à les disposer à recevoir Jésus-Christ.

Toutes ces circonstances de la nativité de notre Seigneur doivent fortifier notre foi et nous remplir de consolation et de joie. Nous devons surtout joindre nos louanges à celles des bergers et des anges et bénir Dieu avec eux de ce que le Sauveur nous est né et de ce que par ce moyen la paix a été donnée à la terre et que la bonne volonté de Dieu envers les hommes a été si clairement manifestée.

 CHAPITRE II VERSETS 21 A 52

Saint Luc rapporte la circoncision de Jésus-Christ, sa présentation au temple et les actions de grâces que Siméon et Anne la prophétesse rendirent alors à Dieu.

Il récite ensuite comment Jésus-Christ, âgé de douze ans, fut trouvé dans le temple au milieu des docteurs. 

21 Quand les huit jours furent accomplis pour circoncire l’enfant, il fut appelé JESUS, qui est le nom qui lui avait été donné par l'ange, avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

22 Et les jours qu’elle devait se purifier, selon la loi de Moïse, étant accomplis, ils portèrent l’enfant à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur,

23 (selon qu’il est écrit dans la loi : Que tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur)

24 et pour offrir le sacrifice prescrit aussi dans la loi, savoir, une paire de tourterelles, ou deux pigeonneaux.

25 Il y avait à Jérusalem un homme qui s’appelait Siméon ; cet homme était juste et craignant Dieu ; il attendait la consolation d’Israël ; et le Saint-Esprit était sur lui.

26 Et il avait été averti divinement par le Saint-Esprit qu’il ne mourrait point, qu’auparavant il n’eût vu le Christ du Seigneur.

27 Il vint au temple par un mouvement de l’Esprit ; et comme le père et la mère apportaient le petit enfant Jésus, pour faire à son égard ce qui était en usage selon la loi,

28 il le prit entre ses bras, et bénit Dieu, et dit :

29 Seigneur, tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix, selon ta parole ;

30 car mes yeux ont vu ton salut,

31 que tu as préparé pour être présenté à tous les peuples,

32 pour être la lumière qui doit éclairer les nations, et la gloire de ton peuple d’Israël.

33 Et Joseph et sa mère étaient dans l’admiration des choses qu’on disait de lui.

34 Et Siméon les bénit, et dit à Marie sa mère : Voici, cet enfant est mis pour être une occasion de chute et de relèvement à plusieurs en Israël, et pour être en butte à la contradiction ;

35 En sorte que les pensées du cœur de plusieurs seront découvertes ; et même une épée te transpercera l’âme.

36 Il y avait aussi Anne la prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu d’Ascer ; elle était fort avancée en âge, et elle avait vécu avec son mari sept ans, depuis qu’elle l’avait épousé étant vierge.

37 Elle était veuve, âgée d’environ quatre-vingt-quatre ans, et elle ne sortait point du temple, servant Dieu nuit et jour en jeûnes et en prières.

38 Etant donc survenue en ce même instant, elle louait aussi le Seigneur, et elle parlait de Jésus à tous ceux de Jérusalem qui attendaient la délivrance d’Israël.

39 Et après qu’ils eurent accompli tout ce qui est ordonné par la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, qui était leur ville.

40 Cependant l’enfant croissait et se fortifiait en esprit, étant rempli de sagesse ; et la grâce de Dieu était sur lui.

41 Or, son père et sa mère allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâque.

42 Et quand il eut atteint l’âge de douze ans, ils montèrent à Jérusalem, selon la coutume de la fête.

43 Lorsque les jours de la fête furent achevés, comme ils s’en retournaient, l’enfant Jésus demeura dans Jérusalem ; et Joseph et sa mère ne s’en aperçurent point.

44 Mais pensant qu’il était en la compagnie de ceux qui faisaient le voyage avec eux, ils marchèrent une journée, et ils le cherchèrent parmi leurs parents, et ceux de leur connaissance ;

45 Et ne le trouvant point, ils retournèrent à Jérusalem pour l’y chercher.

46 Et au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et leur faisant des questions.

47 Et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de sa sagesse et de ses réponses.

48 Quand Joseph et Marie le virent, ils furent étonnés, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu ainsi agi avec nous ? Voilà ton père et moi qui te cherchions, étant fort en peine.

49 Et il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être occupé aux affaires de mon Père ?

50 Mais ils ne comprirent point ce qu’il leur disait.

51 Il s’en alla ensuite avec eux, et vint à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur.

52 Et Jésus croissait en sagesse, en stature et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. 

REFLEXIONS

Il faut remarquer en premier lieu ce qui est dit ici de la circoncision de Jésus-Christ, de sa présentation au temple, de la purification de la vierge et de l’offrande qu’elle fit selon la coutume. Dieu voulut que toutes ces choses fussent observées après que notre Seigneur fut né, parce qu’elles étaient prescrites par la Loi et afin qu’il n’y eût rien en lui d’où les Juifs pussent prendre avec raison occasion de le rejeter.

II. La grande joie que Siméon et Anne la prophétesse témoignèrent alors et les louanges qu’ils rendirent publiquement à Dieu sont une preuve de leur foi et de leur zèle. Surtout cela marque que la naissance de Jésus-Christ est l’événement le plus heureux et le plus salutaire qui soit jamais arrivé et qu’ainsi elle doit faire à jamais la matière de notre joie et de nos actions de grâce, d’autant plus que ce que Siméon avait dit dans son cantique a été accompli et que nous sommes de ces gentils dont le Messie devait être le salut et la lumière.

III. Ce que Siméon dit à la Sainte vierge de la gloire de son fils aussi bien que des contradictions et des souffrances auxquelles il serait exposé tendait à lui faire connaître que le règne de Jésus ne serait pas un règne temporel et à la préparer à le voir rejeté par les Juifs et mis à mort. Pour nous, nous devons apprendre de là que Jésus-Christ devait être reçu par les uns et rejeté par les autres et que si sa venue est salutaire à ceux qui le reçoivent avec foi, elle est une occasion de scandale et de ruine pour les incrédules.

IV. Ce qui arriva à Jésus-Christ à l’âge de douze ans lorsqu’il fut trouvé au temple au milieu des docteurs est la seule circonstance qui soit venue à notre connaissance de l’histoire de sa vie depuis sa naissance et son retour d’Égypte jusqu’au commencement de son ministère. Cette particularité a été conservée parce qu’elle montre qu’on voyait en lui dès sa première jeunesse des lumières, une sagesse et un zèle extraordinaire qui faisaient voir qu’il serait un jour revêtu de l’esprit de Dieu dans une mesure riche et abondante. Et par là Dieu voulait commencer à le faire connaître aux Juifs et les disposer à profiter de son ministère lorsqu’il l’exercerait au milieu d’eux. 

CHAPITRE III.

Ce chapitre comprend trois choses :

La prédication de Jean-Baptiste. Le baptême de Jésus-Christ et sa généalogie. 

1 La quinzième année de l’empire de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant tétrarque de la Galilée, Philippe son frère, tétrarque de l’Iturée et de la province de la Trachonite, et Lysanias, tétrarque d’Abilène,

2 Anne et Caïphe étant souverains sacrificateurs, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert.

3 Et il vint dans tout le pays qui est aux environs du Jourdain, prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés ;

4 selon qu’il est écrit au livre des paroles du prophète Esaïe : La voix de celui qui crie dans le désert, est : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers.

5 Toute vallée sera comblée, et toute montagne et toute colline sera abaissée, les chemins tortus seront redressés, et les chemins raboteux seront aplanis ;

6 Et toute chair verra le salut de Dieu.

7 Il disait donc au peuple qui venait pour être baptisé par lui : Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ?

8 Faites donc des fruits convenables à la repentance ; et ne dites point en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ; car je vous dis que Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes des enfants à Abraham.

9 Or, la cognée est déjà mise à la racine des arbres. Tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu.

10 Alors le peuple lui demanda : Que ferons-nous donc ?

11 Il leur répondit : Que celui qui a deux habits en donne à celui qui n’en a point ; et que celui qui a de quoi manger en fasse de même.

12 Il vint aussi des péagers pour être baptisés ; et ils lui dirent : Maître, que ferons-nous ?

13 Et il leur dit : N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné.

14 Les gens de guerre lui demandèrent aussi : Et nous, que ferons-nous ? Il leur dit : N’usez point de violence ni de tromperie envers personne, mais contentez-vous de votre paie.

15 Et comme le peuple était dans l’attente, et que tous pensaient en eux-mêmes si Jean ne serait point le Christ ;

16 Jean prit la parole et leur dit à tous : Pour moi, je vous baptise d’eau ; mais il en vient un autre qui est plus puissant que moi ; et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers ; c’est lui qui vous baptisera du Saint-Esprit et de feu.

17 Il a son van dans ses mains, il nettoiera parfaitement son aire, et il amassera le froment dans son grenier ; mais il brûlera entièrement la balle, au feu qui ne s’éteint point.

18 Il adressait encore plusieurs autres exhortations au peuple, en lui annonçant l’Evangile.

19 Mais Hérode le tétrarque, ayant été repris par Jean, au sujet d’Hérodias, femme de Philippe son frère, et de toutes les méchantes actions qu’il avait faites,

20 ajouta encore à toutes les autres celle de faire mourir Jean en prison.

21 Or, comme tout le peuple se faisait baptiser, Jésus fut aussi baptisé ; et pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit,

22 Et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe ; et il vint une voix du ciel, qui dit : Tu es mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection.

23 Et Jésus était alors âgé d’environ trente ans, et il était, comme on le croyait, fils de Joseph, fils d’Héli,

24 fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi, fils de Janna, fils de Joseph,

25 fils de Matthathie, fils d’Amos, fils de Nahum, fils d’Héli, fils de Naggé,

26 fils de Maath, fils de Matthathie, fils de Semeï, fils de Joseph, fils de Juda,

27 fils de Johanna, fils de Rhésa, fils de Zorobabel, fils de Salathiel, fils de Néri,

28 fils de Melchi, fils d’Addi, fils de Cosam, fils d’Elmodam, fils de Her,

29 fils de José, fils d’Eliézer, fils de Jorim, fils de Matthat, fils de Lévi,

30 fils de Siméon, fils de Juda fils de Joseph, fils de Jonan, fils d’Eliakim,

31 fils de Melca, fils de Maïnan, fils de Matthata, fils de Nathan, fils de David,

32 fils de Jessé, fils d’Obed, fils de Booz, fils de Salmon, fils de Naasson,

33 fils d’Aminadab, fils d’Aram, fils d’Esrom, fils de Pharez, fils de Juda,

34 fils de Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham, fils de Tharé, fils de Nachor,

35 fils de Sarug, fils de Ragaü, fils de Phaleg, fils de Héber, fils de Sala,

36 fils de Caïnan, fils d’Arphaxad, fils de Sem, fils de Noé, fils de Lamech,

37 fils de Mathusala, fils d’Hénoch, fils de Jared, fils de Malaléel, fils de Caïnan,

38 fils d’Enos, fils de Seth, fils d’Adam, qui fut créé de Dieu.

 REFLEXIONS

Saint Luc nous apprend ici premièrement qu’avant que notre Seigneur parût, Jean-Baptiste fut envoyé, selon que les prophètes l’avaient prédit, pour préparer les Juifs à le recevoir. C’est ce qu’il fit en prêchant la repentance, en exhortant le peuple à croire en celui qui viendrait dans peu de temps après lui, en baptisant ceux qui recevaient sa doctrine et en dénonçant aux Juifs incrédules et impénitents que, quoiqu’ils fussent des enfants d’Abraham, ils n’éviteraient pas la colère à venir et que des pierres même Dieu susciterait d’autres enfants à Abraham, ce qui signifiait que les païens seraient appelés à leur place.

Tout cela tendait à faire comprendre aux Juifs que le règne du Messie allait être manifesté, mais que ce serait un règne tout spirituel et du Ciel et non un règne de la terre, comme ils l’avaient cru et que personne n’aurait part aux avantages de ce règne que ceux qui s’adonneraient à la sainteté et à la vertu.

Ces instructions nous regardent aussi bien que les Juifs, elles font voir que, sans l’amendement, on ne saurait être disciple de Jésus-Christ et qu’il ne reçoit dans son Église et dans son royaume que ceux qui font des fruits convenables à la repentance.

Jean-Baptiste déclare, outre cela, qu’il ne sert de rien d’appartenir à l’alliance de Dieu et de marquer même au dehors quelque zèle, mais qu’il faut montrer par les effets et par les œuvres la sincérité de sa foi et que les impénitents, non plus que les hypocrites n’échapperont pas à la vengeance divine.

L’exemple de ceux qui allaient écouter Jean-Baptiste et qui lui demandaient ses conseils nous instruit aussi de notre devoir. Le caractère des vrais pénitents est de confesser franchement leurs péchés, de rechercher les instructions dont ils ont besoin et de les suivre avec docilité.

Outre cela, les divers conseils que Jean-Baptiste donnait au peuple, aux péagers et aux soldats nous montrent que chacun de nous doit s’acquitter fidèlement des devoirs de sa vocation et éviter les péchés et les tentations dans lesquelles elle peut nous engager et qu’en particulier il faut exercer la charité et renoncer à l’avarice, à l’injustice, à la violence et à la tromperie.

Ce qu’il faut considérer sur le baptême de Jésus-Christ, c’est que Dieu voulut qu’il fût baptisé par Jean-Baptiste et que dans cette occasion le Saint-Esprit descendit sur lui et qu’on entendit une voix du Ciel afin que Jean-Baptiste lui-même, les Juifs et tous les hommes regardassent notre Seigneur comme le fils de Dieu et celui auquel il faut obéir.

Quant à la généalogie de Jésus-Christ que Saint Luc rapporte, il faut savoir qu’elle est différente de celle de St. Matthieu parce que St. Matthieu rapporte la généalogie de Joseph, l’époux de la Sainte vierge par Salomon, fils du roi David, au lieu que Saint Luc fait celle de la vierge par Nathan, aussi fils de David. Jésus passait pour fils de Joseph et il était tel selon la loi, mais il descendait d’Héli et il était son fils, c’est-à-dire son petit-fils par Marie sa mère qui était fille d’Héli. Mais ces deux généalogies s’accordent en ce qu’elles font descendre notre seigneur du roi David et du patriarche Abraham, ce qui est un des caractères auquel on devait reconnaître le Messie. 

CHAPITRE IV VERSET 1 A 15

Saint Luc fait ici l’histoire du jeûne et de la tentation de notre Seigneur et il rapporte de quelle manière il commença à exercer son ministère dans la Galilée. 

1 Jésus, étant plein du Saint-Esprit, revint des bords du Jourdain, et il fut conduit par l’Esprit dans le désert.

2 Et là il fut tenté par le diable pendant quarante jours, et il ne mangea rien durant ces jours-là ; mais après qu’ils furent passés, il eut faim.

3 Alors le diable lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, commande à cette pierre qu’elle devienne du pain.

4 Et Jésus lui répondit : Il est écrit que l’homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu.

5 Ensuite le diable le mena sur une haute montagne, et lui fit voir en un moment tous les royaumes du monde ;

6 Et le diable lui dit : Je te donnerai toute, la puissance de ces royaumes et leur gloire ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux.

7 Si donc tu te prosternes devant moi, toutes ces choses seront à toi.

8 Mais Jésus lui répondit : Retire-toi de moi, Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul.

9 Il le mena aussi à Jérusalem, et le mit sur le haut du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ;

10 car il est écrit qu’il ordonnera à ses anges d’avoir soin de toi, pour te garder ;

11 et qu’ils te porteront dans leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre quelque pierre.

12 Mais Jésus lui répondit : Il est dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu.

13 Et le diable ayant achevé toute la tentation, se retira de lui pour un temps.

14 Et Jésus s’en retourna en Galilée par le mouvement de l’Esprit, et sa réputation courut dans tout le pays d’alentour.

15 Car il enseignait dans leurs synagogues, et il était honoré de tout le monde.

 REFLEXIONS

Le jeûne de Jésus-Christ fut pour lui une préparation à l’exercice de son ministère, en quoi il ressembla à Moïse qui avait jeûné quarante jours lorsque Dieu lui donna ses Lois sur le mont Sinaï. Si Jésus-Christ a voulu jeûner, lui qui n’avait pas besoin de le faire pour se mortifier, nous ne devons pas négliger une pratique aussi utile que celle-là, nous à qui l’abstinence et la mortification sont si nécessaires.

II. Il faut savoir que quand il est dit que le diable tenta Jésus-Christ, cela signifie qu’il voulut éprouver si Jésus était le fils de Dieu et Dieu permit que notre Seigneur fût ainsi tenté avant que de commencer à prêcher l’Évangile et à faire des miracles afin que le diable, étant convaincu que Jésus était véritablement le fils de Dieu, il reconnut sa puissance et que les démons obéissent aux ordres de notre Seigneur lorsque dans la suite il les chasserait de ceux qui en était possédés. Le but de cette tentation était donc de montrer que Jésus-Christ était le fils de Dieu et qu’il venait au monde pour détruire le règne du diable.

À cette condition générale il faut en ajouter deux particulières :

L’une que nous devons résister aux tentations et surtout ne nous laisser jamais tenter par la défiance du secours de Dieu ou par une présomption téméraire ou par l’amour de la gloire et des biens du monde.

L’autre considération regarde le moyen de résister aux tentations. La retraite de Jésus-Christ dans le désert, son jeûne et la manière dont il repoussa les assauts du démon nous enseignent que la retraite, le jeûne, la prière et la parole de Dieu sont les moyens les plus efficaces pour vaincre les tentations et pour rendre inutiles tous les efforts des ennemis de notre salut. 

CHAPITRE IV VERSET 16 A 44.

Notre Seigneur se trouvant à Nazareth un jour se sabbat dans la synagogue, il y lut un oracle d’Ésaïe qui marquait que Dieu enverrait le Messie et qu’il le remplirait de son Esprit pour annoncer aux hommes les bonnes nouvelles du salut et il dit que cet oracle était accompli en sa personne. Il reprocha ensuite aux habitants de cette ville-là leur incrédulité, ce qui les irrita tellement qu’ils voulurent le précipiter du haut d’une montagne, mais il échappa à leur fureur.

Il se rendit de là à Capernaüm où il guérit un homme possédé du démon, la belle-mère de Saint pierre, et plusieurs autres malades. Il parcourut ensuite la Galilée en faisant des miracles et en prêchant l’Évangile.

 16 Et Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé ; et il entra, selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, et il se leva pour lire.

17 Et on lui présenta le livre du prophète Esaïe ; et ayant ouvert le livre, il trouva l’endroit où il était écrit :

18 L’Esprit du Seigneur est sur moi, c’est pourquoi il m’a oint ; il m’a envoyé pour annoncer l’Evangile aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ;

19 pour publier la liberté aux captifs, et le recouvrement de la vue aux aveugles ; pour renvoyer libres ceux qui sont dans l’oppression, et pour publier l’année favorable du Seigneur.

20 Et ayant replié le livre, et l’ayant rendu au ministre, il s’assit ; et les yeux de tous ceux qui étaient dans la synagogue étaient arrêtés sur lui.

21 Alors il commença à leur dire : Cette parole de l’Ecriture est accomplie aujourd’hui, et vous l’entendez.

22 Tous lui rendaient témoignage, et admiraient les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche, et ils disaient : N’est-ce pas là le fils de Joseph ?

23 Et il leur dit : Vous me direz sans doute ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même ; fais aussi ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons ouï dire que tu as fait à Capernaüm.

24 Mais je vous assure, ajouta-t-il, que nul prophète n’est reçu dans sa patrie.

25 Je vous dis en vérité, qu’il y avait plusieurs veuves en Israël au temps d’Elie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois, tellement qu’il y eut une grande famine par tout le pays.

26 Néanmoins Elie ne fut envoyé chez aucune d’elles ; mais il fut envoyé chez une femme veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon.

27 Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël, au temps d’Elisée le prophète ; toutefois aucun d’eux ne fut guéri ; le seul Naaman, qui était Syrien, le fut.

28 Et tous ceux qui étaient dans la synagogue furent remplis de colère en entendant ces choses.

29 Et s’étant levés, ils le mirent hors de la ville, et le menèrent jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, pour le précipiter.

30 Mais il passa par le milieu d’eux, et s’en alla.

31 Et il descendit à Capernaüm, qui était une ville de Galilée, où il les enseignait les jours de sabbat.

32 Et ils étaient étonnés de sa doctrine ; car il parlait avec autorité.

33 Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé d’un esprit immonde, qui s’écria à haute voix :

34 Ah ! qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es ; tu es le Saint de Dieu.

35 Et Jésus le menaçant, lui dit : Tais-toi et sors de cet homme. Et le démon, après l’avoir jeté au milieu de l’assemblée, sortit de lui sans lui faire aucun mal.

36 Et ils en furent tous épouvantés, et ils disaient entre eux : Qu’est-ce que ceci ? Il commande avec autorité et avec puissance aux esprits immondes, et ils sortent !

37 Et sa réputation se répandit dans tous les quartiers du pays d’alentour.

38 Jésus étant sorti de la synagogue, entra dans la maison de Simon ; la belle-mère de Simon avait une fièvre violente, et ils le prièrent de la guérir.

39 S’étant donc approché d’elle, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta ; et incontinent elle se leva et les servit.

40 Quand le soleil fut couché, tous ceux qui avaient des malades de diverses maladies les lui amenèrent ; et il les guérit en imposant les mains à chacun d’eux.

41 Les démons sortaient aussi du corps de plusieurs, criant : Tu es le Christ, le Fils de Dieu ; mais il les censurait, et il ne leur permettait pas de dire qu’ils sussent qu’il était le Christ.

42 Et dès que le jour parut, il sortit et alla dans un lieu désert, et une multitude de gens qui le cherchaient, vinrent au lieu où il était, et ils voulaient le retenir, afin qu’il ne les quittât pas.

43 Mais il leur dit : Il faut que j’annonce aussi le règne de Dieu aux autres villes ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé.

44 Et il prêchait dans les synagogues de la Galilée. 

REFLEXIONS

Voici quel était le sens et le but du discours que Jésus-Christ fit dans la synagogue de Nazareth.

C’était premièrement de montrer que, puisqu’il était revêtu des dons du Saint-Esprit et qu’il annonçait aux hommes l’heureuse nouvelle du salut, l’oracle d’Ésaïe qui est rapporté dans ce chapitre trouvait son accomplissement en lui.

II. Il voulait faire comprendre aux habitants de cette ville, parmi lesquels il avait été élevé, que leur incrédulité était cause qu’il ne faisait pas parmi eux les mêmes miracles qu’il avait fait ailleurs ; tout de même qu’autrefois les prophètes Élie et Elizée avaient fait des miracles en faveur des étrangers, plutôt qu’en faveur de ceux de leur nations.

Par là nous pouvons voir que ceux qui ont le plus d’occasion et de moyens de connaître la vérité sont souvent ceux qui en profitent le mois. Mais cela montre aussi que Dieu prive de sa grâce et de sa présence salutaire ceux qui s’en rendent indignes.

La résolution que les habitants de Nazareth prirent de précipiter Jésus-Christ est une nouvelle preuve de cette incrédulité qu’il leur avait reprochée et de leur ingratitude. C’est ainsi que les pécheurs s’irritent contre ceux qui leur disent la vérité et qui leur reprochent leurs vices. Cependant Jésus-Christ donna une marque de sa puissance infinie en échappant à la fureur de ces malheureux qui voulaient lui ôter la vie.

Enfin, les divers miracles dont nous avons le récit sur la fin de ce chapitre et par lesquels notre Seigneur commença à se faire connaître dans la Galilée et le soin qu’il eut de parcourir les villes de ce pays-là en annonçant l’Évangile sont des preuves sensibles de son grand zèle, de sa puissance sans borne, de la charité dont il était animé envers les hommes et de la divinité de sa doctrine. 

CHAPITRE V

Saint Luc fait le récit :

I. D’une pêche miraculeuse que notre Seigneur fit faire à Saint Pierre . II. De la guérison d’un lépreux. III. De celle d’un paralytique. IV. Il rapporte la vocation de Lévi qui était apôtre de Saint Matthieu ; et ce que Jésus répondit à ceux qui trouvaient mauvais qu’il mangeât avec les pécheurs et que ses disciples ne jeûnassent pas comme ceux de Jean-Baptiste. 

1 Comme Jésus était sur le bord du lac de Génézareth, il était pressé par la foule qui se jetait sur lui pour entendre la parole de Dieu.

2 Et ayant vu deux barques au bord du lac, dont les pêcheurs étaient descendus et lavaient leurs filets, il monta dans l’une de ces barques, qui était à Simon ;

3 Et il le pria de s’éloigner un peu du rivage ; et s’étant assis, il enseignait le peuple de dessus la barque.

4 Et quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher.

5 Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; toutefois, sur ta parole, je jetterai le filet.

6 Ce qu’ayant fait, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait.

7 De sorte qu’ils firent signe à leurs compagnons, qui étaient dans l’autre barque, de venir leur aider ; ils y vinrent, et ils remplirent les deux barques, tellement qu’elles s’enfonçaient.

8 Simon Pierre, ayant vu cela, se jeta aux pieds de Jésus et lui dit : Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur.

9 Car la frayeur l’avait saisi, et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche des poissons qu’ils avaient faite ; de même que Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient compagnons de Simon.

10 Alors Jésus dit à Simon : N’aie point de peur, désormais tu seras pêcheur d’hommes vivants.

11 Et ayant ramené leurs barques à bord, ils abandonnèrent tout et le suivirent.

12 Comme Jésus était dans une ville de la Galilée, un homme tout couvert de lèpre, l’ayant vu, se jeta à terre sur son visage, et le pria, disant : Seigneur, si tu le veux, tu peux me nettoyer.

13 Et Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois nettoyé. Et au même instant la lèpre le quitta.

14 Et Jésus lui défendit de le dire à personne ; mais va, lui dit-il, montre-toi au sacrificateur, et offre pour ta purification ce que Moïse a commandé, afin que cela leur serve de témoignage.

15 Et sa réputation se répandait de plus en plus, et une foule de gens s’assemblaient pour l’entendre, et pour être guéris de leurs maladies.

16 Mais il se tenait retiré dans les déserts, et il priait.

17 Or, un jour qu’il enseignait et que des Pharisiens et des docteurs de la loi, qui étaient venus de tous les bourgs de la Galilée, et de la Judée, et de Jérusalem, étaient là assis, la puissance du Seigneur agissait pour guérir les malades.

18 Alors il survint des gens qui portaient sur un lit un homme perclus, et ils cherchaient à le faire entrer dans la maison, et à le mettre devant Jésus.

19 Et ne sachant par où le faire entrer, à cause de la foule, ils montèrent sur la maison, et le dévalèrent par les tuiles avec son lit, au milieu de l’assemblée, devant Jésus,

20 Qui, ayant vu leur foi, lui dit : O homme, tes péchés te sont pardonnés.

21 Alors les Scribes et les Pharisiens commencèrent à raisonner et à dire : Qui est celui-ci, qui prononce des blasphèmes ? Qui peut pardonner les péchés que Dieu seul ?

22 Mais Jésus, connaissant leurs pensées, prit la parole et leur dit : Quel raisonnement faites-vous dans vos cœurs ?

23 Lequel est le plus aisé, ou de dire : Tes péchés te sont pardonnés ; ou de dire : Lève-toi, et marche ?

24 Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre l’autorité de pardonner les péchés : Lève-toi, dit-il au paralytique, je te le dis, emporte ton lit, et t’en va à ta maison.

25 Et à l’instant ce paralytique se leva en leur présence ; il emporta le lit sur lequel il avait été couché, et s’en alla à sa maison, donnant gloire à Dieu.

26 Et ils furent tous saisis d’étonnement, et ils glorifiaient Dieu ; ils furent remplis de crainte, et ils disaient : Certainement, nous avons vu aujourd’hui des choses qu’on n’eût jamais attendues.

27 Après cela il sortit, et il vit un péager nommé Lévi, assis au bureau des impôts, et il lui dit : Suis-moi.

28 Et lui, quittant tout, se leva et le suivit.

29 Et Lévi lui fit un grand festin dans sa maison, où il se trouva une grande assemblée de péagers et d’autres personnes qui étaient à table avec eux.

30 Et ceux d’entre eux qui étaient Scribes et Pharisiens murmuraient et disaient à ses disciples : Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec des péagers et des gens de mauvaise vie ?

31 Et Jésus, prenant la parole, leur dit : Ce ne sont pas ceux qui sont en santé qui ont besoin de médecin, mais ce sont ceux qui se portent mal.

32 Je suis venu pour appeler à la repentance, non les justes, mais les pécheurs.

33 Ils lui dirent aussi : Pourquoi les disciples de Jean jeûnent-ils souvent et font-ils des prières, de même que ceux des Pharisiens, au lieu que les tiens mangent et boivent ?

34 Il leur dit : Pouvez-vous faire jeûner les amis de l’époux, pendant que l’époux est avec eux ?

35 Mais les jours viendront que l’époux leur sera ôté ; ils jeûneront en ces jours-là.

36 Il leur dit aussi une similitude : Personne ne met une pièce d’un habit neuf à un vieux habit ; autrement, ce qui est neuf déchirerait, et la pièce du drap neuf ne convient point au vieux.

37 Personne aussi ne met le vin nouveau dans de vieux vaisseaux ; autrement, le vin nouveau romprait les vaisseaux, et se répandrait, et les vaisseaux seraient perdus.

38 Mais le vin nouveau doit être mis dans des vaisseaux neufs, et ainsi tous les deux se conservent.

39 Et il n’y a personne qui, buvant du vin vieux, veuille aussitôt du nouveau ; car, dit-il, le vieux est meilleur. 

REFLEXIONS

On doit admirer la sagesse de Jésus-Christ aussi bien que sa puissance dans la pêche miraculeuse dont nous avons ici l’histoire. Il fit ce miracle pour confirmer Saint Pierre et quelques-uns de ses collègues dans leur vocation à la charge d’apôtre et pour les assurer que leur ministère produirait de grands fruits. Ce miracle dût faire d’autant plus d’impression sur eux que notre Seigneur l’ayant fait dans une chose qui regardait leur profession, puisqu’ils étaient pêcheurs, ils sentirent mieux la grandeur de cette merveille. Ce fut aussi l’effet qu’elle produisit sur Saint Pierre qui, saisi d’admiration et de crainte à la vue de tout ce qui était arrivé, abandonna tout dès lors pour suivre notre Seigneur, ce que St. Jacques et St. Jean firent aussi.

Dans l’histoire du lépreux, on remarque que ce fut par sa foi et par ses prières qu’il obtint sa guérison et que notre Seigneur le renvoya au sacrificateur et lui ordonna de présenter ce qui était prescrit par la Loi de Moïse en pareil cas. Il en usa ainsi pour faire voir d’autant mieux aux sacrificateurs la certitude du miracle qu’il venait de faire et pour montrer qu’il observait tout ce que Dieu avait commandé dans sa Loi.

Il y a ceci de particulier dans l’histoire du paralytique que Jésus-Christ, avec la santé du corps, lui accorda le pardon de ses péchés et qu’il déclara qu’il avait le pouvoir de le faire. Nous devons reconnaitre par-là que Jésus-Christ a une souveraine autorité sur tous les hommes. Et comme ce fut la foi de ceux qui présentèrent ce paralytique à notre Seigneur qui l’engagea à le guérir, cela nous montre que la foi est d’une grande vertu. Celui qui veut ressentir les effets de la grâce de Dieu doit avoir de   la confiance et de toutes les grâces celle qui est la plus nécessaire et que l’on obtient le plus sûrement de Jésus-Christ, c’est le pardon et la délivrance des péchés.

La vocation de St. Matthieu, qui était péager ou receveur des impôts, fait voir que notre Seigneur se choisit des apôtres et des disciples parmi des personnes qui étaient regardées avec aversion par les Juifs, comme les péagers. À l’exemple de St. Matthieu qui quitta son emploi dès que Jésus l’appela, il faut suivre la vocation divine aussitôt qu’elle nous est adressée et renoncer sans hésiter à tout ce qui pourrait y être un obstacle.

Ce que Jésus-Christ dit aux pharisiens qui s’offensaient de le voir dans la compagnie des pécheurs nous enseigne que le salut des pécheurs a été le but de sa venue au monde, mais qu’ils ne peuvent être sauvés sans la repentance, que ceux qui sont animés de l’esprit de Jésus-Christ ont une grande joie lorsque Dieu ramène des pécheurs de leurs égarements et qu’ils recherchent avec empressement les occasions de les en retirer.

Enfin, il faut savoir que si notre Seigneur n’obligeait pas ses disciples à jeûner comme les disciples de Jean-Baptiste, on ne doit pas croire que Jésus-Christ et Jean-Baptiste fussent d’un sentiment différent sur le jeûne ou que ces jeûnes que les disciples de Jean-Baptiste pouvaient bien observer fussent au-dessus des forces de notre Seigneur. La différence qu’il y avait à cet égard venait uniquement de ce que Jésus-Christ fréquentait toutes sortes de personnes sans distinction et dans toutes les occasions qui se présentaient, au lieu que Jean-Baptiste menait une vie retirée. Mais cependant le Seigneur déclare qu’après son départ, ses disciples seraient appelés non seulement au jeûne, mais à de grandes souffrances et que s’il ne les appelait pas encore   à souffrir, c’était pour ménager leur faiblesse. De là nous devons recueillir que tant s’en faut que Jésus-Christ condamne le jeûne et une vie mortifiée et qu’il permette à ses disciples de chercher les plaisirs ou de satisfaire leurs sens, il les appelle au contraire à vivre dans la sobriété, dans la mortification et à porter leur croix. 

CHAPITRE VI 1 A 19

Notre Seigneur justifie ses disciples qui étaient blâmés d’avoir arraché et mangé des épis de blé un jour de sabbat ; il guérit un homme qui avait une main sèche, et il établit les douze apôtres. 

1 Il arriva, au jour du sabbat appelé second-premier, que, Jésus passant par des blés, ses disciples arrachaient des épis, et, les froissant entre leurs mains, ils en mangeaient.

2 Et quelques-uns des Pharisiens leur dirent : Pourquoi faites-vous ce qu’il n’est pas permis de faire les jours de sabbat ?

3 Alors Jésus, prenant la parole, leur dit : N’avez-vous donc pas lu ce que fit David, lorsque lui et ceux qui étaient avec lui furent pressés de la faim ;

4 Comment il entra dans la maison de Dieu, et prit les pains de proposition, et en mangea, et en donna même à ceux qui étaient avec lui, bien qu’il ne fût permis qu’aux seuls sacrificateurs d’en manger ?

5 Et il leur dit : Le Fils de l’homme est maître même du sabbat.

6 Il arriva aussi, un autre jour de sabbat, qu’il entra dans la synagogue, et qu’il y enseignait ; et il y avait là un homme duquel la main droite était sèche.

7 Or, les Scribes et les Pharisiens l’observaient, pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat, afin de trouver un sujet de l’accuser.

8 Mais comme il connaissait leurs pensées, il dit à l’homme qui avait la main sèche : Lève-toi, et tiens-toi là au milieu. Et lui, s’étant levé, se tint debout.

9 Jésus leur dit ensuite : Je vous demanderai une chose : Est-il permis, dans les jours de sabbat, de faire du bien, ou de faire du mal, de sauver une personne, ou de la laisser périr ?

10 Et ayant regardé tous ceux qui étaient autour de lui, il dit à cet homme : Etends ta main. Et il le fit, et sa main devint saine comme l’autre.

11 Et ils en furent remplis de fureur, et ils s’entretenaient ensemble de ce qu’ils pourraient faire à Jésus.

12 En ce temps-là, Jésus alla sur une montagne pour prier ; et il passa toute la nuit à prier Dieu.

13 Et dès que le jour fut venu, il appela ses disciples ; et il en choisit douze d’entre eux, qu’il nomma apôtres,

14 Savoir, Simon, qu’il nomma aussi Pierre, et André son frère, Jacques et Jean, Philippe et Barthélemi,

15 Matthieu et Thomas, Jacques, fils d’Alphée, et Simon, appelé le Zélé,

16 Jude, frère de Jacques, et Judas Iscariot, qui fut celui qui le trahit.

17 Etant ensuite descendu avec eux, il s’arrêta dans une plaine avec la troupe de ses disciples, et une grande multitude de peuple de toute la Judée et de Jérusalem, et de la contrée maritime de Tyr et de Sidon, qui étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies.

18 Ceux qui étaient tourmentés des esprits immondes étaient aussi guéris.

19 Et toute la multitude tâchait de le toucher, parce qu’il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous. 

REFLEXIONS

La réflexion que nous devons faire sur ce que notre Seigneur dit aux pharisiens qui se scandalisaient de ce que ses disciples avaient arraché des épis de blé en un jour de sabbat et de ce qu’il avait guéri lui-même en pareil jour un homme  qui avait la main sèche, c’est que les hypocrites et ceux que l’envie possède sont prompts à condamner les autres, ils blâment ce qui est innocent et permis et même quelquefois des actions nécessaires et louables et pendant qu’ils manquent aux devoirs les plus essentiels, qui sont toujours ceux de la piété et de la charité, ils sont scrupuleux dans les choses de petite importance. Nous devons donc apprendre d’ici à nous éloigner de l’hypocrisie, de la superstition et des jugements téméraires et à nous attacher toujours à ce que la religion a de plus important et à une piété solide, éclairée et accompagnée de charité. Cela nous montre de plus qu’il ne faut jamais omettre des œuvres saintes et nécessaires sous prétexte qu’il se trouve des personnes qui en jugent mal et que l’appréhension de scandaliser des gens mal disposés ne doit jamais nous empêcher de faire notre devoir.

C’est une chose bien remarquable que notre Seigneur, avant que de choisir et d’appeler les douze Apôtres, se retira sur une montagne et y passa toute la nuit à prier Dieu. Il nous donne en cela un bel exemple et une grande leçon de défiance de nous-même et de nos propres lumières. En sorte que nous n’entreprenions jamais rien d’important, sans avoir auparavant implorer le secours et la direction de l’esprit de Dieu. C’est ce que doivent surtout religieusement observer ceux qui sont appelés à conférer à d’autres le ministère de l’Evangile. Et à donner des pasteurs aux Eglises. Observons outre cela sur la vocation des Apôtres, c’est que ces Saints hommes que le Seigneur choisit pour être dépositaires de sa grâce et pour convertir le monde étaient des personnes simples et peu considérables. Ainsi l’on voit dans ce choix la vertu toute puissante de Jésus-Christ qui les revêtit des dons nécessaires pour un tel emploi et la divinité de sa doctrine.

La mémoire de ces premiers ministres de l’Évangile doit être précieuse parmi les chrétiens, nous devons louer Dieu des grandes choses qu’il a faites par leur moyen, recevoir la doctrine qu’ils ont enseignée et qui est contenue dans leurs écrits et pratiquer les saints commandements qu’il nous a laissés en qualité d’apôtres de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ auquel l’obéissance, la louange et la gloire doit être rendue aux siècles des siècles. Amen. 

CHAPITRE VI 20 A 49.

C’est ici un discours de notre Seigneur dans lequel il parle de ce qui fait le bonheur ou le malheur des hommes, de la charité, du soin qu’on doit avoir de conserver la paix, de l’amour pour ses ennemis, des jugements téméraires et de quelques autres devoirs. Et il conclut ce discours en montrant par une similitude qu’il ne sert de rien d’écouter sa parole si on ne fait pas ce qu’elle nous commande.

 20 Alors Jésus, levant les yeux vers ses disciples, il leur dit : Vous êtes bienheureux, vous pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous.

21 Vous êtes bienheureux, vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés. Vous êtes bienheureux, vous qui pleurez maintenant, parce que vous serez dans la joie.

22 Vous serez bienheureux, lorsque les hommes vous haïront, qu’ils vous retrancheront de leurs synagogues, qu’ils vous diront des outrages et rejetteront votre nom comme mauvais, à cause du Fils de l’homme.

23 Réjouissez-vous en ce temps-là, et tressaillez de joie ; car voilà que votre récompense sera grande dans le ciel, et c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

24 Mais malheur à vous, riches, parce que vous avez déjà reçu votre consolation.

25 Malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim. Malheur à vous qui riez maintenant ; car vous vous lamenterez, et vous pleurerez.

26 Malheur à vous, lorsque tous les hommes diront du bien de vous ; car leurs pères en faisaient de même des faux prophètes.

27 Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent ;

28 Bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous outragent ;

29 Et à celui qui te frappe à une joue, présente-lui aussi l’autre ; et si quelqu’un t’ôte ton manteau, ne l’empêche point de prendre aussi l’habit de dessous.

30 Donne à tout homme qui te demande, et si quelqu’un t’ôte ce qui est à toi, ne le redemande pas.

31 Et ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le-leur aussi de même.

32 Car si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? puisque les gens de mauvaise vie aiment aussi ceux qui les aiment.

33 Et si vous ne faites du bien qu’à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? puisque les gens de mauvaise vie font la même chose.

34 Et si vous ne prêtez qu’à ceux de qui vous espérez de recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? puisque les gens de mauvaise vie, prêtent aussi aux gens de mauvaise vie, afin d’en recevoir la pareille.

35 C’est pourquoi aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans en rien espérer, et votre récompense sera grande, et vous serez les enfants du Très-Haut, parce qu’il est bon envers les ingrats et les méchants.

36 Soyez donc miséricordieux, comme aussi votre Père est miséricordieux.

37 De plus, ne jugez point, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; pardonnez, et on vous pardonnera ;

38 donnez, et on vous donnera ; on vous donnera dans le sein une bonne mesure, pressée et secouée, et qui se répandra par-dessus ; car on vous mesurera de la mesure dont vous vous servez envers les autres.

39 Il leur disait aussi une parabole : Un aveugle peut-il conduire un autre aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans la fosse ?

40 Le disciple n’est point au-dessus de son maître ; mais tout disciple accompli sera comme son maître.

41 De plus, pourquoi regardes-tu une paille qui est dans l’œil de ton frère, et tu ne t’aperçois pas d’une poutre qui est dans ton propre œil ?

42 Ou, comment peux-tu dire à ton frère : Mon frère, souffre que j’ôte la paille qui est dans ton œil ; toi qui ne vois pas une poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors, tu verras comment tu ôteras la paille qui est dans l’œil de ton frère.

43 L’arbre qui produit de mauvais fruit n’est pas bon ; et l’arbre qui produit de bon fruit n’est pas mauvais.

44 Car chaque arbre se connaît par son propre fruit. On ne cueille pas des figues sur les épines, et on ne cueille pas des raisins sur un buisson.

45 L’homme de bien tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle.

46 Mais pourquoi m’appelez-vous : Seigneur, Seigneur ; tandis que vous ne faites pas ce que je dis ?

47 Je vous montrerai à qui ressemble tout homme qui écoute mes paroles, et qui les met en pratique :

48 Il est semblable à un homme qui bâtit une maison, et qui ayant foui et creusé profondément, en a posé le fondement sur le roc ; et quand il est survenu un débordement d’eaux, le torrent a donné avec violence contre cette maison, mais il ne l’a pu ébranler, parce qu’elle était fondée sur le roc.

49 Mais celui qui écoute mes paroles, et qui ne les met pas en pratique, est semblable à un homme qui a bâti sa maison sur la terre sans fondement, contre laquelle le torrent a donné avec violence, et aussitôt elle est tombée, et la ruine de cette maison-là a été grande. 

REFLEXIONS

Voici un discours qui renferme plusieurs belles instructions :

I. La première, que ceux qui sont pauvres, affligés, méprisés et persécutés et qui avec cela sont humbles, patients et pieux sont les vrais disciples de Jésus-Christ, qu’ils seront heureux en ce monde et en l’autre et qu’au contraire, ceux que l’on croit les plus heureux parce qu’ils vivent dans l’abondance et dans la joie et que le monde les aime et les estime sont très misérables.

II. La seconde instruction est que nous devons aimer tous les hommes, même ceux qui ne nous aiment pas, leur rendre le bien pour le mal et souffrir plutôt quelque injure ou quelque tort que de nous venger ou que d’avoir des disputes et des procès. Jésus-Christ nous dit encore sur ce sujet que si nous n’aimons que ceux qui nous aiment, nous ne valons pas mieux que les païens, mais que nous devons être miséricordieux et faire du bien à chacun afin de ressembler à notre Père céleste qui est bon envers les méchants et les ingrats.

III. Notre Seigneur défend les jugements téméraires et il dit que c’est une hypocrisie insigne que d’examiner et de censurer les défauts d’autrui pendant qu’on ne se corrige pas de ses propres défauts qui sont souvent plus grands que ceux des autres.

IV. La quatrième instruction est renfermée dans ces paroles : Que l’arbre se connait par son fruit et que c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle.

Cela veut dire que les hommes montrent par leur conduite et par leurs discours ce qu’ils sont et que si nous voulons que nos actions et nos paroles soient bien réglées, nous devons purifier notre cœur.

Enfin, Jésus-Christ déclare de la manière la plus forte et la plus expresse qu’il ne reconnait point pour ses disciples ceux qui l’appellent leur Seigneur et qui ne font pas ce qu’il commande. Il montre par la comparaison d’une maison bâtie sur le roc ou sur le sable qu’il n’y a rien qui puisse ébranler ceux qui joignent à la connaissance de l’Évangile la pratique de leurs devoirs au lieu que ceux qui se contentent d’écouter sa parole et qui ne font pas ce qu’elle ordonne ne sauraient résister aux tentations, ni parvenir au salut. Ce sont là les divines règles de la morale de Jésus-Christ, nous devons les avoir sans cesse devant les yeux et les faire servir à notre avancement dans la piété.

 CHAPITRE VII VERSETS 1 A 23

I. Jésus-Christ guérit le serviteur d’un capitaine païen ;

II. Il ressuscite le fils d’une femme veuve de la ville de Naïn ;

III. Et il répond aux disciples de Jean-Baptiste qui étaient venus lui demander s’il était le Messie. 

1 Après que Jésus eut achevé tous ces discours devant le peuple qui l’écoutait, il entra dans Capernaüm.

2 Et il y avait là un centenier dont le serviteur, qui lui était fort cher, était malade, et s’en allait mourir.

3 Et le centenier ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui des anciens des Juifs, pour le prier de venir guérir son serviteur.

4 Étant donc venus vers Jésus, ils le prièrent instamment, disant, qu’il était digne qu’on lui accordât cela.

5 Car, disaient-ils, il aime notre nation, et c’est lui qui nous a fait bâtir la synagogue.

6 Jésus donc s’en alla avec eux. Et comme déjà il n’était plus guère loin de la maison, le centenier envoya vers lui de ses amis, lui dire : Seigneur, ne t’incommode point ; car je ne mérite pas que tu entres dans ma maison.

7 C’est pourquoi aussi je ne me suis pas jugé digne d’aller vers toi ; mais dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri.

8 Car, quoique je ne sois qu’un homme soumis à la puissance d’autrui, j’ai sous moi des soldats ; et je dis à l’un : Va, et il va ; et à l’autre : Viens, et il vient ; et à mon serviteur : Fais ceci, et il le fait.

9 Ce que Jésus ayant entendu, il l’admira, et se tournant, il dit à la troupe qui le suivait : Je vous dis que je n’ai pas trouvé une si grande foi, non pas même en Israël.

10 Et quand ceux qui avaient été envoyés furent de retour à la maison, ils trouvèrent le serviteur qui avait été malade, se portant bien.

11 Le jour suivant, Jésus allait à une ville appelée Naïn, et plusieurs de ses disciples et une grande troupe allaient avec lui.

12 Et comme il approchait de la porte de la ville, il arriva qu’on portait en terre un mort, fils unique de sa mère, qui était veuve, et il y avait avec elle un grand nombre de gens de la ville.

13 Et le Seigneur l’ayant vue, il fut touché de compassion pour elle, et il lui dit : Ne pleure point.

14 Et s’étant approché, il toucha la bière, et ceux qui la portaient s’arrêtèrent ; et il dit : Jeune homme, je te le dis : Lève-toi.

15 Et celui qui était mort s’assit et commença à parler. Et il le rendit à sa mère.

16 Et la crainte les saisit tous, et ils glorifièrent Dieu, en disant : Un grand prophète s’est élevé parmi nous, et Dieu a visité son peuple.

17 Et le bruit de ce miracle se répandit par toute la Judée, et dans tout le pays d’alentour.

18 Or, toutes ces choses furent rapportées à Jean par ses disciples.

19 Et Jean appela deux de ses disciples, et les envoya vers Jésus, pour lui dire : Es-tu celui qui devait venir, ou devons-nous en attendre un autre ?

20 Ces hommes donc, étant venus vers Jésus, lui dirent : Jean-Baptiste nous a envoyés vers toi, pour te dire : Es-tu celui qui devait venir, ou devons-nous en attendre un autre ?

21 (Or, à cette même heure, Jésus guérit plusieurs personnes de leurs maladies, de leurs infirmités et des malins esprits, et il rendit la vue à plusieurs aveugles.)

22 Puis il répondit aux disciples de Jean : Allez et rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu ; que les aveugles recouvrent la vue, que les boiteux marchent, que les lépreux sont nettoyés, que les sourds entendent, que les morts ressuscitent, que l’évangile est annoncé aux pauvres.

23 Et il ajouta : heureux est celui qui ne se scandalisera pas de moi. 

REFLEXIONS

Dans la guérison du serviteur du centenier, on doit remarquer d’un côté l’humilité de cet officier, qui, étant païen de naissance, ne se croyait pas digne que Jésus-Christ entrât chez lui et de l’autre, la grandeur de sa foi qui paraît en ce qu’il était persuadé que notre Seigneur, quoi qu’absent, pouvait guérir son serviteur par une seule parole. L’éloge distingué que notre Seigneur fit de la foi de ce centenier en disant qu’il n’avait pas trouvé parmi les Juifs une foi semblable à la sienne et le miracle qu’il voulut bien faire en sa faveur font voir que rien ne lui est plus agréable que la foi et l’humilité et qu’une foi vive et un profond sentiment de notre indignité sont le sûr moyen d’obtenir de lui les effets de sa miséricorde.

L’autre miracle que notre Seigneur fit en ressuscitant le fils d’une veuve de Naïn est un événement où le pouvoir de Jésus-Christ paraît d’une manière encore plus éclatante, de même que sa bonté et la compassion qu’il avait des personnes affligées.

Ainsi nous avons dans cette histoire des motifs bien forts à la confiance, elle doit surtout nous remplir de consolation et nous persuader pleinement que notre Seigneur, ayant ressuscité en diverses occasions des personnes mortes, il a le pouvoir de nous rendre la vie après notre mort et qu’il le fera infailliblement au dernier jour selon ses promesses.

III.  La réponse que Jésus-Christ fit aux disciples de Jean-Baptiste est remarquable. Étant interrogé s’il était le Messie, il ne leur répondit pas directement, mais il se contenta de faire des miracles en leur présence, ce qui montrait plus clairement qu’on devait le regarder comme le Messie que s’il eût dit ouvertement qu’il l’était. On voit dans cette conduite de notre Seigneur une sagesse admirable puisqu’en ne prenant pas la qualité de Messie, ce qu’il a toujours évité de faire publiquement, il faisait cependant tout ce qu’il y avait de plus propre pour convaincre les hommes qu’il était ce grand rédempteur que Dieu avait promis d’envoyer et que les Juifs attendaient. 

CHAPITRE VII VERSETS 24 A 50

Notre Seigneur parle de Jean-Baptiste et il décrit la nature et l’excellence de son ministère.

Il se plaint que le plus grand nombre des Juifs et surtout les pharisiens et les docteurs de la Loi avaient rejeté le ministère de Jean-Baptiste et le sien.

Étant à table chez un pharisien, il pardonne à une femme pécheresse.

 24 Quand ceux que Jean avait envoyés furent partis, Jésus se mit à parler de Jean au peuple, et leur dit : Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Etait-ce un roseau agité du vent ?

25 Mais encore, qu’êtes-vous allés voir ? Etait-ce un homme vêtu d’habits précieux ? Voilà, ceux qui sont magnifiquement vêtus, et qui vivent dans les délices, sont dans les maisons des rois.

26 Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète.

27 C’est celui de qui il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, qui préparera le chemin devant toi.

28 Car je vous dis qu’entre ceux qui sont nés de femme, il n’y a point de prophète plus grand que Jean-Baptiste ; et cependant, celui qui est le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui.

29 Et tout le peuple qui l’a entendu, et même les péagers, ont justifié Dieu, ayant reçu le baptême de Jean.

30 Mais les Pharisiens et les docteurs de la loi, ne s’étant pas fait baptiser par lui, ont rejeté le dessein de Dieu à leur égard.

31 Alors le Seigneur dit : A qui donc comparerai-je les hommes de cette génération, et à qui ressemblent-ils ?

32 Ils ressemblent aux enfants qui sont assis dans une place, et qui crient les uns aux autres, et disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez point dansé ; nous nous sommes lamentés, et vous n’avez point pleuré.

33 Car Jean-Baptiste est venu, ne mangeant point de pain, et ne buvant point de vin ; et vous avez dit : Il a un démon.

34 Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et vous avez dit : Voilà un mangeur et un buveur, un ami des péagers et des gens de mauvaise vie.

35 Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants.

36 Un Pharisien ayant prié Jésus de manger chez lui, il entra dans la maison du Pharisien, et il se mit à table.

37 Et une femme de la ville, qui avait été de mauvaise vie, ayant su qu’il était à table dans la maison du Pharisien, elle y apporta un vase d’albâtre, plein d’une huile odoriférante.

38 Et se tenant derrière, aux pieds de Jésus, elle se mit à pleurer ; elle lui arrosait les pieds de ses larmes, et les essuyait avec ses cheveux ; elle lui baisait les pieds, et elle les oignait avec cette huile.

39 Le Pharisien, qui l’avait convié, voyant cela, dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il saurait sans doute qui est cette femme qui le touche, et qu’elle est de mauvaise vie.

40 Alors Jésus, prenant la parole, lui dit : Simon, j’ai quelque chose à te dire. Et il dit : Maître, dis-le.

41 Un créancier avait deux débiteurs, dont l’un lui devait cinq cents deniers et l’autre cinquante.

42 Et comme ils n’avaient pas de quoi payer, il leur quitta à tous deux leur dette. Dis-moi donc lequel des deux l’aimera le plus ?

43 Simon lui répondit : J’estime que c’est celui à qui il a le plus quitté. Jésus lui dit : Tu as fort bien jugé.

44 Alors se tournant vers la femme, il dit à Simon : Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as point donné d’eau pour me laver les pieds ; mais elle a arrosé mes pieds de larmes, et les a essuyés avec ses cheveux.

45 Tu ne m’as point donné de baiser ; mais elle, depuis qu’elle est entrée, n’a cessé de me baiser les pieds.

46 Tu n’as point oint ma tête d’huile, mais elle a oint mes pieds d’une huile odoriférante.

47 C’est pourquoi je te dis que ses péchés, qui sont en grand nombre, lui sont pardonnés ; et c’est à cause de cela qu’elle a beaucoup aimé ; mais celui à qui on pardonne moins, aime moins.

48 Puis il dit à la femme : Tes péchés te sont pardonnés.

49 Et ceux qui étaient à table avec lui se prirent à dire entre eux : Qui est celui-ci, qui même pardonne les péchés ?

50 Mais il dit à la femme : Ta foi t’a sauvée ; va-t’en en paix. 

REFLEXIONS

Le sens de ce que Jésus-Christ disait aux Juifs touchant le ministère de Jean-Baptiste était que tout de même qu’ils n’avaient pas vu en Jean-Baptiste un homme qui parût avec la pompe qui accompagne les ministres des rois de la terre, mais seulement un grand prophète, aussi ils ne devaient pas s’étonner de le voir lui-même dans la bassesse, ni le rejeter à cause de cela. Par où il voulait leur faire comprendre que le règne du Messie n’aurait rien de charnel, ni de mondain et les obliger à s’arrêter uniquement à ce qu’il y avait de spirituel et de divin dans sa doctrine.

II. Jésus-Christ dit dans cette occasion que, quelque grand que fût Jean-Baptiste, le moindre du royaume de Dieu, c’est-à-dire de ses vrais disciples, serait plus grand que lui. Notre Seigneur parlait ainsi parce que les chrétiens connaissent bien mieux le Messie et les raisons de sa venue que Jean-Baptiste ne les connaissait. Ces paroles qui nous instruisent de nos avantages doivent nous inciter à y répondre et à nous en rendre dignes.

III. On voit ici que les personnes qui étaient les plus méprisées et les plus décriées parmi les Juifs furent touchés des exhortations de Jean-Baptiste et de celles de notre Seigneur, mais que les pharisiens et ceux qui paraissaient les plus éclairés avaient rejeté ces exhortations, disant que la vie de Jean-Baptiste était trop austère et trouvant que celle de Jésus-Christ était trop relâchée, parce qu’il se rencontrait souvent avec les pécheurs. Cet exemple montre que les personnes qui ont le cœur mal disposé trouvent à redire à tout, avec quelque précaution qu’on se conduise, on ne saurait éviter d’être condamné par ces gens-là, mais ceux qui ont le cœur bon profitent avec empressement des moyens que Dieu leur présente pour leur édification et pour leur salut.

IV. L’histoire de la pécheresse est tout-à-fait remarquable. Elle nous instruit de la nature vraie repentance et de son efficace :

I. On voit dans cette femme pénitente le modèle de cette profonde humilité avec laquelle les grands pécheurs doivent déplorer leurs égarements et de cette vive douleur qui pénètre l’âme, qui paraît au dehors par la confession, par les larmes et par toutes les marques d’une sincère componction et d’une confusion salutaire et qui produit un entier renoncement au péché.

II. On remarque ici avec quelle bonté le Sauveur du monde reçoit les vrais pénitents et leur pardonne leurs fautes. Ce qu’il dit au pharisien qui croyait que Jésus n’était pas un prophète, puisqu’il souffrait que la pécheresse s’approchât de lui et lui baisât les pieds, tendait à lui faire connaître qu’il savait bien ce que cette femme était, mais qu’il ne rejetait pas les grands pécheurs lorsqu’il les voyait véritablement repentants et que l’on ne devait pas non plus les rejeter, ni les mépriser.

Il faut enfin faire une attention particulière à ces paroles de notre Seigneur : que celui à qui il est beaucoup pardonné l’aimera davantage.

Il nous apprend par-là que ceux à qui Dieu a pardonné de grands péchés doivent l’aimer avec plus d’ardeur et même qu’ils peuvent parvenir à un degré considérable de sainteté. C’est là une doctrine bien propre à encourager les pécheurs et qui doit les animer à l’amour de Dieu et à l’étude de la sainteté et des bonnes œuvres. 

CHAPITRE VIII VERSETS 1 A 25

Cette partie du chapitre VIII de Saint Luc renferme trois choses :

I. La parabole de la semence,

II. la déclaration que notre Seigneur fait que ses vrais disciples lui étaient aussi chers que ses plus proches parents,

III Le miracle qu’il fit en apaisant une tempête. 

1 Depuis ce temps-là, Jésus allait de ville en ville, et de village en village, prêchant et annonçant le royaume de Dieu ; et les douze apôtres étaient avec lui.

2 Il y avait aussi avec lui quelques femmes qui avaient été délivrées des malins esprits et de leurs maladies ; savoir, Marie qu’on appelait Magdelaine, de laquelle il était sorti sept démons ;

3 et Jeanne, femme de Chuzas, intendant d’Hérode, et Suzanne et plusieurs autres, qui l’assistaient de leurs biens.

4 Et comme une grande foule de peuple s’assemblait, et que plusieurs venaient à lui de toutes les villes, il leur dit en parabole :

5 Un semeur sortit pour semer, et en semant, une partie du grain tomba le long du chemin, et elle fut foulée, et les oiseaux du ciel la mangèrent toute ;

6 et l’autre partie tomba sur un endroit pierreux ; et quand elle fut levée, elle sécha, à cause qu’elle n’avait point d’humidité ;

7 et l’autre partie tomba parmi les épines, et les épines levèrent avec le grain, et l’étouffèrent ;

8 Et l’autre partie tomba dans une bonne terre ; et étant levée, elle rendit du fruit cent pour un. En disant ces choses, il criait : Que celui qui a des oreilles pour ouïr, entende !

9 Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole.

10 Et il répondit : Il vous est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; mais il n’en est parlé aux autres qu’en paraboles, de sorte qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en entendant ils ne comprennent point.

11 Voici donc ce que cette parabole signifie : La semence, c’est la parole de Dieu ;

12 ceux qui la reçoivent le long du chemin, ce sont ceux qui l’écoutent ; mais le diable vient, qui ôte cette parole de leur cœur, de peur qu’en croyant, ils ne soient sauvés ;

13 ceux qui la reçoivent dans des endroits pierreux, ce sont ceux qui ayant ouï la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont point de racine, et ils ne croient que pour un temps ; et quand la tentation survient, ils se retirent ;

14 et ce qui est tombé parmi les épines, sont ceux qui ont entendu la parole, mais qui, s’en allant, la laissent étouffer par les inquiétudes, par les richesses et par les voluptés de cette vie, de sorte qu’ils ne portent point de fruit qui vienne à maturité ;

15 mais ce qui est tombé dans une bonne terre, ce sont ceux qui, ayant ouï la parole avec un cœur honnête et bon, la retiennent et portent du fruit avec persévérance.

16 Personne, après avoir allumé une chandelle, ne la couvre d’un vaisseau, ni ne la met sous le lit ; mais il la met sur un chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière.

17 Car il n’y a rien de secret qui ne doive être manifesté, ni rien de caché qui ne doive être connu et venir en évidence.

18 Prenez donc garde de quelle manière vous écoutez ; car on donnera à celui qui a déjà, mais pour celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il croit avoir.

19 Alors sa mère et ses frères vinrent le trouver ; mais ils ne pouvaient l’aborder à cause de la foule.

20 Et on vint lui dire : Ta mère et tes frères sont là dehors, qui désirent de te voir.

21 Mais il répondit : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique.

22 Il arriva un jour qu’il entra dans une barque avec ses disciples, et il leur dit : Passons de l’autre côté du lac ; et ils partirent.

23 Et comme ils voguaient, il s’endormit : et un vent impétueux s’éleva sur le lac, la barque s’emplissait d’eau, et ils étaient en danger.

24 Alors ils vinrent vers lui, et ils le réveillèrent en lui disant : Maître, maître, nous périssons. Mais lui, étant réveillé, parla avec autorité au vent et à la tempête, qui s’apaisèrent, et il se fit un grand calme.

25 Alors il leur dit : Où est votre foi ? Et eux, saisis de crainte et d’admiration, disaient entre eux : Mais qui est celui-ci, qu’il commande même aux vents et à l'eau, et ils lui obéissent.

 REFLEXIONS

Le dessein de Jésus-Christ dans la parabole de la semence était d’apprendre à ceux qui l’écoutaient que tous les hommes ne reçoivent pas la parole de Dieu de la même manière.

La semence qui tombe auprès d’un chemin représente les personnes qui sont entièrement endurcies et qui ne reçoivent du tout point cette parole.

Par la semence qui tombe parmi les pierres, notre Seigneur décrit l’état de ceux sur qui la parole fait quelque impression, qui la goûtent d’abord et la reçoivent avec joie, mais qui, n’étant pas bien affermis, ne persévèrent pas et succombent aux tentations.

La semence qui tombe parmi les épines nous met devant les yeux l’état de ces auditeurs en qui l’Évangile ne produit pas son effet parce que leur cœur est occupé par l’amour des richesses et des voluptés et possédés par les soins de cette vie.

Mais par la semence qui est reçue dans un bon champ et qui y produit beaucoup de fruit, notre Seigneur marque l’effet que la parole produit sur ceux qui la reçoivent dans un cœur honnête et bon et qui en rapportent les fruits avec persévérance.

C’est ici une similitude à laquelle nous devons faire une sérieuse et continuelle attention. Jésus-Christ en la proposant a voulu nous engager, comme il le dit lui-même, à prendre garde à la manière dont nous écoutons la parole de Dieu et à nous bien examiner pour voir si nous en faisons un bon usage. C’est à quoi nous oblige encore la déclaration que notre Seigneur fit lorsqu’on lui vint dire que sa mère et ses proches parents demandaient à lui parler. Nous devons voir par ce qu’il dit alors que ce qui nous fait surtout avoir part à son amour c’est une grande attention et un grand zèle à écouter sa parole et à faire sa volonté. Ce qui nous unit ainsi à Jésus-Christ est aussi ce qui doit nous unir le plus étroitement les uns avec les autres. Les liens de la piété sont encore plus forts que ceux de la nature et de tous les hommes ceux à qui il faut le plus donner son affection et son estime, ce sont ceux qui aiment véritablement le Seigneur Jésus-Christ et qui gardent ses commandements.

Nous voyons enfin ici que notre Seigneur, qui avait fait tant de miracles pour la délivrance des personnes affligées, voulut aussi en faire un en faveur de ses apôtres en les délivrant d’un grand danger lorsqu’ils étaient prêts à périr sur l’eau. Les apôtres craignirent dans cette occasion et le Seigneur voyant la faiblesse de leur foi les en reprit, mais il ne laissa pas de les délivrer.

Nos faiblesses n’empêchent pas que Dieu ne nous accorde les secours qui nous sont nécessaires, pourvu que nous ayons recours à lui avec sincérité et avec humilité. Ceux que Dieu aime peuvent se rencontrer dans de fâcheuses extrémités et leur faiblesse peut alors les jeter dans la crainte, mais le Seigneur ne les abandonne jamais et en quelque état qu’ils se trouvent, il les favorise toujours de son amour et de sa protection. 

CHAPITRE VIII VERSETS 26 A 56

Jésus-Christ fait trois miracles :

Il délivre un démoniaque. Il guérit une femme malade d’une perte de sang, Et il ressuscite une jeune fille. 

26 Ils abordèrent ensuite au pays des Gadaréniens, qui est vis-à-vis de la Galilée.

27 Et quand Jésus fut descendu à terre, il vint au-devant de lui un homme de cette ville-là, qui était possédé des démons depuis longtemps. Il ne portait point d’habit, et il ne demeurait point à la maison ; mais il se tenait dans les sépulcres.

28 Dès qu’il vit Jésus, il fit un grand cri, et se jetant à ses pieds, il dit à haute voix : Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu très haut ? Je te prie, ne me tourmente point.

29 Car Jésus commandait à l’esprit immonde de sortir de cet homme, dont il s’était saisi depuis longtemps ; et bien qu’il fût gardé, lié de chaînes, et qu’il eût les fers aux pieds, il rompait ses liens, et il était emporté par le démon dans les déserts.

30 Et Jésus lui demanda : Comment t’appelles-tu ? Et il répondit : Je m’appelle Légion ; car plusieurs démons étaient entrés en lui.

31 Et ils le priaient de ne leur pas commander d’aller dans l’abîme.

32 Or, il y avait là un grand troupeau de pourceaux qui paissaient sur une montagne ; et ils le priaient qu’il leur permît d’entrer dans ces pourceaux, et il le leur permit.

33 Les démons étant donc sortis de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita avec impétuosité dans le lac, et y fut noyé.

34 Et ceux qui les paissaient, voyant ce qui était arrivé, s’enfuirent et le racontèrent dans la ville et à la campagne.

35 Alors les gens sortirent pour voir ce qui s’était passé ; et étant venus vers Jésus, ils trouvèrent l’homme duquel les démons étaient sortis, assis aux pieds de Jésus, habillé et dans son bon sens ; et ils furent saisis de frayeur.

36 Et ceux qui avaient vu la chose leur racontèrent comment le démoniaque avait été délivré.

37 Alors tous ceux du pays des Gadaréniens le prièrent de se retirer de chez eux ; car ils étaient saisis d’une grande crainte. Il entra donc dans la barque pour s’en retourner.

38 Et l’homme duquel les démons étaient sortis le priait de lui permettre d’être avec lui ; mais Jésus le renvoya, en disant :

39 Retourne en ta maison, et raconte les grandes choses que Dieu t’a faites. Il s’en alla donc, publiant par toute la ville tout ce que Jésus avait fait en sa faveur.

40 Quand Jésus fut de retour, il fut reçu par une grande multitude ; car tous l’attendaient.

41 Et il vint à lui un homme qui s’appelait Jaïrus, lequel était chef de la synagogue, et se jetant aux pieds de Jésus, il le pria de venir dans sa maison ;

42 parce qu’il avait une fille unique, âgée d’environ douze ans, qui se mourait. Et comme Jésus y allait, il était pressé par la foule.

43 Alors une femme qui avait une perte de sang depuis douze ans, et qui avait dépensé tout son bien en médecins, sans avoir pu être guérie par aucun d’eux,

44 S’approchant de lui par derrière, toucha le bord de son vêtement ; et à l’instant sa perte de sang s’arrêta.

45 Alors Jésus dit : Qui est-ce qui m’a touché ? Et comme tous le niaient, Pierre et ceux qui étaient avec lui, lui dirent : Maître, la foule t’environne et te presse ; et tu dis : Qui est-ce qui m’a touché ?

46 Mais Jésus dit : Quelqu’un m’a touché ; car j’ai senti qu’une vertu est sortie de moi.

47 Cette femme donc voyant que cela ne lui avait point été caché, vint toute tremblante, et se jetant à ses pieds, elle déclara, devant tout le peuple, pour quel sujet elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie à l’instant.

48 Et il lui dit : Ma fille, rassure-toi, ta foi t’a guérie ; va-t’en en paix.

49 Comme il parlait encore, quelqu’un vint de chez le chef de la synagogue, qui lui dit : Ta fille est morte, ne fatigue pas davantage le Maître.

50 Mais Jésus l’ayant entendu, dit au père de la fille : Ne crains point ; crois seulement, et elle sera guérie.

51 Et quand il fut arrivé dans la maison, il ne laissa entrer personne que Pierre, Jacques et Jean, et le père et la mère de la fille.

52 Et tous pleuraient et se lamentaient à cause d’elle ; mais il dit : Ne pleurez point ; elle n’est pas morte, mais elle dort.

53 Et ils se moquaient de lui, sachant qu’elle était morte.

54 Mais, les ayant tous fait sortir, il la prit par la main, et il cria : Ma fille, lève-toi.

55 Et son âme revint ; elle se leva à l’instant, et il commanda qu’on lui donnât à manger.

56 Et son père et sa mère furent tout étonnés ; mais il leur défendit de dire à personne ce qui était arrivé. 

REFLEXIONS

Ce qui est ici rapporté de l’état déplorable où était depuis longtemps ce démoniaque que Jésus-Christ délivra et les diverses circonstances de cette histoire font voir la certitude et la merveille du miracle que notre Seigneur fit dans cette occasion aussi bien que la grande miséricorde qu’il exerça envers lui. La permission que Jésus-Christ donna aux démons d’entrer dans les pourceaux est aussi une preuve de la grandeur et de la vérité de ce miracle et du pouvoir souverain que notre Seigneur avait sur les démons. On voit même ici que ces esprits malins le craignaient et le redoutaient comme leur juge. Jésus-Christ ayant délivré cet homme lui ordonna de raconter aux siens la grâce que Dieu lui avait faite. C’est ainsi que nous devons reconnaître et publier les bontés du Seigneur envers nous lorsqu’il nous accorde quelque délivrance ou quelque faveur particulière. Au reste, il faut considérer que si les hommes ne sont plus exposés au pouvoir du démon, comme l’étaient ceux que notre Seigneur délivrait, ils peuvent tomber d’une autre manière sous la puissance de cet ennemi de notre salut. C’est l’état funeste de ceux dont l’Écriture dit : que le diable agit en eux avec efficace et qu’ils sont pris dans ses pièges pour faire sa volonté.

Dans la guérison de cette femme qui était malade d’une perte de sang, l’on doit principalement faire attention à ses sentiments et à sa conduite. N’osant pas se présenter devant notre Seigneur pour lui demander sa guérison, elle se contenta de toucher son habit, ce qui marquait par là sa profonde humilité et en même temps la grandeur de sa foi et la haute opinion qu’elle avait de la puissance de Jésus-Christ. La délivrance prompte et miraculeuse que le Seigneur lui accorda ne manifeste pas seulement la vertu divine qui était en lui, elle nous apprend aussi qu’avec l’humilité et la foi nous trouverons toujours auprès de Jésus-Christ les secours nécessaires pour notre salut. Plus on se croit indigne d’avoir part à la grâce de Dieu et plus il est disposé à la répandre sur nous. C’est encore une chose digne d’être remarquée que notre Seigneur connut que cette femme l’avait touché, quoiqu’elle ne se fût pas adressée à lui. On voit par-là que rien n’est caché à Jésus-Christ et que les miracles qu’il opérait ne se faisait que par sa volonté.

La résurrection de la fille de Jaïrus est un effet plus considérable de la puissance infinie de notre Seigneur et ce miracle, de même que quelques autres semblables qu’il a faits, ne nous permettent pas de douter qu’il ne puisse ressusciter les morts et qu’il ne fasse un jour cette même merveille en notre faveur selon qu’il nous l’a promis. 

CHAPITRE IX VERSETS 1 A 27

Saint Luc rapporte :

I. L’envoi des douze apôtres dans la Judée et les instructions que notre Seigneur leur donna

II. L’opinion que le roi Hérode avait de Jésus-Christ,

III. Le miracle de la multiplication des cinq pains et des deux poissons,

IV. l’entretien que notre Seigneur eut avec les apôtres lorsqu’il leur demanda quels sentiments ils avaient de lui et ce qu’il leur dit pour les avertir de sa mort et pour les préparer eux-mêmes aux souffrances.

 1 Puis Jésus ayant assemblé ses douze disciples, il leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies.

2 Il les envoya donc annoncer le règne de Dieu, et guérir les malades.

3 Et il leur dit : Ne portez rien pour le chemin, ni bâtons, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez point deux habits.

4 Et en quelque maison que vous entriez, demeurez-y jusqu’à ce que vous partiez.

5 Et partout où l’on ne vous recevra point, en partant de cette ville-là, secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre ces gens-là.

6 Etant donc partis, ils allaient de bourgade en bourgade, annonçant l’évangile et guérissant partout les malades.

7 Cependant, Hérode le tétrarque entendit parler de tout ce que Jésus faisait ; et il était fort en peine, parce que les uns disaient que Jean était ressuscité des morts ;

8 et d’autres, qu’Elie était apparu ; et d’autres, que quelqu’un des anciens prophètes était ressuscité.

9 Et Hérode disait : J’ai fait couper la tête à Jean ; qui est donc celui-ci, de qui j’entends dire de telles choses ? Et il souhaitait de le voir.

10 Les apôtres étant de retour, racontèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait. Les ayant pris avec lui, il se retira à l’écart dans un lieu solitaire, près d’une ville appelée Bethsaïde.

11 Le peuple l’ayant appris, le suivit, et Jésus les ayant reçus, il leur parlait du règne de Dieu, et il guérissait ceux qui avaient besoin de guérison.

12 Comme le jour commençait à baisser, les douze s'approchèrent de lui et lui dirent : Renvoie cette multitude, afin qu’ils s’en aillent aux bourgs et aux villages qui sont aux environs, pour s’y retirer et pour trouver à manger ; car nous sommes ici dans un lieu désert.

13 Mais il leur dit : Vous-mêmes, donnez-leur à manger. Et ils dirent : Nous n’avons que cinq pains et deux poissons ; à moins que nous n’allions acheter des vivres pour tout ce peuple ;

14 car ils étaient environ cinq mille hommes. Alors il dit à ses disciples : Faites-les asseoir par rangs de cinquante personnes chacun.

15 Et ils firent ainsi, et les firent tous asseoir.

16 Alors Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et levant les yeux au ciel, il les bénit, et les rompit, et les donna aux disciples, afin qu’ils les missent devant le peuple.

17 Ils en mangèrent tous, et furent rassasiés, et on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restèrent.

18 Il arriva, comme il priait en particulier, et que les disciples étaient avec lui, qu’il leur demanda : Qui dit-on, parmi le peuple, que je suis ?

19 Eux, répondant, dirent : Les uns disent que tu es Jean-Baptiste ; les autres, Elie : et les autres, que quelqu’un des anciens prophètes est ressuscité.

20 Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? Et Pierre répondit : Tu es le CHRIST DE DIEU.

21 Et il leur défendit avec menaces de le dire à personne.

22 Puis il leur dit : Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté par les sénateurs, par les principaux sacrificateurs et par les Scribes, et qu’il soit mis à mort, et qu’il ressuscite le troisième jour.

23 Et il disait à tous : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive.

24 Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra ; mais quiconque perdra sa vie pour l’amour de moi, celui-là la sauvera.

25 Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il se détruisait lui-même et s'il se perdait lui-même ?

26 Car si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui quand il viendra dans sa gloire, et dans celle du Père et des saints anges.

27 Et je vous dis en vérité, qu’il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici présents, qui ne mourront point, qu’ils n’aient vu le règne de Dieu. 

REFLEXIONS

Ce qu’il y a à considérer sur l’envoi des apôtres, c’est que Jésus-Christ leur ordonna d’aller devant lui dans la Judée afin de répandre partout la bonne nouvelle de la venue du Messie et de préparer les Juifs, par leur prédication et par leurs miracles, à le recevoir. Par là il voulait aussi les préparer eux-mêmes à aller dans la suite annoncer l’Évangile par toute la terre. Ce que l’on doit surtout remarquer dans ce que Jésus-Christ leur dit, c’est que le ministère des serviteurs de Dieu n’est utile qu’à ceux qui les reçoivent et que ceux qui les rejettent attirent sur eux une sévère mais juste condamnation.

Il parait d’ici, en second lieu, que l’on avait une haute opinion de notre Seigneur parmi les Juifs, puisqu’on croyait que c’était Élie ou quelque autre prophète, mais c’est une chose très remarquable qu’Hérode, qui était un prince impie et dans les sentiments des sadducéens qui niaient la résurrection, croyait que Jean-Baptiste, qu’il avait fait mourir, était ressuscité. On doit regarder cela comme un effet des remords que ce prince ressentait d’avoir fait mourir ce Saint homme. Quoique les impies rejettent les vérités de la religion, ils ne sont jamais bien affermis dans leurs sentiments et lorsque leur conscience se réveille, ils reconnaissent les mêmes vérités qu’ils avaient révoquées en doute et niées auparavant.

Le miracle que Jésus-Christ fit en multipliant cinq pains et deux poissons pour donner à manger à plusieurs milliers de personnes est l’un des plus illustres qu’il ait faits, puisque ces gens-là furent autant de témoins qui allèrent répandre tout le bruit de cette merveille, ce qui servit à confirmer puissamment la vérité de la doctrine de Jésus-Christ et sa mission divine et à disposer un grand nombre de personnes à croire en lui.

Ce que nous devons recueillir de l’entretien que notre Seigneur eut avec ses disciples sur les sentiments qu’on avait de lui et sur ce qu’ils en pensaient eux-mêmes, c’est :

  • Que la foi en Jésus-Christ consiste à le regarder comme le Messie et le fils du Dieu vivant,
  • Qu’il était venu au monde pour souffrir et pour mourir,
  • Que personne ne peut être chrétien s’il n’a premièrement appris à renoncer à soi-même et à porter sa croix et s’il n’est disposé à faire toujours une profession publique de sa foi.

Et enfin que le salut ou la perte de l’âme est la seule chose la plus importante de toutes et que bien loin de nous mettre en danger de perdre notre âme en voulant gagner le monde, il n’y a rien que nous ne devions être prêts à sacrifier pour la sauver.

CHAPITRE IX VERSETS 28 A 62

Notre Seigneur est transfiguré en présence de trois de ses apôtres.

Il guérit un lunatique que ses disciples n’avaient pu guérir, et il leur dit encore une fois qu’il serait condamné à la mort.

Il leur enseigne l’humilité et il les blâme d’avoir empêché un homme qui ne les suivait pas de chasser les démons en son nom.

Il censure le zèle inconsidéré de deux de ses apôtres, et il répond à trois personnes qui voulaient le suivre. 

28 Environ huit jours après ces discours, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et monta sur une montagne pour prier.

29 Et pendant qu’il priait, son visage parut tout autre, et ses habits devinrent blancs et resplendissants comme un éclair.

30 En même temps on vit deux hommes qui s’entretenaient avec lui ; c’étaient Moïse et Elie,

31 qui apparurent avec gloire, et parlaient de son issue qu’il devait accomplir à Jérusalem.

32 Et Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient accablés de sommeil, et quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire, et les deux hommes qui étaient avec lui.

33 Et comme ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon que nous demeurions ici ; faisons-y trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie ; car il ne savait pas bien ce qu’il disait.

34 Il parlait encore, lorsqu’une nuée les couvrit : et comme elle les enveloppait, ils furent saisis de frayeur.

35 Et une voix sortit de la nuée qui dit : C’est ici mon fils bien-aimé ; écoutez-le.

36 Et dans le temps que la voix se faisait entendre, Jésus se trouva seul ; et ils gardèrent le silence sur cela, et ne dirent rien alors à personne de ce qu’ils avaient vu.

37 Le jour suivant, comme ils descendaient de la montagne, une grande troupe vint au-devant de Jésus.

38 Et un homme de la troupe s’écria et dit : Maître, je te prie, jette les yeux sur mon fils ; car c’est mon fils unique.

39 Un esprit se saisit de lui, et aussitôt il jette de grands cris, il l’agite violemment, le fait écumer, et à peine le quitte-t-il, après l’avoir tout brisé.

40 Et j’ai prié tes disciples de le chasser ; mais ils n’ont pu.

41 Et Jésus, répondant, dit : O race incrédule et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils.

42 Et comme il approchait, le démon le jeta contre terre, et l’agita violemment ; mais Jésus reprit fortement l’esprit immonde, et guérit l’enfant, et le rendit à son père.

43 Et tous furent étonnés de la puissance magnifique de Dieu. Et comme ils étaient tous dans l’admiration de tout ce que Jésus faisait, il dit à ses disciples :

44 Pour vous, écoutez bien ces paroles : Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes.

45 Mais ils n’entendaient point cette parole ; elle était si obscure pour eux, qu’ils n’y comprenaient rien ; et ils craignaient de l’interroger sur ce sujet.

46 Et il survint une dispute parmi eux, lequel d’entre eux serait le plus grand.

47 Mais Jésus, voyant les pensées de leur cœur, prit un enfant et le mit auprès de lui.

48 Et il leur dit : Quiconque reçoit cet enfant en mon nom, il me reçoit ; et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. Car celui d’entre vous tous qui est le plus petit, c’est celui-là qui sera grand.

49 Et Jean, prenant la parole, dit : Maître, nous avons vu un homme qui chassait les démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne te suit pas avec nous.

50 Et Jésus lui dit : Ne l’en empêchez point ; car celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

51 Comme le temps auquel il devait être enlevé du monde approchait, il se mit en chemin, résolu d’aller à Jérusalem.

52 Et il envoya des gens devant lui, qui, étant partis, entrèrent dans un bourg des Samaritains, pour lui préparer un logement.

53 Mais les Samaritains ne le reçurent pas, parce qu’il paraissait aller à Jérusalem.

54 Et Jacques et Jean, ses disciples, voyant cela, lui dirent : Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu du ciel descende sur eux et qu’il les consume, comme Elie le fit ?

55 Mais Jésus, se tournant vers eux, les censura et leur dit : Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ;

56 Car le Fils de l’homme n’est point venu pour faire périr les hommes ; mais il est venu pour les sauver. Et ils s’en allèrent à un autre bourg.

57 Et comme ils étaient en chemin, un homme lui dit : Je te suivrai, Seigneur, partout où tu iras.

58 Mais Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids : mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.

59 Il dit à un autre : Suis-moi. Et il lui répondit : Seigneur, permets que j'aille auparavant ensevelir mon père.

60 Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts, mais toi, va annoncer le règne de Dieu.

61 Un autre lui dit aussi : Je te suivrai, Seigneur ; mais permets-moi de prendre auparavant congé de ceux qui sont dans ma maison.

62 Mais Jésus lui répondit : Celui qui met la main à la charrue et regarde derrière lui, n’est point propre pour le royaume de Dieu. 

REFLEXIONS

Nous avons dans la transfiguration de notre Seigneur et dans l’état de gloire où les apôtres le virent alors une preuve convaincante de la vérité et de   la divinité de l’Évangile, comme Saint Pierre qui fut présent à cette transfiguration le remarque dans sa deuxième épître au chapitre un. Moïse et Élie furent vus dans cette occasion avec Jésus-Christ et les apôtres les entendirent s’entretenir avec lui de ce qu’il devait souffrir à Jérusalem, afin qu’il parût que c’était de lui que les prophètes avaient parlé. Dieu fit entendre une voix du Ciel, après que Moïse et Élie se furent retirés, pour apprendre aux apôtres et par leur moyen, à tous les hommes que désormais il ne fallait plus écouter que Jésus seul et qu’il était infiniment plus grand que Moïse, qu’Élie et que tous les prophètes. Enfin il parait que ces deux Saints hommes, qui n’étaient plus au monde depuis plusieurs siècles vivaient auprès de Dieu, d’où nous devons conclure que ceux qui ont servi Dieu fidèlement en cette vie ne sont pas détruits, ni anéantis par la mort.

On voit dans l’histoire du lunatique que la foi des apôtres était encore bien faible, comme notre Seigneur le leur reprocha, mais cette foi se fortifia dans la suite à mesure qu’ils furent mieux instruits et, que leurs préjugés se dissipaient. Comme le peu de foi des apôtres fut cause qu’ils ne purent délivrer le lunatique, nos chutes et nos manquements ne viennent que du défaut de foi, c’est pourquoi nous devons travailler à nous y affermir et prier le Seigneur qu’il l’augmente de plus en plus en nous.

Les leçons d’humilité que notre Seigneur donnait à ses disciples nous apprennent que les sentiments d’élévation et l’amour de la gloire du monde sont indignes des chrétiens, qu’ils doivent au contraire chercher leur gloire dans l’humilité et estimer tous ceux qui aiment Jésus-Christ quand même ils seraient petits et méprisés dans le monde.

La réponse que Jésus-Christ fit à Saint Jean, qui s’était opposé à un homme qui chassait les démons au nom de Jésus-Christ parce que cet homme n’était pas à l’ordinaire avec les apôtres, nous enseigne qu’on ne doit jamais s’opposer sous quelque prétexte que ce soit à ceux qui travaillent sincèrement à l’avancement du règne de notre Seigneur. Il faut faire cas de la piété partout où elle se trouve, puisque tout ce qui est bon ne peut venir que de Dieu.

Il y a d’importantes considérations à faire sur la censure que Jésus-Christ adressa à Saint Jacques et à Saint Jean, lesquels, emporté par un zèle indiscret et par l’aversion que les Juifs avaient pour les Samaritains, voulaient faire descendre le feu du Ciel sur ces samaritains qui n’avaient pas voulu loger leur maître. Cela nous avertit de ne nous jamais laisser surprendre par l’esprit de vengeance, ni par un zèle faux et aveugle tel qu’est toujours celui qui va faire du mal aux hommes, mais d’être animés comme Jésus-Christ l’a été, d’un esprit de douceur et de support envers tout le monde et en particulier envers ceux qui sont dans l’erreur et qui ont d’autres sentiments que nous sur la religion.

Par les réponses que notre Seigneur donna à ces trois personnes qui voulaient le suivre, il se proposait de leur faire connaître :

I. Qu’il ne promettait point les commodités de cette vie à ses disciples,

II. Qu’il faut être prêt à renoncer à tout pour l’amour de lui, même aux choses qui sont innocentes et légitimes lorsqu’elles nous sont un obstacle à faire notre devoir,

III. Que quand on s’est une fois engagé à son service, on doit suivre sa vocation et ne plus regarder du côté du monde. 

CHAPITRE X VERSETS 1 A 24

Jésus-Christ choisit soixante et dix disciples, il les envoie devant lui, il leur donne le pouvoir de faire des miracles et les instructions nécessaires pour leur emploi et il dénonce les jugements de Dieu aux villes où il avait prêché et fait des miracles et qui ne s’étaient pas amendées.

II. Les soixante et dix disciples rendent compte à Jésus-Christ du succès de leur voyage et de leur ministère et il prédit à cette occasion la chute du règne de satan.

III. Il loue Dieu de ce que l’Évangile était prêché et reçu par des personnes qui n’étaient pas distinguées, ni considérées dans le monde et il représente à ses disciples combien ils étaient heureux d’être instruits par lui des vérités de l’Évangile.

 1 Après cela, le Seigneur établit encore soixante et dix autres disciples, et il les envoya deux à deux devant lui, dans toutes les villes et dans tous les lieux où lui-même devait aller.

2 Et il leur disait : La moisson est grande ; mais il y a peu d’ouvriers ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson.

3 Allez, je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.

4 Ne portez ni bourse, ni sac, ni souliers ; et ne saluez personne en chemin.

5 Et dans quelque maison que vous entriez, dites en entrant : La paix soit sur cette maison.

6 S’il y a là quelque enfant de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle retournera à vous.

7 Et demeurez dans cette maison-là, mangeant et buvant de ce qu’on vous donnera, car l’ouvrier est digne de son salaire. Ne passez point d’une maison à une autre maison.

8 De même, dans quelque ville que vous entriez, si on vous y reçoit, mangez de ce qu’on vous présentera.

9 Guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : Le règne de Dieu s’est approché de vous.

10 Mais dans quelque ville que vous entriez, si l’on ne vous y reçoit pas, sortez dans les rues, et dites :

11 Nous secouons contre vous la poussière qui s’est attachée à nous dans votre ville ; sachez pourtant que le règne de Dieu s’est approché de vous.

12 Je vous dis qu’en ce jour-là ceux de Sodome seront traités moins rigoureusement que cette ville-là.

13 Malheur à toi, Chorasin ; malheur à toi, Bethsaïde ! car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps que ces villes se seraient converties, en prenant le sac et la cendre.

14 C’est pourquoi Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement au jour du jugement que vous.

15 Et toi, Capernaüm, qui as été élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusqu’en enfer.

16 Qui vous écoute, m’écoute ; et qui vous rejette, me rejette ; et qui me rejette, rejette celui qui m’a envoyé.

17 Or, les soixante et dix disciples revinrent avec joie, disant : Seigneur, les démons même nous sont assujettis par ton nom.

18 Et il leur dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair.

19 Voici, je vous donne le pouvoir de marcher sur les serpents, sur les scorpions et sur toutes les forces de l’ennemi ; et rien ne pourra vous nuire.

20 Toutefois ne vous réjouissez pas seulement de ce que les esprits vous sont assujettis ; mais réjouissez-vous encore plus de ce que vos noms sont écrits dans les cieux.

21 En ce même instant, Jésus tressaillit de joie en son esprit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux enfants ! Oui, mon Père, cela est ainsi, parce que tu l’as trouvé bon.

22 Toutes choses m’ont été mises entre les mains par mon Père ; et nul ne connaît qui est le Fils, que le Père, ni qui est le Père, que le Fils, et celui à qui le Fils le voudra révéler.

23 Puis se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !

24 Car je vous dis que plusieurs prophètes et plusieurs rois ont désiré de voir ce que vous voyez, et ne l’ont point vu ; et d’entendre ce que vous entendez, et ne l’ont point entendu.

REFLEXIONS

Jésus-Christ, qui avait déjà choisi douze apôtres, voulut encore choisir soixante et dix disciples qu’il envoya dans la Judée afin de répandre plus promptement l’heureuse nouvelle de la venue du règne de Dieu et afin qu’ils fussent dans la suite mieux en état d’aller prêcher sa doctrine dans tout le monde. Les instructions qu’il leur donna montrent que les serviteurs de Dieu doivent exercer leur charge avec fidélité, avec désintéressement et avec courage, que ceux qui ont le cœur bon et un esprit paisible les reçoivent et que ceux qui refusent de les écouter seront inexcusables.

II. Les plaintes et les menaces que Jésus-Christ fait contre ces villes de la Galilée où il avait prêché et fait des miracles nous avertissent que les peuples qui sont le plus favorisés des grâces du Ciel en abusent souvent d’une manière criminelle et que ceux à qui Dieu fait annoncer sa parole et qui n’en profitent pas doivent s’attendre à la punition la plus sévère.

III. Sur ce que Jésus-Christ dit aux soixante et dix disciples lorsqu’ils lui rendirent compte du succès de leur voyage et des miracles qu’ils avaient faits, il faut remarquer qu’il prédit la ruine prompte du règne de satan, ce qui arriva en effet peu après par la prédication de l’Évangile. Il leur déclara de plus que quoique ce fût un privilège bien plus glorieux pour eux de chasser les démons, ils doivent encore plus se réjouir de ce que leurs noms étaient écrits dans le Ciel, c’est-à-dire de ce qu’ils étaient disciples de Jésus-Christ et destiné à la gloire céleste. L’avantage d’appartenir à Dieu et d’être du nombre des vrais fidèles est infiniment plus considérable que le pouvoir de faire des miracles.

IV. On doit aussi faire bien attention aux louanges que Jésus-Christ rendait à Dieu de ce que l’Évangile était reçu par les petits et par les humbles, pendant que les grands et ceux qui étaient regardés comme les plus sages le rejetaient. Ce n’est pas aux mondains et aux personnes qui sont remplies de la bonne opinion d’elles-mêmes que Dieu se révèle, c’est aux humbles et à ceux qui ont le cœur simple et droit.

V. Il faut bien remarquer ce que notre Seigneur disait si fortement à ses disciples qu’ils étaient heureux d’être instruits par lui et de connaitre les vérités de l’Évangile que les anciens prophètes n’avaient pas connu comme eux. Cet avantage nous est commun avec les Apôtres ; mais si nous ne profitons pas de notre bonheur, nous n’en serons que plus misérables et il vaudrait mieux pour nous ne n’en avoir jamais joui. 

CHAPITRE X VERSETS 25 A 42

Jésus-Christ répond à un docteur de la Loi qui lui avait demandé ce qu’il fallait faire pour avoir la vie éternelle.

II. Pour apprendre à ce docteur qu’il n’y a point d’homme qui ne soit notre prochain, il lui propose la parabole d’un homme qui était tombé entre les mains des voleurs.

III. Jésus étant allé loger dans la maison de Marthe et de Marie, il loue la piété de Marie qui se tenait auprès de lui pour l’écouter 

25 Alors un docteur de la loi se leva et dit à Jésus, pour l’éprouver : Maître, que faut-il que je fasse pour hériter la vie éternelle ?

26 Jésus lui dit : Qu’est-ce qui est écrit dans la loi, et qu’y lis-tu ?

27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même.

28 Et Jésus lui dit : Tu as bien répondu ; fais cela, et tu vivras.

29 Mais cet homme voulant paraître juste, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?

30 Et Jésus, prenant la parole, lui dit : Un homme descendit de Jérusalem à Jérico, et tomba entre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent ; et après l’avoir blessé de plusieurs coups, ils s’en allèrent, le laissant à demi mort.

31 Or, il se rencontra qu’un sacrificateur descendait par ce chemin-là ; et ayant vu cet homme, il passa outre.

32 Un lévite étant aussi venu dans le même endroit, et le voyant, passa outre.

33 Mais un Samaritain, passant son chemin, vint vers cet homme, et le voyant, il fut touché de compassion ;

34 et s’approchant, il banda ses plaies, et il y versa de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa monture, et le mena à une hôtellerie, et prit soin de lui.

35 Le lendemain, en partant, il tira deux deniers d’argent, et les donna à l’hôte, et lui dit : Aie soin de lui, et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.

36 Lequel donc de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé entre les mains des voleurs ?

37 Le docteur dit : C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui. Jésus lui dit : Va, et fais la même chose.

38 Comme ils étaient en chemin, il entra dans un bourg, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.

39 Elle avait une sœur nommée Marie, qui, se tenant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole.

40 Mais comme Marthe était distraite par divers soins, elle vint et dit à Jésus : Seigneur, ne considères-tu point que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc qu’elle m’aide aussi.

41 Et Jésus lui répondit : Marthe, Marthe, tu te mets en peine et tu t’embarrasses de plusieurs choses ;

42 mais une seule chose est nécessaire ; or, Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. 

REFLEXIONS

Cette lecture nous donne ces trois instructions. La première, que le principal commandement de Dieu et même l’abrégé de toute la religion est d’aimer Dieu par-dessus toutes choses et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes, que c’est là le moyen d’accomplir toute la Loi et de s’acquitter de tous nos devoirs et qu’ainsi c’est à quoi il faut s’attacher si l’on veut parvenir à la vraie et solide piété et par ce moyen à la vie éternelle.

La seconde, qu’il n’y a aucun homme qui ne soit notre prochain et que nous ne devions aimer. C’est ce que Jésus-Christ enseigne par la parabole de ce Juif, qui, ayant été blessé par des voleurs, ne fut secouru, ni par un sacrificateur, ni par un Lévite qui étaient Juifs comme lui, mais qui fut assisté par un Samaritain qui était un étranger et même d’une nation que les Juifs haïssaient. Le but de Jésus-Christ était d’enseigner par-là que tous les hommes sans exception, même les étrangers et ceux qui ne nous aiment pas sont nos prochains, que nous devons les aimer tous, leur faire du bien et secourir les malheureux de tout notre pouvoir. C’était là une vérité claire et certaine, mais que les docteurs Juifs les plus éclairés ne comprenaient pas bien.

La troisième instruction est prise de ce qui est dit dans ce chapitre de Marthe et de Marie. Le jugement que le Seigneur fit de la conduite de ces deux sœurs nous enseigne que notre principal soin doit être de nous attacher à lui et d’écouter sa parole, que les occupations de cette vie, quelques légitimes qu’elles soient, ne doivent jamais nous faire négliger la chose la plus importante et la seule nécessaire et que pour être heureux, il faut choisir comme Marie la bonne part qui ne nous sera jamais ôtée. 

CHAPITRE XI VERSETS 1 A 28

I. Jésus-Christ instruit ses disciples sur la prière.

II. Il guérit un démoniaque et il répond aux pharisiens qui disaient que c’était par la puissance du diable qu’il chassait des démons.

III. Il propose la similitude d’un homme en qui le mauvais esprit rentre après en être sorti.

IV. l parle du bonheur de ceux qui écoutent sa parole et qui la gardent. 

1 Un jour que Jésus était en prière en un certain lieu, après qu’il eut achevé sa prière, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l’a aussi enseigné à ses disciples.

2 Et il leur dit : Quand vous priez, dites : Notre Père qui est aux cieux ; ton nom soit sanctifié ; ton règne vienne ; ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

3 Donne-nous chaque jour notre pain quotidien.

4 Pardonne-nous nos péchés ; car nous pardonnons aussi à tous ceux qui nous ont offensés ; et ne nous abandonne point à la tentation ; mais délivre-nous du malin.

5 Puis il leur dit : Si quelqu’un de vous avait un ami qui vînt le trouver à minuit, et qui lui dît : Mon ami, prête-moi trois pains ;

6 car un de mes amis est venu me voir en passant ; et je n’ai rien à lui présenter ;

7 et que cet homme, qui est dans sa maison lui répondît : Ne m’importune pas, ma porte est fermée, et mes enfants sont avec moi au lit ; je ne saurais me lever pour t’en donner ;

8 je vous dis que quand même il ne se lèverait pas pour lui en donner, parce qu’il est son ami, il se lèverait à cause de son importunité, et lui en donnerait autant qu’il en aurait besoin.

9 Et moi, je vous dis : Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez, et on vous ouvrira ;

10 car quiconque demande, reçoit, et qui cherche, trouve, et on ouvrira à celui qui heurte.

11 Qui est le père d’entre vous, qui donne à son fils une pierre, lorsqu’il lui demande du pain ? Ou, s’il lui demande du poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d’un poisson ?

12 Ou s’il lui demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ?

13 Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants ; combien plus votre Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ?

14 Jésus chassa aussi un démon qui était muet ; et le démon étant sorti, le muet parla ; et le peuple était dans l’admiration.

15 Et quelques-uns d’entre eux dirent : C’est par Béelzébul, le prince des démons, qu’il chasse les démons.

16 Mais d’autres, pour l’éprouver, lui demandaient quelque miracle qui vînt du ciel.

17 Mais Jésus connaissant leurs pensées leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera réduit en désert ; et toute maison divisée contre elle-même tombera en ruine.

18 Si donc Satan est aussi divisé contre lui-même, comment son règne subsistera-t-il ? puisque vous dites que c’est par Béelzébul que je chasse les démons.

19 Que si je chasse les démons par Béelzébul, vos fils, par qui les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront vos juges.

20 Mais si je chasse les démons par le doigt de Dieu, il est donc vrai que le règne de Dieu est venu à vous.

21 Quand un homme fort et bien armé garde l’entrée de sa maison, tout ce qu’il a est en sûreté.

22 Mais s’il en vient un plus fort que lui, qui le vainque, il lui ôte toutes ses armes auxquelles il se confiait, et il partage ses dépouilles.

23 Celui qui n’est pas avec moi, est contre moi ; et celui qui n’assemble pas avec moi dissipe.

24 Lorsqu’un esprit immonde est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point ; et il dit : Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti.

25 Et quand il y vient, il la trouve balayée et ornée.

26 Alors il s’en va et prend avec lui sept autres esprits pires que lui ; et ils y entrent et y demeurent ; et le dernier état de cet homme devient pire que le premier.

27 Comme Jésus disait ces choses, une femme de la troupe éleva sa voix et lui dit : Heureux les flancs qui t’ont porté, et les mamelles qui t’ont allaité.

28 Mais plutôt, reprit Jésus, heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique ! 

REFLEXIONS

La première instruction que le Sauveur du monde nous donne ici concerne la prière et en particulier l’oraison dominicale. Cette divine prière ayant Jésus-Christ pour auteur et renfermant tout ce que nous devons demander de plus important, premièrement pour la gloire de Dieu et ensuite pour nos besoins, tant du corps que de l’âme, nous devons la présenter à Dieu avec un singulier respect et avec toute l’attention possible et en même temps avec une confiance toute particulière, puisqu’en demandant ce que notre Seigneur nous ordonne de demander, nous ne pouvons pas douter que nos prières ne soient conformes à la volonté de Dieu.

Jésus-Christ nous a enseigné de plus que si en priant les hommes avec instance on obtient d’eux ce qu’on souhaite, les prières obtiendront beaucoup plus de Dieu, qui est notre Père, les véritables biens qui sont les biens spirituels. Tout cela doit nous exciter fortement à prier avec zèle et à ne nous relâcher jamais dans ce saint exercice.

II. Nous voyons dans les pharisiens qui attribuaient au diable les miracles que Jésus faisait par la vertu de l’Esprit de Dieu que les gens qui ont un mauvais cœur rendent inutiles les moyens les plus efficaces que Dieu emploie pour surmonter leur endurcissement et que même ils ne font que s’affermir davantage dans leur malice.

III. La similitude du mauvais esprit qui rentre dans un homme après en être sorti signifie que les Juifs, pour n’avoir pas profité de la présence et des miracles de Jésus-Christ, tomberaient dans un plus grand endurcissement et qu’ils éprouveraient enfin la vengeance divine. C’est aussi ce qui arrive à tous ceux qui après avoir reçu la grâce de Dieu résistent à son opération et s’engagent de nouveau dans le péché.

Enfin, la réponse que notre Seigneur fit à cette femme qui admirait ses discours nous enseigne que ce qu’il y a de plus glorieux et de plus avantageux pour nous c’est d’entendre la parole de Dieu et d’en observer les préceptes. Cette importante instruction est renfermée dans ces paroles de Jésus-Christ : Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique !

 CHAPITRE XI VERSETS 29 A 54

Notre Seigneur reprend l’incrédulité des Juifs en proposant l’exemple des Ninivites et celui de la reine de Séba.

II. Il dit que cette incrédulité n’empêcherait pas que sa doctrine, qui était comme une lumière qui devait éclairer les hommes, ne fût annoncée et il montre que pour en profiter, il faut avoir un œil pur et simple, c’est-à-dire l’esprit libre et dégagé de préjugés et de passions.

III. Étant prié à diner chez un pharisien, il parle contre les pharisiens et les docteurs de la Loi, il leur reproche leur hypocrisie, leur orgueil et leur incrédulité et il leur dénonce la malédiction de Dieu 

29 Comme le peuple s'amassait en foule, Jésus se mit à dire : Cette race est méchante ; elle demande un miracle, et il ne lui en sera point donné d’autre que celui du prophète Jonas.

30 Car, comme Jonas fut un miracle pour ceux de Ninive, le Fils de l’homme en sera un pour cette génération.

31 La reine du Midi s’élèvera au jour du jugement contre les hommes de cette génération, et les condamnera, parce qu’elle vint d’un pays éloigné pour entendre la sagesse de Salomon ; et voici, il y a ici plus que Salomon.

32 Les Ninivites s’élèveront au jour du jugement contre cette génération, et la condamneront, parce qu’ils s’amendèrent à la prédication de Jonas ; et voici, il y a ici plus que Jonas.

33 Personne n’allume une chandelle pour la mettre dans un lieu caché, ou sous un boisseau ; mais on la met sur un chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière.

34 L’œil est la chandelle du corps ; si donc ton œil est sain, tout ton corps sera éclairé ; mais s’il est mauvais, ton corps sera dans les ténèbres.

35 Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit que ténèbres.

36 Si donc tout ton corps est éclairé, et s’il n’a aucune partie qui soit dans les ténèbres, il sera tout éclairé, comme quand une chandelle t’éclaire par sa lumière.

37 Comme il parlait, un Pharisien le pria à dîner chez lui ; et Jésus y entra et se mit à table.

38 Mais le Pharisien s’étonna de ce qu’il vit qu’il ne s'était pas lavé avant le dîner.

39 Et le Seigneur lui dit : Vous autres Pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat ; mais au dedans vous êtes pleins de rapine et de méchanceté.

40 Insensés ! celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ?

41 Mais plutôt, donnez en aumônes ce que vous avez, et toutes choses vous seront pures.

42 Mais malheur à vous, Pharisiens, qui payez la dîme de la menthe, de la rue et de toutes sortes d’herbes, tandis que vous négligez la justice et l’amour de Dieu. Ce sont là les choses qu’il fallait faire, sans néanmoins négliger les autres.

43 Malheur à vous, Pharisiens, qui aimez à occuper les premiers rangs dans les synagogues, et à être salués dans les places publiques.

44 Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez aux sépulcres qui ne paraissent point, et les hommes qui marchent dessus n’en savent rien.

45 Alors un des docteurs de la loi prit la parole et lui dit : Maître, en disant ces choses, tu nous outrages aussi.

46 Et Jésus dit : Malheur aussi à vous, docteurs de la loi, parce que vous chargez les hommes de fardeaux qu’ils ne peuvent porter, et vous-mêmes n’y touchez pas du doigt.

47 Malheur à vous, parce que vous bâtissez les sépulcres des prophètes que vos pères ont fait mourir.

48 Vous témoignez assez par-là que vous consentez aux actions de vos pères ; car ils les ont fait mourir, et vous bâtissez leurs tombeaux.

49 C’est pourquoi aussi la sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; et ils feront mourir les uns et persécuteront les autres ;

50 Afin que le sang de tous les prophètes, qui a été répandu dès la création du monde, soit redemandé à cette nation,

51 Depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, qui fut tué entre l’autel et le temple ; oui, vous dis-je, ce sang sera redemandé à cette nation.

52 Malheur à vous, docteurs de la loi, parce qu’ayant pris la clef de la connaissance, vous n’y êtes point entrés vous-mêmes, et vous avez encore empêché d’y entrer ceux qui voulaient le faire.

53 Et comme il leur disait cela, les Scribes et les Pharisiens se mirent à le presser fortement, en le faisant parler sur plusieurs choses,

54 Lui tendant des pièges, et tâchant de tirer quelque chose de sa bouche, pour avoir de quoi l’accuser. 

REFLEXIONS

Jésus-Christ nous enseigne ici par l’exemple de la reine de Séba et par celui des Ninivites que ceux à qui Dieu a accordé un plus grand degré de lumière et des avantages plus considérables pour le salut doivent s’attendre à une condamnation plus sévère s’ils négligent ces avantages et s’ils persévèrent dans l’incrédulité.

II. Ce que Jésus-Christ disait de la chandelle qu’on met sur le chandelier et de l’œil qui est la lumière du corps marquait deux choses : l’une qu’il avait donné la connaissance de sa doctrine à ses disciples afin qu’ils la répandissent partout et l’autre que pour recevoir cette doctrine et pour en connaître l’excellence, il faut que l’esprit soit bien disposé et que le cœur soit pur et sincère.

III. Notre Seigneur reprochait aux pharisiens d’observer une pureté extérieure, d’affecter de grandes apparences de vertu, de piété, d’humilité et de zèle et de témoigner un grand respect pour la mémoire des prophètes, pendant qu’ils avaient le cœur plein d’avarice et d’orgueil, qu’ils persécutaient ceux que Dieu leur envoyait et qu’ils empêchaient les hommes de croire en lui à cause de quoi il les menace d’une totale ruine.

Cela montre combien on se rend coupable lorsqu’on est possédé par l’avarice et par l’orgueil lorsqu’on rejette la parole de Dieu et qu’on en vient jusqu’à détourner les autres hommes de la foi et de la piété, ce qui est le comble de la malice.

Surtout, ce discours de notre Seigneur nous apprend que Dieu a en horreur l’hypocrisie et que ceux qui s’attachent à une pureté extérieure et qui négligent la pureté du cœur et de la conscience lui sont en abomination. Étudions-nous donc à la vraie sainteté, souvenons-nous que Dieu regarde principalement à l’intérieur et que le seul moyen de lui plaire est d’avoir un cœur droit et rempli de charité, d’être véritablement humbles, de recevoir sa parole avec soumission et de contribuer de tout notre pouvoir à amener les autres hommes à la foi et au salut.

 CHAPITRE XII VERSETS 1 A 34

Ce chapitre contient un excellent discours de notre Seigneur, dans lequel il exhorte ses disciples à ne pas dissimuler les vérités qu’ils avaient apprises de lui, mais à les annoncer publiquement. Et afin que la crainte des hommes ne les empêchât pas, il leur dit qu’ils ne devaient craindre que Dieu et il leur promet de les protéger et de les assister lorsqu’ils paraîtront devant les grands de ce monde.

II. À l’occasion d’un homme qui avait un différend avec un autre pour un héritage, il parle contre l’avarice. Il fait voir, par la parabole d’un homme riche, la folie de ceux qui ne songent qu’à amasser du bien. Il montre qu’on ne doit pas être en souci pour les nécessités de la vie, mais qu’il faut se reposer sur la providence et s’attacher principalement à ce qui concerne le royaume de Dieu. Enfin, il dit à ses disciples que quoi qu’ils fussent faibles et en petit nombre, ils ne devaient pas craindre de manquer de ce qui est nécessaire et il les exhorte à faire un bon usage des biens de la terre. 

1 Cependant, le peuple s’étant assemblé par milliers, en sorte qu’ils se pressaient les uns les autres, il se mit à dire à ses disciples : Gardez-vous sur toutes choses du levain des Pharisiens, qui est l’hypocrisie.

2 Car il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni rien de secret qui ne doive être connu.

3 Les choses donc que vous aurez dites dans les ténèbres seront entendues dans la lumière ; et ce que vous aurez dit à l’oreille dans les chambres, sera prêché sur les maisons.

4 Je vous dis donc, à vous qui êtes mes amis : Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus.

5 Mais je vous montrerai qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir ôté la vie, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne ; oui, je vous le dis, c’est celui-là que vous devez craindre.

6 Ne vend-on pas cinq petits passereaux pour deux pites ? Cependant Dieu n’en oublie pas un seul.

7 Et même tous les cheveux de votre tête sont comptés. Ne craignez donc point, vous valez plus que beaucoup de passereaux.

8 Or, je vous dis que quiconque me confessera devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les anges de Dieu ;

9 mais celui qui me reniera devant les hommes, sera renié devant les anges de Dieu.

10 Et quiconque aura parlé contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais à celui qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, il ne lui sera point pardonné.

11 Quand on vous mènera dans les synagogues et devant les magistrats et les puissances, ne vous mettez point en peine de quelle manière vous répondrez pour votre défense, ni de ce que vous aurez à dire ;

12 car le Saint-Esprit vous enseignera en ce même instant ce qu’il faudra que vous disiez.

13 Alors quelqu’un de la troupe lui dit : Maître, dis à mon frère qu’il partage avec moi notre héritage.

14 Mais Jésus lui répondit : O homme, qui est-ce qui m’a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages ?

15 Puis il leur dit : Gardez-vous avec soin de l’avarice ; car quoique les biens abondent à quelqu’un, il n’a pas la vie par ses biens.

16 Il leur proposa là-dessus cette parabole : Les terres d’un homme riche avaient rapporté avec abondance ;

17 Et il disait en lui-même : Que ferai-je ? Car je n’ai pas assez de place pour serrer toute ma récolte.

18 Voici, dit-il, ce que je ferai : J’abattrai mes greniers, et j’en bâtirai de plus grands ; et j’y amasserai toute ma récolte et tous mes biens.

19 Puis je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de bien en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et te réjouis.

20 Mais Dieu lui dit : Insensé, cette même nuit, ton âme te sera redemandée ; et ce que tu as amassé, pour qui sera-t-il !

21 Il en est ainsi de celui qui amasse des biens pour soi-même, et qui n’est point riche en Dieu.

22 Alors il dit à ses disciples : C’est pourquoi, je vous dis, ne soyez point en souci pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus.

23 La vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement.

24 Considérez les corbeaux ; ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’ont point de cellier ni de grenier, et toutefois Dieu les nourrit ; combien ne valez-vous pas plus que des oiseaux !

25 Et qui de vous peut, par ses inquiétudes, ajouter une coudée à sa taille ?

26 Si donc vous ne pouvez pas même faire les plus petites choses, pourquoi vous inquiétez-vous du reste ?

27 Considérez comment les lis croissent ; ils ne travaillent ni ne filent ; cependant, je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a point été vêtu comme l’un d’eux.

28 Que si Dieu revêt ainsi une herbe qui est aujourd’hui dans les champs, et qui sera demain jetée dans le four, combien plus vous revêtira-t-il, gens de petite foi !

29 Ne vous mettez donc point en peine de ce que vous mangerez, ou de ce que vous boirez, et n’ayez point l’esprit inquiet.

30 Car ce sont les nations du monde qui recherchent toutes ces choses ; mais votre Père sait que vous en avez besoin.

31 Mais cherchez plutôt le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par-dessus.

32 Ne crains point, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le royaume.

33 Vendez ce que vous avez, et le donnez en aumônes ; faites-vous des bourses qui ne s’usent point, un trésor dans les cieux qui ne manque jamais, d’où les voleurs n’approchent point, et où la teigne ne gâte rien.

34 Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. 

REFLEXIONS

Notre Seigneur nous instruit ici sur la profession de la vérité et sur l’amour des biens du monde.

Sur le premier article, nous voyons dans ce chapitre que les chrétiens et surtout les ministres de Jésus-Christ doivent faire une profession publique de la vérité sans avoir peur des hommes, puisque les hommes ne peuvent tuer que le corps au lieu que Dieu peut envoyer le corps et l’âme en enfer. Par où notre Seigneur établit de la manière la plus claire la distinction de l’âme et du corps, l’immortalité de l’âme et les peines de la vie à venir. Il déclare de plus que Dieu veille pour ceux qui le craignent et qui souffrent à cause de lui, qu’il les assiste par son Esprit et qu’il reconnaîtra au dernier jour pour siens ceux qui auront eu le courage de se dire ses disciples, mais qu’il ne reconnaitra point ceux qui, par la crainte de la mort, n’auront pas osé faire une confession ouverte de leur foi. Ce sont là des considérations très fortes pour nous animer à une franche et sincère profession du christianisme.

II. Nous devons faire des réflexions sérieuses sur ce que notre Seigneur a dit touchant l’amour des biens du monde et en particulier sur la parabole de cet homme qui avait amassé de grands biens et qui mourut dans le temps qu’il croyait en jouir. Par-là Jésus-Christ a voulu montrer que c’est une grande folie de ne songer qu’à amasser des biens, qu’il faudra quitter bientôt en mourant et de négliger d’acquérir les biens du Ciel qui sont solides et éternels. Il nous exhorte de plus à n’être pas en inquiétude pour les besoins du corps, mais à nous confier en la providence qui pourvoit aux nécessités de toutes les créatures. Il nous dit enfin que notre grand soin doit être de chercher avant toutes choses le royaume de Dieu et qu’au lieu de donner tous nos soins aux biens de la terre et d’y mettre notre cœur, nous devons employer ces biens en aumônes afin de nous assurer par ce moyen la possession de biens éternels. 

CHAPITRE XII VERSETS 35 A 59

I. Jésus-Christ exhorte ses disciples à veiller et à se préparer continuellement à sa venue.

II. Il leur représente que les devoirs dont il avait parlé les regardaient d’une façon particulière puisqu’ils étaient comme des dispensateurs établis dans la maison de leur Maître pour instruire les autres et qu’ayant reçu une plus grande connaissance de la volonté de Dieu, ils seraient traités avec plus de sévérité s’ils ne la faisaient pas.

III. Il les avertit qu’il s’élèverait de grands troubles dans le monde à l’occasion de sa doctrine.

IV. Il déplore l’aveuglement des Juifs qui ne reconnaissaient pas que le temps de la venue du Messie était arrivé et il les exhorte à profiter de ce temps-là et à se réconcilier avec Dieu pendant qu’ils le pouvaient. 

35 Que vos reins soient ceints, et vos chandelles allumées.

36 Et soyez comme ceux qui attendent que leur maître revienne des noces ; afin que, quand il viendra et qu’il heurtera à la porte, ils lui ouvrent incontinent.

37 Heureux ces serviteurs que le maître trouvera veillant quand il arrivera ! Je vous dis en vérité, qu’il se ceindra, qu’il les fera mettre à table, et qu’il viendra les servir.

38 Que s’il arrive à la seconde ou à la troisième veille, et qu’il les trouve dans cet état, heureux ces serviteurs-là !

39 Vous savez que si un père de famille était averti à quelle heure un larron doit venir, il veillerait et ne laisserait point percer sa maison.

40 Vous donc aussi, soyez prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne penserez point.

41 Alors Pierre lui dit : Seigneur, est-ce seulement pour nous que tu dis cette parabole, ou est-ce aussi pour tous ?

42 Et le Seigneur lui dit : Mais qui est le dispensateur fidèle et prudent, que le maître a établi sur ses domestiques, pour leur donner dans le temps la mesure ordinaire de blé ?

43 Heureux est ce serviteur-là que son maître trouvera faisant ainsi son devoir, quand il arrivera !

44 Je vous dis en vérité, qu’il l’établira sur tout ce qu’il a.

45 Mais si ce serviteur dit en lui-même : Mon maître ne viendra pas sitôt ; et qu’il se mette à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer ;

46 le maître de ce serviteur viendra au jour qu’il ne s’y attend pas, et à l’heure qu’il ne sait pas, et il le séparera, et lui donnera sa portion avec les infidèles.

47 Le serviteur qui a connu la volonté de son maître, et qui ne se sera pas tenu prêt et n’aura pas fait cette volonté, sera battu de plus de coups.

48 Mais celui qui ne l’a point connue, et qui a fait des choses dignes de châtiment sera battu de moins de coups. Et il sera beaucoup redemandé à quiconque il aura été beaucoup donné ; et on exigera plus de celui à qui on aura beaucoup confié.

49 Je suis venu mettre le feu sur la terre ; et qu’ai-je à désirer s’il est déjà allumé ?

50 Je dois être baptisé d’un baptême ; et combien ne suis-je pas pressé jusqu’à ce qu’il s’accomplisse !

51 Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-je ; mais plutôt la division ;

52 Car désormais ils seront cinq dans une maison, divisés trois contre deux, et deux contre trois.

53 Le père sera en division avec le fils, et le fils avec le père ; la mère avec la fille, et la fille avec la mère ; la belle-mère avec sa belle-fille, et la belle-fille avec sa belle-mère.

54 Puis il disait au peuple : Quand vous voyez une nuée qui se lève du côté d’occident, vous dites d’abord : Il va pleuvoir ; et cela arrive ainsi.

55 Et quand le vent du midi souffle, vous dites qu’il fera chaud, et cela arrive.

56 Hypocrites ! vous savez bien discerner ce qui paraît au ciel et sur la terre ; et comment ne discernez-vous pas ce temps-ci ?

57 Et pourquoi ne discernez-vous pas aussi vous-mêmes ce qui est juste ?

58 Or, quand tu vas devant le magistrat avec ton adverse partie, tâche en chemin de sortir d’affaire avec elle, de peur qu’elle ne te tire devant le juge, que le juge ne te livre au sergent, et que le sergent ne te mette en prison.

59 Je te dis que tu ne sortiras point de là, que tu n’aies payé jusqu’à la dernière obole. 

REFLEXIONS

Ce discours de notre Seigneur tend à nous apprendre que puisque nous ignorons quand il viendra et qu’il n’y a aucun temps où nous ne puissions être appelés à lui rendre compte, nous devons toujours veiller à être sans cesse appliqués à notre devoir afin qu’il nous trouve occupés à bien faire.

II. Que ceux à qui Dieu a donné sa connaissance et principalement les ministres qu’il a établis sur son Église doivent s’en servir pour l’utilité des autres et pour la gloire de leur Maître s’ils ne veulent pas être punis comme des serviteurs infidèles, qu’en général celui qui a connu la volonté de Dieu et qui ne la fait pas sera traité avec plus de rigueur et que Dieu redemandera un plus grand compte à ceux à qui il aura accordé plus de lumière et plus de grâces.

III. Ce que notre Seigneur dit qu’il était venu mettre le feu et la division dans le monde ne signifie pas qu’il fût venu dans ce dessein, ni que l’Évangile tende à diviser les hommes, au contraire, la venue de Jésus-Christ et l’Évangile n’ont pour autre but que de faire régner la paix, mais il voulait dire que les hommes, par un effet de leur malice, prendraient occasion de sa doctrine de se haïr et de se persécuter.

Notre Seigneur en avertit ses disciples afin qu’ils ne fussent pas ébranlés quand la chose arriverait, ainsi nous ne devons pas non plus être surpris lorsque nous voyons qu’il s’élève des troubles dans le monde à l’occasion de la religion.

IV. Jésus-Christ disait aux Juifs qu’ils pouvaient facilement reconnaitre que les temps de la manifestation du Messie étaient venus, mais nous devons en être bien plus persuadés puisque nous en avons des preuves encore plus fortes dans tout ce qui est arrivé depuis ce temps-là.

Ainsi nous serions entièrement inexcusables si nous ne profitons pas mieux que les Juifs ne firent du bonheur que nous avons de vivre dans un temps où la miséricorde de Dieu est si clairement manifestée et si nous ne nous hâtions pas de faire notre paix avec lui et de prévenir son jugement avant que nous soyons appelés à y paraître.

 CHAPITRE XIII.

Notre Seigneur exhorte les Juifs à profiter de ce qui était arrivé à quelques Galiléens que Pilate avait fait mourir dans le temps qu’ils offraient leurs sacrifices et à dix-huit personnes qui avaient été écrasées par la chute d’une tour.

II. Il ajoute dans cette vue la similitude du figuier stérile.

III. Il rend la santé à une femme qui était malade et courbée depuis dix-huit ans.

IV. Il propose la similitude d’un grain de moutarde et celle du levain.

V. Il répond à ce qu’on lui demanda, s’il y aurait peu de gens qui fussent sauvés, il exhorte à entrer de bonne heure sur le chemin du salut et il dit que les Juifs incrédules, qui n’avaient pas profité de sa présence, seraient exclus du royaume de Dieu pendant que les autres peuples y seraient reçus.

VI. Sur l’avis qu’on lui donne qu’Hérode cherchait à le faire mourir, il déclare qu’il ne craignait point ce prince rusé et artificieux, il dit que son ministère allait finir et qu’il mourrait en effet bientôt, mais que ce serait à Jérusalem et non en Galilée où Hérode régnait, qu’il souffrirait la mort et il déplore à cette occasion l’ingratitude, l’endurcissement et la ruine de cette ville. 

1 En ce même temps, quelques personnes qui se trouvaient là, racontèrent à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices.

2 Et Jésus, répondant, leur dit : Pensez-vous que ces Galiléens fussent plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert ces choses ?

3 Non, vous dis-je ; mais si vous ne vous amendez, vous périrez tous aussi bien qu’eux.

4 Ou pensez-vous que ces dix-huit personnes sur qui la tour de Siloé est tombée, et qu’elle a tuées, fussent plus coupables que tous les habitants de Jérusalem ?

5 Non, vous dis-je ; mais si vous ne vous amendez, vous périrez tous aussi bien qu’eux.

6 Il leur dit aussi cette similitude : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne, et il y vint chercher du fruit, et n’y en trouva point.

7 Et il dit au vigneron : Voici, il y a déjà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’y en trouve point : coupe-le ; pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ?

8 Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année, jusqu’à ce que je l’aie déchaussé, et que j’y aie mis du fumier.

9 S’il porte du fruit, à la bonne heure, sinon tu le couperas ci-après.

10 Comme Jésus enseignait dans une synagogue un jour de sabbat,

11 il se trouva là une femme possédée d’un esprit qui la rendait malade depuis dix-huit ans, et qui était courbée, en sorte qu’elle ne pouvait du tout point se redresser.

12 Jésus la voyant, l’appela et lui dit : Femme, tu es délivrée de ta maladie.

13 Et il lui imposa les mains, et à l’instant elle fut redressée, et elle en donna gloire à Dieu.

14 Mais le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus avait fait cette guérison un jour de sabbat, prit la parole et dit au peuple : Il y a six jours pour travailler ; venez donc ces jours-là pour être guéris, et non pas le jour du sabbat.

15 Mais le Seigneur lui répondit : Hypocrite, chacun de vous ne détache-t-il pas son bœuf ou son âne de la crèche, le jour du sabbat, et ne le mène-t-il pas abreuver ?

16 Et ne fallait-il point, quoique en un jour de sabbat, délier de ce lien cette fille d’Abraham, que Satan tenait liée depuis dix-huit ans ?

17 Comme il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient confus, et tout le peuple se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu’il faisait.

18 Alors il dit : A quoi est semblable le royaume de Dieu, et à quoi le comparerai-je ?

19 Il est semblable à un grain de semence de moutarde, qu’un homme prit et mit dans son jardin ; et il crût et devint un grand arbre, de sorte que les oiseaux du ciel faisaient leurs nids sur ses branches.

20 Il dit encore : A quoi comparerai-je le royaume de Dieu ?

21 Il est semblable au levain qu’une femme prend, et qu’elle met parmi trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

22 Et Jésus allait par les villes et par les bourgs, enseignant et tenant le chemin de Jérusalem.

23 Et quelqu’un lui dit : Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?

24 Et il leur dit : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ; car je vous dis que plusieurs chercheront à y entrer, et qu’ils ne le pourront.

25 Et quand le père de famille sera entré, et qu’il aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous vous mettrez à heurter, et à dire : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous, il vous répondra : Je ne sais d’où vous êtes.

26 Alors vous direz : Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné dans nos places publiques.

27 Et il vous répondra : Je vous dis que je ne sais d’où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous qui faites métier de l’iniquité.

28 C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors.

29 Et il en viendra d’orient et d’occident, du septentrion et du midi, qui seront à table dans le royaume de Dieu.

30 Et il y en a des derniers qui seront les premiers, et des premiers qui seront les derniers.

31 Ce même jour, quelques Pharisiens vinrent lui dire : Retire-toi d’ici, et t’en va ; car Hérode te veut faire mourir.

32 Et il leur dit : Allez et dites à ce renard : Voici, je chasse les démons et j’achève de faire des guérisons ; aujourd’hui et demain, et le troisième jour je finis ma vie.

33 Cependant, il me faut marcher aujourd’hui, demain et le jour suivant, parce qu’il n’arrive point qu’un prophète meure hors de Jérusalem.

34 Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu !

35 Voici, votre habitation va demeurer déserte ; et je vous dis en vérité, que vous ne me verrez plus jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. 

REFLEXIONS

Notre Seigneur nous enseigne dans ce chapitre qu’on ne doit pas croire que ceux à qui il arrive quelque grand malheur soient toujours les plus criminels, ni que ceux que Dieu épargne soient meilleurs que les autres. Dieu supporte souvent, par des raisons de sagesse et de bonté, ceux qui sont plus coupables pendant qu’il en afflige d’autres qui le sont moins, ainsi, au lieu de nous flatter et de condamner ceux que Dieu châtie, nous devons profiter des malheurs qui leur arrivent et nous amender, de peur que nous ne soyons traités encore plus sévèrement qu’eux.

II. Le sens de la parabole du figuier stérile était que Dieu, qui avait déjà usé d’une longue patience envers les Juifs, employait alors les derniers moyens pour les convertir en les faisant appeler à la repentance par Jésus-Christ, après quoi ils devaient être détruits comme cela arriva en effet peu d’années après. On voit dans cette parabole que Dieu supporte les pécheurs avec beaucoup de patience, qu’il se sert des moyens les plus efficaces pour les amener à la repentance, mais que par leur impénitence ils attirent sur eux les derniers malheurs.

Jésus-Christ ayant guéri une femme qui était courbée depuis dix-huit ans, il y eu des personnes qui se scandalisèrent de ce qu’il avait fait ce miracle un jour de sabbat. Ce que Jésus-Christ dit pour convaincre ces gens-là de leur ignorance et de leur malice nous enseigne que l’exercice de la charité et des bonnes œuvres est ce qu’il y a de plus nécessaire dans la religion, que ces devoirs sont toujours de saison et que nous ne devons négliger aucune occasion de nous en acquitter, quand même il se trouverait des personnes assez mal disposées pour s’en scandaliser.

Les paraboles du grain de moutarde et du levain signifient que, quoi que l’Évangile fût reçu par peu de gens lorsque Jésus-Christ était au monde et que les commencements de son règne fussent bien faibles, on le verrait s’établir en tous lieux et cela dans fort peu de temps, ce qui arriva aussi.

On doit faire une très grande attention à ce que notre Seigneur répondit lorsqu’on lui demanda s’il y aurait peu de gens qui fussent sauvés : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car je vous dis que plusieurs tâcheront d’entrer et qu’ils n’y pourront.

Ces paroles nous apprennent qu’au lieu de former des questions vaines et curieuses sur les choses dont Dieu se réserve la connaissance et sur le salut des autres, notre principal soin doit être d’y parvenir nous-mêmes, que nous devons faire de continuel efforts pour cela et y travailler de bonne heure, que quand l’occasion sera passée, on ne pourra plus y être admis et que les méchants n’auront alors pour partage que les remords et le désespoir de se voir exclus par leur faute de la béatitude céleste.

Ce que notre Seigneur dit qu’il ne craignait ni les ruses, ni la cruauté d’Hérode et que ce ne serait pas dans la Galilée, mais que ce serait à Jérusalem qu’on le ferait mourir nous montre que les méchants ne peuvent pas toujours exécuter leurs desseins, qu’ils ne sauraient empêcher ceux de Dieu et qu’on ne doit rien craindre quand on marche dans sa vocation.

Enfin, la tendresse avec laquelle notre Seigneur déplore l’ingratitude et la ruine de Jérusalem en disant qu’il avait voulu mettre les Juifs à couvert des jugements de Dieu, mais qu’ils ne l’avaient pas voulu montre bien clairement que Dieu n’a sur les hommes que des vues et des desseins d’amour et qu’il ne leur arrive de mal que celui qu’ils s’attirent eux-mêmes en méprisant sa bonté et en négligeant les offres de sa grâce. 

CHAPITRE XIV

I. Notre Seigneur mangeant chez un pharisien, guérit un hydropique et montre qu’on ne devait pas se scandaliser s’il avait fait ce miracle un jour de sabbat.

II. Il donne des leçons d’humilité et de charité à ceux qui étaient à table.

III. Il leur propose la similitude du festin auquel ceux qui étaient invités ne voulurent pas venir.

IV. Il déclare que ceux qui voulaient devenir ses disciples devaient être prêts à renoncer à ce qu’ils avaient de plus cher et même à leur vie et il montre par deux similitudes la nécessité de ce devoir. 

1 Un jour de sabbat, Jésus étant entré dans la maison d’un des principaux Pharisiens pour y manger, ceux qui étaient là l’observaient.

2 Et un homme hydropique se trouva devant lui.

3 Et Jésus, prenant la parole, dit aux docteurs de la loi et aux Pharisiens : Est-il permis de guérir au jour du sabbat ?

4 Et ils demeurèrent dans le silence. Alors prenant le malade, il le guérit et le renvoya.

5 Puis il leur dit : Qui est celui d’entre vous qui, voyant son âne ou son bœuf tombé dans un puits, ne l’en retire aussitôt le jour du sabbat ?

6 Et ils ne pouvaient rien répondre à cela.

7 Il proposait aussi aux conviés une parabole, remarquant qu’ils choisissaient les premières places, et il leur disait :

8 Quand quelqu’un t’invitera à des noces, ne te mets pas à la première place, de peur qu’il ne se trouve parmi les conviés une personne plus considérable que toi ;

9 Et que celui qui vous aura invités, et toi et lui, ne vienne et ne te dise : Cède la place à celui-ci ; et qu’alors tu n’aies la honte d’être mis à la dernière place.

10 Mais quand tu seras invité, va te mettre à la dernière place, afin que quand celui qui t’a invité viendra, il te dise : Mon ami monte plus haut. Alors cela te fera honneur devant ceux qui seront à table avec toi.

11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.

12 Il disait aussi à celui qui l’avait invité : Quand tu fais un dîner ou un souper, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni tes voisins qui sont riches, de peur qu’ils ne t’invitent à leur tour, et qu’on ne te rende la pareille.

13 Mais quand tu feras un festin, convie les pauvres, les impotents, les boiteux et les aveugles ;

14 Et tu seras heureux de ce qu’ils ne peuvent pas te le rendre ; car tu en recevras la récompense à la résurrection des justes.

15 Un de ceux qui étaient à table ayant ouï cela, lui dit : Heureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu !

16 Mais Jésus lui dit : Un homme fit un grand souper, et il y convia beaucoup de gens ;

17 et il envoya son serviteur, à l’heure du souper, dire aux conviés : Venez, car tout est prêt.

18 Mais ils se mirent tous comme de concert, à s’excuser. Le premier lui dit : J’ai acheté une terre, et il me faut nécessairement partir pour aller la voir ; je te prie de m’excuser.

19 Un autre dit : J’ai acheté cinq couples de bœufs, et je m’en vais les éprouver ; je te prie de m’excuser.

20 Un autre dit : J’ai épousé une femme, ainsi je n’y puis aller.

21 Le serviteur étant donc de retour, rapporta cela à son maître. Alors le père de famille en colère dit à son serviteur : Va-t’en promptement par les places et par les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les impotents, les boiteux et les aveugles.

22 Ensuite le serviteur dit : Seigneur, on a fait ce que tu as commandé, et il y a encore de la place.

23 Et le maître dit au serviteur : Va dans les chemins et le long des haies, et presse d’entrer ceux que tu trouveras, afin que ma maison soit remplie.

24 Car je vous dis qu’aucun de ceux qui avaient été conviés ne goûtera de mon souper.

25 Et comme une grande multitude de gens allaient avec lui, il se tourna vers eux et leur dit :

26 Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple.

27 Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

28 Car qui est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne s’asseye premièrement, et ne suppute la dépense, pour voir s’il a de quoi l’achever ?

29 De peur, qu’après qu’il en aura posé les fondements, et qu’il n’aura pu achever, tous ceux qui le verront ne viennent à se moquer de lui,

30 Et ne disent : Cet homme a commencé à bâtir, et n’a pu achever.

31 Ou, qui est le roi qui, marchant pour livrer bataille à un autre roi, ne s’asseye premièrement et ne consulte s’il pourra, avec dix mille hommes, aller à la rencontre de celui qui vient contre lui avec vingt mille ?

32 Autrement, pendant que celui-ci est encore loin, il lui envoie une ambassade, pour lui demander la paix.

33 Ainsi, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a ne peut être mon disciple.

34 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l’assaisonnera-t-on ?

35 Il n’est propre, ni pour la terre, ni pour le fumier ; mais on le jette dehors. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. 

REFLEXIONS

La guérison que Jésus-Christ accorda à un hydropique montre qu’il était toujours prêt à faire du bien aux hommes et à soulager les misérables et qu’il n’y avait aucune sorte de maladie qu’il ne guérit. Et ce qu’il dit à ceux qui n’approuvaient pas qu’il eût fait ce miracle en un jour de sabbat fait voir qu’il faut éviter les jugements téméraires et l’hypocrisie et qu’on doit profiter de toutes les occasions qui se présentent de faire des œuvres de charité.

II. La seconde instruction que nous avons ici regarde l’humilité et la charité. Jésus-Christ nous recommande l’un et l’autre de ces devoirs lorsqu’il dit que ceux qui cherchent à s’élever seront abaissés devant Dieu et même devant les hommes, au lieu que ceux qui s’humilient et s’abaissent seront élevés et lorsqu’il nous exhorte à ne pas imiter les gens du monde qui ne font accueil qu’aux riches et à leurs amis et qui méprisent et négligent les pauvres et les misérables.

III. La parabole du festin signifie que les Juifs et surtout les plus considérables d’entre eux allaient être rejetés pour n’avoir pas profité des invitations que Dieu leur fit faire par Jésus-Christ et par les apôtres et que ceux qui étaient les plus méprisés et même les païens recevraient cette grâce que les Juifs avaient rejetée. Cette parabole regarde aussi les chrétiens qui ne répondent pas à leur vocation et qui, sur de frivoles excuses et surtout par l’attachement qu’ils ont pour les choses de la terre, négligent les offres de la miséricorde divine et perdent par ce moyen le droit qu’ils avaient au salut.

IV. Enfin, Jésus-Christ nous avertit très expressément que, pour être ses disciples, il faut avoir appris premièrement à renoncer à tout ce qui peut nous empêcher de le suivre. C’est à quoi tend la similitude d’un homme qui voudrait bâtir une tour et celle d’un roi qui voudrait combattre un autre roi. Par là il nous enseigne qu’il ne faut pas s’engager témérairement à son service et qu’avant que de prendre le nom de chrétien et d’en faire la profession et le vœu, nous devons nous examiner nous-mêmes pour voir si nous avons une résolution ferme de lui être fidèles et si nous aurons le courage de résister aux tentations, de porter notre croix et de travailler de toutes nos forces à amener les autres à la foi et à la piété par nos lumières et par nos bons exemples. 

CHAPITRE XV.

Les pharisiens se scandalisent de ce que Jésus-Christ mangeait avec les pécheurs.

Il propose trois paraboles : Celle de la brebis égarée ; celle de la drachme perdue ; celle du fils prodigue et débauché. Son dessein dans ces trois paraboles est de montrer que Dieu appelle les pécheurs à la repentance et qu’ainsi les pharisiens avaient tort de trouver mauvais qu’il fût dans la compagnie de ces gens-là. 

1 Tous les péagers et les gens de mauvaise vie s’approchaient de Jésus, pour l’entendre.

2 Et les Pharisiens et les Scribes en murmuraient et disaient : Cet homme reçoit les gens de mauvaise vie et mange avec eux.

3 Mais il leur proposa cette parabole :

4 Qui est l’homme d’entre vous, qui, ayant cent brebis, s’il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf au désert, et n’aille après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée ;

5 et qui l’ayant trouvée, ne la mette sur ses épaules avec joie ;

6 et étant arrivé dans la maison, n’appelle ses amis et ses voisins, et ne leur dise : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue ?

7 Je vous dis qu’il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui s’amende, que pour quatre-vingts et dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance.

8 Ou, qui est la femme qui, ayant dix drachmes, si elle en perd une, n’allume une chandelle, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle ait trouvé sa drachme ;

9 et qui, l’ayant trouvée, n’appelle ses amies et ses voisines, et ne leur dise : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue ?

10 Je vous dis qu’il y a de même de la joie, devant les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui s’amende.

11 Il leur dit encore : Un homme avait deux fils,

12 dont le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part du bien qui me doit échoir. Ainsi, le père leur partagea son bien.

13 Et peu de jours après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s’en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche.

14 Après qu’il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l’indigence.

15 Alors il s’en alla, et se mit au service d’un des habitants de ce pays-là, qui l’envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux.

16 Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait.

17 Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien y a-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance, et moi, je meurs de faim !

18 Je me lèverai et m’en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi ;

19 Et je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes domestiques.

20 Il partit donc et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit et fut touché de compassion, et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa.

21 Et son fils lui dit : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.

22 Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez la plus belle robe, et l’en revêtez, et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds ;

23 et amenez un veau gras, et le tuez ; mangeons et réjouissons-nous ;

24 parce que mon fils, que voici, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.

25 Cependant, son fils aîné, qui était à la campagne, revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses.

26 Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c’était.

27 Et le serviteur lui dit : Ton frère est de retour, et ton père a tué un veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé.

28 Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit et le pria d'entrer.

29 Mais il répondit à son père : Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis.

30 Mais quand ton fils que voilà, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui.

31 Et son père lui dit : Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi.

32 Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton frère, que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. 

REFLEXIONS

Les trois similitudes que ce chapitre contient tendent au même but qui est premièrement de nous mettre devant les yeux la grande miséricorde de Dieu envers les pécheurs et les soins qu’il prend pour les amener à la repentance et en second lieu de montrer que, comme leur conversion est très agréable à Dieu et qu’elle réjouit les saints anges, tous ceux qui aiment Dieu doivent aussi s’en réjouir et y contribuer de tout leur pouvoir et bien loin d’avoir de la jalousie et du chagrin comme les pharisiens qui s’offensaient de voir Jésus dans la compagnie des gens de mauvaise vie.

C’est ce que marque surtout la parabole du fils débauché. Par ce fils, notre Seigneur représente ceux qui étaient de grands pécheurs ou que l’on regardait comme tels. Le retour de ce fils à la maison paternelle marque la conversion de ces pécheurs-là. La tendresse avec laquelle son père le reçut montre que Dieu prend plaisir au retour des pécheurs qui s’amendent et qu’il est plein de bonté envers eux. La jalousie et le chagrin que le fils aîné de la maison témoigna de ce que son frère avait été reçu avec tant de bonté et de joie représente les sentiments de ces pharisiens qui se croyaient meilleurs que les autres et qui se scandalisaient de ce que notre Seigneur mangeait et conversait avec les péagers et les gens de mauvaise vie. C’est là le sens de cette belle parabole.

Elle nous fournit plusieurs réflexions très utiles. Nous y voyons l’égarement des pécheurs et l’abus criminel qu’ils font des grâces de Dieu, la bonté que Dieu a de les châtier pour les rappeler à leur devoir, le retour de ceux qui reviennent à Dieu par la repentance, le pardon que Dieu accorde toujours à ceux qui recourent à lui en confessant et en détestant leurs fautes et enfin la joie que leur conversion doit donner à tous ceux qui ont de la piété et de la charité.

Chacun doit faire les réflexions les plus sérieuses sur cette parabole en la relisant et en méditant attentivement toutes les parties, mais les pécheurs surtout doivent s’en faire l’application afin de s’encourager par là à retourner à Dieu par un prompt repentir et par une sincère conversion. 

CHAPITRE XVI

Jésus-Christ montre par la parabole de l’économe infidèle l’usage qu’on doit faire des biens du monde.

Il fait voir ensuite que l’amour des richesses est très dangereux et il censure les pharisiens qui étaient avares et qui dès le temps de Jean-Baptiste s’étaient opposés à l’établissement du règne de Dieu.

Enfin, pour éclaircir et pour confirmer ce qu’il avait dit de l’usage qu’il faut faire des richesses, il ajoute la parabole du mauvais riche. 

1 Jésus disait aussi à ses disciples : Un homme riche avait un économe qui fut accusé devant lui de lui dissiper son bien.

2 Et l’ayant fait venir, il lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton administration ; car tu ne pourras plus désormais administrer mon bien.

3 Alors cet économe dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître m’ôte l’administration de son bien ? Je ne saurais travailler à la terre, et j’aurais honte de mendier.

4 Je sais ce que je ferai, afin que quand on m’aura ôté mon administration, il y ait des gens qui me reçoivent dans leurs maisons.

5 Alors il fit venir séparément chacun des débiteurs de son maître, et il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ?

6 Il répondit : Cent mesures d’huile. Et l’économe lui dit : Reprends ton billet ; assieds-toi là, et écris-en promptement un autre de cinquante.

7 Il dit ensuite à un autre : Et toi, combien dois-tu ? Il dit : Cent mesures de froment. Et l’économe lui dit : Reprends ton billet, et écris-en un autre de quatre-vingts.

8 Et le maître loua cet économe infidèle de ce qu’il avait agi avec habileté ; car les enfants de ce siècle sont plus prudents dans leur génération que les enfants de lumière.

9 Et moi, je vous dis aussi : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, afin que quand vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.

10 Celui qui est fidèle dans les petites choses sera aussi fidèle dans les grandes ; et celui qui est injuste dans les petites choses sera aussi injuste dans les grandes.

11 Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera les véritables richesses ?

12 Et si vous n’avez pas été fidèles dans ce qui est à autrui, qui vous donnera ce qui est à vous ?

13 Nul serviteur ne peut servir deux maîtres ; car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.

14 Les Pharisiens, qui étaient avares, écoutaient tout cela, et se moquaient de lui.

15 Et il leur dit : Pour vous, vous voulez passer pour justes devant les hommes ; mais Dieu connaît vos cœurs ; car ce qui est élevé devant les hommes est une abomination devant Dieu.

16 La loi et les prophètes ont eu lieu jusqu’à Jean ; depuis ce temps-là le royaume de Dieu est annoncé, et chacun le force.

17 Mais il est plus aisé que le ciel et la terre passent, qu’il n’est possible qu’un seul point de la loi soit aboli.

18 Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet adultère, et quiconque épouse celle que son mari a répudiée, commet adultère.

19 Il y avait un homme riche, qui se vêtait de pourpre et de fin lin, et qui se traitait bien et magnifiquement tous les jours ;

20 il y avait aussi un pauvre, nommé Lazare, qui était couché à la porte de ce riche, et qui était couvert d’ulcères ;

21 il désirait de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; et même les chiens venaient lécher ses ulcères.

22 Or, il arriva que le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham ; le riche mourut aussi et fut enseveli.

23 Et étant en enfer et dans les tourments, il leva les yeux, et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein ;

24 et s’écriant, il dit : Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, afin qu’il trempe dans l’eau le bout de son doigt, pour me rafraîchir la langue ; car je suis extrêmement tourmenté dans cette flamme.

25 Mais Abraham lui répondit : Mon fils, souviens-toi que tu as eu tes biens pendant ta vie, et Lazare y a eu des maux ; et maintenant il est consolé, et tu es dans les tourments.

26 Outre cela, il y a un grand abîme entre vous et nous, de sorte que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous, ne le peuvent, non plus que ceux qui voudraient passer de là ici.

27 Et le riche dit : Je te prie donc, père Abraham, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père ;

28 Car j’ai cinq frères, afin qu’il les avertisse, de peur qu’ils ne viennent aussi eux-mêmes dans ce lieu de tourments.

29 Abraham lui répondit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent.

30 Le riche dit : Non, père Abraham ; mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils s’amenderont.

31 Et Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seraient pas non plus persuadés, quand même quelqu’un des morts ressusciterait. 

REFLEXIONS

Tout ce chapitre tend à nous apprendre comment il faut se servir des biens de ce monde.

Ce qui est dit de l’économe d’hôtel infidèle qui, pour se faire des amis, quitta aux débiteurs de son maître une partie de leur dette, ne doit pas être entendu comme si Jésus-Christ louait ce procédé de cet homme, puisqu’une telle action serait une infidélité et une in justice manifeste. Il a voulu simplement nous apprendre que, comme cet économe d’hôtel se procura des amis avec le bien de son maître avant que de sortir de son service, nous devons nous assurer l’entrée dans une meilleure vie en employant nos biens à des usages pieux et charitables. C’est pour nous porter à ce devoir que Jésus-Christ a dit que ceux qui ne savent pas faire un bon usage des biens périssables de cette vie montrent par là qu’ils sont indignes de possédé les biens du Ciel.

C’est dans cette même vue qu’il déclare que l’on ne peut servir Dieu et aimer les richesses en même temps et c’est ce qu’il prouve par l’exemple des pharisiens qui étaient avares et auxquels il dit que quoi qu’ils eussent une haute opinion d’eux-mêmes, ils étaient en abomination à Dieu et les ennemis déclarés de son règne.

Mais c’est surtout à quoi tend la parabole du mauvais riche et de Lazare par laquelle notre Seigneur représente ce qui arrive à ceux qui, au lieu d’assister les misérables, se servent de leurs biens pour satisfaire leur luxe et leur sensualité.

Le Seigneur marque clairement ici que le faste, la vie molle, l’amour des plaisirs et le manque de charité conduisent en enfer, quand même on ne commettrait pas de grand crime. Cette parabole nous présente outre cela diverses réflexions importantes. Nous y voyons que, si l’état des hommes en cette vie est bien différent, il le sera aussi après la mort et que ce n’est point par ce qui arrive aux hommes en ce monde qu’il faut juger de leur bonheur ou de leur malheur. Nous y découvrons que les justes jouissent après leur mort d’un doux repos, que les méchants sont dans les tourments et que l’état des uns et des autres est immuable et sans retour. Ce que le patriarche Abraham répondit au mauvais riche, qui le priait d’envoyer Lazare à ses frères, nous enseigne que Dieu nous donne pendant cette vie dans sa parole des moyens suffisants pour éviter la perdition, que ceux qui ne profitent pas de ces moyens n’ont aucune excuse, qu’ils ne doivent pas s’attendre que Dieu fasse des miracles pour les convertir et que quand même il en ferait, ces miracles ne les persuaderaient pas. Toutes ces instructions sont de la dernière importance et nous ne saurions rien faire de plus utile que de les biens méditer.

 CHAPITRE XVII

Jésus-Christ parle des scandales, du pardon des offenses, de l’efficace de la foi et de l’obligation où nous sommes de faire ce que Dieu nous commande, sans prétendre rien mériter par-là.

II. Il guérit dix lépreux.

III. Il répond aux pharisiens qui lui avaient demandé quand le règne de Dieu viendrait et il leur dit qu’ils avaient déjà ce règne au milieu d’eux quoi qu’ils ne le remarquaient pas.

IV. De là il prend occasion d’avertir ceux qui l’écoutaient de ne pas suivre les faux messies et il leur dit qu’ils regretteraient un jour l’avantage dont ils jouissaient alors et qu’ils se trouveraient surpris par le jugement de Dieu comme les hommes le furent autrefois par le déluge et les habitants de Sodome par l’embrasement de cette ville. 

1 Jésus dit aussi à ses disciples : Il ne se peut faire qu’il n'arrive des scandales ; toutefois, malheur à celui par qui ils arrivent.

2 Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au cou une meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer, que de scandaliser un de ces petits.

3 Prenez donc garde à vous. Si ton frère t’a offensé, reprends-le ; et s’il se repent, pardonne-lui.

4 Et s’il t’a offensé sept fois le jour, et que sept fois le jour il revienne vers toi et te dise : Je me repens ; pardonne-lui.

5 Alors les apôtres dirent au Seigneur : Augmente-nous la foi.

6 Et le Seigneur leur dit : Si vous aviez de la foi aussi gros qu’un grain de semence de moutarde, vous pourriez dire à ce mûrier : Déracine-toi, et va te planter dans la mer ; et il vous obéirait.

7 Qui de vous, ayant un serviteur qui laboure, ou qui paisse les troupeaux, et le voyant revenir des champs, lui dise aussitôt : Avance-toi et te mets à table.

8 Ne lui dira-t-il pas plutôt : Prépare-moi à souper, et ceins-toi, et me sers, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; et après cela tu mangeras et tu boiras.

9 Sera-t-il redevable à ce serviteur, parce qu’il aura fait ce qui lui avait été commandé ? Je ne le pense pas.

10 Vous aussi de même, quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, parce que nous n’avons fait que ce que nous étions obligés de faire.

11 Et comme il allait à Jérusalem, il passait par le milieu de la Samarie et de la Galilée.

12 Et, entrant dans un bourg, il rencontra dix hommes lépreux, qui se tenaient éloignés ;

13 et ils s’écrièrent : Jésus, notre Maître, aie pitié de nous.

14 Et dès qu’il les eut vus, il leur dit : Allez, montrez-vous aux sacrificateurs. Et il arriva qu’en s’en allant, ils furent nettoyés.

15 Et l’un d’entre eux, voyant qu’il était guéri, retourna sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix.

16 Et il se jeta aux pieds de Jésus, le visage contre terre, lui rendant grâces. Or, il était Samaritain.

17 Alors Jésus, prenant la parole, dit : Tous les dix n’ont-ils pas été guéris ? et les neuf autres, où sont-ils ?

18 Il ne s’est trouvé que cet étranger qui soit revenu pour en donner gloire à Dieu.

19 Alors il lui dit : Lève-toi, va, ta foi t’a sauvé.

20 Les Pharisiens lui ayant demandé quand le règne de Dieu viendrait, il leur répondit : Le règne de Dieu ne viendra point avec éclat ;

21 et on ne dira point : Le voici qui est ici, ou le voilà qui est là ; car voici, le règne de Dieu est au milieu de vous.

22 Il dit aussi à ses disciples : Le temps viendra que vous désirerez de voir l’un des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez point.

23 Alors on vous dira : Le voici qui est ici, où le voilà qui est là ; mais n’y allez point, et ne les suivez point.

24 Car comme l’éclair brille et se fait voir depuis un côté du ciel jusqu’à l’autre, il en sera ainsi du Fils de l’homme dans son jour.

25 Mais il faut auparavant qu’il souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté par cette génération.

26 Et ce qui arriva du temps de Noé, arrivera de même au temps du Fils de l’homme ;

27 on mangeait, on buvait, on prenait et on donnait en mariage, jusqu’au jour que Noé entra dans l’arche ; et le déluge vint qui les fit tous périr.

28 De même aussi, comme du temps de Lot, on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait et on bâtissait ;

29 mais le jour que Lot sortit de Sodome, il plut du ciel du feu et du soufre, qui les fit tous périr ;

30 il en sera de même au jour que le Fils de l’homme paraîtra.

31 En ce jour-là, que celui qui sera au haut de la maison, et qui aura ses meubles dans la maison, ne descende pas pour les emporter ; et que celui qui sera aux champs ne revienne point sur ses pas.

32 Souvenez-vous de la femme de Lot.

33 Quiconque cherchera à sauver sa vie la perdra ; et quiconque l’aura perdue la retrouvera.

34 Je vous dis qu’en cette nuit-là, de deux hommes qui seront dans un même lit, l’un sera pris et l’autre laissé ;

35 De deux femmes qui moudront ensemble, l’une sera prise et l’autre laissée ;

36 De deux hommes qui seront aux champs, l’un sera pris et l’autre laissé.

37 Et ses disciples lui dirent : Où sera-ce, Seigneur ? Et il leur dit : En quelque lieu que soit le corps mort, les aigles s’y assembleront. 

REFLEXIONS

Les instructions que ce chapitre renferme sont les suivantes.

I. Que les scandales sont un grand mal, que, de la manière dont les hommes sont disposés, les scandales sont une chose inévitable, mais que ceux qui en sont les auteurs en porteront la peine.

II. Que nous ne devons avoir aucun ressentiment contre ceux qui nous offensent, qu’il faut leur pardonner et leur pardonner toujours, quand même ils reviendraient très souvent à nous offenser.

III. Que la foi étant aussi nécessaire pour plaire à Dieu et pour être sauvé qu’elle l’était autrefois pour faire des miracles, nous devons nous y affermir de plus en plus et comme le firent les Apôtres, prier le Seigneur qu’il nous l’augmente.

IV. Qu’étant les serviteurs de Dieu, nous devons faire avec zèle tout ce qu’il nous commande et en même temps avec une profonde humilité, nous souvenant que nous ne sommes que d’indignes et d’inutiles serviteurs, que nous ne faisons qu’une partie de notre devoir, qu’ainsi nous ne méritons rien et que si Dieu veut bien récompenser notre obéissance, c’est de sa pure grâce.

V. La principale réflexion qu’il faut faire sur la guérison des dix lépreux, c’est qu’il n’y en eu qu’un qui vint remercier Jésus-Christ et qu’encore c’était un Samaritain qui eut plus de piété et de reconnaissance que les autres qui étaient Juifs.

Les hommes désirent d’être délivrés quand ils sont dans la souffrance, mais la plupart oublient bientôt les délivrances que Dieu leur a accordées et ils tombent dans l’ingratitude. Mais ceux qui sont véritablement touchés des faveurs que Dieu leur accorde en conservent le souvenir et lui marquent leur reconnaissance, non seulement par des actions de grâces continuelles, mais surtout par leur obéissance et par le bon usage qu’ils font de ses bienfaits.

VI. Ce que Jésus-Christ disait aux Juifs que le règne de Dieu ne viendrait pas avec éclat, que ce règne était déjà venu et qu’il était même parmi eux nous oblige à considérer que le règne de notre Seigneur est spirituel et céleste et que ceux qui, comme nous, ont l’avantage d’avoir ce règne au milieu d’eux doivent prendre garde qu’il ne leur arrive, comme aux Juifs, de ne pas reconnaitre leur bonheur et de ne s’en pas prévaloir, ce qui n’est pourtant pas trop ordinaire.

Jésus-Christ disait aux Juifs que bientôt ils se repentiraient de n’avoir pas profité de sa présence et que la vengeance divine les surprendrait comme le déluge avait surpris les habitants du premier monde et comme le feu du ciel surpris les habitants de Sodome.

Cet avertissement nous regarde aussi bien que les Juifs. Ceux qui auront négligé les précieux avantages dont nous jouissons et le temps de la patience et de la miséricorde de Dieu seront aussi surpris dans leurs aveuglements et dans leur sécurité et ils périront dans leur impénitence. Puisque notre Seigneur nous a averti de ces choses, c’est à nous à y penser continuellement et à vivre en attendant sa venue dans la vigilance, dans la prière et dans la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres selon qu’il nous y exhorte. 

CHAPITRE XVIII VERSETS 1 A 18

Notre Seigneur :

  • Propose la parabole du juge inique,
  • Celle du pharisien et du péager,
  • Et il impose les mains à des petits enfants qu’on lui présente.

 1 Jésus leur dit aussi cette parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne se relâcher point :

2 Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu, et qui n’avait aucun égard pour personne.

3 Il y avait aussi dans cette ville-là une veuve, qui venait souvent à lui, et qui lui disait : Fais-moi justice de ma partie.

4 Pendant longtemps il n’en voulut rien faire. Cependant, il dit enfin en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu, et que je n’aie nul égard pour aucun homme ;

5 Néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas toujours me rompre la tête.

6 Et le Seigneur dit : Ecoutez ce que dit ce juge injuste.

7 Et Dieu ne vengera-t-il point ses élus, qui crient à lui jour et nuit, quoiqu’il diffère sa vengeance ?

8 Je vous dis qu’il les vengera bientôt. Mais quand le Fils de l’homme viendra, pensez-vous qu’il trouve de la foi sur la terre ?

9 Il dit aussi cette parabole, au sujet de quelques-uns qui présumaient d’eux-mêmes comme s’ils étaient justes, et méprisaient les autres :

10 Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était Pharisien, et l’autre péager.

11 Le Pharisien, se tenant debout, priait ainsi en lui-même : Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ni même aussi comme ce péager ;

12 Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède.

13 Mais le péager, se tenant éloigné, n’osait pas même lever les yeux au ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : Ô Dieu, sois apaisé envers moi qui suis pécheur.

14 Je vous déclare que celui-ci s’en retourna justifié dans sa maison préférablement à l’autre ; car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.

15 On lui présenta aussi de petits enfants, afin qu’il les touchât ; ce que les disciples voyant, ils reprenaient ceux qui les présentaient.

16 Mais Jésus les ayant appelés, dit : Laissez venir à moi ces petits enfants, et ne les en empêchez point : car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.

17 Je vous dis en vérité que quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un enfant, n’y entrera point. 

REFLEXIONS

Saint Luc nous dit dès l’entrée de ce chapitre que le but de la parabole du juge inique est de nous apprendre qu’il faut toujours prier et ne se relâcher jamais. C’est ce que Jésus-Christ nous enseigne en disant que si les hommes, même les méchants, tel que serait un juge injuste, se laissent enfin gagner par des prières et par des sollicitations réitérées, Dieu, qui est la justice et la bonté même, exaucera beaucoup plus les prières qu’on lui adresse avec ferveur et avec persévérance. Jésus-Christ a voulu nous apprendre plus particulièrement par-là que Dieu entend les cris et les prières de ses élus et qu’il exercera une sévère vengeance sur ceux qui les oppriment injustement.

Par la parabole du pharisien et du péager, Jésus-Christ voulait faire entendre que ceux qui avaient une opinion avantageuse d’eux-mêmes, comme les pharisiens, et qui méprisaient les autres étaient très odieux au Seigneur à cause de leur hypocrisie et de leur orgueil et que ceux que l’on regardaient comme les plus grands pécheurs devenaient l’objet de sa grâce lorsqu’ils étaient pénétrés d’une profonde humilité et d’une sincère repentance comme le péager qui se tenait loin et n’osait pas même lever les yeux au ciel, mais qui se frappait la poitrine et disait : Ô Dieu, sois apaisé envers moi qui suis pécheur !

Outre cela, l’exemple de ce pharisien, qui se glorifiait de n’être, ni ravisseur, ni injuste, ni adultère, de jeûner deux fois la semaine et de donner la dîme de tout ce qu’il possédait, mais qui ne fut pas justifié devant Dieu montre que les grands crimes ne sont pas les seuls obstacles au salut. On peut être exempt des péchés criants et avoir même des apparences de la piété et être cependant rejeté de Dieu si le cœur est possédé par la bonne opinion de soi-même, par l’orgueil, par l’avarice ou par d’autres passions cachées.

Il y a enfin trois réflexions à faire sur ce que Jésus-Christ imposa les mains aux enfants qu’on lui présenta et qu’il pria pour eux.

La première, que l’âge des petits enfants n’empêche pas que notre Seigneur ne les aime et ne les bénisse.

La seconde, qu’en les consacrant à Dieu par la prière et par la cérémonie du baptême on se conforme à ce que Jésus-Christ fit dans cette occasion.

La troisième, que le royaume de Dieu n’est destiné qu’à ceux qui sont des enfants en innocence, en douceur et en simplicité et qui reçoivent l’Évangile dans ces dispositions. 

CHAPITRE XVIII VERSETS 18 A 43

Notre Seigneur répond à un homme riche qui lui demandait ce qu’il fallait faire pour être sauvé et il prend occasion de là de dire que les richesses empêcheraient le salut de plusieurs personnes et de faire de glorieuses promesses à ceux qui abandonneraient leurs biens pour l’amour de lui. II. Il prédit ses souffrances. III Il rend la vue à un aveugle près de Jéricho. 

18 Alors un des principaux du lieu demanda à Jésus : Mon bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ?

19 Jésus lui dit : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a qu’un seul bon, c’est Dieu.

20 Tu sais les commandements : Tu ne commettras point adultère ; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère.

21 Cet homme lui dit : J’ai gardé toutes ces choses dès ma jeunesse.

22 Quand Jésus eut entendu cela, il lui dit : Il te manque encore une chose ; vends tout ce que tu as, et le distribue aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; après cela, viens, et suis-moi.

23 Mais cet homme, ayant entendu cela, devint tout triste ; car il était fort riche.

24 Jésus, voyant qu’il était devenu tout triste, dit : Qu’il est difficile que ceux qui ont beaucoup de biens entrent dans le royaume de Dieu !

25 Il est plus aisé qu’un chameau entre par le trou d’une aiguille, qu’il ne l’est à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.

26 Et ceux qui l’entendaient, dirent : Et qui peut donc être sauvé ?

27 Et Jésus leur dit : Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.

28 Et Pierre dit : Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi.

29 Et il leur dit : Je vous dis en vérité, qu’il n’y a personne qui ait quitté maison, ou père, mère, frères, femme ou enfants, pour le royaume de Dieu,

30 Qui ne reçoive beaucoup plus en ce siècle-ci, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle.

31 Jésus prit ensuite à part les douze et leur dit : Voici, nous montons à Jérusalem, et toutes les choses qui ont été écrites par les prophètes, touchant le Fils de l’homme, vont être accomplies.

32 Car il sera livré aux nations, on se moquera de lui, il sera outragé, et on lui crachera au visage ;

33 Et après qu’ils l’auront fouetté, ils le feront mourir, et le troisième jour il ressuscitera.

34 Mais ils n’entendirent rien à tout cela ; ce discours leur était caché, et ils ne comprenaient point ce qu’il leur disait.

35 Comme il approchait de Jérico, un aveugle, qui était assis près du chemin, et qui demandait l’aumône,

36 entendant la foule du peuple qui passait, demanda ce que c’était ;

37 et on lui répondit que c’était Jésus de Nazareth qui passait.

38 Alors il se mit à crier : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi !

39 Et ceux qui allaient devant le reprenaient pour le faire taire ; mais il criait encore plus fort : Fils de David, aie pitié de moi !

40 Et Jésus, s’étant arrêté, commanda qu’on le lui amenât ; et quand il se fut approché de lui, il lui demanda :

41 Que veux-tu que je te fasse ? Et il répondit : Seigneur, que je recouvre la vue.

42 Et Jésus lui dit : Recouvre la vue ; ta foi t’a guéri.

43 Et à l’instant il recouvra la vue, et il le suivait, donnant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, loua Dieu.

REFLEXIONS

Ce qu’il faut retenir de l’entretien que notre Seigneur eut avec cet homme riche qui s’adressa à lui, c’est :

I. Que l’on ne peut obtenir la vie éternelle qu’en gardant les commandements de Dieu ;

II. Qu’il y a des temps où l’on doit quitter tout ce que l’on possède et s’exposer à la pauvreté et à la persécution.

III. La surprise et la tristesse dont ce jeune homme fut saisi après avoir entendu Jésus-Christ, vérifie ce que le Seigneur dit dans cette occasion, c’est que les biens du monde sont souvent un grand obstacle au salut parce que ceux qui les possèdent y ont ordinairement le cœur attaché.

IV. Il paraît de là que si nous ne sommes pas appelés comme les apôtres à tout quitter pour suivre Jésus-Christ, nous devons éviter l’attachement aux biens périssables de cette vie et les employer pour assister les misérables et que ceux qui le feront auront part en cette vie et en l’autre aux récompenses que Jésus-Christ promet à ceux qui, pour l’amour de lui, auront renoncé à l’amour des biens de la terre.

Il est à remarquer ensuite qu’à mesure que le temps de la mort de Jésus-Christ approchait, il en parlait plus clairement aux apôtres afin qu’elle les surprenne moins, mais que les apôtres, nonobstant ce que leur maître leur avait dit en diverses occasions, ne pouvaient comprendre qu’il dû mourir, ce qui venait de leurs préjugés et de l’opinion où ils étaient que Jésus, étant le Messie, il règnerait dans le monde avec gloire.

Il faut enfin observer sur la guérison de l’aveugle, dont il est ici parlé, que Jésus-Christ en guérissant cet homme qui lui donnait la qualité de fils de David qui parmi les juifs, signifiait la même chose que celle de Messie faisait voir qu’il l’était véritablement.

Au reste, notre Seigneur faisait de nouveaux miracles sur la fin de sa vie et en approchant de Jérusalem afin de donner à ses disciples et au peuple de nouvelles preuves de sa mission divine et de diminuer le scandale que sa croix et sa mort devaient bientôt leur causer. 

CHAPITRE XIX VERSETS 1 A 28

Saint Luc rapporte ici :

I. L’histoire de la conversion de Zachée

II. La parabole des dix marcs.

 1 Jésus étant entré dans Jérico, passait par la ville.

2 Et un homme appelé Zachée, chef des péagers, qui était riche,

3 cherchait à voir qui était Jésus ; mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, parce qu’il était de petite taille.

4 C’est pourquoi il courut devant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là.

5 Jésus étant venu en cet endroit, et regardant en haut, le vit et lui dit : Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je loge aujourd’hui dans ta maison.

6 Et il descendit promptement, et le reçut avec joie.

7 Et tous ceux qui virent cela, murmuraient, disant qu’il était entré chez un homme de mauvaise vie pour y loger.

8 Et Zachée, se présentant devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres ; et si j’ai fait tort à quelqu’un en quelque chose, je lui en rends quatre fois autant.

9 Sur quoi Jésus lui dit : Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, parce que celui-ci est aussi enfant d’Abraham.

10 Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

11 Comme ils écoutaient ce discours, Jésus, continuant, proposa une parabole sur ce qu’il était près de Jérusalem, et qu’ils croyaient que le règne de Dieu allait paraître bientôt.

12 Il dit donc : Un homme de grande naissance s’en alla dans un pays éloigné pour prendre possession d’un royaume, et s’en revenir ensuite.

13 Et ayant appelé dix de ses serviteurs, il leur donna dix marcs d’argent, et leur dit : Faites-les valoir jusqu’à ce que je revienne.

14 Mais les gens de son pays le haïssaient ; et ils envoyèrent une ambassade après lui, pour dire : Nous ne voulons point que celui-ci règne sur nous.

15 Il arriva donc, lorsqu’il fut de retour, après avoir pris possession du royaume, qu’il commanda qu’on fît venir ces serviteurs auxquels il avait donné l’argent, pour savoir combien chacun l’avait fait valoir.

16 Et le premier se présenta et dit : Seigneur, ton marc a produit dix autres marcs.

17 Et il lui dit : Cela est bien, bon serviteur ; parce que tu as été fidèle dans peu de chose, tu auras le gouvernement des dix villes.

18 Et le second vint et dit : Seigneur, ton marc a produit cinq autres marcs.

19 Et il dit aussi à celui-ci : Et toi, commande à cinq villes.

20 Et un autre vint et dit : Seigneur, voici ton marc que j’ai gardé, enveloppé dans un linge ;

21 car je te craignais, parce que tues un homme sévère ; tu prends où tu n’as rien mis, et tu moissonnes où tu n’as point semé.

22 Et son maître lui dit : Méchant serviteur, je te jugerai par tes propres paroles ; tu savais que je suis un homme, sévère, qui prends où je n’ai rien mis, et qui moissonne où je n’ai point semé ;

23 et pourquoi n’as-tu pas mis mon argent à la banque ; et à mon retour je l’eusse retiré avec les intérêts ?

24 Et il dit à ceux qui étaient présents : Otez-lui le marc, et le donnez à celui qui a les dix marcs.

25 Et ils lui dirent : Seigneur, il a déjà dix marcs.

26 Aussi vous dis-je qu’on donnera à quiconque a déjà ; et que pour celui qui n’a pas, cela même qu’il a lui sera ôté.

27 Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, amenez-les ici, et faites-les mourir en ma présence.

28 Et après avoir dit cela, il marchait devant eux, montant à Jérusalem. 

REFLEXIONS

Il y a trois réflexions principales à faire sur l’histoire de Zachée.

La première, que notre Seigneur était venu pour appeler les pécheurs à la repentance et que les personnes que les Juifs regardaient comme très corrompues et avec lesquelles ils ne voulaient avoir aucun commerce, tels qu’étaient les péagers, seraient reçues dans l’alliance divine.

La seconde, que Jésus-Christ se communique à ceux qui le cherchent et que lorsqu’il se présente à nous et qu’il nous appelle, il faut obéir avec promptitude et avec joie à notre vocation, comme Zachée le fit.

La troisième, que ceux qui ont du bien mal acquis doivent le restituer et s’en défaire et que les riches sont particulièrement obligés d’exercer abondamment la charité envers les pauvres.

Pour ce qui est de la parabole de cet homme qui, allant partir pour un pays éloigné, donna des marcs, c’est-à-dire diverses sommes d’argent, à ses serviteurs, notre Seigneur la proposa comme Saint Luc le dit :

I. Pour désabuser ceux qui croyaient qu’il serait reconnu comme roi et que son règne allait être manifesté dans le monde avec éclat,µ

II. Pour leur faire comprendre qu’il serait au contraire rejeté, mais que ceux qui l’auraient servi fidèlement seraient élevés à une grande gloire, pendant que ceux qui ne se soumettraient pas à lui sentiraient les effets de sa puissance et souffriraient la peine de leur rebellions, ce qui marquait la ruine prochaine des Juifs.

L’usage que nous devons faire de cette parabole est d’y remarquer :

I. Que Dieu nous accorde ses lumières et sa grâce afin que nous les fassions valoir chacun selon notre état et notre portée pour sa gloire et pour le salut des autres hommes,

II. Que les uns font un bon usage de cette grâce et que les autres la rendent inutile par leur négligence,

III. que lorsque notre Seigneur viendra pour juger les hommes, il donnera de glorieuses récompenses à ceux qui auront employé ses dons d’une manière conforme à ses intentions, mais qu’il punira avec sévérité et avec justice l’infidélité et l’ingratitude de ceux qui en auront abusé. 

CHAPITRE XIX VERSETS 29 A 48

Jésus fait son entrée royale à Jérusalem ; il répand des larmes sur la ruine de cette ville et il chasse du temple ceux qui le profanaient 

29 Jésus étant arrivé près de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne qu’on appelle des Oliviers, il envoya deux de ses disciples,

30 Et leur dit : Allez à la bourgade qui est devant vous ; et quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, que personne n’a jamais monté ; détachez-le, et l’amenez.

31 Et si quelqu’un vous demande pourquoi vous le détachez, vous lui direz : Parce que le Seigneur en a besoin.

32 Et ceux qui étaient envoyés s’en allèrent, et trouvèrent comme il leur avait dit ;

33 Et comme ils détachaient l’ânon, ceux à qui il appartenait leur dirent : Pourquoi détachez-vous cet ânon ?

34 Et ils répondirent : Le Seigneur en a besoin.

35 Ils l’amenèrent donc à Jésus ; et ayant mis leurs vêtements sur l’ânon, ils firent monter Jésus dessus.

36 Et comme il passait, plusieurs étendaient leurs vêtements par le chemin.

37 Et lorsqu’il approchait de la descente de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples, transportée de joie, se mit à louer Dieu à haute voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus.

38 Et ils disaient : Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix soit dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts !

39 Alors quelques-uns des Pharisiens qui étaient dans la troupe, lui dirent : Maître, reprends tes disciples.

40 Et Jésus, répondant, leur dit : Je vous dis que si ceux-ci se taisent, les pierres même crieront.

41 Et lorsqu’il fut proche de la ville, en la voyant, il pleura sur elle et dit :

42 Oh ! si tu avais reconnu, au moins en ce jour qui t’est donné, les choses qui regardent ta paix ! mais maintenant elles sont cachées à tes yeux.

43 Car les jours viendront sur toi, que tes ennemis t’environneront de tranchées, et t’enfermeront et te serreront de toutes parts ;

44 et ils te détruiront entièrement, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi, et ils ne te laisseront pierre sur pierre, parce que tu n’as point connu le temps auquel tu as été visitée.

45 Ensuite, étant entré dans le temple, il se mit à chasser ceux qui y vendaient et qui y achetaient,

46 leur disant : Il est écrit : Ma maison est une maison de prière ; mais vous en avez fait une caverne de voleurs.

47 Et il enseignait tous les jours dans le temple. Et les principaux sacrificateurs, et les Scribes, et les principaux du peuple cherchaient à le faire périr.

48 Mais ils ne trouvaient aucun moyen de rien faire contre lui, parce que tout le peuple l’écoutait avec grande attention. 

REFLEXIONS

Jésus-Christ voulut faire son entrée à Jérusalem le dimanche avant sa mort pour montrer qu’il était ce roi dont les prophètes avaient parlé, mais il le fit d’une manière fort simple, monté sur un ânon afin qu’il parut que son règne n’était pas de ce monde. Ce qui arriva alors dut faire d’autant plus d’impression sur les apôtres que Jésus-Christ leur avait dit où ils trouveraient cet ânon, ils virent en cela une preuve de la connaissance qu’il avait de toutes choses. Nous devons faire une grande attention à cet événement où l’on voit si sensiblement la gloire de Jésus-Christ et en même temps sa parfaite douceur. Et comme ceux qui accompagnaient alors notre Seigneur louaient Dieu hautement pour tous les miracles qu’ils avaient vu faire à Jésus, nous devons aussi nous réjouir et bénir Dieu en considérant tout ce que notre Sauveur a fait pour racheter les hommes et pour établir son règne dans le monde.

Il faut remarquer ensuite que lorsque notre Seigneur s’en allait ainsi à Jérusalem, il déplora avec larmes la désolation de cette ville et les malheurs qui allaient tomber sur les Juifs parce qu’ils avaient méconnu et négligé le temps auquel Dieu les avait visités en sa grâce. C’est là une preuve bien claire de la bonté dont le Seigneur était animé même envers ceux qui l’avaient rejeté et qui devaient le crucifier cette semaine-là. Cela montre aussi que les hommes ne périssent que parce qu’ils ne profitent pas du temps auquel Dieu les visite et leur offre sa grâce. Ainsi nous devons reconnaitre les choses qui concernent notre paix avant qu’elles nous soient ôtées de devant les yeux.

Enfin, Jésus-Christ en chassant du temple ceux qui y vendaient et qui y trafiquaient fit paraître son autorité divine aussi bien que son grand zèle.

Il y a deux réflexions à faire sur cette action de notre Seigneur.

L’une, que c’est offenser Dieu grièvement et s’exposer à sa colère que d’assister avec irrévérence dans les lieux où il est adoré et invoqué et que de ne lui rendre qu’un culte faux et hypocrite, ce qui est infiniment plus odieux que l’abus qui s’était introduit parmi les Juifs de vendre et d’acheter dans l’enceinte du temple les choses qui étaient nécessaires pour les sacrifices.

L’autre réflexion est, qu’à l’imitation de Jésus-Christ, il faut s’opposer à l’irréligion, à l’impiété et soutenir toujours avec zèle les intérêts de la gloire de Dieu. 

CHAPITRE XX VERSETS 1 A 18

Jésus-Christ répond aux principaux des Juifs qui lui demandent d’où il tenait son autorité, et il leur propose la parabole des vignerons. 

1 Un jour que Jésus enseignait le peuple dans le temple, et qu’il annonçait l’évangile, les principaux sacrificateurs et les Scribes, avec les sénateurs, étant survenus,

2 lui parlèrent et lui dirent : Dis-nous par quelle autorité tu fais ces choses, et qui est celui qui t’a donné cette autorité !

3 Jésus leur répondit : Je vous demanderai aussi une chose ; dites-moi :

4 Le baptême de Jean venait-il du ciel, ou des hommes ?

5 Or, ils raisonnaient entre eux, disant : Si nous disons : Du ciel, il nous dira : Pourquoi donc n’y avez-vous pas cru !

6 Et si nous disons : Des hommes, tout le peuple nous lapidera ; car il est persuadé que Jean était un prophète.

7 C’est pourquoi ils répondirent qu’ils ne savaient d’où il venait.

8 Et Jésus leur dit : Je ne vous dirai pas non plus par quelle autorité je fais ces choses.

9 Alors il se mit à dire au peuple cette parabole : Un homme planta une vigne, et la loua à des vignerons, et fut longtemps absent.

10 Et la saison étant venue, il envoya un de ses serviteurs vers les vignerons, afin qu’ils lui donnassent du fruit de la vigne ; mais les vignerons, l’ayant battu, le renvoyèrent à vide.

11 Et il envoya encore un autre serviteur ; mais l’ayant aussi battu et traité outrageusement, ils le renvoyèrent à vide.

12 Il en envoya encore un troisième ; mais ils le blessèrent aussi, et le chassèrent.

13 Alors le maître de la vigne dit : Que ferai-je ? J’y enverrai mon fils bien-aimé ; peut-être, quand ils le verront, ils le respecteront.

14 Mais quand les vignerons le virent, ils dirent entre eux : Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le, afin que l’héritage soit à nous.

15 Et l’ayant jeté hors de la vigne, ils le tuèrent. Que fera donc le maître de la vigne ?

16 Il viendra, et fera périr ces vignerons, et il donnera la vigne à d’autres. Ce que les Juifs ayant entendu, ils dirent : A Dieu ne plaise !

17 Alors il les regarda, et leur dit : Que veut donc dire ce qui est écrit : La pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, est devenue la principale pierre de l’angle ?

18 Quiconque tombera sur cette pierre-là sera brisé, et elle écrasera celui sur qui elle tombera. 

REFLEXIONS

Il faut remarquer que, lorsque les pharisiens demandèrent à Jésus d’où il avait reçu son autorité, le Seigneur voyant que ce n’était pas dans une intention sincère de s’instruire qu’ils lui demandaient cela, mais uniquement pour le surprendre, il ne trouva pas à propos de répondre à cette question. Cependant pour leur faire voir que leur ignorance était affectée et malicieuse et qu’il leur était facile de reconnaitre que son autorité venait de Dieu, il leur demanda si le baptême de Jean-Baptiste venait du Ciel ou des hommes, à quoi ils ne répondirent rien, n’osant pas dire leur pensée. Ce silence des pharisiens manifestait leur hypocrisie et leur malice et prouvait qu’ils n’auraient point été persuadés, quoi que Jésus-Christ eût pu leur dire.

Dieu ne refuse jamais de se faire connaître à ceux qui ont un cœur sincère et qui aiment la vérité, mais pour ce qui est de ceux qui ne cherchent que des prétextes pour la rejeter, il les abandonne à leurs ténèbres et à leur malice, surtout quand il leur a donné des moyens suffisants pour connaître la vérité et qu’ils ne s’y rendent pas.

Par la similitude des vignerons, notre Seigneur voulait marquer en termes figurés :

I. Que les principaux des Juifs le feraient crucifier, comme leurs pères avaient autrefois fait mourir les prophètes.

II. Que nonobstant cela il deviendrait le chef et le roi de l’Église et qu’il serait revêtu d’un pouvoir souverain.

III. Que les Juifs seraient dans peu accablés des jugements de Dieu et privés de son alliance.

IV. Que l’Évangile serait annoncé aux païens avec un succès admirable et qu’ils jouiront de tous les privilèges de l’alliance divine.

Cette parabole qui était prophétique fut parfaitement éclaircie par la gloire à laquelle Jésus-Christ fut élevé après sa résurrection et son ascension, par la destruction de Jérusalem, par la dispersion des Juifs et par la vocation des gentils. Cependant ce qui arriva aux Juifs doit nous servir d’exemple et nous convaincre pleinement que les chrétiens qui méprisent la grâce de Dieu et qui désobéissent à l’Évangile ne sauraient demeurer impunis, puisqu’ils ne rejettent pas moins Jésus-Christ que les Juifs le rejetèrent autrefois. 

CHAPITRE XX VERSETS 19 A 47

La seconde partie de ce chapitre renferme quatre chefs.

I. Sa réponse de Jésus-Christ à la demande qu’on lui fit s’il était permis de payer le tribut à l’empereur.

II. La réponse à une autre question que les sadducéens lui proposèrent sur la résurrection,

III. La question qu’il fit aux pharisiens sur ce que le Messie est appelé fils de David

IV. Un avertissement à se donner garde des pharisiens et des docteurs de la Loi. 

19 Alors les principaux sacrificateurs et les Scribes cherchèrent à l’heure même à se saisir de Jésus ; car ils avaient bien reconnu qu’il avait dit cette parabole contre eux ; mais ils craignirent le peuple.

20 C’est pourquoi, l’observant de près, ils envoyèrent des gens apostés, qui contrefaisaient les gens de bien, pour le surprendre dans ses paroles, afin de le livrer au magistrat et au pouvoir du gouverneur.

21 Ces gens lui firent donc cette question : Maître, nous savons que tu parles et que tu enseignes avec droiture, et que, sans acception de personne, tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité.

22 Nous est-il permis de payer le tribut à César, ou non ?

23 Mais Jésus, voyant leur artifice, leur dit : Pourquoi voulez-vous me surprendre ?

24 Montrez-moi un denier. De qui a-t-il l’image et l’inscription ? Ils répondirent : De César.

25 Et il leur dit : Rendez donc à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.

26 Ainsi ils ne purent rien reprendre dans ses paroles devant le peuple ; mais, tout étonnés de sa réponse, ils se turent.

27 Alors quelques-uns d’entre les Sadducéens, qui nient la résurrection, s’approchèrent, et lui firent cette question :

28 Maître, Moïse nous a laissé par écrit, que si quelqu’un a un frère marié qui vienne à mourir sans enfants, il doit épouser sa veuve, pour susciter lignée à son frère.

29 Or, il y avait sept frères, dont le premier ayant épousé une femme, mourut sans enfants.

30 Le second l’épousa aussi, et mourut aussi sans enfants.

31 Puis le troisième l’épousa ; et de même tous les sept ; et ils moururent sans laisser d’enfants.

32 Après eux tous, la femme mourut aussi.

33 Duquel donc sera-t-elle femme dans la résurrection ? car tous les sept l’ont épousée.

34 Jésus leur répondit : Les enfants de ce siècle épousent des femmes, et les femmes des maris ;

35 mais ceux qui seront jugés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts, ne se marieront point.

36 Car ils ne pourront plus mourir, parce qu’ils seront semblables aux anges, et qu’ils seront enfants de Dieu, étant enfants de la résurrection.

37 Or, que les morts doivent ressusciter, Moïse même l’a fait connaître, lorsque rapportant ce qui lui arriva près du buisson, il nomme le Seigneur, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

38 Or, Dieu n’est point le Dieu des morts, mais il est le Dieu des vivants ; car tous vivent à lui.

39 Et quelques-uns d’entre les Scribes prenant la parole, lui dirent : Maître, tu as bien répondu.

40 Et ils n’osèrent plus lui faire aucune question.

41 Mais lui leur dit : Comment dit-on que le Christ doit être Fils de David ;

42 Puisque David même dit dans le livre des psaumes : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Sieds-toi à ma droite,

43 jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour ton marchepied ?

44 David donc l’appelant son Seigneur, comment est-il son Fils ?

45 Et comme tout le peuple écoutait, il dit à ses disciples :

46 Gardez-vous des Scribes qui se plaisent à se promener en longues robes, et qui aiment à être salués dans les places, à être assis aux premiers rangs dans les synagogues, et à tenir les premières places dans les festins ;

47 qui dévorent les maisons des veuves, en affectant de faire de longues prières ; ils en recevront une plus grande condamnation. 

REFLEXIONS

Le but des pharisiens lorsqu’ils demandèrent à notre Seigneur s’il était permis de payer le tribut à l’empereur était de le surprendre. Ils cherchaient un prétexte de l’accuser ou d’être ennemi de l’empereur s’il disait qu’il ne fallait pas payer le tribut ou de n’aimer pas sa nation s’il disait qu’il fallait le payer. Mais Jésus, par un effet de sa profonde sagesse, découvrit et évita ce piège en leur disant : de rendre à César ce qui appartient à César et de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu.

Apprenons de là que Jésus-Christ veut qu’on reconnaisse l’autorité des princes et qu’on leur rende exactement l’obéissance et la fidélité qu’on leur doit et en même temps que l’on s’acquitte religieusement des devoirs auxquels on est obligé envers Dieu.

On remarque la même sagesse de Jésus-Christ dans la manière dont il répondit aux sadducéens qui croyaient l’embarrasser en lui proposant une question sur la résurrection. Il leur dit que cette question était vaine puisqu’après la résurrection les bienheureux seront immortels et semblables aux anges et que le mariage n’aura plus lieu dans la vie à venir. Après cela il leur prouva que les morts doivent ressusciter en leur disant que Dieu s’était déclaré le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob après leur mort, d’où il s’ensuit que Dieu ne pouvant pas être le Dieu des morts, ces Saints patriarches, de même que tous ceux qui sont imitateurs de leur foi subsisteront après leur mort et que Dieu les ressuscitera. Ce discours de notre Seigneur doit nous persuader pleinement que les morts ressusciteront et nous porter au reste à vivre d’une manière pure et saine afin que nous soyons de ceux qui, comme Jésus-Christ le dit, seront jugés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des justes.

III. La demande que Jésus-Christ fit aux docteurs de la Loi, comment le Messie pouvait être le fils et le Seigneur de David tendait à leur faire voir que la dignité de la personne du Messie était beaucoup plus grande qu’ils ne le croyaient et que, quoi qu’ils pensassent être les plus éclairés dans l’intelligence des anciens oracles, leur ignorance était très grande sur ce point, de même que sur plusieurs autres.

Au reste, il ne leur expliqua pas cette question parce que cela aurait été inutile et qu’ils n’avaient point de docilité. C’est ainsi que le Seigneur abandonne à leur ignorance ceux qui ne veulent pas en sortir.

IV. Enfin, ce que notre Seigneur dit contre les docteurs de la Loi et les pharisiens montre que l’avarice, l’orgueil et l’hypocrisie sont des vices que le Seigneur déteste et que nous devons nous donner garde de ceux en qui ils se rencontrent et éviter nous-mêmes ces vices avec grand soin. 

CHAPITRE XXI

On voit dans ce chapitre :

I. Le jugement que Jésus-Christ fit de l’offrande d’une pauvre veuve.

II. Ce qu’il dit à ses disciples touchant les signes de la ruine de Jérusalem et la fin du monde.

III. Il représente combien cette ruine serait terrible.

IV. Enfin, il exhorte ses disciples à veiller et à prier et à vivre dans la tempérance afin de ne pas être surpris par sa venue. 

1 Comme Jésus regardait ce qu’on mettait dans le tronc, il vit des riches qui y mettaient leurs offrandes.

2 Il vit aussi une pauvre veuve qui y mettait deux pites ;

3 et il dit : Je vous dis en vérité, que cette pauvre veuve a plus mis que tous les autres.

4 Car tous ceux-là ont mis, dans les offrandes de Dieu, de leur superflu ; mais celle-ci y a mis de sa disette tout ce qu’elle avait pour vivre.

5 Et comme quelques-uns lui disaient que le temple était orné de belles pierres et de beaux dons, il dit :

6 Est-ce là ce que vous regardez ? Les jours viendront qu’il n’y sera laissé pierre sur pierre, qui ne soit renversée.

7 Alors ils lui demandèrent : Maître, quand est-ce donc que ces choses arriveront, et par quel signe connaîtra-t-on qu’elles sont sur le point d’arriver ?

8 Et il dit : Prenez garde que vous ne soyez séduits ; car plusieurs viendront en prenant mon nom, disant : C’est moi qui suis le Christ ; et ce temps approche ; mais ne les suivez pas.

9 Et quand vous entendrez parler de guerres et de séditions, ne vous épouvantez pas ; car il faut que ces choses arrivent auparavant ; mais ce ne sera pas sitôt la fin.

10 Il leur dit aussi : Une nation s’élèvera contre une autre nation, et un royaume contre un autre royaume ;

11 Et il y aura de grands tremblements de terre en divers lieux et des famines et des pestes, et il paraîtra des choses épouvantables, et de grands signes dans le ciel.

12 Mais, avant tout cela, ils mettront les mains sur vous, et ils vous persécuteront, vous livrant aux synagogues, et vous mettant en prison ; et ils vous tireront devant les rois et devant les gouverneurs, à cause de mon nom.

13 Et cela vous servira de témoignage.

14 Mettez-vous donc dans l’esprit de ne point préméditer comment vous répondrez.

15 Car je vous donnerai une bouche et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront contredire, ni résister.

16 Vous serez même livrés par vos pères et mères, par vos frères, par vos parents et par vos amis ; et ils en feront mourir d'entre vous.

17 Et vous serez haïs de tout le monde, à cause de mon nom.

18 Mais il ne se perdra pas un cheveu de votre tête.

19 Possédez vos âmes par votre patience.

20 Et quand vous verrez Jérusalem environnée par les armées, sachez que sa désolation approche.

21 Alors, que ceux qui seront dans la Judée s’enfuient aux montagnes ; que ceux qui seront au milieu d’elle se retirent ; et que ceux qui seront à la campagne ne rentrent point dans la ville.

22 Car ce seront alors les jours de la vengeance, afin que toutes les choses qui sont écrites s’accomplissent.

23 Malheur aux femmes qui seront enceintes, et à celles qui allaiteront en ces jours-là ; car il y aura une grande calamité sur ce pays, et une grande colère sur ce peuple.

24 Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, et ils seront menés captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis.

25 Et il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles ; et sur la terre les peuples seront dans la consternation et ne sachant que devenir, la mer et les flots faisant un grand bruit.

26 Les hommes seront comme rendant l’âme de frayeur, dans l’attente des choses qui arriveront par tout le monde ; car les puissances des cieux seront ébranlées.

27 Et alors on verra venir le Fils de l’homme sur une nue, avec une grande puissance et une grande gloire.

28 Lors donc que ces choses commenceront d’arriver, regardez-en haut, et levez la tête, parce que votre délivrance approche.

29 Et il leur dit une similitude : Voyez le figuier et tous les autres arbres ;

30 quand ils commencent à pousser, vous jugez de vous-mêmes, en les voyant, que l'été est proche.

31 De même, lorsque vous verrez arriver ces choses, sachez que le règne de Dieu est près.

32 Je vous dis en vérité, que cette génération ne passera point, que toutes ces choses n’arrivent.

33 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

34 Prenez donc garde à vous-mêmes, de peur que vos cœurs ne soient appesantis par la gourmandise, par les excès du vin et par les inquiétudes de cette vie, et que ce jour-là ne vous surprenne subitement.

35 Car il surprendra comme un filet tous ceux qui habitent sur la face de la terre.

36 Veillez donc, et priez en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d’éviter toutes ces choses qui doivent arriver, et de subsister devant le Fils de l’homme.

37 Or, il enseignait dans le temple pendant le jour, et sortant le soir, il passait les nuits sur la montagne appelée des Oliviers.

38 Et, dès le point du jour, tout le peuple venait à lui dans le temple, pour l’écouter. 

REFLEXIONS

Ce que Jésus-Christ dit à l’avantage de cette veuve qui mit deux petites pièces de monnaie dans un tronc où les particuliers jetaient ce qu’ils voulaient donner pour l’usage du temple nous apprend que tout ce que l’on consacre à des usages de piété ou de charité est agréable à Dieu quand on le donne volontairement et que les offrandes des pauvres, lorsqu’ils le font de bon cœur selon leur pouvoir, sont aussi bien reçues que celles des riches.

II. Il faut savoir que tout ce que notre Seigneur avait prédit en parlant des signes qui précéderaient la destruction de Jérusalem et du temple arriva de la manière et dans les temps qu’il l’avait marqué. On vit paraître des séducteurs qui prirent le titre de messie, la Judée fut désolée par la famine et par la peste, les Juifs excitèrent des persécutions contre les disciples de notre Seigneur, les Romains vinrent assiéger Jérusalem, la prirent et la détruisirent avec son temple. Les habitants de cette ville se virent réduits aux dernières extrémités, ils furent passés au fil de l’épée et ils souffrirent toutes les horreurs de la guerre. Les restes de ce peuple furent dispersés par tout le monde, ils le sont encore aujourd’hui et Jérusalem ne s’est jamais relevée de cette désolation.

Enfin, toutes ces choses arrivèrent dans le temps que Jésus-Christ l’avait dit, savoir environ quarante ans après sa mort. Des prédictions aussi claires et aussi formelles que celle-là et qui ont été et sont encore si exactement vérifiées par l’événement prouvent d’une manière invincible que Jésus-Christ était envoyé de Dieu et que sa doctrine est véritable et divine. Outre cela, cette destruction d’un peuple que Dieu avait tant aimé et d’une ville qu’il avait choisie pour y établir son service doit inspirer de la crainte à tout le monde et comme l’on ne peut attribuer cette ruine qu’au péché que les Juifs commirent en rejetant et en crucifiant notre Seigneur, cela montre bien clairement que Jésus est le Messie. On peut aussi reconnaitre par là à quoi doivent s’attendre les chrétiens qui le rejettent par leur incrédulité et par leur désobéissance.

III. Ce qu’on lit dans ce chapitre doit nous faire penser à la fin du monde et au jugement dernier, à l’effroi et au désespoir dont les méchants seront saisis et à la joie dont les justes seront remplis en ce jour-là.

Enfin, notre Seigneur nous enseigne que le moyen de ne pas être surpris par sa venue c’est de vivre dans la tempérance, dans la vigilance et de prier continuellement. C’est ce que Jésus-Christ nous recommande par ces paroles qui sont la conclusion de ce discours : Prenez garde à vous-mêmes, que vos cœurs ne soient appesantis par la gourmandise, par les excès du vin et par les inquiétudes de cette vie, de peur que ce jour-là ne vous surprenne subitement. Veillez donc et priez en tout temps afin que vous soyez trouvés dignes d’éviter toutes ces choses et de subsister devant le Fils de l’homme. 

CHAPITRE XXII VERSETS 1 A 38

Saint Luc commence ici l’histoire de la passion de Jésus-Christ et il rapporte :

I. Le traité que Judas fit avec les Juifs pour leur livrer notre Seigneur,

II. Comment Jésus-Christ célébra la pâque et institua la Sainte Cène,

III. La prédiction qu’il fit de la trahison de Judas,

IV. Ce qu’il dit aux apôtres sur ce qu’ils disputaient entre eux lequel serait le plus grand dans le royaume de leur maître.

V. Notre Seigneur prédit la chute de Saint Pierre et il avertit ses disciples que le temps de sa mort était venu. 

1 La fête des pains sans levain, appelée la Pâque, approchait.

2 Et les principaux sacrificateurs et les Scribes cherchaient comment ils pourraient faire mourir Jésus ; car ils craignaient le peuple.

3 Mais Satan entra dans Judas, surnommé Iscariot, qui était du nombre des douze apôtres ;

4 et il s’en alla, et parla avec les principaux sacrificateurs et les capitaines, sur la manière dont il le leur livrerait.

5 Ils en eurent de la joie, et ils convinrent de lui donner de l’argent.

6 Il promit donc de le leur livrer ; et il cherchait une occasion propre pour le faire sans tumulte.

7 Or, le jour des pains sans levain étant venu, auquel il fallait sacrifier la Pâque,

8 Jésus envoya Pierre et Jean, et leur dit : Allez nous préparer la Pâque, afin que nous la mangions.

9 Ils lui dirent : Où veux-tu que nous la préparions ?

10 Et il leur dit : Lorsque vous entrerez dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le dans la maison où il entrera.

11 Et dites au maître de la maison : Le maître t’envoie demander : Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples ?

12 Et il vous montrera une grande chambre haute, toute meublée ; préparez-y la Pâque.

13 Eux donc, s’en étant allés, trouvèrent les choses comme il leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque.

14 Et quand l’heure fut venue, il se mit à table, et les douze apôtres avec lui.

15 Et il leur dit : J’ai fort désiré de manger cette Pâque avec vous, avant que je souffre.

16 Car je vous dis, que je n’en mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu.

17 Et ayant pris la coupe et rendu grâces, il dit : Prenez-la, et la distribuez entre vous ;

18 car je vous dis, que je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le règne de Dieu soit venu.

19 Puis il prit du pain, et ayant rendu grâces, il le rompit et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi.

20 De même, il leur donna la coupe après souper, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous.

21 Au reste, voici, la main de celui qui me trahit est à table avec moi.

22 Pour ce qui est du Fils de l’homme, il s’en va, selon qu’il a été déterminé ; mais malheur à cet homme par qui il est trahi.

23 Alors ils commencèrent à se demander les uns aux autres, qui était celui d’entre eux qui ferait cela.

24 Il arriva aussi une contestation entre eux, pour savoir lequel d’entre eux devait être regardé comme le plus grand.

25 Mais il leur dit : Les rois des nations les maîtrisent, et ceux qui usent d’autorité sur elles sont nommés bienfaiteurs.

26 Il n’en doit pas être de même entre vous ; mais que celui qui est le plus grand parmi vous, soit comme le moindre ; et celui qui gouverne, comme celui qui sert.

27 Car qui est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert ? n’est-ce pas celui qui est à table ? et cependant je suis au milieu de vous comme celui qui sert.

28 Or, vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes épreuves.

29 C’est pourquoi je dispose du royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé pour moi ;

30 afin que vous mangiez et que vous buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël.

31 Le Seigneur dit aussi : Simon, Simon, voici, Satan a demandé à vous cribler comme on crible le blé ;

32 mais j’ai prié pour toi, que ta foi ne défaille point. Toi donc, quand tu seras converti, affermis tes frères.

33 Et Pierre lui dit : Seigneur, je suis tout prêt d’aller avec toi, et en prison et à la mort.

34 Mais Jésus lui dit : Pierre, je te dis que le coq ne chantera point aujourd’hui, que tu n’aies nié trois fois de me connaître.

35 Puis il leur dit : Lorsque je vous ai envoyés sans bourse, sans sac, et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? Et ils répondirent : De rien.

36 Mais maintenant, leur dit-il, que celui qui a une bourse, la prenne ; et de même celui qui a un sac ; et que celui qui n’a point d’épée, vende sa robe, et en achète une.

37 Car je vous dis qu’il faut que cette parole qui est écrite soit accomplie en moi, savoir : Il a été mis au rang des malfaiteurs. Et les choses qui ont été prédites de moi vont arriver.

38 Et ils dirent : Seigneur, voici deux épées. Et il leur dit : Cela suffit. 

REFLEXIONS

La première réflexion qu’il faut faire ici est que Judas pris la résolution de livrer son Maître aux Juifs et que nonobstant que Jésus-Christ lui fit entendre qu’il connaissait son dessein, ce malheureux infidèle ne laissa pas de l’exécuter. Comme ce fut l’amour de l’argent qui porta Judas à une action si perfide, on voit par-là que cette passion, que les hommes ne croient pas fort dangereuse, les aveugle et les endurcit à un point qu’ils sont capables de tomber dans les derniers crimes et qu’ils résistent à tout ce qui devrait les en détourner.

II. Sur ce que notre Seigneur célébra la pâque avec ses disciples et institua le sacrement de la Cène, il faut faire deux considérations.

L’une, qu’il observa jusqu’à la fin de sa vie tout ce qui était prescrit par la religion des Juifs, ce qui nous apprend à ne mépriser et à ne négliger jamais aucune des institutions divines.

L’autre que nous devons regarder avec un grand respect ce Saint sacrement que le Sauveur du monde établit alors pour être un mémorial de sa passion et de sa mort et y participer avec une singulière dévotion toutes les fois que nous nous y présentons.

III. Il est à remarquer que comme Jésus-Christ avait parlé de la venue du règne de Dieu dans ce dernier repas, cela donna occasion à ses disciples de demander lequel d’entre eux serait le plus grand dans ce règne qu’ils croyaient devoir être un règne temporel. Mais le Seigneur les exhorta à se défaire des pensées charnelles qu’ils avaient sur le règne du Messie et à prendre des sentiments d’humilité, leur promettant cependant de les élever à une grande gloire s’ils lui étaient toujours fidèles.

Ces leçons d’humilité et de renoncement aux grandeurs du monde que Jésus-Christ a données tant de fois à ses disciples apprennent à tous les chrétiens qu’il ne leur est pas permis de rechercher la gloire et l’honneur et qu’étant les disciples d’un Maître qui a été l’humilité même, ils ne doivent point penser à s’élever les uns par-dessus les autres et qu’au reste, la véritable gloire à laquelle il faut aspirer est celle qui se trouve dans l’humilité et qui est réservée dans le royaume de Dieu à ceux qui imiteront Jésus-Christ et qui persévéreront dans son obéissance au milieu des épreuves auxquelles ils auront été exposés.

Notre Seigneur avertit dans ce temps-là Saint Pierre de sa chute, mais il l’assura en même temps qu’il avait prié pour lui afin que sa foi ne défaillît point. Le péché et la repentance de cet apôtre confirmèrent la vérité de cette prédiction et de cette promesse. Nous sommes extrêmement faibles, le plus souvent nous ne nous connaissons pas nous-mêmes et ce qui nous aveugle le plus et nous fait tomber, c’est la présomption, mais ce qui nous soutient et nous relève, c’est une sage défiance de nous-mêmes et la grâce du Seigneur. Ainsi nous devons implorer cette grâce avec beaucoup d’ardeur et d’humilité et le prier qu’il ne nous abandonne pas à notre propre faiblesse et qu’il nous affermisse dans la foi en sorte qu’elle ne défaille jamais.

 CHAPITRE XXII VERSETS 39 A 71

I. Jésus-Christ souffre dans le jardin. II. Il est pris par Judas. III. Saint Pierre le renie et pleure sa faute. IV. Jésus est condamné devant le conseil des Juifs. 

39 Puis Jésus partit et s’en alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers ; et ses disciples le suivirent.

40 Et quand il fut arrivé, il leur dit : Priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation.

41 Alors il s’éloigna d’eux environ d’un jet de pierre ; et s’étant mis à genoux, il priait,

42 en disant : Mon Père, si tu voulais éloigner cette coupe de moi ! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne.

43 Et un ange lui apparut du ciel pour le fortifier.

44 Et étant en agonie, il priait plus instamment ; et il lui vint une sueur comme des grumeaux de sang, qui coulaient jusqu’à terre.

45 Et s’étant levé après sa prière, il vint vers ses disciples, qu’il trouva endormis de tristesse.

46 Et il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous, et priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation.

47 Comme il parlait encore, voici une troupe de gens, et celui qui s’appelait Judas, l’un des douze, marchait devant; et il s’approcha de Jésus pour le baiser ?

48 Mais Jésus lui dit : Judas, trahis-tu ainsi le Fils de l’homme par un baiser ?

49 Alors ceux qui étaient avec lui, voyant ce qui allait arriver, lui dirent : Seigneur, frapperons-nous de l’épée ?

50 Et l’un d'eux frappa un des serviteurs du souverain sacrificateur, et lui emporta l’oreille droite.

51 Mais Jésus prenant la parole, dit : Arrête-toi. Et ayant touché l’oreille de cet homme, il le guérit.

52 Puis Jésus dit aux principaux sacrificateurs, aux capitaines du temple, et aux sénateurs qui étaient venus pour le saisir : Vous êtes sortis avec des épées et des bâtons, comme après un brigand.

53 J’étais tous les jours dans le temple avec vous, et vous n’avez point mis les mains sur moi. Mais c’est ici votre heure et la puissance des ténèbres.

54 Aussitôt ils le saisirent et l’emmenèrent, et le firent entrer dans la maison du souverain sacrificateur. Et Pierre suivait de loin.

55 Et ayant allumé du feu au milieu de la cour, et s’étant assis ensemble, Pierre s’assit aussi parmi eux.

56 Et une servante, le voyant assis auprès du feu, et le regardant attentivement, dit : Celui-ci était aussi avec cet homme.

57 Mais il renia Jésus, disant : Femme, je ne le connais point.

58 Et un peu après, un autre, le voyant, dit : Tu es aussi de ces gens-là. Mais Pierre dit : O homme, je n’en suis point.

59 Environ une heure après, un autre assurait la même chose, et disait : Certainement, celui-ci était aussi avec lui ; car il est aussi Galiléen.

60 Et Pierre dit : O homme, je ne sais ce que tu dis. Et au même instant, comme il parlait encore, le coq chanta.

61 Le Seigneur s’étant retourné, regarda Pierre, et Pierre se ressouvint de la parole du Seigneur, et comment il lui avait dit : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois.

62 Alors Pierre étant sorti, pleura amèrement.

63 Or, ceux qui tenaient Jésus, se moquaient de lui et le frappaient ;

64 Et lui ayant bandé les yeux, ils lui donnaient des coups sur le visage, et lui disaient : Devine qui est celui qui t’a frappé.

65 Et ils disaient beaucoup d’autres choses contre lui, en l’outrageant de paroles.

66 Et dès que le jour fut venu, les sénateurs du peuple, les principaux sacrificateurs et les Scribes s’assemblèrent et le firent venir dans le conseil,

67 et ils lui dirent : Si tu es le Christ, dis-le-nous. Et il leur répondit : Si je vous le dis, vous ne le croirez point ;

68 et si je vous interroge aussi, vous ne me répondrez point, ni ne me laisserez point aller.

69 Désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu.

70 Alors ils dirent tous : Es-tu donc le Fils de Dieu ? Et il leur dit : Vous le dites vous-mêmes ; je le suis.

71 Alors ils dirent : Qu’avons-nous plus besoin de témoignage, puisque nous l’avons ouï nous-mêmes de sa bouche ? 

REFLEXIONS

Dans le récit que Saint Luc fait de ce que Jésus-Christ souffrit dans le jardin, on doit remarquer la tristesse de notre Seigneur, ses prières et sa résignation. Sa tristesse fait voir qu’il était sujet aux faiblesses innocentes de notre nature, la vue de cette mort qu’il allait endurer pour les péchés des hommes l’étonna, il eut même besoin d’être fortifié par un ange, mais ce trouble n’avait rien que d’innocent, ainsi l’on ne doit pas penser que Jésus-Christ souffrit des peines semblables à celles des méchants, ni que Dieu fût irrité contre lui. Ses prières nous enseignent à chercher notre consolation et notre force dans le recours à Dieu lorsque nous sommes dans la détresse et la résignation à la volonté de son Père nous apprend à nous soumettre en toutes choses, même dans les événements les plus fâcheux à ce qu’il plait à Dieu de faire de nous.

Au reste, après cet état de délaissement par où Jésus-Christ a passé, nous ne devons jamais perdre courage dans nos maux pourvu que, comme lui, nous nous abandonnons entièrement à Dieu.

II. La manière dont notre Seigneur fut pris montre que quoi qu’il connût le dessein de Judas et qu’il eût pu éviter la mort, il se livra lui-même entre les mains des Juifs, parce qu’il était résolu de mourir pour accomplir les desseins de son Père.

III. Ce que fit Saint Pierre lorsqu’il frappa avec l’épée un des serviteurs du souverain sacrificateur marque l’attachement que cet apôtre avait pour son Maître, mais cette action procédait d’un zèle inconsidéré et d’un esprit de vengeance, c’est pourquoi notre Seigneur l’en censura.

La violence et la vengeance déplaisent à Jésus-Christ et sont indignes de ses disciples, ainsi nous devons nous en éloigner et imiter toujours la grande douceur de notre Seigneur qui, pouvant punir ceux qui venaient le saisir, ne le fit pas et donna même une preuve de sa bonté aussi bien que de sa puissance en guérissant celui que Saint Pierre avait blessé.

IV. On voit ici que Saint Pierre, qui avait témoigné tant de zèle pour Jésus-Christ, le renia par trois fois, étant entraîné par la crainte de la mort. La chute de cet apôtre fait voir que notre inconstance est grande et que les tentations peuvent facilement nous surprendre lorsque nous n’employons pas la vigilance et la prière pour les éviter. Cependant, cet apôtre se releva de sa chute, au lieu que Judas tomba dans le désespoir. On revient plus facilement des fautes où l’on tombe par surprise que de celles que l’on commet de propos délibérés.

Enfin, ce qui se passa lorsque notre Seigneur parut devant le conseil des Juifs fait voir qu’il ne fut condamné pour aucun crime et qu’il était entièrement innocent, puisque la sentence de sa condamnation ne fut fondée que sur ce qu’il avoua qu’il était le fils de Dieu. Il fit pourtant cet aveu et il se soumit à cette sentence si injuste, en quoi nous avons la preuve la plus convaincante qu’il eût pu nous donner de son amour et un exemple de zèle et de patience que nous devons toujours avoir devant les yeux. 

CHAPITRE XXIII VERSETS 1 A 25

Jésus-Christ paraît et est accusé devant Pilate et ensuite devant Hérode, l’un et l’autre le déclarent innocent.

Pilate tâche de le délivrer, mais enfin, vaincu par les instances des principaux des Juifs, il le condamne à mort. 

1 Puis toute l’assemblée, s’étant levée, le mena à Pilate.

2 Et ils commencèrent à l’accuser, en disant : Nous avons trouvé cet homme séduisant la nation et défendant de donner le tribut à César, et se disant le Christ, le roi.

3 Alors Pilate l’interrogea et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ? Et Jésus lui répondit : Tu le dis.

4 Et Pilate dit aux principaux sacrificateurs et au peuple : Je ne trouve aucun crime en cet homme.

5 Mais ils insistaient encore plus fortement, en disant : Il soulève le peuple, enseignant par toute la Judée, ayant commencé depuis la Galilée, jusqu’ici.

6 Quand Pilate entendit parler de la Galilée, il demanda si Jésus était Galiléen.

7 Ayant appris qu’il était de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à Hérode, qui était aussi alors à Jérusalem.

8 Quand Hérode vit Jésus, il en eut une grande joie ; car il y avait longtemps qu’il souhaitait de le voir, parce qu’il avait ouï dire beaucoup de choses de lui ; et il espérait qu’il lui verrait faire quelque miracle.

9 Il lui fit donc plusieurs questions ; mais Jésus ne lui répondit rien.

10 Et les principaux sacrificateurs et les Scribes étaient là, qui l’accusaient avec grande véhémence.

11 Mais Hérode, avec les gens de sa garde, le traita avec mépris ; et pour se moquer de lui, il le fit vêtir d’un habit éclatant, et le renvoya à Pilate.

12 En ce même jour, Pilate et Hérode devinrent amis ; car auparavant ils étaient ennemis.

13 Alors Pilate ayant assemblé les principaux sacrificateurs, et les magistrats, et le peuple, leur dit :

14 Vous m’avez présenté cet homme comme soulevant le peuple ; et cependant, l’ayant interrogé en votre présence, je ne l’ai trouvé coupable d’aucun des crimes dont vous l’accusez ;

15 Ni Hérode non plus ; car je vous ai renvoyés à lui, et on ne lui a rien fait qui marque qu’il soit digne de mort.

16 Ainsi, après l’avoir fait châtier, je le relâcherai.

17 Or, il était obligé de leur relâcher un prisonnier à la fête,

18 de sorte qu’ils s’écrièrent tous ensemble : Fais mourir celui-ci, et nous relâche Barabbas.

19 (Or, Barabbas avait été mis en prison pour une sédition qui s’était faite dans la ville, et pour un meurtre.)

20 Pilate leur parla de nouveau, ayant envie de délivrer Jésus.

21 Mais ils s’écrièrent : Crucifie-le, crucifie-le.

22 Et il leur dit pour la troisième fois : Mais quel mal a-t-il fait ? je n’ai rien trouvé en lui qui soit digne de mort. Ainsi, après l’avoir fait châtier, je le relâcherai.

23 Mais ils faisaient de nouvelles instances, en demandant avec de grands cris qu’il fût crucifié ; et leurs cris et ceux des principaux sacrificateurs redoublaient.

24 Alors Pilate prononça que ce qu’ils demandaient fût fait.

25 Et il leur relâcha celui qui avait été mis en prison pour sédition et pour meurtre, et qu’ils demandaient ; et il abandonna Jésus à leur volonté. 

REFLEXIONS

On découvre d’abord ici l’injustice et la haine des principaux des Juifs, qui, après avoir condamné notre Seigneur, l’accusèrent faussement devant Pilate d’avoir voulu soulever le peuple et se faire roi et qui demandèrent sa mort malgré tout ce que Pilate leur put dire pour les apaiser, jusque-là qu’ils aimèrent mieux qu’on sauvât la vie à un meurtrier et un séditieux qu’à Jésus-Christ.

II. Dieu permit que Pilate envoya Jésus vers le Hérode afin que la parfaite innocence de notre Seigneur fût d’autant mieux reconnue, ce prince n’ayant pas trouvé qu’il eût rien fait qui méritât la mort.

III. Jésus-Christ paraissant devant Hérode ne lui parla point et ne lui fit aucune réponse parce que les questions que ce prince lui faisait ne procédaient pas d’aucun dessein qu’il eût de s’instruire, mais qu’elles ne venaient que d’une vaine curiosité et du désir qu’il avait de voir faire quelque miracle à notre Seigneur.

Dieu se fait connaître à ceux qui cherchent la vérité de bonne foi, mais pour ce qui est de ceux qui ne s’informent de la vérité que par curiosité et dans un esprit profane, il les laisse dans leur aveuglement.

En quatrième lieu, et surtout, on doit faire attention à l’injustice de Pilate. Il était convaincu qu’on accusait Jésus à tort, il souhaitait de le délivrer, il le pouvait, mais il n’osa pas le faire et après quelque résistance, il le condamna pour complaire aux Juifs.

C’est ainsi que se conduisent les juges iniques et en général tous ceux qui pèchent contre leurs lumières, ils ont plus d’égard aux hommes, à la politique, à l’intérêt et à l’ambition qu’à ce que Dieu, la justice et la conscience demandent. Cet exemple montre qu’il ne sert de rien d’avoir de bons sentiments et quelque désir de faire son devoir, qu’il serait inutile de résister pendant quelque temps à la tentation si l’on vient à y succomber, qu’au contraire, on n’en est que plus coupable, et qu’ainsi en toutes occasions, il faut consulter uniquement la conscience et suivre ce qu’elle nous inspire sans qu’aucune sollicitation ni aucun motif que ce puisse être nous en empêche jamais.

 CHAPITRE XXIII VERSETS 26 A 56

Saint Luc récite :

I. Ce qui se passa lorsque Jésus fut conduit au supplice, et pendant qu’il était sur la croix et sa mort.

II. Les prodiges qui arrivèrent.

III. Sa sépulture.

 26 Et comme ils le menaient au supplice, ils prirent un homme de Cyrène, nommé Simon, qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix, pour la porter après Jésus.

27 Et une grande multitude de peuple et de femmes le suivaient, qui se frappaient la poitrine et se lamentaient.

28 Mais Jésus se tournant vers elles, leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants.

29 Car les jours viendront auxquels on dira : Heureuses les stériles, les femmes qui n’ont point enfanté, et les mamelles qui n’ont point allaité !

30 Alors ils se mettront à dire aux montagnes : Tombez sur nous, et aux coteaux : Couvrez-nous.

31 Car si l’on fait ces choses au bois vert, que fera-t-on au bois sec ?

32 On menait aussi deux autres hommes, qui étaient des malfaiteurs, pour les faire mourir avec lui.

33 Et quand ils furent au lieu appelé Calvaire, ils le crucifièrent là, et les malfaiteurs, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche.

34 Mais Jésus disait : Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Puis faisant le partage de ses vêtements, ils les jetèrent au sort.

35 Le peuple se tenait là et regardait. Et les principaux se moquaient de lui avec le peuple, en disant : Il a sauvé les autres ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ, l’élu de Dieu.

36 Les soldats l’insultaient aussi, et s’étant approchés, ils lui présentaient du vinaigre.

37 Et ils lui disaient : Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même.

38 Et il y avait cette inscription au-dessus de sa tête, en grec, en latin, et en hébreu : CELUI-CI EST LE ROI DES JUIFS.

39 L’un des malfaiteurs qui étaient crucifiés l’outrageait aussi, en disant : Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous aussi.

40 Mais l’autre, le reprenant, lui dit : Ne crains-tu point Dieu, puisque tu es condamné au même supplice ?

41 Et pour nous, nous le sommes avec justice, car nous souffrons ce que nos crimes méritent ; mais celui-ci n’a fait aucun mal.

42 Puis il disait à Jésus : Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras entré dans ton règne.

43 Et Jésus lui dit : Je te dis en vérité, que tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis.

44 Il était environ la sixième heure, et il se fit des ténèbres sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.

45 Le soleil s’obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu.

46 Alors Jésus, criant à haute voix, dit : Mon Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et ayant dit cela, il expira.

47 Le centenier, voyant ce qui était arrivé, donna gloire à Dieu, et dit : Certainement, cet homme était juste.

48 Et tout le peuple qui s’était assemblé à ce spectacle, voyant les choses qui étaient arrivées, s’en retournait en se frappant la poitrine.

49 Or, tous ceux qui étaient de sa connaissance, et les femmes qui l’avaient suivi de la Galilée, se tenaient loin, regardant ce qui se passait.

50 Et un homme, appelé Joseph, qui était sénateur, homme de bien et juste,

51 Qui n’avait point consenti au dessein des autres, ni à ce qu’ils avaient fait, qui était d’Arimathée, ville de Judée, et qui attendait aussi le règne de Dieu,

52 Etant venu vers Pilate, il lui demanda le corps de Jésus.

53 Et l’ayant descendu de la croix, il l’enveloppa d’un linceul, et le mit dans un sépulcre taillé dans un roc, où personne n’avait encore été mis.

54 C’était le jour de la préparation, et le sabbat allait commencer.

55 Et les femmes qui étaient venues de Galilée avec Jésus, ayant suivi Joseph, remarquèrent où était le sépulcre, et comment le corps de Jésus y avait été mis.

56 Et s’en étant retournées, elles préparèrent des drogues aromatiques et des parfums, et elles se reposèrent le jour du sabbat, selon la loi.

 REFLEXIONS

Voici les réflexions qu’il faut faire sur les diverses particularités de la passion de notre Seigneur qui sont rapportées par Saint Luc.

I. On voit dans ce que Jésus dit aux femmes de Jérusalem qui pleuraient sa mort que dans le même temps qu’on le conduisait au supplice et qu’on le faisait mourir si injustement, il était plus sensible aux malheurs qui allaient tomber sur les Juifs qu’à ce qu’il souffrait lui-même.

C’est là un exemple bien touchant de douceur et de patience qui doit nous convaincre de la parfaite charité de Jésus-Christ et nous engager à pardonner à ceux qui nous traitent avec injustice et à nous intéresser pour les autres encore plus que pour nous-mêmes.

II. Ce sont des sentiments qui doivent nous inspirer cette prière que Jésus fit dans le temps qu’on le crucifiait, Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.

III. Une troisième circonstance qui est digne de toute notre attention est ce que Saint Luc rapporte de ces deux voleurs qui furent crucifiés avec Jésus-Christ. On voit dans l’un de ces voleurs un exemple qui montre jusqu’où les hommes peuvent porter l’impiété, la méchanceté et l’endurcissement. Mais on remarque dans l’autre, qui repris son compagnon et qui invoqua Jésus-Christ comme son Sauveur et son Roi quoi qu’il le vît sur une croix, une foi admirable, une belle repentance et une grande humilité. La promesse que notre Seigneur lui fit : Tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis est un exemple illustre de la miséricorde de Dieu envers les pécheurs repentants. Il ne faut pourtant pas abuser de cet exemple en s’imaginant que l’on peut, sans hasarder son salut, attendre de se convertir à la fin de sa vie. Cette promesse nous assure aussi que ceux qui meurent dans la grâce de Dieu sont dans un état de bonheur immédiatement après leur mort.

IV. La mort de Jésus-Christ et sa sépulture doivent être considérés comme le dernier degré de son abaissement et l’accomplissement du sacrifice qu’il a offert à Dieu pour l’expiation de nos péchés. Ainsi nous y trouvons le fondement de notre foi et de notre confiance et de puissants motifs à ne point craindre la mort.

Enfin, les divers prodiges qui arrivèrent lorsque notre Seigneur fut crucifié et qu’il mourut étaient destinés à faire voir qu’il était véritablement le fils de Dieu. Ce fut aussi l’effet qu’ils produisirent sur le centenier qui gardait la croix, sur le peuple qui assista à ce spectacle et en particulier sur les personnes qui avaient eu de l’attachement pour Jésus-Christ pendant sa vie. Mais ce fut ce qui parut encore plus clairement lorsqu’il ressuscita le troisième jour après sa mort.

 CHAPITRE XXIV

Jésus étant ressuscité, des anges l’annoncent aux femmes qui étaient allées à son sépulcre, il se fit voir ensuite à deux de ses disciples qui allaient à Emmaüs, et enfin aux douze apôtres.

Saint Luc fini son Évangile en rapportant les derniers ordres que notre Seigneur donna aux apôtres et son ascension. 

1 Mais le premier jour de la semaine, ces femmes, et quelques autres avec elles, vinrent de grand matin au sépulcre, apportant les parfums qu’elles avaient préparés.

2 Et elles trouvèrent que la pierre qui était à l’entrée du sépulcre avait été ôtée.

3 Et y étant entrées, elles n’y trouvèrent point le corps du Seigneur Jésus.

4 Et comme elles ne savaient qu’en penser, voici, deux hommes parurent devant elles, avec des habits brillants comme un éclair.

5 Et comme elles étaient tout effrayées, et qu’elles baissaient le visage contre terre, ils leur dirent : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ?

6 Il n’est point ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu’il était encore en Galilée,

7 Disant : Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des méchants, et qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour.

8 Et elles se souvinrent de ses paroles.

9 Et étant revenues du sépulcre, elles racontèrent toutes ces choses aux onze apôtres, et à tous les autres.

10 C’était Marie-Magdelaine, Jeanne, et Marie, mère de Jacques, et les autres qui étaient avec elles, qui dirent ces choses aux apôtres.

11 Mais ce qu’elles leur disaient leur parut une rêverie, et ils ne les crurent point.

12 Toutefois, Pierre se leva et courut au sépulcre, et s’étant baissé pour regarder, il ne vit que les linceuls qui étaient à terre ; puis il s’en alla, admirant en lui-même ce qui était arrivé.

13 Ce jour-là même, deux d’entre eux s’en allaient à un bourg nommé Emmaüs, qui était éloigné de Jérusalem de soixante stades.

14 Et ils s’entretenaient entre eux de tout ce qui était arrivé.

15 Comme ils s’entretenaient, et qu’ils raisonnaient ensemble, Jésus lui-même, s’étant approché, se mit à marcher avec eux.

16 Mais leurs yeux étaient retenus, en sorte qu’ils ne le reconnaissaient point.

17 Et il leur dit : De quoi vous entretenez-vous dans le chemin, et pourquoi êtes-vous si tristes ?

18 L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu seul si étranger à Jérusalem, que tu ne saches pas les choses qui s’y sont passées ces jours-ci ?

19 Et il leur dit : Et quoi ? Ils lui répondirent : Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, qui était un prophète, puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple ;

20 et comment les principaux sacrificateurs et nos magistrats l’ont livré pour être condamné à mort, et l’ont crucifié.

21 Or, nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël ; et cependant, voici déjà le troisième jour que ces choses sont arrivées.

22 Il est vrai que quelques femmes, de celles qui étaient avec nous, nous ont fort étonnés ; car, ayant été de grand matin au sépulcre,

23 Et n’y ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur ont apparu et leur ont dit qu’il est vivant.

24 Et quelques-uns des nôtres sont allés au sépulcre, et ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais ils ne l’ont point vu.

25 Alors il leur dit : O gens sans intelligence, et d’un cœur tardif à croire tout ce que les prophètes ont dit !

26 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât ainsi dans sa gloire ?

27 Puis, commençant par Moïse et continuant par tous les prophètes, il leur expliquait dans toutes les Ecritures ce qui le regardait.

28 Ainsi ils approchèrent du bourg où ils allaient ; mais Jésus faisait semblant d’aller plus loin.

29 Et ils le contraignirent de s’arrêter, en lui disant : Demeure avec nous, car le soir commence à venir, et le jour est sur son déclin. Il entra donc pour demeurer avec eux.

30 Et comme il était à table avec eux, il prit du pain et rendit grâces ; puis l’ayant rompu, il le leur donna.

31 En même temps leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux.

32 Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu’il nous parlait en chemin, et qu’il nous expliquait les Ecritures ?

33 Et se levant à l’heure même, ils retournèrent à Jérusalem ; et ils trouvèrent les onze apôtres, et tous ceux qui étaient avec eux, assemblés,

34 Qui disaient : Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il est apparu à Simon.

35 Et ceux-ci racontèrent ce qui leur était aussi arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu lorsqu’il avait rompu le pain.

36 Comme ils tenaient ces discours, Jésus lui-même se présenta au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous.

37 Mais eux, tout troublés et tout épouvantés, croyaient voir un esprit.

38 Et il leur dit : Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi s’élève-t-il des pensées dans vos cœurs ?

39 Voyez mes mains et mes pieds ; car c’est moi-même. Touchez-moi et regardez-moi ; car un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’ai.

40 En leur disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds.

41 Mais comme ils ne le croyaient point encore, tant ils étaient transportés de joie et d’admiration, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ?

42 Et ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et d’un rayon de miel.

43 Et l’ayant pris, il en mangea en leur présence.

44 Puis il leur dit : C’est là ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse et dans les prophètes, et dans les psaumes, fût accompli.

45 Alors il leur ouvrit l’esprit, pour leur faire entendre les Ecritures.

46 Et il leur dit : C’est ainsi qu’il est écrit et qu’il fallait que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât des morts le troisième jour,

47 et qu’on prêchât en son nom la repentance et la rémission des péchés, parmi toutes les nations, en commençant par Jérusalem.

48 Or, vous êtes témoins de ces choses ; et voici, je vais vous envoyer ce que mon Père vous a promis.

49 En attendant, demeurez dans la ville de Jérusalem, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la vertu d’en haut.

50 Il les mena ensuite hors de la ville, jusqu’à Béthanie ; puis, élevant ses mains, il les bénit.

51 Et il arriva, comme il les bénissait, qu’il se sépara d’avec eux, et fut élevé au ciel.

52 Et eux, l’ayant adoré, s’en retournèrent à Jérusalem avec une grande joie.

53 Et ils étaient toujours dans le temple, louant et bénissant Dieu. Amen.

 REFLEXIONS

Saint Luc nous apprend dans ce chapitre que Jésus-Christ étant ressuscité, sa résurrection fut annoncée par des anges aux femmes qui étaient allées à son sépulcre et qu’après cela il se fit voir à deux disciples et à tous les apôtres qui s’assurèrent pleinement de sa résurrection en lui parlant, en touchant son corps et en le voyant manger en leur présence. Ces diverses apparitions de notre Seigneur confirment qu’il est ressuscité et elles doivent puissamment fortifier notre foi et nos espérances qui sont toutes fondées sur cette résurrection.

L’entretien que Jésus-Christ eut avec les deux disciples qui allaient à Emmaüs est remarquable. On y voit que quoi que ces disciples conservassent un tendre souvenir pour leur Maître et qu’ils eussent même quelque espérance de sa résurrection, ils ne la croyaient pas encore et que leur foi était bien faible, ce qui prouve qu’ils n’ont crû cette résurrection que sur des fondements certains et après en avoir été parfaitement convaincus.

D’un autre côté, on remarque que Jésus-Christ les instruits sur le mystère de sa mort et de sa résurrection en leur expliquant les prophéties qui en avaient parlé. Cela doit nous inciter à lire et à méditer les oracles des prophètes puisque nous y trouvons des prédictions si propres à nous confirmer dans la foi et surtout puisque l’événement a si bien éclairci et vérifié ces oracles.

Nous avons dans les derniers ordres que Jésus-Christ donna à ses disciples l’abrégé de la doctrine de l’Évangile qui revient à ceci : C’est que Jésus-Christ est mort, qu’il est ressuscité et qu’il a envoyé ses apôtres pour annoncer partout le monde la rémission des péchés et pour exhorter les hommes à la repentance.

Enfin, l’ascension de notre Seigneur doit nous persuader pleinement qu’il est le fils de Dieu. Et comme les apôtres, lorsqu’ils le virent monter au Ciel, l’adorèrent et s’en retournèrent à Jérusalem remplis de joie et bénissant Dieu, nous devons aussi adorer Jésus-Christ comme notre Dieu et notre Sauveur, nous soumettre à lui et nous réjouir continuellement en pensant à la gloire où il est élevé à la droite de son Père et dans l’espérance ferme d’y être reçus un jour.

 

BROCHURE D'EVANGELISATION

COMMENT HERITER LA VIE ETERNELLE ?

Le Seigneur Jésus-Christ nous a apporté au travers de sa parole, les réponses à cette question si cruciale pour notre salut. Jésus-Christ lui-même a exhorté ses disciples : à sonder les Écritures, car, dit-il, c’est par elles que vous croyez avoir la vie éternelle et ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Le Seigneur nous recommande par-là d’être assidu à la lecture et la méditation de la bible, parce que l’Écriture Sainte est le don le plus précieux que Dieu nous ait fait avec celui de son Fils. C’est un trésor où il a mis tout ce qui peut nous enrichir et nous rendre heureux. Il importe aussi de se recueillir avant de commencer cette lecture et d’y mettre toute notre attention. Dieu nous parle et que c’est par le moyen de sa parole qu’il veut nous conduire à la vie éternelle et faire de nos des Hommes bienheureux.

Et voici, quelqu’un s’approchant lui dit : Mon bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? (Matthieu 19,16 ; Matthieu 25, 46 ; Marc 10, 17 ; Luc 10, 25 ; Luc 18, 18).

L’entretien que notre Seigneur Jésus-Christ a eu avec cet homme riche, dont il est parlé dans ce verset ci-dessus, est que l’on ne saurait entrer dans la vie éternelle si l’on ne garde les commandements de Dieu. Autrement dit hériter la vie éternelle c’est mettre en pratique dans notre vie quotidienne les préceptes de la parole de Dieu, les recommandations et commandements de notre Seigneur Jésus-Christ. Se convertir au Seigneur Jésus, c’est une étape indispensable mais il faut en plus garder les commandements de notre Seigneur. Il y a des situations où l’on peut-être appeler à quitter tout ce que l’on possède et même s’exposer à la pauvreté et à la persécution pour le suivre. Et dans certains cas, il faut outre cela, abandonner ses biens et tout ce que l’on possède en ce monde, qu’en général, les chrétiens ne doivent pas s’attacher aux richesses et que si Dieu leur en donne, ils doivent les employer à des usages de charité. Nous recueillons de plus du discours de notre Seigneur que ce renoncement aux biens du monde, quelque difficile qu’il paraisse d’abord, n’est point un devoir impossible à pratiquer, non plus que nos autres devoirs et que ceux qui auront ainsi renoncé aux biens de la terre, comme les apôtres le firent autrefois, en seront abondamment récompensés en cette vie et en l’autre. La surprise et la tristesse dont ce jeune homme fut saisi après avoir entendu Jésus-Christ, confirme ce que le Seigneur dit dans cette occasion, c’est que l’amour du monde et ses richesses sont souvent un grand obstacle au salut parce que ceux qui les possèdent y ont généralement le cœur très attaché.

Il faut donc élargir cela en évitant toute occasion de chute. Car où est votre trésor, là sera aussi votre cœur. Le Seigneur Jésus-Christ nous exhorte dans ses enseignements de ne pas rechercher avec ardeur à amasser les biens de ce monde qui sont vains et inconstants et dont diverses circonstances de la vie peuvent nous en priver, mais de travailler plutôt à acquérir les biens du Ciel qui sont les plus excellents et que rien ne saurait nous ravir. Jésus-Christ nous avertit sur ce sujet qu’il est dangereux d’aimer les richesses, que cet amour nous aveugle et attache nos inclinaisons à la terre et qu’il n’est pas possible de servir Dieu et d’avoir le cœur libre et élevé à lui pendant qu’on est possédé de l’amour des biens de ce monde.

Bien comprendre que notre Seigneur ne condamne pas seulement l’amour des richesses, il défend même de s’inquiéter et de se donner trop de soins pour les choses nécessaires à la vie. Il nous exhorte à nous confier en la providence, qui, ayant soin des oiseaux et des autres créatures, pourvoira beaucoup plus aux besoins de ses enfants qui sont d’une nature plus excellente et qu’il destine à l’éternité. Il nous dit que les soins temporels qui sont excessifs et accompagnés d’inquiétude et de défiance sont inutiles et d’ailleurs indignes des chrétiens.

Enfin, il nous exhorte à chercher avant toutes choses ce qui peut plaire à Dieu et nous faire parvenir au royaume céleste et il promet que si nous le faisons, Dieu nous accordera tout ce qui nous est nécessaire pour la vie du corps. Ce sont là des instructions que nous devons toujours avoir présentes au milieu des occupations de cette vie afin qu’elles nous garantissent de l’attachement aux biens de la terre et qu’elles nous engagent à rechercher principalement les biens éternels qui nous sont réservés dans le ciel.  

Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui ; (Jean 3,36) Ce discours de Jean-Baptiste nous enseigne après cela que Jésus-Christ étant le Fils de Dieu et ayant reçu de son père une puissance sans borne, ce n’est que par la foi et par une sincère obéissance à sa doctrine qu’on peut obtenir le salut et que ceux qui lui désobéissent demeurent dans la condamnation et dans la mort. C’est ce qui est exprimé dans le dernier verset de ce chapitre 3 de l’evangile de l’Apôtre Jean par ces mots qui contiennent la substance de la doctrine chrétienne : Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, mais celui qui ne croit point au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. S’il s’attribuait tant d’autorité et s’il appelait Dieu son Père, qu’il ferait dans la suite des merveilles plus grandes, que même il ressusciterait les morts, qu’il jugerait le monde, qu’il donnerait la vie éternelle à ceux qui croiraient en lui et qu’il condamnerait ceux qui l’auraient rejeté.

Que Dieu a donné à notre Seigneur une puissance sans borne et que, comme il la déployait autrefois en faisant des miracles, il la déploiera encore plus magnifiquement lorsqu’il viendra ressusciter les morts et juger tous les hommes, tant les bons que les méchants. Nous devons donc révérer cette puissance du fils de Dieu, lui obéir et l’honorer comme nous honorons Dieu son père, afin que nous ressuscitions un jour pour la vie éternelle et non pour être condamné.  

Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, a la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour ; (Jean 6, 54).

Nous devons travailler avec beaucoup plus d’empressement à nous procurer la nourriture qui fait vivre éternellement que celle qui ne sert qu’à entretenir cette vie temporelle et périssable.

Il nous apprend ensuite qu’il est lui-même ce pain céleste, que cette nourriture de l’âme ne se trouve qu’en lui et dans sa doctrine et que : la volonté de Dieu son Père, qui l’avait envoyé, était que tous ceux qui croiraient en lui eussent la vie éternelle et qu’il les ressusciterait au dernier jour. Ce que notre Seigneur dit dans cette occasion avait de l’obscurité pour ceux qui l’entendirent. Les Juifs ne pouvaient comprendre comment Jésus était un pain descendu du Ciel et comment il fallait manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle. Mais ces paroles de notre Sauveur sont faciles à entendre pour nous qui savons que la mort de Jésus-Christ est la vraie nourriture de l’âme et l’unique principe de la vie spirituelle et de l’immortalité. Il nous dit lui-même que ses paroles sont esprit et vie, c’est-à-dire qu’elles doivent s’entendre d’une manière spirituelle et que manger sa chair et boire son sang ne veut dire autre chose sinon venir à lui et croire en lui

Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; (Jean 6, 68).

Notre foi doit-être sincère et accompagnée d’amour, de confiance, d’obéissance et qu’elle nous attache et nous unifie si étroitement à notre Seigneur que rien ne puisse nous en séparer. Plusieurs des disciples de Jésus-Christ s’étant retirés d’avec lui, il demanda aux apôtres s’ils voulaient aussi le quitter, à quoi l’Apôtre Pierre répondit : À qui irions-nous Seigneur ?

Jésus-Christ ne contraint personne de s’attacher à son service, il demande une obéissance libre et volontaire, mais nous ne devons jamais l’abandonner, puisqu’il a lui seul les paroles de la vie éternelle et qu’étant le fils du Dieu vivant, il est l’unique auteur du salut.

Ne perdons jamais de vue que Jésus-Christ savait dès le commencement que Judas, qui était du nombre des douze apôtres, le trahirait, que notre Seigneur connait tous ceux qui se disent ses disciples et qu’il discerne ceux qui ne croient pas sincèrement en lui d’avec ceux qui lui sont fidèles. Une profession extérieure du christianisme ne suffit pas et il n’y a qu’une vraie foi et une obéissance constante qui puisse assurer notre conscience devant Dieu et nous rendre approuvé de celui qui connait les cœurs de tous les hommes et qui leur rendra à tous selon leurs œuvres.

Comme tu lui as donné puissance sur tous les hommes, afin qu’il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ; (Jean 17, 2).

L’Évangile produit des effets bien différents quand elle est prêchée. Il y en a qui en profitent, mais il y en a d’autres qui la rejettent et qui, au lieu de céder à la vérité, s’y opposent même avec fierté. Mais s’il y a des incrédules qui demeurent dans l’aveuglement et dans la  perdition, ils en sont eux seuls la cause, personne n’étant exclus de la vie éternelle que ceux qui s’en jugent eux-mêmes indignes. 

Qui rendra à chacun selon ses œuvres ; savoir, la vie éternelle à ceux qui, en persévérant dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l’honneur et l’immortalité ; (Romains 2, 6-7)

Que Dieu rendra un jour à tous les hommes selon leurs œuvres, qu’il donnera la vie éternelle à ceux qui auront fait le bien avec persévérance, mais que l’affliction et le désespoir seront le partage des méchants ;

Cela doit nous faire regarder Jésus-Christ comme celui en qui nous trouvons la délivrance de tous nos maux et qui est l’auteur et la source de la vie spirituelle et de la vie éternelle pour tous ceux qui croient en lui et qui lui obéissent. 

Mais ayant été maintenant affranchis du péché, et étant devenus esclaves de Dieu, vous avez pour votre fruit la sanctification, et pour fin la vie éternelle ; (Romains 6, 22)

Que tous les hommes sans exception étaient naturellement dans la corruption et dans la condamnation, morts dans leurs fautes et dans leurs péchés, mais qu’ils ont été retirés d’un état si funeste et élevés à l’espérance de la vie éternelle par la grande miséricorde de Dieu et par la mort et la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.

La charge de conserver fidèlement le dépôt de la pure doctrine qui lui avait été confié doit engager tous ceux qui sont dans le ministère sacré à redoubler de plus en plus leur zèle et à s’acquitter de tous leurs devoirs avec tant de fidélité : qu’ayant combattu dans le bon combat de la foi, ils obtiennent la vie éternelle et qu’ils soient irrépréhensibles à la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, laquelle le bienheureux et le seul Prince, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs manifestera en son temps, lui qui possède seul l’immortalité qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu, ni ne peut voir et auquel appartient l’honneur et la puissance éternellement, amen !

 Quiconque hait son frère est meurtrier ; et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. (1 Jean 3, 15)

Il enseigne que la vérité de l’Évangile a été confirmée du Ciel par le témoignage du Père, du Fils et du Saint-Esprit et sur la terre par l’Esprit, par l’eau et par le sang. D’où il conclut que la doctrine de l’Évangile et les promesses de la vie éternelle qui nous y sont faites en Jésus-Christ doivent être reçues avec une pleine certitude de foi.

 Et voici quel est ce témoignage, c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle ; et cette vie est dans son Fils. (1 Jean 5 : 11)

 Amen !