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- Écrit par EDITION MENORAH YESHUA
- Catégorie : Nouveau Testament
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ARGUMENT
Cette épître fut écrite environ l’an 56 de Jésus-Christ. Saint Paul y donne plusieurs instructions tant sur les défauts et sur les désordres qu’il y avait dans l’église de Corinthe et particulièrement sur les divisions qui y régnaient que sur divers articles importants de la religion.
Chapitres Chapitre I. Chapitre II. Chapitre III. Chapitre IV. Chapitre V. Chapitre VI Chapitre VII. Chapitre VIII. Chapitre IX. Chapitre X. Chapitre XI. Chapitre XII. Chapitre XIII. Chapitre XIV. Chapitre XV. Chapitre XVI. Livres du Nouveau Testament.
L’Apôtre commence par des salutations, par des actions de grâce et par des vœux.
Ensuite il reprend les Corinthiens de ce qu’ils étaient divisés entre eux au sujet des ministres qui leur avaient annoncé l’Évangile et de ce qu’ils s’attachaient les uns à Saint Pierre, les autres à Apollos ou à lui-même et il leur fait voir qu’ayant été baptisé au nom de Jésus-Christ et non pas en celui d’aucun des Apôtres, ils ne devaient s’attacher qu’à Jésus-Christ seul.
Et parce que plusieurs s’efforçaient de rendre St. Paul méprisable, cet Apôtre dit que sa prédication n’avait point été accompagnée de la sagesse et de l’éloquence mondaine, mais qu’il avait prêché d’une manière fort simple et conforme à la nature de l’Évangile, qui est la doctrine de la croix, Dieu ayant trouvé à propos dans son infinie sagesse de sauver les hommes par un moyen faible en apparence et qui paraît une folie aux mondains et aux incrédules, savoir par Jésus-Christ crucifié, et d’appeler au salut les personnes qui étaient les moins considérables dans le monde.
1 Paul, appelé par la volonté de Dieu à être apôtre de Jésus-Christ, et Sosthène notre frère :
2 A l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés par Jésus-Christ, qui sont appelés saints, avec tous ceux qui invoquent, en quelque lieu que ce soit, le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est leur Seigneur et le nôtre :
3 Que la grâce et la paix vous soient données par Dieu, notre Père, et par le Seigneur Jésus-Christ !
4 Je rends grâces continuellement à mon Dieu pour vous, à cause de la grâce de Dieu qui vous a été donnée par Jésus-Christ,
5 de ce que vous avez été enrichis par lui en toutes choses, dans la parole et dans la connaissance ;
6 le témoignage de Jésus-Christ ayant été ainsi confirmé parmi vous ;
7 de sorte qu’il ne vous manque aucun don ; en attendant la manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ.
8 Dieu vous affermira aussi jusqu’à la fin, pour être irrépréhensibles au jour de notre Seigneur Jésus-Christ.
9 Dieu, par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus-Christ, notre Sauveur, est fidèle.
10 Or, je vous prie, mes frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de tenir tous, le même langage, et qu’il n’y ait point de divisions parmi vous, mais que vous soyez bien unis dans une même pensée, et dans un même sentiment.
11 Car, mes frères, j’ai été informé par ceux de la maison de Chloé, qu’il y a des contestations entre vous.
12 Voici ce que je veux dire ; c’est que parmi vous, l’un dit : Pour moi, je suis disciple de Paul ; l’autre : Et moi, je le suis d’Apollos ; un autre : Et moi, je le suis de Céphas ; et un autre : Et moi, je le suis de Christ.
13 Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou avez-vous été baptisés au nom de Paul ?
14 Je rends grâces à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, sinon Crispus et Gaïus ;
15 afin que personne ne dise que j’ai baptisé en mon nom.
16 J’ai bien baptisé aussi la famille de Stéphanas ; du reste, je ne sais si j’ai baptisé quelque autre personne.
17 Car ce n’est pas pour baptiser que Jésus-Christ m’a envoyé, mais c’est pour annoncer l’évangile, non avec des discours de la sagesse humaine, de peur que la croix de Christ ne soit rendue inutile.
18 Car la prédication de la croix est une folie à ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est la puissance de Dieu.
19 Car il est écrit : J’abolirai la sagesse des sages, et j’anéantirai la science des intelligents.
20 Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le docteur profond de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait voir que la sagesse de ce monde n’était qu’une folie ?
21 Car, puisque par cette sagesse le monde n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver par la folie que nous prêchons, ceux qui croiraient.
22 Les Juifs demandent des miracles, et les Grecs cherchent la sagesse.
23 Mais pour nous, nous prêchons Christ crucifié, qui est un scandale aux Juifs, et une folie aux Grecs ;
24 mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, Christ est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu ;
25 car la folie de Dieu est plus sage que les hommes ; et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes.
26 Considérez, mes frères, qui vous êtes, vous que Dieu a appelés ; il n’y a pas parmi vous beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles.
27 Mais Dieu a choisi les choses folles du monde, pour confondre les sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde, pour confondre les fortes ;
28 et Dieu a choisi les choses vils du monde, et les plus méprisées, même celles qui ne sont point, pour anéantir celles qui sont ;
29 afin que personne ne se glorifie devant lui.
30 Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, qui nous a été fait de la part de Dieu, sagesse, justice, sanctification et rédemption ;
31 Afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur.
REFLEXIONS
Ce que St. Paul dit à l’entrée de cette épître et les vœux qu’il fait pour les Corinthiens nous enseignent que la perfection des chrétiens consiste à être enrichis de toutes sortes de dons spirituels, tellement qu’ils soient trouvés irrépréhensibles à la venue de Jésus-Christ. C’est à quoi ils doivent tous travailler et ce qu’ils doivent aussi se souhaiter les uns aux autres.
II. Les censures que Saint Paul adresse aux Corinthiens sur les partis qui régnaient parmi eux nous montrent qu’il n’y a rien qui nuise plus à l’église que les divisions et les schismes, surtout ceux qui se forment pour des sujets qui concernent la religion, que les chrétiens ne doivent jamais se dire les disciples et les sectateurs d’aucun homme ou docteur quel qu’il soit et que les ministres de l’Évangile, bien loin de donner lieu à ces divisions et de les entretenir, doivent, à l’exemple de Saint Paul, les empêcher de tout leur pouvoir et être toujours animés d’un esprit de paix et d’humilité, cherchant uniquement la gloire de leur maître et l’édification de l’église qui ne s’avance que par l’union et la concorde.
III. Il paraît de ce chapitre que le but de la prédication des ministres de l’Évangile étant d’annoncer Jésus-Christ crucifié, ils doivent prêcher et enseigner avec une grande simplicité sans rechercher la sagesse et l’éloquence du siècle qui ne sont que folie devant Dieu.
IV. On voit ici que ceux que Dieu avait appelés en ce temps-là à la profession de l’Évangile n’avaient rien qui les distinguât dans le monde et que ce fût cependant par leur moyen que Dieu établît son règne d’une manière glorieuse. Cela doit nous apprendre à ne pas estimer les richesses, la noblesse, la puissance et ces autres avantages temporels qui ne donnent aucun droit à la grâce de Dieu et qui sont souvent un obstacle à la foi.
Enfin, puisque la doctrine de l’Évangile et en particulier la croix de Jésus-Christ est le moyen que Dieu a choisi par un effet de sa sagesse et de sa bonté pour sauver les hommes, nous devons nous attacher uniquement à Jésus-Christ qui nous a été donné de Dieu pour nous communiquer la sagesse, la justice et la sainteté et pour nous conduire au salut et à la vie éternelle.
Ce chapitre a trois parties. Saint Paul dit : I. Qu’il avait prêché l’Évangile à Corinthe avec beaucoup de simplicité. II. Que cependant, quoi que sa doctrine fût simple, elle ne laissait pas d’être sublime et d’une origine céleste et divine. III. Il conclut de là que cette doctrine, étant spirituelle et céleste, elle devait être annoncée d’une manière simple et que s’il y avait des gens qui la rejetaient, cela venait de ce que c’était des hommes charnels et attachés aux choses de la terre.
1 Pour moi, mes frères, quand je suis venu parmi vous, je n’y suis point venu pour vous annoncer le témoignage de Dieu avec des discours éloquents, ou avec une sagesse humaine.
2 Car je n’ai pas jugé que je dusse savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.
3 J’ai été moi-même parmi vous dans la faiblesse, dans la crainte, et dans un grand tremblement.
4 Et ma parole et ma prédication n’a point consisté dans des discours pathétiques de la sagesse humaine ; mais dans une démonstration d’esprit et de puissance ;
5 afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
6 Or, nous prêchons la sagesse entre les parfaits, une sagesse, dis-je, non de ce monde, ni des princes de ce monde, qui vont être anéantis ;
7 mais nous prêchons la sagesse de Dieu, qui était un mystère, c’est-à-dire une chose cachée, que Dieu avait destinée avant les siècles, pour notre gloire,
8 et qu’aucun des princes de ce monde n’a connue ; car s’ils l’eussent connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire.
9 Mais, comme il est écrit : Ce sont des choses que l’œil n’avait point vues, que l’oreille n’avait point entendues, et qui n’étaient point venues dans l’esprit de l’homme, et que Dieu avait préparées à ceux qui l’aiment.
10 Mais Dieu nous les a révélées par son Esprit ; car l’Esprit sonde toutes choses, même ce qu’il y a de plus profond en Dieu.
11 Car, qui est-ce qui connaît ce qui est en l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme, qui est en lui ? De même aussi, personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu.
12 Or, nous n’avons pas reçu l’esprit de ce monde ; mais nous avons reçu l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données de Dieu ;
13 lesquelles aussi nous annonçons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne le Saint-Esprit, accommodant les choses spirituelles à ceux qui sont spirituels.
14 Or, l’homme animal ne comprend point les choses qui sont de l’Esprit de Dieu ; car elles lui paraissent une folie ; et il ne les peut entendre, parce que c’est spirituellement qu’on en juge.
15 Mais l’homme spirituel juge de toutes choses, et personne ne peut juger de lui.
16 Car qui a connu la pensée du Seigneur, pour le pouvoir instruire ? Mais nous avons connu la pensée de Christ.
REFLEXIONS
Les ministres de Jésus-Christ et tous les chrétiens doivent apprendre de ce chapitre :
I. Que la vaine éloquence et la fausse sagesse des gens du monde ne doivent point être mêlées avec la prédication de l’Évangile.
II. Que la doctrine de l’Évangile, quoique fort simple, est la plus sublime et la plus parfaite qui ait jamais été annoncée, qu’elle est infiniment élevée au-dessus de tout ce que les hommes les plus éclairés auraient jamais pu découvrir puisqu’elle enseigne des choses qu’aucun œil n’avait jamais vues, qu’aucune oreille n’avait jamais ouïes et qui n’étaient jamais venues dans l’esprit d’aucun homme, mais qui nous ont été révélées par l’esprit de Dieu. Il suit de là que la révélation divine était absolument nécessaire pour le salut et que ce n’est que par elle que nous pouvons y parvenir et qu’ainsi nous devons estimer la doctrine de l’Évangile par-dessus toute chose. L’Apôtre veut aussi faire voir par-là que ceux qui annoncent cette doctrine ne doivent jamais se départir de la simplicité chrétienne et que l’Évangile n’a pas besoin de l’éloquence du siècle pour se soutenir.
III. St. Paul nous donne une instruction très importante lorsqu’il dit que l’homme animal ne reçoit point les choses qui sont de l’esprit de Dieu et qu’elles lui paraissent même une folie.
Cela nous apprend que s’il y a des gens qui ne comprennent et ne goûtent point la doctrine de Jésus-Christ, cela vient de ce que ce sont des hommes charnels, remplis de préjugés et attachés à la terre. Cette doctrine étant toute spirituelle, elle ne peut être reçue que par des hommes spirituels et pour en sentir l’efficace, il faut être dégagé de l’amour du monde et se laisser conduire par l’esprit de Dieu.
Saint Paul fait quatre choses dans ce chapitre : I. Il dit qu’il n’avait enseigné aux Corinthiens que les premiers fondements du christianisme à cause de l’état de faiblesse où ils étaient et il leur reproche d’être encore dans cet état-là vu les divisions qu’il y avait parmi eux à l’occasion des ministres qui leur avaient prêché l’Évangile. II. Pour faire cesser ces divisions, il dit que les ministres ne sont que des instruments en la main de Dieu pour le salut des hommes et que tout le fruit de leur ministère vient de Dieu seul. III. Il ajoute dans le même but qu’il avait posé le fondement comme un sage architecte, c’est-à-dire qu’il avait le premier annoncé l’Évangile aux Corinthiens et que ceux qui l’annonçaient après lui devaient prendre garde à ne prêcher que des doctrines véritables et utiles, qu’il appelle de l’or, de l’argent et des pierres précieuses et non des doctrines incertaines et inutiles, lesquelles il compare à du bois, à du foin ou à du chaume et il dit que ceux qui annonçaient ces doctrines inutiles perdraient le fruit de leur travail, que cependant s’ils avaient conservé le fondement de la doctrine chrétienne, ils seraient sauvés par une grâce particulière comme en passant par le feu. Enfin, Saint Paul déclare que l’église, étant le temple de Dieu et sa maison, Dieu détruira ceux qui empêchent l’édification de l’église en enseignant des doctrines dangereuses, en y excitant des divisions ou en quelque autre manière et que les Corinthiens ne devaient mettre leur gloire qu’en Dieu seul et non dans ceux qui leur annonçaient l’Évangile puisque les apôtres et les autres ministres n’étaient établis que pour leur utilité et pour la gloire de Dieu.
1 Pour moi, mes frères, je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais je vous ai parlé comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ.
2 Je vous ai donné du lait à boire, et je ne vous ai point donné de la viande, car vous n’étiez pas en état de la supporter ; et même présentement, vous ne le pouvez pas encore, parce que vous êtes encore charnels.
3 Car, puisqu’il y a parmi vous de l’envie, des dissensions et des partis, n’êtes-vous pas charnels, et ne vous conduisez-vous pas à la manière des hommes ?
4 Car quand l’un dit : Pour moi, je suis disciple de Paul ; et l’autre : Pour moi, je le suis d’Apollos ; n’êtes-vous pas charnels ?
5 Qu’est donc Paul, et qu’est Apollos, sinon des ministres par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun d’eux ?
6 J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a donné l’accroissement.
7 C’est pourquoi celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose ; mais c’est Dieu Seul est tout, lui qui donne l’accroissement.
8 Mais celui qui plante et celui qui arrose sont égaux, et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail.
9 Car nous sommes ouvriers avec Dieu ; vous êtes le champ que Dieu cultive, l’édifice de Dieu.
10 J’ai posé le fondement, comme fait un sage architecte, selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, et un autre bâtit dessus ; mais que chacun prenne garde comme il bâtit dessus.
11 Car personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui a été posé, qui est Jésus-Christ.
12 Que si quelqu’un bâtit sur ce fondement, de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, ou du bois, du foin, du chaume ;
13 l’ouvrage de chacun sera manifesté, car le jour le fera connaître, parce qu’il sera découvert par le feu, et le feu éprouvera l’ouvrage de chacun.
14 Si l’ouvrage de quelqu’un, qui aura bâti sur le fondement, subsiste, il en recevra la récompense.
15 Si l’ouvrage de quelqu’un brûle, il perdra le fruit de son travail ; mais pour lui, il échappera, toutefois comme au travers du feu.
16 Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?
17 Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est saint ; et vous êtes ce temple.
18 Que personne ne s’abuse soi-même. Si quelqu’un d’entre vous pense être sage en ce monde, qu’il devienne fou, pour devenir sage ;
19 car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu ; aussi est-il écrit : C’est lui qui surprend les sages dans leurs finesses.
20 Et ailleurs : Le Seigneur connaît que les pensées des sages ne sont que vanité.
21 Que personne donc ne mette sa gloire dans les hommes, car toutes choses sont à vous ;
22 soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir ; toutes choses sont à vous, et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu.
REFLEXIONS
Les quatre parties de ce chapitre nous donnent ces quatre instructions :
I. Que les ministres de Jésus-Christ doivent proposer la doctrine chrétienne avec prudence et accommoder leurs instructions à la portée de ceux qu’ils enseignent.
II. Ce que Saint Paul dit : qu’il avait planté, qu’Apollos avait arrosé, mais que Dieu avait donné l’accroissement marque d’un côté que le ministère des pasteurs est très nécessaire et que c’est un moyen que Dieu a trouvé à propos d’employer pour l’édification de l’église et de l’autre que l’efficace de leur prédication doit être attribuée à Dieu seul.
III. La troisième instruction est qu’il est d’une grande importance que l’on retienne dans l’église le fondement d’une bonne et sainte doctrine et qu’outre cela on n’y annonce que des doctrines utiles et édifiantes et qu’ainsi les ministres doivent bien prendre garde qu’il ne leur arrive jamais de mêler avec les vérités essentielles de la religion des choses vaines, incertaines ou peu utiles, de peur de perdre en cela le fruit de leur travail et de retarder l’édification. Ce que Saint Paul représentait aux Corinthiens en leur disant : qu’ils étaient le temple de Dieu et que si quelqu’un détruisait ce temple, Dieu le détruirait doit faire reconnaître à tous les chrétiens et surtout à ceux qui ont charge dans l’église avec combien de soin ils doivent en procurer l’édification et éviter tout ce qui pourrait y causer du scandale et du trouble.
IV. Enfin, l’Apôtre nous montre qu’au lieu de prendre occasion du ministère de l’Évangile de se diviser, les fidèles doivent rapporter cette sainte charge, de même que les autres avantages spirituels dont ils jouissent et généralement toutes choses à la gloire de Dieu et à leur salut et que c’est là le grand but qu’ils doivent toujours se proposer.
Le dessein de Saint Paul est de remédier aux dissensions qu’il y avait dans l’église de Corinthe à l’occasion des ministres qui y avaient prêché l’Évangile de Jésus-Christ. Dans cette vue, il fait trois choses : I. Il dit que les Corinthiens devaient avoir des sentiments de respect pour les ministres du Seigneur, mais que ce n’étaient point à eux de préférer certains ministres à d’autres, que quoiqu’il exerçât sa charge en bonne conscience, il ne s’estimait pas plus que ses collègues, que tout ce que les ministres ont de dons vient de Dieu et que c’est à Dieu seul et non à aucun homme de juger de leur fidélité. II. Et comme les persécutions auxquelles l’apôtre était exposé, encore plus que les autres ministres de l’Évangile, donnaient occasion à plusieurs de le mépriser, il parle des maux qu’il endurait et il témoigne qu’il les souffrait avec patience et même qu’il en faisait gloire. Par où il veut engager les Corinthiens à avoir pour lui les sentiments qu’ils devaient et à l’imiter dans sa patience, dans sa douceur et dans son humilité. III. Il les avertit qu’il irait bientôt les voir et il les menace de se servir de la puissance que Dieu lui avait donnée pour faire cesser les désordres qu’il y avait dans leur église et pour châtier ceux qui en étaient les auteurs.
1 Que chacun donc nous regarde comme des serviteurs de Jésus-Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu.
2 Mais au reste, ce qu’on demande dans les dispensateurs, c’est que chacun d’eux soit trouvé fidèle.
3 Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous, ou par aucun jugement d’homme ; et je ne me juge point aussi moi-même.
4 Car je ne me sens coupable de rien ; mais pour cela, je ne suis pas justifié ; mais celui qui me juge, c’est le Seigneur.
5 C’est pourquoi ne jugez point avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui mettra en évidence les choses cachées dans les ténèbres, et qui manifestera les desseins des cœurs ; et alors Dieu donnera à chacun sa louange.
6 Or, mes frères, j’ai tourné ce que je viens de vous dire, sur moi et sur Apollos, à cause de vous, afin que vous appreniez en nos personnes à ne pas penser autrement que ce que je viens de vous écrire ; de peur que vous ne vous enfliez l’un contre l’autre.
7 Car de qui vient la différence entre toi et un autre ? Et qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi t’en glorifies-tu, comme si tu ne l’avais point reçu ?
8 Vous êtes déjà rassasiés, vous êtes déjà enrichis, vous êtes devenus rois sans nous ; et plût à Dieu que vous régnassiez, afin que nous régnassions aussi avec vous !
9 Car je pense que Dieu nous a exposés, nous qui sommes les derniers des apôtres, comme des gens dévoués à la mort, nous faisant servir de spectacle au monde, aux anges et aux hommes.
10 Nous sommes fous à cause de Christ, mais vous êtes sages en Christ ; nous sommes faibles, et vous êtes forts ; vous êtes dans l’honneur, et nous sommes dans le mépris.
11 Jusqu’à présent nous souffrons la faim et la soif, et nous sommes nus ; on nous frappe au visage, et nous sommes errants de tous côtés ;
12 nous nous fatiguons en travaillant de nos propres mains ; on dit du mal de nous, et nous bénissons ; nous sommes persécutés, et nous le souffrons ;
13 on nous dit des injures, et nous prions ; nous sommes jusqu’à présent comme les balayures du monde, et comme le rebut de toute la terre.
14 Je n’écris point ces choses pour vous faire honte ; mais je vous avertis comme mes chers enfants.
15 Car, quand vous auriez dix mille maîtres en Jésus-Christ, néanmoins, vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ, par l’évangile.
16 Je vous prie donc d’être mes imitateurs.
17 C’est pour cela que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon fils bien-aimé, et fidèle en notre Seigneur ; il vous fera ressouvenir de mes voies en Christ, et de quelle manière j’enseigne partout dans toutes les églises.
18 Or, quelques-uns se sont enflés, comme si je ne devais plus vous aller voir.
19 Mais j’irai bientôt vous voir, si le Seigneur le veut, et je connaîtrai, non quelle est la parole, mais quelle est la vertu de ceux qui sont enflés.
20 Car le règne de Dieu consiste, non en paroles, mais en vertu.
21 Lequel aimez-vous mieux, que j’aille à vous avec la verge, ou avec charité, et dans un esprit de douceur ?
REFLEXIONS
I. On voit ici en premier lieu quels sentiments il faut avoir des vrais ministres de Jésus-Christ. On doit les estimer et les avoir en révérence sans pourtant leur attribuer ce qui n’appartient qu’à Dieu et sans s’attacher aux uns pour mépriser les autres.
II. La manière dont Saint Paul parle des jugements différents qu’on pouvait faire de lui nous apprend qu’à la vérité il ne doit pas nous être indifférent qu’on juge bien ou mal de nous, mais que cependant nous ne devons pas nous arrêter au jugement des hommes, que c’est à Dieu seul à juger de notre fidélité et que ce sera lui qui mettra en évidence les choses cachées et les pensées des cœurs et qui rendra à chacun la louange qui lui est due.
III. L’Apôtre nous enseigne que tout ce que nous avons de dons et d’avantages vient de Dieu, que nous n’en possédons aucun que nous n’ayons reçu de lui et qu’ainsi au lieu de nous en glorifier, la gloire est due à Dieu seul.
IV. On voit dans la description que Saint Paul fait de ses souffrances que les vrais chrétiens et principalement les fidèles serviteurs de Dieu peuvent être exposés à toutes sortes de misères et d’opprobres. Mais l’exemple de cet Apôtre montre que ceux qui sont ainsi affligés, bien loin de se croire malheureux dans cet état et de se laisser aller à l’impatience et à des désirs de vengeance, doivent souffrir tous ces maux avec résignation et même avec joie pour l’édification de l’église, prier pour ceux qui leur font du mal et se mettre du reste peu en peine de la haine et du mépris du monde, pourvu qu’ils aient l’approbation de Dieu et de leur conscience.
Les derniers versets de ce chapitre font voir que Saint Paul aimait tendrement les Corinthiens, que ce n’était qu’à regret qu’il les menaçait de les châtier et qu’il n’avait en vue que leur édification. C’est aussi là l’esprit dont tous les vrais ministres du Seigneur sont animés.
Saint Paul censure les Corinthiens de ce qu’ils souffraient parmi eux un homme coupable d’inceste et il le livre à satan, c’est-à-dire à être affligé en son corps par satan, ce qui était une punition extraordinaire que les apôtres avaient le pouvoir d’infliger. Il leur représente par la similitude du levain qu’il est très dangereux de souffrir dans l’église ceux qui vivent d’une manière scandaleuse puisqu’ils infectent et qu’ils corrompent les autres. Enfin, il ordonne aux Corinthiens de retrancher du milieu d’eux par l’excommunication les impurs et tous ceux qui vivaient dans le dérèglement et de ne pas les regarder comme frères et comme membre de l’église.
1 On entend dire de toutes parts qu’il y a parmi vous de l’impudicité, et une telle impudicité, que même parmi les Gentils on n’entend parler de rien de semblable ; c’est que quelqu’un d’entre vous entretient la femme de son père.
2 Et vous êtes enflés d’orgueil, et vous n’avez pas, au contraire, été dans l’affliction, afin que celui qui a commis cette action, fût retranché du milieu de vous ?
3 Pour moi, étant absent de corps, mais présent d’esprit, j’ai déjà jugé, comme si j’étais présent, de livrer celui qui a commis une telle action ;
4 (vous et mon esprit étant assemblés au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, avec la puissance de notre Seigneur Jésus-Christ),
5 de livrer, dis-je, un tel homme à Satan, pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus.
6 Vous n’avez pas sujet de vous glorifier. Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ?
7 Otez donc le vieux levain, afin que vous deveniez une nouvelle pâte, comme vous devez être sans levain ; car Christ, notre Pâque, a été immolé pour nous.
8 C’est pourquoi, célébrons la fête, non avec le vieux levain, ni avec le levain de la malice et de la méchanceté ; mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité.
9 Je vous ai écrit dans ma lettre de n’avoir aucune communication avec les impudiques ;
10 mais non pas absolument avec les impudiques de ce monde, ou avec les avares, ou avec les ravisseurs, ou avec les idolâtres ; autrement, il vous faudrait sortir du monde ;
11 mais quand je vous écris de ne vous point mêler avec eux, cela veut dire que, si quelqu’un qui se nomme frère, est impudique, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou ravisseur, vous ne mangiez pas même avec un tel homme.
12 Car, qu’ai-je à faire de juger ceux qui sont dehors ? N’est-ce pas à vous de juger ceux qui sont dedans ?
13 Mais Dieu juge ceux qui sont dehors. Otez donc le méchant du milieu de vous.
REFLEXIONS
Ce chapitre contient une doctrine très importante. Nous y voyons quelle est la nécessité de la discipline de l’église et surtout de cette partie de la discipline qui consiste dans l’excommunication.
Saint Paul reprend les Corinthiens de ce qu’ils n’avaient pas ôté de leur église un incestueux qu’il y avait parmi eux. Il dit que quand des personnes, qui se disent chrétiens, tombent dans des péchés qui déshonorent la religion de Jésus-Christ, toute l’église doit être dans la tristesse, qu’elle ne doit point les souffrir dans son sein mais qu’elle doit les retrancher de sa communion. Il déclare de la manière la plus expresse que l’on ne doit point reconnaître pour frères et pour chrétiens les impurs, les injustes, les médisants, les ivrognes, ni les autres pécheurs scandaleux et qu’il n’est pas permis d’avoir un commerce familier avec ces gens-là. C’est la loi de Jésus-Christ. C’est ce que les Saints apôtres ont commandé de sa part et l’ordre qu’il a établi dans toutes les églises du monde pour l’honneur de la religion chrétienne, pour le salut des pécheurs eux-mêmes et pour empêcher que leur mauvais exemple ne corrompe les autres membres de l’église et c’est aussi ce que les premiers chrétiens ont religieusement observé.
Par là on peut reconnaître que l’église n’est point gouvernée aujourd’hui comme elle le devrait être. Cependant le devoir de tous les chrétiens est de s’éloigner autant qu’il leur est possible du commerce des méchants et de se distinguer d’eux par une vie saine et exemplaire et, pour ce qui est des pécheurs qu’on laisse vivre dans la communion extérieure de l’église quoiqu’ils dussent en être ôtés, il faut se souvenir que Jésus-Christ ne les reconnait point pour ses membres et qu’ils n’éviteront pas la punition que mérite leur hypocrisie et leur impiété.
L’Apôtre reprend les Corinthiens de ce qu’ils avaient recours aux juges et aux magistrats païens pour terminer leurs procès. II. Il dit à cette occasion que ceux qui faisaient tort au prochain par l’injustice n’entreront pas dans le Ciel, non plus que les impurs et les autres pécheurs qu’il nomme. III. Il exhorte les Corinthiens à avoir égard à l’édification du prochain dans l’usage des choses indifférentes et permises, mais surtout à fuir l’impureté, montrant par diverses considérations qu’elle n’est pas du nombre des choses indifférentes, mais qu’elle est mauvaise par elle-même et tout-à-fait incompatible avec la profession de la religion chrétienne.
1 Quand quelqu’un d’entre vous a un différend avec un autre, ose-t-il l’appeler en jugement devant les infidèles plutôt que devant les saints ?
2 Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? et si vous jugez le monde, êtes-vous indignes de juger des moindres choses ?
3 Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Combien plus pouvons-nous juger des choses de cette vie.
4 Si donc vous avez des différends pour les choses de cette vie, prenez plutôt pour juges ceux qui sont les moins considérés dans l’Eglise.
5 Je le dis pour vous faire honte : N’y a-t-il donc point de sages parmi vous, non pas même un seul, qui puisse juger entre ses frères ?
6 Mais un frère a des procès contre son frère, et cela devant les infidèles.
7 C’est déjà un défaut parmi vous d’avoir des procès les uns contre les autres. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt qu’on vous fasse tort ? Pourquoi n’endurez-vous pas plutôt quelque perte ?
8 Mais c’est vous-mêmes qui faites tort et qui causez du dommage aux autres, et à vos frères mêmes !
9 Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point le royaume de Dieu ?
10 Ne vous abusez point : ni les impurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les abominables, ni les larrons, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs, n’hériteront point le royaume de Dieu.
11 Cependant vous étiez tels, quelques-uns de vous ; mais vous en avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus, et par l’Esprit de notre Dieu.
12 Il m’est permis d’user de toutes choses, mais il n’est pas toujours bon de le faire ; il m’est permis d’user de toutes choses, mais je ne me rendrai esclave de rien.
13 Les viandes sont pour le ventre, et le ventre pour les viandes ; mais Dieu détruira l’un et l’autre. Mais le corps n’est point pour l’impudicité ; il est pour le Seigneur et le Seigneur pour le corps.
14 Car Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi par sa puissance.
15 Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres de Jésus-Christ ? Oterai-je donc les membres de Jésus-Christ pour en faire les membres d’une prostituée ? Dieu m’en garde !
16 Ne savez-vous pas que celui qui s’unit à une prostituée devient un même corps avec elle ? Car il est dit : Les deux seront une seule chair.
17 Mais celui qui est uni au Seigneur devient un même esprit avec lui.
18 Fuyez la fornication. Quelque péché que l’homme commette, il est hors du corps ; mais celui qui commet la fornication pèche contre son propre corps.
19 Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui est en vous, et qui vous a été donné de Dieu, et que vous n’êtes point à vous-mêmes ?
20 Car vous avez été achetés à un grand prix ; glorifiez donc Dieu en votre corps et en votre esprit, qui appartiennent à Dieu.
REFLEXIONS
Les réflexions qu’il faut faire sur ce chapitre sont ces quatre :
I. Que les chrétiens étant frères doivent éviter les procès autant qu’il leur est possible et tâcher de terminer leurs difficultés à l’amiable et que s’ils ont recours aux juges, il faut que ce soit toujours dans un esprit de justice et d’équité, avec modération et douceur et sans donner aucun scandale.
II. Que ceux qui font tort à autrui, soit par des procès injustes, soit en quelque autre manière, non plus que les impurs, les larrons et les autres pécheurs ne posséderont point le royaume de Dieu. Sur quoi il faut remarquer que quelques-uns des Corinthiens avaient vécu dans ces crimes-là du temps qu’ils étaient païens, mais qu’ils y avaient renoncé et que Dieu les en avait retirés en les appelant à la religion chrétienne et en les nettoyant de leurs péchés par le sang de Jésus-Christ et par la grâce du Saint-Esprit. Ce qui nous apprend que cette sainte religion ne laisse pas les hommes dans leurs souillures, mais qu’elle tend à les purifier et à les sanctifier et qu’elle leur fournit les moyens et les forces nécessaires pour cela.
III. La troisième instruction concerne l’impureté. Saint Paul montre dans ce chapitre que ce péché sépare de la communion de Jésus-Christ ceux qui le commettent et fait qu’ils ne sont plus ses membres, que les impurs sont un grand outrage à notre Sauveur, qu’ils déshonorent leur propre corps qui devrait être le temple du Saint-Esprit et qu’ils se privent de cet Esprit saint.
IV. Enfin, il déclare que, puisque nous avons été rachetés par le précieux sang de Jésus-Christ, nos corps appartiennent à Dieu aussi bien que nos âmes et qu’ainsi nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais que nous devons glorifier Dieu et par nos corps et par nos esprits.
Toutes ces considérations sont extrêmement fortes et, puisque Saint Paul allègue tant de raisons pour détourner les chrétiens de l’impureté, on voit par-là que ce péché est très grand, que nous devons l’avoir en horreur et nous étudier à tous égards à une vie pure et sainte.
St. Paul répond dans ce chapitre à quelques questions que les Corinthiens lui avaient proposées touchant le mariage : I. Il en marque l’institution et les devoirs. II. Il dit qu’il y a de l’avantage à ne point se marier, mais que cependant les chrétiens ont la liberté de le faire. III. Il exhorte les personnes mariées à ne se pas séparer et il montre quel était à cet égard le devoir des hommes et des femmes qui étaient mariée à des païens. IV. Il ordonne à tous les chrétiens de demeurer chacun dans leur vocation et dans l’état où la providence les avait mis et d’y vivre selon la volonté de Dieu. Enfin, il parle des vierges et de ceux qui vivaient dans le célibat aussi bien que des veuves et il dit que l’état de ces personnes-là était plus heureux, principalement dans ces temps-là qui étaient des temps de persécution, mais que cependant ils avaient la liberté de se marier.
1 Pour ce qui est des choses dont vous m’avez écrit, il est bon à l’homme de ne toucher point de femme.
2 Toutefois, pour éviter l’impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.
3 Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit ; et que la femme en use de même envers son mari.
4 La femme n’est point maîtresse de son propre corps, mais c’est le mari ; de même aussi, le mari n’est point maître de son propre corps, mais c’est la femme.
5 Ne vous privez point l’un l’autre de ce que vous vous devez, si ce n’est d’un consentement mutuel, et pour un temps, afin de vaquer au jeûne et à l’oraison ; mais après cela, retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence.
6 Or, je dis ceci par conseil, et non pas par commandement ;
7 car je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; mais chacun a reçu de Dieu son don particulier, l’un d’une manière et l’autre d’une autre.
8 Je dis donc à ceux qui ne sont point mariés, et aux veuves, qu’il leur est avantageux de demeurer comme moi.
9 Mais s’ils ne peuvent pas garder la continence, qu’ils se marient ; car il vaut mieux se marier que de brûler.
10 Quant à ceux qui sont mariés, ce que je leur ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, c’est que la femme ne soit point séparée de son mari ;
11 et si elle en est séparée, qu’elle demeure sans se marier, ou qu’elle se réconcilie avec son mari, et que le mari de même ne quitte point sa femme.
12 Mais pour ce qui est des autres, ce n’est pas le Seigneur, mais c’est moi qui leur dis : Si quelque frère a une femme qui ne soit pas du nombre des fidèles, et qu’elle consente à demeurer avec lui, qu’il ne la quitte point.
13 Et si quelque femme a un mari qui ne soit pas du nombre des fidèles, et qu’il consente à demeurer avec elle, qu’elle ne le quitte point ;
14 car le mari infidèle est sanctifié par la femme fidèle ; et la femme infidèle est sanctifiée par le mari fidèle ; autrement, vos enfants seraient impurs, au lieu qu’ils sont saints.
15 Que si l’infidèle se sépare, qu’il se sépare ; car le frère et la sœur ne sont plus assujettis en ce cas ; mais Dieu nous a appelés à la paix ;
16 car, que sais-tu, femme, si tu ne sauveras point ton mari ? Ou que sais-tu, mari, si tu ne sauveras point ta femme ?
17 Mais que chacun suive l’état que Dieu lui a donné en partage, et dans lequel le Seigneur l’a appelé. C’est là ce que j’ordonne dans toutes les Eglises.
18 Quelqu’un a-t-il été appelé à la foi étant circoncis ? qu’il demeure circoncis. Quelqu’un a-t-il été appelé étant incirconcis ? qu’il ne se fasse pas circoncire.
19 Être circoncis n’est rien ; être incirconcis n’est rien non plus ; mais l’observation des commandements de Dieu est tout.
20 Que chacun demeure dans la vocation dans laquelle il a été appelé.
21 As-tu été appelé étant esclave ? ne t’en fais point de peine ; mais aussi si tu peux être mis en liberté, profites-en.
22 Car l’esclave qui est appelé par le Seigneur est l’affranchi du Seigneur ; de même aussi, celui qui est appelé étant libre, est l’esclave de Christ.
23 Vous avez été achetés par prix ; ne devenez point esclaves des hommes.
24 Mes frères, que chacun demeure devant Dieu dans l’état dans lequel il a été appelé.
25 Pour ce qui est des vierges, je n’ai point reçu de commandement du Seigneur ; mais je vous donne un conseil, comme ayant eu part à la miséricorde du Seigneur, pour lui être fidèle.
26 J’estime donc qu’il est avantageux à chacun, à cause des afflictions présentes, de demeurer comme il est.
27 Es-tu lié avec une femme ? ne cherche point à t’en séparer. N’es-tu pas lié avec une femme ? ne cherche point de femme.
28 Si pourtant tu te maries, tu ne pèches point ; et si une vierge se marie, elle ne pèche point ; mais ces personnes auront des afflictions dans la chair ; or, je voudrais vous les épargner.
29 Mais voici ce que je dis, mes frères, c’est que le temps est court désormais. Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient point ;
30 Ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient point ; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n’étaient point dans la joie ; ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient rien ;
31 et ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient point ; car la figure de ce monde passe.
32 Or, je voudrais que vous fussiez sans inquiétude. Celui qui n’est pas marié s’occupe des choses qui regardent le Seigneur, cherchant à plaire au Seigneur ;
33 Mais celui qui est marié s’occupe des choses du monde, cherchant à plaire à sa femme.
34 Il y a cette différence entre la femme mariée et la vierge, que celle qui n’est pas mariée, s’occupe des choses qui regardent le Seigneur, pour être sainte de corps et d’esprit ; mais celle qui est mariée s’occupe des choses du monde, pour plaire à son mari.
35 Je vous dis ceci pour votre bien, et non pour vous tendre un piège, mais pour vous porter à ce qui est honnête et propre à vous attacher au service du Seigneur sans distraction.
36 Mais si quelqu’un croit qu’il ne soit pas honorable que sa fille passe la fleur de son âge sans être mariée, et qu’il faille qu’elle le soit, il peut faire ce qu’il voudra, il ne pèche point ; que les filles, dans ce cas, se marient.
37 Mais celui qui, n’étant contraint par aucune nécessité, et étant entièrement maître de faire ce qu’il voudra, a pris une ferme résolution en lui-même de garder sa fille, fait bien.
38 C’est pourquoi celui qui marie sa fille fait bien, mais celui qui ne la marie pas fait mieux.
39 La femme est liée avec son mari par la loi tout le temps qu’il est en vie ; mais si son mari meurt, elle est libre de se remarier à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur.
40 Toutefois, elle sera plus heureuse, selon mon sentiment, si elle demeure comme elle est. Or, je crois que j’ai aussi l’esprit de Dieu.
REFLEXIONS
Ce chapitre nous enseigne :
I. Que le mariage est un état saint et honorable, mais que le devoir des chrétiens est d’y vivre dans l’union et dans la concorde, dans la pureté et dans la chasteté aussi bien que dans la piété en vaquant au jeûne et à la prière.
II. Que quoi que l’état de ceux qui ne se marient pas soit plus heureux, chacun à la liberté de le faire, qu’en cela on doit se conduire selon qu’on se sent appelé à vivre dans le mariage ou dans le célibat, mais que ceux qui ne sont pas mariés doivent vivre dans une grande pureté et dans la continence.
III. Que les maris et les femmes ne doivent point se séparer les uns des autres, mais qu’au contraire ils sont obligés de vivre ensemble dans la paix et de s’édifier en travaillant à leur salut mutuel.
IV. Que Dieu ayant voulu qu’il y eût divers états et diverses conditions dans le monde, chacun doit demeurer dans la vocation où il se trouve, pourvu qu’elle soit légitime et s’acquitter fidèlement de tous les devoirs auxquels cette vocation l’engage, sans chercher à s’en tirer par de mauvais moyens.
V. Que les personnes qui ne se marient pas ont des avantages particuliers pourvu qu’elles soient chastes, puisqu’elles peuvent servir Dieu avec moins de distraction et que dans le temps de persécution elles sont plus libres et mieux en état de s’acquitter de leur devoir, mais que soit qu’on se marie, soit que l’on vive dans le célibat, on doit être pur, tant du corps que du cœur.
VI. Une autre instruction très salutaire que l’Apôtre nous donne ici et qui peut être appliquée à tous les temps et à toutes sortes de personnes, c’est que notre vie est courte, que notre état en ce monde est incertain et que les choses d’ici-bas sont passagères et vaines, qu’ainsi nous ne devons pas y mettre notre cœur, mais qu’il faut posséder toutes choses comme si nous ne les possédions point, que ceux qui pleurent doivent être comme s’ils ne pleuraient point, que ceux qui sont dans la joie comme s’ils n’étaient pas dans la joie et ceux qui jouissent des choses du monde comme s’ils n’en jouissaient pas, puisque la figure de ce monde passe.
St. Paul examine une question sur laquelle les Corinthiens l’avaient consulté, savoir s’il était permis aux chrétiens de manger des viandes qui avaient été sacrifiées aux idoles et d’assister aux festins que les païens faisaient dans les temples des faux dieux. Il dit sur cela que les chrétiens savaient qu’il n’y a qu’un seul Dieu et que les idoles étaient des choses mortes et vaines qui ne pouvaient rendre souillées les viandes qui leur avaient été offertes et qu’ainsi il était permis de manger de toutes sortes de viandes.
Cependant, l’Apôtre ajoute que tous n’avaient pas le même degré de connaissance sur ce sujet. C’est pourquoi il avertit les chrétiens les plus éclairés de ne pas abuser de la liberté qu’ils avaient à cet égard de peur, qu’en mangeant des choses sacrifiées aux idoles, ils ne donnassent du scandale à ces chrétiens faibles et qu’ils ne les engageassent à pécher en mangeant contre leur conscience et même à tomber dans l’idolâtrie.
1 A l’égard des choses qui ont été sacrifiées aux idoles, nous savons que nous avons tous assez de connaissance là-dessus ; mais la connaissance enfle, au lieu que la charité édifie.
2 Et si quelqu’un présume de savoir quelque chose, il n’a encore rien connu comme il faut le connaître.
3 Mais si quelqu’un aime Dieu, Dieu est connu de lui.
4 Pour ce qui est donc de manger des choses sacrifiées aux idoles, nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu.
5 Car, quoiqu’il y en ait, soit dans le ciel, soit sur la terre, qui sont appelés dieux, comme, en effet, il y a plusieurs dieux et plusieurs seigneurs ;
6 toutefois, nous n’avons qu’un seul Dieu, qui est le Père, duquel procèdent toutes choses, et nous sommes pour lui ; et un seul Seigneur Jésus-Christ, par lequel sont toutes choses, et nous sommes par lui.
7 Mais tous n’ont pas cette connaissance ; car quelques-uns, dans l’opinion qu’ils ont encore de l’idole, mangent une chose comme sacrifiée à l’idole ; et leur conscience étant faible, elle en est souillée.
8 A la vérité, la viande ne nous rend pas agréables à Dieu ; car si nous mangeons, il ne nous en revient aucun avantage, et si nous ne mangeons pas, nous n’en recevons aucun préjudice.
9 Mais prenez garde que cette liberté que vous avez, ne soit en quelque manière en scandale à ceux qui sont faibles.
10 Car, si quelqu’un d’eux te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans le temple des idoles, la conscience de celui qui est faible ne sera-t-elle pas déterminée à manger de ce qui est sacrifié à l’idole ?
11 Et ainsi, ton frère qui est faible, pour lequel Christ est mort, périra par ta connaissance.
12 Or, quand vous péchez ainsi contre vos frères, et que vous blessez leur conscience qui est faible, vous péchez contre Christ.
13 C’est pourquoi, si ce que je mange scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de chair, pour ne pas donner du scandale à mon frère.
REFLEXIONS
Quoi que nous n’ayons pas besoin qu’on nous instruise aujourd’hui sur l’usage des choses sacrifiées aux idoles, puisque l’idolâtrie païenne est abolie, et que nous savons tous qu’il n’y a qu’un seul Dieu et que les idoles ne sont rien, cela n’empêche pas que la doctrine que St. Paul établit dans ce chapitre ne soit d’un usage général. Il nous enseigne que tous les chrétiens, et surtout ceux qui sont le mieux instruits, doivent avoir bien des égards pour ceux qui le sont moins et éviter soigneusement de leur donner du scandale.
L’Apôtre nous apprend de plus que l’on peut scandaliser le prochain, non seulement en faisant ce qui est criminel, mais aussi en faisant des choses permises. Ainsi il faut se conduire avec beaucoup de circonspection et de prudence dans l’usage de ces choses-là et ne pas toujours faire ce qui est permis.
Il nous montre enfin que c’est un très grand péché que de scandaliser qui que ce soit, puisque par là on peut être l’auteur de la perdition du prochain et se rendre extrêmement coupable contre Jésus-Christ lui-même.
Ces maximes sont d’un très grand usage et nous devons nous les proposer continuellement afin de ne rien faire, pas même les choses permises, par où nous puissions offenser Dieu, blesser notre conscience et faire tomber notre prochain dans le péché.
Le dessein de St. Paul dans ce chapitre est de confirmer par son exemple ce qu’il avait enseigné dans le chapitre précédent, savoir que l’on doit s’abstenir des choses permises lorsqu’on peut avancer par ce moyen l’édification du prochain. Dans cette vue il fait trois choses : I. Il dit qu’il avait le droit et la liberté en sa qualité d’Apôtre de tirer un salaire pour son entretien. II. Il ajoute qu’il ne s’était point prévalu de ce droit, mais qu’il avait usé d’une grande condescendance envers toutes sortes de personnes, s’accommodant aux scrupules des faibles, de peur de leur donner de l’éloignement pour l’Évangile. III. Il exhorte les Corinthiens à l’imiter en cela et à renoncer aux choses permises lorsque l’édification du prochain et leur propre salut le demandait et il leur propose pour cet effet l’exemple de ceux qui combattaient autrefois dans les jeux publics de la Grèce et qui vivaient dans une grande continence, s’abstenant de tout ce qui était contraire au genre de vie qu’ils avaient embrassé.
1 Ne suis-je pas apôtre ? Ne suis-je pas libre ? N’ai-je pas vu Jésus-Christ notre Seigneur ? N’êtes-vous pas mon ouvrage en notre Seigneur ?
2 Si je ne suis pas apôtre pour les autres, je le suis au moins pour vous ; car vous êtes le sceau de mon apostolat en notre Seigneur.
3 C’est là ma défense contre ceux qui me condamnent.
4 N’avons-nous pas le droit de vous demander à manger et à boire ?
5 N’avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme d’entre nos sœurs, comme font les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ?
6 Ou, n’y a-t-il que moi seul et Barnabas, qui n’ayons pas le droit de ne point travailler ?
7 Qui est-ce qui va à la guerre à ses propres dépens ? Qui est-ce qui plante une vigne, et qui n’en mange pas du fruit ? Ou, qui est-ce qui paît un troupeau, et qui ne mange pas du lait du troupeau ?
8 Dis-je ceci seulement selon la coutume des hommes ? La loi ne le dit-elle pas aussi ?
9 Car il est écrit dans la loi de Moïse : Tu n’emmuselleras point le bœuf qui foule le grain. Est-ce que Dieu se met en peine des bœufs ?
10 Ne dit-il point ces choses principalement pour nous ? Oui, elles sont écrites pour nous ; car celui qui laboure, doit labourer dans l’espérance de recueillir ; et celui qui foule le grain, doit le fouler avec espérance d’y avoir part.
11 Si nous avons semé parmi vous les biens spirituels, est-ce une si grande chose que nous moissonnions de vos biens corporels ?
12 Si d’autres usent de ce droit sur vous, pourquoi n’en userions-nous pas plutôt ? Cependant, nous n’en avons point usé, mais nous souffrons tout, afin de n’apporter aucun obstacle à l’évangile de Christ.
13 Ne savez-vous pas que ceux qui font le service sacré, mangent des choses sacrées, et que ceux qui servent à l’autel, participent à ce qui est offert sur l’autel ?
14 De même aussi, le Seigneur a ordonné que ceux qui annoncent l’évangile, vivent de l’évangile.
15 Mais pour moi, je n’ai usé d’aucun de ces droits, et je n’écris point ceci, afin qu’on en use ainsi envers moi ; car j’aimerais mieux mourir, que si quelqu’un m’ôtait ce sujet de gloire ;
16 car si je prêche l’évangile, je n’ai pas sujet de m’en glorifier, parce que la nécessité m’en est imposée ; et malheur à moi, si je ne prêche pas l’évangile !
17 Que si je le fais volontairement, j’en recevrai la récompense ; mais si je le fais à regret, la dispensation ne laisse pas de m’en être commise.
18 Quelle récompense ai-je donc ? C’est qu’en prêchant l’évangile, j’annonce l’évangile de Christ sans qu’il en coûte rien, et sans me prévaloir du droit que l’évangile me donne.
19 Car, quoique je sois libre à l’égard de tous, je me suis assujetti à tous, afin de gagner plus de personnes.
20 J’ai été comme Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la loi, comme si j’eusse été sous la loi, afin de gagner ceux qui sont sous la loi ;
21 Avec ceux qui sont sans loi comme si j’eusse été sans loi (quoique je ne sois point sans loi, à l’égard de Dieu, puisque je suis sous la loi de Christ), afin de gagner ceux qui sont sans loi.
22 J’ai été avec les faibles, comme si j’eusse été faible, afin de gagner les faibles ; je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver au moins quelques-uns.
23 Et je fais tout cela à cause de l’évangile, afin d’avoir part aux biens qu’il promet.
24 Ne savez-vous pas que quand on court dans la lice, tous courent, mais qu’il n’y en a qu’un qui remporte le prix ? Courez de manière que vous le remportiez.
25 Tout homme qui combat, s’abstient de tout ; et ces gens-là le font, pour avoir une couronne corruptible ; mais nous le faisons pour en avoir une incorruptible.
26 Je cours donc, non à l’aventure ; je frappe, mais non pas en l’air ;
27 mais je traite durement mon corps, et je le tiens assujetti, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même rejeté.
REFLEXIONS
Le but général de ce chapitre est de nous apprendre qu’il ne faut pas toujours faire ce qui est permis et ce que l’on aurait droit de faire, mais que l’on doit s’en abstenir lorsque la gloire de Dieu et le salut du prochain l’exigent et qu’il est du devoir des chrétiens de s’accommoder autant qu’ils le peuvent à toutes sortes de personnes, d’avoir toujours égard à l’édification des autres et principalement à celle des faibles afin de les attirer à la foi.
Outre cette doctrine générale, qui est d’un grand usage, nous avons ici quelques instructions particulières dont les principales sont ces trois.
I. Que les églises sont obligées par la loi divine et par le commandement de Jésus-Christ de pourvoir à l’entretien et à la subsistance des pasteurs et de leurs familles ;
II. Que les ministres de l’Évangile doivent, à l’imitation de Saint Paul, se conduire avec beaucoup de prudence et de charité, n’ayant pas égard à leur intérêt particulier, mais s’accommodant à la faiblesse des hommes et tâchant par toutes sortes de moyens de gagner à Jésus-Christ le plus de personnes qu’ils pourront ;
III. Que l’on ne saurait remplir les devoirs et la vocation de chrétien à moins que l’on ne vive dans une grande tempérance, que pour cela il faut mortifier le corps, le réduire en servitude par la sobriété, la continence et le travail, fuir l’oisiveté, la mollesse et ce qui flatte trop la chair et suivre un genre de vie conforme aux préceptes de l’Évangile et à l’exemple de Jésus-Christ et des apôtres, afin que par ce moyen on puisse obtenir la glorieuse récompense qui n’est destinée qu’à ceux qui se seront acquittés de ces devoirs.
L’Apôtre, continuant la matière qu’il avait traitée dans les deux chapitres précédents touchant l’usage des viandes sacrifiées aux idoles, représente aux Corinthiens que quoique les anciens Israélites fussent le peuple de Dieu et qu’ils eussent des avantages semblables à ceux dont les chrétiens jouissent, ils avaient été entraînés dans l’idolâtrie et dans l’impureté en assistant aux banquets des idolâtres et que, par leur sensualité et leurs fréquentes rebellions, ils avaient attiré sur eux les jugements de Dieu. Il propose ces exemples aux Corinthiens et surtout à ceux qui se croyaient les plus affermis et les plus éclairés pour les empêcher de se rencontrer aux fêtes et aux repas des idolâtres, de peur de s’exposer à la tentation et de tomber dans l’idolâtrie.
II. Il ajoute, pour confirmer cela, que l’usage de la sainte cène où les chrétiens participent tous ensemble au sacrifice de Jésus-Christ en buvant de la coupe sacrée et en mangeant tous d’un même pain, ne leur permettait pas d’assister aux festins que les païens célébraient en l’honneur des idoles puisque ce serait participer à leurs sacrifices et avoir communion avec les démons et les idolâtres, ce qui ne pourrait qu’attirer la vengeance divine.
III. Il dit que les chrétiens pouvaient acheter et manger de toutes sortes de viande et même manger dans les maisons particulières de tout ce qui leur serait présenté, à moins qu’on ne leur dise que ces viandes avaient été sacrifiées aux idoles, auquel cas ils devaient s’en abstenir, non qu’il y eût du péché à en manger, mais de peur de donner du scandale à ceux qui les avaient avertis. Il conclut cette matière en donnant pour règle aux Corinthiens de regarder en toute chose à la gloire de Dieu et à l’édification du prochain.
1 Mes frères, je ne veux pas que vous ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée, et qu’ils ont tous passé au travers de la mer ;
2 et qu’ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer ;
3 et qu’ils ont tous mangé de la même viande spirituelle ;
4 et qu’ils ont tous bu du même breuvage spirituel ; car ils buvaient de l’eau du rocher spirituel qui les suivait ; et ce rocher était Christ ;
5 mais Dieu n’a point mis son affection en la plupart d’entre eux ; car ils tombèrent morts dans le désert.
6 Or, ces choses ont été des exemples pour nous, afin que nous ne désirions point de mauvaises choses, comme ils en désirèrent ;
7 et que vous ne deveniez point idolâtres, comme quelques-uns d’eux, selon qu’il est écrit : Le peuple s’assit pour manger et pour boire, et ensuite ils se levèrent pour danser ;
8 et que nous ne commettions point de fornication, comme quelques-uns d’eux en commirent ; et il y en eut vingt-trois mille qui périrent en un même jour ;
9 et que nous ne tentions point Christ, comme quelques-uns d’eux le tentèrent ; et ils périrent par les serpents ;
10 et que vous ne murmuriez point, comme quelques-uns d’eux murmurèrent ; et ils périrent par l’ange exterminateur.
11 Toutes ces choses leur arrivaient pour servir de figures ; et elles sont écrites pour nous instruire, nous qui sommes parvenus aux derniers temps.
12 C’est pourquoi, que celui qui croit être debout, prenne garde qu’il ne tombe.
13 Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été une tentation humaine. Dieu est fidèle, qui ne permettra point que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il vous en donnera aussi l’issue, de sorte que vous la puissiez supporter.
14 C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie.
15 Je vous parle comme à des personnes intelligentes ; jugez vous-mêmes de ce que je dis.
16 La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps de Christ ?
17 Comme il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, ne faisons qu’un seul corps ; car nous participons tous au même pain.
18 Voyez l’Israël selon la chair ; ceux qui mangent des victimes n’ont-ils pas communion avec l’autel ?
19 Que dis-je donc ? que l’idole soit quelque chose ? ou, que ce qui est sacrifié à l’idole soit quelque chose ? Non.
20 Mais je dis que ce que les Gentils sacrifient, ils le sacrifient aux démons, et non pas à Dieu. Or, je ne veux pas que vous ayez communion avec les démons.
21 Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur, et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur, et à la table des démons.
22 Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Sommes-nous plus forts que lui ?
23 Il m’est permis d’user de toutes choses, mais il n’est pas toujours bon de le faire ; il m’est permis d’user de toutes choses, mais je ne me rendrai esclave de rien.
24 Que personne ne cherche son avantage particulier, mais que chacun cherche aussi celui d’autrui.
25 Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous en informer par un scrupule de conscience ;
26 car la terre, et tout ce qu’elle contient, est au Seigneur.
27 Si quelqu’un des infidèles vous convie à manger, et que vous y vouliez aller, mangez de tout ce qui sera mis devant vous, sans vous en informer pour la conscience.
28 Mais si quelqu’un vous dit : Cela a été sacrifié aux idoles, n’en mangez point, à cause de celui qui vous en a averti, et à cause de la conscience ; car la terre, et tout ce qu’elle contient, est au Seigneur.
29 Or, je dis la conscience, non point la tienne, mais celle de l’autre ; car, pourquoi ma liberté serait-elle condamnée par la conscience d’un autre ?
30 Et si j’en suis participant par la grâce, pourquoi suis-je blâmé pour une chose dont je rends grâces ?
31 Soit donc que vous mangiez ou que vous buviez, ou que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu.
32 Conduisez-vous de sorte que vous ne donniez aucun scandale, ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Eglise de Dieu ;
33 comme je m’accommode aussi à tous en toutes choses, ne cherchant point ma propre utilité, mais celle de plusieurs, afin qu’ils soient sauvés.
REFLEXIONS
La lecture de ce chapitre nous oblige à considérer :
I. Que si les anciens Juifs ont été punis avec tant de sévérité pour avoir abusé des grâces que Dieu leur avait accordées, nous le serons beaucoup plus rigoureusement si nous abusons de celles que nous avons reçues, puisqu’elles sont infiniment plus excellentes.
II. L’exemple des Israélites qui, en assistant aux festins des idolâtres, tombèrent dans l’impureté et dans l’idolâtrie et la vengeance que Dieu en fit nous avertit, comme le dit Saint Paul, d’éviter les occasions de péché et en particulier de nous éloigner de la sensualité et de l’impureté, ces désordres exposant aux jugements de Dieu ceux qui s’y laissent entraîner.
III. Il faut considérer que si Saint Paul dit que les chrétiens ne pouvaient pas participer à la table du Seigneur et manger de ce qui avait été sacrifié aux idoles, la participation à ce Saint sacrement n’est pas moins incompatible avec une conduite charnelle et corrompue et que la commémoration publique et solennelle que nous faisons du sacrifice de notre sauveur dans l’eucharistie nous oblige indispensablement à une vie pure et sainte.
IV. Nous devons bien retenir cette maxime générale que dans toutes nos actions et même dans celles qui sont indifférentes et permises, il faut toujours avoir pour but la gloire de Dieu et l’édification du prochain, comme Saint Paul le marque par cette règle qu’il nous donne : Soit que vous mangiez, soit que vous buviez ou que vous fassiez quelque autre chose, faites toutes choses à la gloire de Dieu.
Ce chapitre dans lequel Saint Paul reprend les Corinthiens des désordres qui se commettaient dans leurs assemblées religieuses à deux parties.
I. Dans la première, il prescrit la manière dont les hommes et les femmes devaient assister dans l’église, sur quoi il avait sans doute été consulté par les Corinthiens. Il ordonne que les hommes aient la tête découverte lorsqu’ils parlaient des choses divines, mais il veut que les femmes se couvrent la tête et ce qu’il dit à cet égard est fondé sur ce que la bienséance voulait que les femmes ne parussent pas en public sans être voilée, ce qui était aussi de ce temps-là l’usage des Juifs et de plusieurs autres peuples.
II. Dans la seconde partie, il censure les Corinthiens de l’irrévérence et de la confusion avec laquelle ils célébraient la sainte Cène et pour les engager à corriger ces abus, il rapporte l’institution de ce sacrement, il marque l’usage qu’on doit en faire et il dit aux Corinthiens que c’était pour les punir de la manière dont ils y participaient que plusieurs d’entre eux étaient affligés par des maladies et que même quelques-uns étaient morts.
1 Soyez mes imitateurs, comme je le suis aussi de Christ.
2 Mes frères, je vous loue de ce que vous vous souvenez de tout ce qui vient de moi, et de ce que vous retenez mes instructions, telles que je vous les ai données.
3 Mais je veux que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, et que l’homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ.
4 Tout homme qui prie ou qui prophétise la tête couverte, déshonore son chef.
5 Mais toute femme qui prie ou qui prophétise sans avoir la tête couverte, déshonore son chef ; car c’est la même chose que si elle était rasée.
6 Que si la femme n’a point la tête couverte, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Mais s’il n’est pas honnête à une femme d’avoir les cheveux coupés, ou d’être rasée, elle doit donc avoir la tête couverte.
7 Pour ce qui est de l’homme, il ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l’homme.
8 En effet, l’homme n’a pas été pris de la femme, mais la femme a été prise de l’homme ;
9 et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme a été créée pour l’homme.
10 C’est pourquoi, la femme, à cause des anges, doit avoir sur sa tête une marque de la puissance sous laquelle elle est.
11 Toutefois, l’homme n’est point sans la femme, ni la femme sans l’homme, en notre Seigneur.
12 Car comme la femme a été prise de l’homme, aussi l’homme naît de la femme ; et tout vient de Dieu.
13 Jugez-en vous-mêmes ; est-il de la bienséance qu’une femme prie Dieu sans avoir la tête couverte ?
14 La nature même ne vous apprend-elle pas qu’il est honteux à l’homme de porter de longs cheveux ;
15 et que si la femme porte les cheveux longs, cela lui est honorable, parce que les cheveux lui ont été donnés pour lui servir comme de voile ?
16 Que s’il y a quelqu’un qui se plaise à contester, nous n’avons pas cette coutume, ni les églises de Dieu non plus.
17 Or, en ce que je vais vous dire, je ne vous loue point ; c’est que vous vous assemblez, non pour devenir meilleurs, mais pour empirer.
18 Car, premièrement, j’apprends que lorsque vous vous assemblez dans l’église, il y a des divisions parmi vous ; et j’en crois une partie ;
19 car il faut qu’il y ait même des schismes parmi vous, afin que ceux d’entre vous qui sont dignes d’être approuvés, soient reconnus.
20 Lors donc que vous vous assemblez tous dans un même lieu, ce que vous faîtes, ce n’est pas manger la cène du Seigneur ;
21 car, lorsqu’on vient à manger, chacun se hâte de prendre son souper particulier ; en sorte que l’un a faim, et l’autre est rassasié.
22 N’avez-vous pas des maisons pour manger et pour boire ? Ou méprisez-vous l’Eglise de Dieu, et faites-vous honte à ceux qui n’ont pas de quoi manger ? Que vous dirai-je ? Je ne vous loue point en cela.
23 Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai aussi enseigné ; c’est que le Seigneur Jésus, la nuit qu’il fut livré, prit du pain ;
24 et ayant rendu grâces, il le rompit, et dit : Prenez, mangez ; ceci est mon corps, qui est rompu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi.
25 De même aussi, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez.
26 Car toutes les fois que vous mangerez de ce pain, et que vous boirez de cette coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.
27 C’est pourquoi, quiconque mangera de ce pain, ou boira de la coupe du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur.
28 Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ;
29 car celui qui en mange et qui en boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant point le corps du Seigneur.
30 C’est pour cela qu’il y a parmi vous plusieurs infirmes et malades, et que plusieurs sont morts.
31 Car si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions point jugés.
32 Mais quand nous sommes ainsi jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons point condamnés avec le monde.
33 C’est pourquoi mes frères, quand vous vous assemblez pour manger, attendez-vous les uns les autres.
34 Que si quelqu’un a faim, qu’il mange dans sa maison, afin que vous ne vous assembliez point pour votre condamnation. A l’égard des autres choses, j’en ordonnerai quand je serai arrivé chez vous.
REFLEXIONS
Les avertissements que Saint Paul donnait aux Corinthiens sur ce qui se passait dans leurs assemblées nous apprennent que l’ordre, la gravité et la bienséance doivent être observées dans les assemblées des églises et qu’en particulier les femmes doivent y paraître avec respect et d’une manière qui marque la soumission, l’humilité et la modestie qui conviennent à leur sexe.
Nous devons faire après cela les réflexions les plus sérieuses sur ce que Saint Paul dit ici de la sainte Cène et de son usage. Il parait dans ce chapitre :
I. Que ce Saint sacrement est une institution solennelle de notre divin rédempteur et que du temps de Saint Paul il était célébré dans les églises chrétiennes ;
II. Que le but pour lequel Jésus-Christ l’a établi a été que l’on annonçât la mémoire de sa mort jusqu’à ce qu’il revienne au dernier jour ;
III. Que l’on doit participer à l’eucharistie avec une grande révérence, s’éprouvant soi-même avant de s’y présenter et se mettre dans un état où l’on puisse être approuvé de Dieu et des hommes et que ceux qui ne le sont pas et qui y participent indignement se rendent coupables d’un mépris très criminel contre Jésus-Christ lui-même et mangent et boivent leur condamnation.
Enfin, il est à remarquer que Dieu punissait du temps des apôtres l’abus de la sainte Cène par des maladies et par la mort. Par où il a fait connaître bien clairement que ce sacrement est une cérémonie toute sainte et qu’il ne laissera pas impunie l’irrévérence de ceux qui le profanent par un usage téméraire et hypocrite.
La vue de Saint Paul dans ce chapitre est d’instruire les Corinthiens sur les dons du Saint-Esprit et sur l’usage qu’il faut en faire et d’empêcher qu’il n’y eût des divisions dans l’église à ce sujet. Dans ce dessein il fait deux choses.
I. Il leur fait remarquer que, depuis qu’ils avaient renoncé à l’idolâtrie, Dieu avait répandu sur eux les dons du Saint-Esprit, que Dieu accordait aux ministres de l’église et même à plusieurs fidèles de ce temps-là divers dons extraordinaires, comme le don d’instruire, celui de guérir les maladies, celui de parler et d’interpréter diverses langues, celui de la prophétie et d’autres semblables. Il remarque que tous ces dons venaient d’une même source, mais qu’ils étaient différents en sorte que tous ceux qui avaient reçu l’esprit de Dieu ne possédaient pas les mêmes dons, ni dans la même mesure.
II. Il montre que, ces dons procédant tous du même esprit et que les fidèles ne composant tous ensemble qu’un seul corps, ils devaient employer les divers dons de Dieu à l’utilité des autres et à l’édification de l’église. C’est ce qu’il éclaircit par la comparaison du corps humain en remarquant que, quoi que tous les membres n’aient pas les mêmes fonctions, ni la même dignité, ils ne laissaient pas d’être tous nécessaires et de contribuer au bien du corps. Par-là St. Paul veut faire voir aux Corinthiens qu’il ne fallait pas que ces dons du Saint-Esprit qui leur avaient été accordés pour leur utilité commune, et pour les unir les uns avec les autres, servissent à les diviser.
1 Pour ce qui est des dons spirituels, je ne veux pas, mes frères, que vous soyez dans l’ignorance sur ce sujet.
2 Vous savez que vous étiez Gentils, entraînés vers les idoles muettes, selon qu’on vous menait.
3 C’est pourquoi je vous déclare qu’aucune personne qui parle par l’Esprit de Dieu, ne dit que Jésus est anathème, et que personne ne peut dire que Jésus est le Seigneur, si ce n’est par le Saint-Esprit.
4 Or, il y a bien diversité de dons, mais il n’y a qu’un même Esprit.
5 Il y a aussi diversité de ministères, mais il n’y a qu’un même Seigneur.
6 Il y a aussi diversité d’opérations, mais il n’y a qu’un même Dieu, qui opère toutes choses en tous.
7 Mais l’esprit qui se manifeste dans chacun lui est donné pour l’utilité commune.
8 Car la parole de sagesse est donnée à l’un par l’Esprit ; la parole de science est donnée à l’autre par ce même Esprit ;
9 un autre reçoit la foi par ce même Esprit ; un autre reçoit du même Esprit le don de guérir les malades ;
10 un autre, les opérations des miracles ; un autre, la prophétie ; un autre, le discernement des esprits ; un autre, la diversité des langues ; et un autre, le don d’interpréter les langues.
11 Mais c’est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier, comme il lui plaît.
12 Car comme le corps n’est qu’un, quoiqu’il ait plusieurs membres, et que tous les membres de ce seul corps, quoiqu’ils soient plusieurs, ne forment qu’un corps, il en est de même de Christ.
13 Car nous avons été baptisés dans un même Esprit, pour n’être qu’un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres ; et nous avons tous été abreuvés d’un même Esprit.
14 Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais c’en est plusieurs.
15 Si le pied disait : Parce que je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps ; ne serait-il pourtant pas du corps ?
16 Et si l’oreille disait : Parce que je ne suis pas l’œil, je ne suis pas du corps ; ne serait-elle pourtant pas du corps ?
17 Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ?
18 Mais Dieu a mis les membres, et chacun d’eux dans le corps, comme il lui a plu.
19 Que s’ils n’étaient tous qu’un seul membre, où serait le corps ?
20 Il y a donc plusieurs membres ; mais il n’y a qu’un seul corps.
21 Et l’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni aussi la tête aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous.
22 Mais bien loin de cela, les membres du corps qui paraissent les plus faibles, sont les plus nécessaires.
23 Et ceux que nous estimons les moins honorables dans le corps, sont ceux auxquels nous faisons le plus d’honneur en les couvrant ; de sorte que ceux qui sont les moins honnêtes, sont les plus honorés ;
24 au lieu que ceux qui sont honnêtes, n’en ont pas besoin ; mais Dieu a tellement disposé le corps, qu’il a donné plus d’honneur à celui qui en manquait ;
25 afin qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais que les membres aient un soin mutuel les uns des autres.
26 Aussi, lorsqu’un des membres souffre, tous les autres membres souffrent avec lui ; et lorsqu’un des membres est honoré, tous les autres membres en ont de la joie.
27 Or, vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun en particulier.
28 Et Dieu a établi dans l’Église, premièrement les apôtres, secondement les prophètes, en troisième lieu les docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues.
29 Tous sont-ils apôtres ? Tous sont-ils prophètes ? Tous sont-ils docteurs ? Tous ont-ils le don des miracles ?
30 Tous ont-ils le don de guérir les malades ? Tous parlent-ils diverses langues ? Tous interprètent-ils ?
31 Mais désirez avec ardeur des dons plus utiles ; et je vais vous montrer la voie la plus excellente.
REFLEXIONS
Pour profiter de cette lecture, il faut remarquer :
I. Que les dons miraculeux qu’il y avait autrefois dans l’église étaient une preuve incontestable de la divinité de la religion chrétienne et un moyen très efficace dont Dieu se servit dans le commencement du christianisme pour affermir les chrétiens dans la foi et surtout pour y amener les Juifs et les païens.
Au reste, quoi que ces dons extraordinaires ne se voient pas aujourd’hui, il paraît de ce chapitre que Dieu les accordait aux chrétiens du temps des apôtres, puisque Saint Paul parle de ces dons-là comme d’une chose qui était alors connue de tout le monde et qui était même fort commune dans l’église.
II. Nous devons appliquer aux dons ordinaires de l’esprit de Dieu ce que Saint Paul dit des dons miraculeux et apprendre d’ici que tous les dons et toutes les grâces spirituelles viennent du Saint-Esprit, que Dieu les accorde aux hommes dans un degré différent tant pour leur propre salut que pour le bien de leurs frères. Et que comme nous ne composons tous ensemble qu’un même corps, nous devons aussi rapporter tous les dons que nous avons reçus au même but qui est l’utilité et l’édification de l’église et vivre entre nous dans une parfaite union, nous contentant chacun de nous de la mesure de la grâce qu’il a plu Dieu de nous départir et la possédant avec humilité.
Enfin, St Paul marque qu’il y a des dons plus excellents et plus salutaires que les dons miraculeux, savoir ceux de la vraie foi et de la charité dont il sera parlé dans le chapitre suivant. Ainsi, ce sont principalement ces dons-là que nous devons rechercher avec toute l’ardeur dont nous sommes capables.
Saint Paul, après avoir parlé des dons miraculeux, enseigne que ces dons, quelque excellents qu’ils soient ne servent de rien sans la charité. Ensuite il décrit la nature et les caractères de cette vertu, il montre qu’elle bannit les divisions, la jalousie, l’orgueil, l’irritation, les soupçons et ils dit cela parce que ces défauts-là régnaient parmi les Corinthiens. Enfin, il prouve que la charité est la principale des vertus, par cette considération, que les dons miraculeux ne devaient pas toujours durer dans l’église, au lieu que la charité y doit régner à jamais et qu’elle aura même lieu dans le Ciel.
1 Quand même je parlerais toutes les langues des hommes, et même des anges ; si je n’ai point la charité, je ne suis que comme l’airain qui résonne, ou comme une cymbale qui retentit.
2 Et quand même j’aurais le don de prophétie, et que je connaîtrais tous les mystères et la science de toutes choses ; et quand même j’aurais toute la foi jusqu’à transporter les montagnes ; si je n’ai point la charité, je ne suis rien.
3 Et quand même je distribuerais tout mon bien pour la nourriture des pauvres, et que même je livrerais mon corps pour être brûlé ; si je n’ai point la charité, cela ne me sert de rien.
4 La charité est patiente ; elle est pleine de bonté ; la charité n’est point envieuse ; la charité n’est point insolente ; elle ne s’enfle point d’orgueil ;
5 elle n’est point malhonnête ; elle ne cherche point son intérêt ; elle ne s’aigrit point ; elle ne soupçonne point le mal ;
6 elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité ;
7 elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.
8 La charité ne périt jamais ; pour ce qui est des prophéties, elles seront abolies, et le don des langues cessera, et la connaissance sera anéantie ;
9 car nous ne connaissons qu’imparfaitement, et nous ne prophétisons qu’imparfaitement ;
10 mais quand la perfection sera venue, alors, ce qui est imparfait sera aboli.
11 Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je jugeais comme un enfant, je pensais comme un enfant ; mais lorsque je suis devenu homme, j’ai quitté ce qui tenait de l’enfant.
12 Nous voyons présentement confusément et comme dans un miroir, mais alors nous verrons face à face ; présentement je connais imparfaitement, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu.
13 Maintenant donc, ces trois vertus demeurent : la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande est la charité.
REFLEXIONS
Ce chapitre qui traite de la charité doit être sans cesse médité par les chrétiens.
Saint Paul y marque l’excellence et la nature de cette vertu. Il en montre l’excellence par ces deux considérations :
I. L’une que si on n’a pas la charité, c’est-à-dire si l’on n’aime pas véritablement son prochain et si l’on n’est pas animé d’un esprit de paix, d’union et de douceur, tous les autres dons, même les plus excellents, tels qu’étaient le don des langues et celui de faire des miracles, sont inutiles et qu’on n’est rien devant Dieu.
II. L’autre, que les dons miraculeux devaient cesser au lieu que la charité est une vertu qui subsistera toujours et qui sera notre bonheur et notre perfection dans le Ciel comme elle le fait sur la terre.
Après cela l’Apôtre nous apprend dans ce chapitre quelle est la nature de la charité. Il dit que les personnes en qui cette vertu se trouve ne sont ni envieuses, ni hautaines, ni soupçonneuses, ni intéressées, ni aigres, ni querelleuses, mais qu’elles sont patientes, douces, paisibles, qu’elles jugent charitablement du prochain, qu’elles font du bien et qu’elles supportent tout. Cette description que St. Paul fait des caractères de la charité et des divers effets qu’elle produit marque d’une manière bien claire qu’elle comprend toutes les autres vertus et qu’ainsi le vrai moyen de s’acquitter de tous les devoirs du christianisme est de s’attacher à la charité.
Saint Paul continue à parler des dons miraculeux et en particulier du don de parler diverses langues et il dit qu’entre tous les dons spirituels que Dieu accordait à certaines personnes en particulier, celui de la prophétie, c’est-à-dire le don d’enseigner, d’expliquer les Écritures et d’exhorter, était le plus utile pour l’édification de l’église. Il confirme cela en remarquant qu’il était inutile et même absurde de parler des langues étrangères si l’on n’était pas entendu de ceux en présence de qui on parlait. Il ordonne ensuite que ceux qui parlaient ces langues ou qui avaient quelque révélation le fissent avec ordre et l’un après l’autre et qu’il y eût toujours quelqu’un pour interpréter ce qu’ils disaient. Il prescrit de plus que les femmes gardent le silence dans l’église et que tout s’y fasse avec bienséance et avec ordre.
1 Etudiez-vous donc à la charité ; désirez aussi avec ardeur les dons spirituels, mais surtout celui de prophétiser.
2 Car celui qui parle une langue inconnue, ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, puisque personne ne l’entend et qu’il prononce des mystères en son esprit.
3 Mais celui qui prophétise, édifie, exhorte et console les hommes par ses paroles.
4 Celui qui parle une langue inconnue, s’édifie soi-même ; mais celui qui prophétise, édifie l’Eglise.
5 Je souhaite bien que vous parliez tous diverses langues ; mais je souhaite encore plus que vous prophétisiez ; car celui qui prophétise est préférable à celui qui parle des langues étrangères, à moins qu’il ne les interprète, afin que l’Eglise en reçoive de l’édification.
6 En effet, mes frères, si je venais parmi vous en parlant des langues inconnues, à quoi vous serais-je utile, si je ne vous faisais pas entendre par la révélation, par la connaissance, par la prophétie, ou par l’instruction, ce que je vous dirais ?
7 Il en est comme des choses inanimées qui rendent un son, soit une flûte, soit une harpe. Si elles ne forment point des tons distincts, comment connaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe ?
8 Et si la trompette ne rend qu’un son confus, qui est-ce qui se préparera au combat ?
9 De même, si les paroles que vous prononcez dans votre langue ne sont pas entendues, comment saura-t-on ce que vous dites ? car vous parlerez en l’air.
10 Combien de sortes de mots n’y a-t-il pas dans le monde ? Et y en a-t-il aucun qui ne signifie quelque chose ?
11 Si donc je ne sais ce que ces mots signifient, je serai barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera barbare pour moi.
12 Ainsi, puisque vous désirez avec ardeur les dons spirituels, cherchez à en avoir abondamment pour l’édification de l’Eglise.
13 C’est pourquoi, que celui qui parle une langue inconnue, prie en sorte qu’il interprète ce qu’il dit.
14 Car, si je prie dans une langue inconnue, mon esprit prie, mais l’intelligence que j’en ai est sans fruit.
15 Que ferai-je donc ? Je prierai dans mon esprit, mais je prierai aussi d’une manière qu’on m’entende. Je chanterai dans mon esprit, mais je chanterai aussi d’une manière qu’on m'entende.
16 Autrement, si tu bénis Dieu seulement en esprit, comment celui qui est du simple peuple répondra-t-il Amen à ton action de grâces, puisqu’il n’entend pas ce que tu dis ?
17 Il est vrai que tes actions de grâces sont bonnes ; mais un autre n’en est pas édifié.
18 Je rends grâces à mon Dieu, de ce que je parle plus de langues que vous tous ;
19 mais j’aimerais mieux prononcer dans l’Eglise cinq paroles en me faisant entendre, afin d’instruire ainsi les autres, que dix mille paroles dans une langue inconnue.
20 Mes frères, ne soyez pas des enfants en intelligence ; mais soyez des enfants à l’égard de la malice ; et pour ce qui est de l’intelligence, soyez des hommes faits.
21 Il est écrit dans la loi : Je parlerai à ce peuple par des gens d’une autre langue, et par des lèvres étrangères, de sorte qu’ils ne m’entendront point, dit le Seigneur.
22 C’est pourquoi les langues étrangères sont un signe, non pour ceux qui croient, mais pour les infidèles ; au lieu que la prophétie est un signe, non pour les infidèles, mais pour ceux qui croient.
23 Si donc toute l’Eglise est assemblée en un même lieu, et que tous parlent des langues étrangères, et que des gens du commun peuple, ou des infidèles y entrent, ne diront-ils pas que vous avez perdu le sens ?
24 Mais si tous prophétisent, et qu’il y entre quelque infidèle, ou quelqu’un du commun peuple, il sera convaincu par tous, il sera jugé par tous.
25 Et ainsi les secrets de son cœur seront manifestés, de sorte qu’il se prosternera la face en terre, il adorera Dieu, et il publiera que Dieu est véritablement parmi vous.
26 Que faut-il donc faire, mes frères ? Lorsque vous vous assemblez, quelqu’un de vous a-t-il un cantique, a-t-il une instruction, a-t-il à parler une langue étrangère, a-t-il une révélation, a-t-il une interprétation ? Que tout se fasse pour l’édification.
27 S’il y en a qui parlent une langue inconnue, qu’il n’y en ait que deux ou trois, au plus, qui parlent, et cela l’un après l’autre ; et qu’il y en ait un qui interprète.
28 Que s’il n’y a point d’interprète, que celui qui parle se taise dans l’Église, et qu’il parle à lui-même et à Dieu.
29 Qu’il n’y ait aussi que deux ou trois prophètes qui parlent, et que les autres en jugent.
30 Et si un autre de ceux qui sont assis, a une révélation, que le premier se taise.
31 Car vous pouvez tous prophétiser l’un après l’autre, afin que tous apprennent, et que tous soient exhortés.
32 Et les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes ;
33 car Dieu n’est point un Dieu de confusion, mais un Dieu de paix, comme on le voit dans toutes les Églises des saints.
34 Que vos femmes se taisent dans les Églises, parce qu’il ne leur est pas permis d’y parler ; mais elles doivent être soumises, comme aussi la loi le dit.
35 Que si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris dans la maison ; car il n’est pas bienséant aux femmes de parler dans l’Église.
36 Est-ce de vous que la parole de Dieu est venue, ou n’est-elle parvenue qu’à vous seuls ?
37 Si quelqu’un croit être prophète, ou spirituel, qu’il reconnaisse que les choses que je vous écris sont des commandements du Seigneur.
38 Et si quelqu’un le veut ignorer, qu’il l’ignore.
39 C’est pourquoi, mes frères, désirez avec ardeur de prophétiser, et n’empêchez point de parler les langues étrangères.
40 Que toutes choses se fassent avec bienséance et avec ordre.
REFLEXIONS
Quoique le don de parler divers langues ait cessé dans l’église et qu’il n’y ait pas aujourd’hui des révélations comme il y en avait du temps des apôtres, nous pouvons recueillir de ce chapitre des instructions importantes :
I. Que ces dons extraordinaires étaient, comme St. Paul le dit ici, une forte preuve de la vérité de l’Évangile ;
II. Que quelque excellent que fut le don des langues, il n’était pas salutaire, à moins qu’on ne le rapportât à l’instruction et à l’édification de toute l’église qui est le grand but que l’on doit toujours se proposer dans la religion.
III. Surtout, St. Paul nous apprend ici qu’il est de la dernière importance et d’une absolue nécessité de donner au peuple une connaissance claire des vérités que Dieu nous a révélées et d’expliquer pour cet effet l’Écriture sainte familièrement et intelligiblement, qu’ainsi la lecture de l’Écriture, les exhortations, les prières, les Psaumes, la célébration du service divin et généralement tout ce qui se dit dans l’église doit se faire dans un langue que le commun peuple entende et d’une manière claire, simple et accommodée à la portée de tout le monde.
Enfin, il faut faire une grande attention à ce que St. Paul établit dans tout ce chapitre et en particulier sur la fin en disant que Dieu n’est pas un Dieu de confusion et de désordre, mais qu’il est un Dieu d’ordre et de paix et que toutes choses doivent se faire dans l’église avec bienséance, avec ordre et avec gravité. Il parait de là que ce qui concerne l’extérieur de la religion et du service divin n’est pas une chose indifférente et que l’intention de Dieu est que l’ordre, la bienséance et l’uniformité soient observées dans toutes les églises chrétiennes.
St. Paul prouve dans ce chapitre la résurrection des morts contre certaines personnes qui la niaient. Pour cet effet, il établit premièrement que notre Seigneur Jésus-Christ est ressuscité, ce qu’il prouve par le témoignage des apôtres et de plusieurs autres personnes. Ensuite il conclut de là que les morts ressusciteront, ce qu’il éclaircit et confirme par quelques autres raisons.
1 Je veux aussi, mes frères, vous faire souvenir de l’évangile que je vous ai annoncé, et que vous avez reçu, dans lequel vous persévérez,
2 et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain.
3 Or, je vous ai enseigné, avant toutes choses, ce que j’avais aussi reçu, savoir, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures ;
4 et qu’il a été enseveli, et qu’il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures ;
5 et qu’il a été vu de Céphas, ensuite des douze apôtres ;
6 qu’après cela, il a été vu de plus de cinq cents frères, en une seule fois, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont morts.
7 Depuis il se fit voir à Jacques, et ensuite à tous les apôtres ;
8 et après tous, il m’est aussi apparu comme à un avorton.
9 Car je suis le moindre des apôtres, et je ne suis même pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.
10 Mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ; et la grâce qu’il m’a faite n’a point été vaine ; mais j’ai travaillé beaucoup plus qu’eux tous ; non pas moi pourtant, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
11 Soit donc moi, soit eux, c’est là ce que nous prêchons, et ce que vous avez cru.
12 Or, si l’on prêche que Christ est ressuscité, comment quelques-uns d’entre vous disent-ils qu’il n’y a point de résurrection ?
13 Car s’il n’y a point de résurrection, Christ aussi n’est point ressuscité.
14 Et si Christ n’est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi est vaine aussi.
15 Et même il se trouverait que nous sommes de faux témoins à l’égard de Dieu ; car nous avons rendu ce témoignage de Dieu qu’il a ressuscité Christ, lequel il n’a point ressuscité, si les morts ne ressuscitent point.
16 Car si les morts ne ressuscitent point, Christ n’est point non plus ressuscité.
17 Et si Christ n’est point ressuscité, votre foi est vaine, et vous êtes encore dans vos péchés.
18 Ceux donc aussi qui sont morts en Christ, sont péris.
19 Si nous n’avons d’espérance en Christ que pour cette vie seulement, nous sommes les plus misérables de tous les hommes.
20 Mais maintenant, Christ est ressuscité, et il est devenu les prémices de ceux qui sont morts.
21 Car, puisque la mort est venue par un homme, la résurrection des morts est venue aussi par un homme.
22 Car, comme tous meurent par Adam, de même tous revivront par Christ ;
23 mais chacun en son propre rang ; Christ est les prémices, ensuite ceux qui lui appartiennent ressusciteront à son avènement.
24 Après cela viendra la fin, quand il aura remis le royaume à Dieu le Père, et qu’il aura détruit tout empire, toute domination et toute puissance ;
25 car il doit régner jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds.
26 L’ennemi qui sera détruit le dernier, c’est la mort ;
27 car Dieu a mis toutes choses sous ses pieds. Or, quand il est dit que toutes choses lui sont assujetties, il est évident que celui qui lui a assujetti toutes choses, est excepté.
28 Et quand toutes choses lui auront été assujetties, alors aussi le Fils même sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.
29 De plus, que feront ceux qui sont baptisés pour les morts, si absolument les morts ne ressuscitent point ? Pourquoi aussi sont-ils baptisés pour les morts ?
30 Et pourquoi nous-mêmes sommes-nous à toute heure en péril ?
31 Je suis tous les jours exposé à la mort ; je vous le proteste par le sujet que j’ai de me glorifier de vous en Jésus-Christ notre Seigneur.
32 Si j’ai combattu contre les bêtes à Ephèse dans des vues humaines, quel avantage m’en revient-il, si les morts ne ressuscitent point ? Mangeons et buvons ; car demain nous mourrons.
33 Ne vous abusez point ; les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs.
34 Réveillez-vous pour vivre justement, et ne péchez point ; car il y en a parmi vous qui sont sans connaissance de Dieu ; je vous le dis à votre honte.
REFLEXIONS
Ce chapitre est un excellent traité où la doctrine de la résurrection est clairement expliquée. Saint Paul y enseigne : I. Que toute la religion chrétienne est fondée sur la résurrection de Jésus-Christ et que cette résurrection est un fait certain et indubitable qui a été attesté par les apôtres dont le témoignage ne peut être révoqué en doute ; II. Il montre que les morts ressusciteront infailliblement et les preuves qu’il en allègue sont les suivantes :
- Que si les morts ne ressuscitaient pas, Jésus-Christ ne serait pas ressuscité et que notre foi serait vaine,
- Que les fidèles qui sont morts au Seigneur seraient péris pour toujours,
- Que les chrétiens seraient les plus misérables de tous les hommes puisqu’ils étaient sujets à la persécution,
- Et que le mal qu’Adam nous a fait en nous assujettissant à la mort ne serait pas réparé.
Il dit encore que si Jésus-Christ ne détruisait pas, en nous ressuscitant, la mort qui est le dernier de nos ennemis, il ne règnerait pas pleinement sur toutes choses et qu’enfin s’il n’y avait point de résurrection, ce serait une grande folie aux chrétiens de s’exposer volontairement à tous les maux qu’ils souffraient.
Toutes ces considérations font voir qu’il est très certain que les morts ressusciteront au dernier jour. Nous devons rendre grâce à Dieu de ce que l’espérance de notre résurrection est établie sur des fondements aussi solides et travailler au reste à nous affermir toujours davantage dans cette espérance en prenant garde, comme St. Paul nous y exhorte, que les discours et les exemples des impies et des profanes n’ébranlent notre foi, et étudions-nous à vivre saintement et en nous éloignant du péché.
CHAPITRE XV VERSETS 35 A 58.
St. Paul, après avoir prouvé la résurrection, fait voir que, quoi que nos corps soient détruits par la mort, ils doivent un jour être rétablit en vie, mais il remarque qu’alors ils ne seront plus corruptibles, faibles et mortels comme ils le sont maintenant, mais qu’ils seront incorruptibles, immortels et glorieux. C’est ce qu’il explique par la comparaison du grain que l’on sème et par quelques autres images. Il parle après cela du changement qui se fera en ceux qui seront en vie au jour de la résurrection, et il conclut en marquant les sentiments de joie et de piété que la croyance de cette doctrine doit inspirer aux chrétiens.
35 Mais quelqu’un dira : Comment ressusciteront les morts, et avec quel corps viendront-ils ?
36 Insensé, ce que tu sèmes ne prend point vie, s’il ne meurt auparavant.
37 Et à l’égard de ce que tu sèmes, tu ne sèmes pas le même corps qui doit naître, mais le simple grain, comme il se rencontre, soit de blé, soit de quelque autre semence.
38 Mais Dieu lui donne le corps comme il lui plaît, et à chaque semence le corps qui lui est propre.
39 Toute sorte de chair n’est pas la même chair ; mais autre est la chair des hommes, et autre la chair des bêtes ; autre celle des poissons, et autre celle des oiseaux.
40 Il y a aussi des corps célestes, et des corps terrestres ; mais autre est l’éclat des corps célestes, et autre est celui des terrestres ;
41 autre est l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, et autre l’éclat des étoiles ; car l’éclat d’une étoile est différent de l’éclat d’une autre étoile.
42 Il en sera aussi de même à la résurrection. Le corps est semé corruptible, il ressuscitera incorruptible ;
43 il est semé méprisable, il ressuscitera glorieux ; il est semé infirme, il ressuscitera plein de force ;
44 il est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel ; il y a un corps animal, et il y a un corps spirituel ;
45 suivant qu’il est écrit : Le premier homme, Adam, a été fait avec une âme vivante ; mais le dernier Adam est un Esprit vivifiant.
46 Mais ce qui est spirituel n’est pas le premier ; c’est ce qui est animal ; et ce qui est spirituel vient après.
47 Le premier homme étant de la terre, est terrestre, et le second homme, qui est le Seigneur, est du ciel.
48 Tel qu’est celui qui est terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel qu’est le céleste, tels seront aussi les célestes.
49 Et comme nous avons porté l’image de celui qui est terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste.
50 Voici donc ce que je dis, mes frères, c’est que la chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu, et que la corruption ne possédera point l’incorruptibilité.
51 Voici un mystère que je vous dis ; c’est que nous ne serons pas tous morts, mais nous serons tous changés ;
52 en un moment, en un clin d’œil, au son de la dernière trompette ; car la trompette sonnera et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons changés.
53 Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu de l’incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu de l’immortalité.
54 Et quand ce corps corruptible aura été revêtu de l’incorruptibilité, et que ce corps mortel aura été revêtu de l’immortalité, alors cette parole de l’Ecriture sera accomplie : La mort est engloutie pour toujours.
55 O mort, où est ton aiguillon ? O sépulcre, où est ta victoire ?
56 Or, l’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la puissance du péché, c’est la loi.
57 Mais grâces à Dieu, qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ.
58 C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, abondant toujours dans l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain auprès du Seigneur.
REFLEXIONS
Le but de ce que St. Paul nous enseigne ici est de nous apprendre que quoique la mort détruise nos corps et les réduise en poudre, ils ne laisseront pas de ressusciter par un effet de la toute-puissance de notre Seigneur et que ces corps ressuscités seront incorruptibles et glorieux, en sorte que les fidèles seront alors semblables à Jésus-Christ.
L’Apôtre nous apprend outre cela que ceux qui vivront à la fin du monde seront changés subitement et qu’ainsi tous les fidèles deviendront immortels.
L’attente de cette grande gloire à laquelle nous sommes destinés doit nous remplir d’espérance et de joie, dissiper pleinement les frayeurs de la mort et nous faire dire avec Saint Paul : Où est, ô mort, ton aiguillon. Où est, ô sépulcre, ta victoire ! Grâces à Dieu qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ !
Mais l’espérance de cette résurrection de nos corps nous oblige aussi à les conserver dans une grande pureté et à pratiquer constamment tous les devoirs du christianisme comme l’Apôtre nous y exhorte par ces paroles qui marquent l’usage auquel nous devons rapporter cette doctrine : Soyez toujours fermes, inébranlables, abondant toujours dans l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain auprès du Seigneur.
I. L’Apôtre exhorte les Corinthiens à contribuer pour une collecte que l’on faisait en faveur des églises de la Judée. II. Il leur promet de les aller voir dans peu de temps. III. Il leur recommande Timothée et quelques autres personnes. IV. Il finit par des salutations et par des vœux et en déclarant que ceux qui n’aimaient pas sincèrement Jésus-Christ étaient sous le jugement de Dieu et que l’on ne devait point les regarder comme membres de l’église.
1 A l’égard de la collecte qui se fait pour les saints, usez-en de la manière que je l’ai ordonné dans les églises de Galatie.
2 C’est que, chaque premier jour de la semaine, chacun de vous mette à part chez soi, et rassemble ce qu’il pourra, selon sa prospérité, afin qu’on n'attende pas que je sois arrivé pour faire les collectes.
3 Et lorsque je serai arrivé chez vous, j’enverrai avec des lettres ceux que vous aurez approuvés, pour porter votre libéralité à Jérusalem.
4 Et si la chose mérite que j’y aille moi-même, ils viendront avec moi.
5 Au reste, j’irai chez vous, après que j’aurai passé par la Macédoine ; car je passerai par la Macédoine ;
6 et peut-être que je ferai quelque séjour chez vous, ou même que j’y passerai l’hiver, afin que vous me conduisiez partout où j’irai.
7 Car je ne veux pas, cette fois, vous voir seulement en passant : mais j’espère de demeurer quelque temps avec vous, si le Seigneur le permet.
8 Cependant je demeurerai à Ephèse jusqu’à la Pentecôte ;
9 car une grande porte m’y est ouverte, avec espérance de succès ; mais il y a beaucoup d’adversaires.
10 Si Timothée va chez vous, ayez soin qu’il soit en sûreté parmi vous, car il travaille à l’œuvre du Seigneur comme moi-même.
11 Que personne donc ne le méprise, et reconduisez-le en paix, afin qu’il vienne me trouver, car je l’attends avec nos frères.
12 Pour ce qui est d’Apollos, notre frère, je l’ai fort prié d’aller vous voir avec nos frères ; mais il n’a pas voulu y aller maintenant ; toutefois il y ira quand il en trouvera l’occasion.
13 Veillez, demeurez fermes dans la foi, agissez courageusement, fortifiez-vous ;
14 que tout ce que vous faites se fasse avec charité.
15 Or, mes frères, vous connaissez la famille de Stéphanas ; vous savez qu’elle est les prémices de l’Achaïe, et qu’ils se sont dévoués au service des saints.
16 Je vous prie d’avoir du respect pour des personnes de ce caractère, et pour tous ceux qui les aident et qui travaillent avec eux.
17 J’ai beaucoup de joie de l’arrivée de Stéphanas, de Fortunat et d’Achaïque, parce qu’ils ont suppléé à votre absence.
18 Car ils ont consolé mon esprit et le vôtre. Ayez donc des égards pour de telles personnes.
19 Les Églises d’Asie vous saluent. Aquilas et Priscille, avec l’Église qui est dans leur maison, vous saluent avec beaucoup d’affection en notre Seigneur.
20 Tous les frères vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser.
21 Je vous salue, moi Paul, de ma propre main.
22 Si quelqu’un n’aime point le Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème ! Maranatha !
23 La grâce du Seigneur Jésus-Christ soit avec vous.
24 Mon amour est avec vous tous en Jésus-Christ. Amen.
REFLEXIONS
Ce qu’il faut remarquer dans la première partie de ce chapitre, ce sont les exhortations que St. Paul adresse aux Corinthiens pour les engager à assister les églises de la Judée en faveur desquelles on faisait une collecte et l’ordre qu’il leur donne de mettre quelque chose à part pour cela tous les premiers jours de la semaine.
On voit par-là :
I. Que chacun doit exercer la charité selon son pouvoir dans les occasions qui s’en présentent et en second lieu que le premier jour de la semaine, savoir le dimanche, était consacré de ce temps-là aux œuvres de piété et de charité.
II. La manière dont Saint Paul recommande Timothée et quelques autres serviteurs de Dieu zélés et pieux nous apprend que les chrétiens doivent avoir en révérence les vrais ministres de Jésus-Christ qui se sont dévoués à son service et se soumettre à eux.
III. Les salutations qu’on lit sur la fin de cette épître marquent qu’il doit avoir entre les églises et les chrétiens de tous les lieux une communion très étroite qui les porte à s’aimer affectueusement les uns les autres et que les devoirs des ministres du Seigneur est de prier sans cesse pour tous les fidèles, leur souhaitant l’augmentation de la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ.
Enfin, l’anathème que Saint Paul prononce contre tous ceux qui n’aiment pas sincèrement le Seigneur mérite toute notre attention. L’Apôtre leur dénonce la malédiction divine et il ne veut pas qu’on les regarde comme des chrétiens. Cela marque clairement que l’église ne doit pas souffrir dans sa communion les profanes et les scandaleux et que tous ceux qui n’ont pas un vrai amour pour notre Sauveur et qui violent ouvertement ses saints commandements ne lui appartiennent en aucune manière et qu’ils sont sous la malédiction de Dieu.
La première épître aux Corinthiens a été écrite de Philippes, et portée par Stéphanas, Fortunat, Achaïque, et Timothée.
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- Écrit par EDITION MENORAH YESHUA
- Catégorie : Nouveau Testament
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ARGUMENT
L’Epître aux Romains fut écrite environ l’an 57 de notre Seigneur. Elle a été mise à la tête des autres épîtres à cause de l’importance des choses qu’elle contient et à cause de la dignité de la ville de Rome. Le but de cette épître est de faire savoir que ce n’est que par l’Évangile et par la foi en Jésus-Christ que les hommes pouvaient être sauvés, que la circoncision et les œuvres de la loi de Moïse ne donnaient en cela aucun avantage aux Juifs par-dessus les païens, qu’il ne fallait pas assujettir les païens qui embrassaient l’Évangile à être circoncis et à observer les cérémonies de la loi comme le prétendaient certains Juifs convertis au christianisme et que Dieu avait pu appeler les Gentils et les recevoir dans son alliance, ce qui avait aussi été prédit par les prophètes.
C’est là ce qui est enseigné dans les onze premiers chapitres de cette épître. Dans les cinq derniers, Saint Paul exhorte les Romains aux principaux devoirs de la vie chrétienne et surtout à la charité, au support et à la paix, parce que les divisions qu’il y avait alors entre les Juifs et les païens convertis troublaient la paix de l’église.
Chapitres: Chapitre I. Chapitre II. Chapitre III. Chapitre IV. Chapitre V. Chapitre VI Chapitre VII. Chapitre VIII. Chapitre IX. Chapitre X. Chapitre XI. Chapitre XII. Chapitre XIII. Chapitre XIV. Chapitre XV. Chapitre XVI. Livres du Nouveau Testament
St. Paul fait deux choses : I. Il salue les fidèles de Rome et il leur marque la joie qu’il ressentait en entendant parler de leur foi et le grand désir qu’il avait d’aller les voir. II. Il commence à montrer que tous les hommes étant pécheurs, ils n’avaient pu être sauvés que par Jésus-Christ et pour cet effet il fait voir d’abord que quoi que Dieu se fût fait connaître aux païens par les œuvres de la création, ils ne l’avaient pas servi et qu’ils étaient tombés dans l’idolâtrie et dans toutes sortes de dérèglements.
1 Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’évangile de Dieu,
2 qu’il avait promis auparavant par ses prophètes, dans les saintes Ecritures,
3 touchant son Fils, qui est né de la race de David, selon la chair,
4 et qui, selon l’esprit de sainteté, a été déclaré Fils de Dieu avec puissance, par sa résurrection d’entre les morts, savoir, Jésus-Christ notre Seigneur,
5 par lequel nous avons reçu la grâce et la charge d’apôtre, afin d’amener tous les Gentils à l’obéissance de la foi en son nom ;
6 du nombre desquels vous êtes aussi, vous qui avez été appelés par Jésus-Christ ;
7 à vous tous qui êtes à Rome, bien-aimés de Dieu, appelés et saints ; la grâce et la paix vous soient données par Dieu notre Père, et par notre Seigneur Jésus-Christ.
8 Avant toutes choses, je rends grâces au sujet de vous tous à mon Dieu, par Jésus-Christ, de ce que votre foi est célèbre par tout le monde.
9 Car Dieu, que je sers en mon esprit dans l’évangile de son Fils, m’est témoin que je fais sans cesse mention de vous,
10 lui demandant toujours dans mes prières, que, si c’est sa volonté, je puisse enfin trouver quelque occasion favorable de vous aller voir ;
11 car je souhaite fort de vous voir, pour vous faire part de quelque don spirituel, afin que vous soyez affermis ;
12 c’est-à-dire, afin qu’étant parmi vous, nous nous consolions ensemble par la foi qui nous est commune, à vous et à moi.
13 Or, mes frères, je ne veux pas que vous ignoriez que j’ai souvent formé le dessein de vous aller voir, afin de recueillir quelque fruit parmi vous, comme parmi les autres nations ; mais j’en ai été empêché jusqu’à présent.
14 Je me dois aux Grecs et aux barbares, aux savants et aux ignorants.
15 Ainsi, autant qu’il dépend de moi, je suis prêt à vous annoncer aussi l’évangile, à vous qui êtes à Rome.
16 Car je n’ai point honte de l’évangile de Christ, puisque c’est la puissance de Dieu, pour le salut de tous ceux qui croient, premièrement des Juifs, et ensuite des Grecs.
17 Car c’est dans cet évangile que la justice de Dieu est révélée de foi en foi, selon qu’il est écrit : Le juste vivra par la foi.
18 Car la colère de Dieu se déclare du ciel contre toute l’impiété et l’injustice des hommes, qui suppriment la vérité injustement ;
19 parce que ce qu’on peut connaître de Dieu a été manifesté parmi eux, Dieu le leur ayant manifesté.
20 Car les perfections invisibles de Dieu, savoir, sa puissance éternelle, et sa divinité, se voient comme à l’œil depuis la création du monde, quand on considère ses ouvrages ; de sorte qu’ils sont inexcusables ;
21 parce qu’ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans de vains raisonnements, et leur cœur destitué d’intelligence a été rempli de ténèbres.
22 Se disant sages, ils sont devenus fous ;
23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en des images qui représentent l’homme corruptible, et des oiseaux, et des bêtes à quatre pieds, et des reptiles.
24 C’est pourquoi aussi, Dieu les a livrés aux convoitises de leurs cœurs et à l’impureté, en sorte qu’ils ont déshonoré eux-mêmes leurs propres corps ;
25 eux qui ont changé la vérité de Dieu en des choses fausses, et qui ont adoré et servi la créature, au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen.
26 C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes ; car les femmes parmi eux ont changé l’usage naturel en un autre qui est contre nature.
27 De même aussi, les hommes, laissant l’usage naturel de la femme, ont été embrasés dans leur convoitise les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes la récompense qui était due à leur égarement.
28 Car, comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, aussi Dieu les a livrés à un esprit dépravé, pour commettre des choses qu’il n’est pas permis de faire.
29 Ils sont remplis de toute injustice, d’impureté, de méchanceté, d’avarice, de malice ; pleins d’envie, de meurtres, de querelles, de tromperies, et de malignité ;
30 rapporteurs, médisants, ennemis de Dieu, outrageux, orgueilleux, vains, inventeurs de méchancetés, désobéissants à leurs pères et à leurs mères ;
31 sans intelligence, sans foi, sans affection naturelle, implacables, sans compassion ;
32 Qui, bien qu’ils aient connu que le droit de Dieu est, que ceux qui commettent de telles choses sont dignes de mort, ne les commettent pas seulement, mais approuvent encore ceux qui les commettent.
REFLEXIONS
On voit dès l’entrée de cette Epitre l’amour de St. Paul pour les Romains, le désir qu’il avait de contribuer à leur édification et le zèle dont il était animé pour aller annoncer l’Évangile en tous lieux et à toutes sortes de personnes et même dans la ville de Rome.
Tous les chrétiens, mais particulièrement les ministres de l’Évangile doivent imiter St. Paul à cet égard, aimer tendrement l’église de Jésus-Christ et les fidèles, prier continuellement pour eux, procurer leur édification de tout leur pouvoir et n’avoir jamais honte de la vérité, ni de la piété.
I. Nous voyons ici que, bien que Dieu se fût révélé aux païens par les œuvres de la création et de la providence, ils ne l’avaient pas glorifié, qu’ils s’étaient abandonnés à toutes sortes de péchés et que les peuples même où les sciences et les arts fleurissaient étaient tombés dans l’idolâtrie la plus honteuse et la plus indigne de l’homme, par où ils avaient attiré sur eux la colère du Ciel. Si les païens étaient en cela coupables et inexcusables, comme St. Paul le déclare, nous le serions beaucoup plus si Dieu s’étant fait connaître à nous, non seulement par les œuvres de la nature, mais par sa parole, nous ne l’honorions pas comme nous le devons. III. Ce que St. Paul dit dans ce chapitre des deux principaux péchés des païens qui étaient l’idolâtrie et les débordements affreux où ils étaient tombés à l’égard de l’impureté, nous montre en quel état nous serions si Dieu ne nous avait pas éclairés des lumières de l’Évangile et dans quelles horreurs l’impureté et la sensualité peuvent entraîner les hommes.
II. Enfin, l’Apôtre fait dans ce chapitre le tableau des vices et des mœurs des païens en disant qu’ils étaient remplis de souillure, d’avarice, d’injustice et toutes sortes de passions et de péchés et que, quoiqu’ils sussent que ceux qui faisaient ces choses étaient dignes de mort, ils ne laissaient pas de les commettre. Il faut avouer à la honte des chrétiens que c’est là le tableau de la vie et des mœurs d’un grand nombre d’entre eux. Mais nous devons aussi conclure de là que ceux qui, ayant connu beaucoup mieux que les païens le droit de Dieu et sa volonté les imitent dans leurs dérèglements, éprouveront ce qu’il y a de plus terrible dans sa vengeance.
St. Paul ayant montré dans le chapitre précédent que les païens étaient pécheurs, prouve dans celui-ci que les Juifs qui condamnaient les païens l’étaient aussi et même qu’abusant de leurs lumières et de la bonté de Dieu, ils étaient bien plus coupables que les païens qui n’avaient que la loi de la nature et de la conscience, d’où il s’ensuit que les Juifs ne pouvaient pas prétendre être justifiés devant Dieu par les œuvres et qu’ils n’avaient pas plus droit au salut que les Gentils.
Et parce que les Juifs se glorifiaient d’avoir la loi de Dieu et la circoncision qui était une marque de son alliance, l’Apôtre leur déclare que tous ces avantages extérieurs qui les distinguaient des païens leurs devenaient inutiles et ne les rendaient pas plus agréables à Dieu pendant qu’ils n’observaient pas sa loi.
1 Toi donc, ô homme, qui que tu sois, qui condamnes les autres, tu es inexcusable ; car en condamnant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui les condamnes, tu fais les mêmes choses.
2 Car nous savons que le jugement de Dieu est selon la vérité, contre ceux qui commettent de telles choses.
3 Et penses-tu, ô homme, qui condamnes ceux qui commettent de telles choses, et qui les commets, que tu puisses éviter le jugement de Dieu ?
4 Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de son long support, ne considérant pas que la bonté de Dieu te convie à la repentance.
5 Mais par ton endurcissement et par ton cœur impénitent tu t’amasses la colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu,
6 Qui rendra à chacun selon ses œuvres ;
7 savoir, la vie éternelle à ceux qui, en persévérant dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l’honneur et l’immortalité ;
8 mais l’indignation et la colère seront sur ceux qui sont contentieux et rebelles à la vérité, et qui obéissent à l’injustice.
9 L’affliction et l’angoisse seront sur tout homme qui fait le mal ; sur le Juif premièrement, puis aussi sur le Grec ;
10 mais la gloire, l’honneur et la paix seront pour tout homme qui fait le bien ; premièrement pour le Juif ; et puis aussi pour le Grec ;
11 car Dieu n’a point égard à l’apparence des personnes.
12 Tous ceux qui auront péché sans avoir eu la loi, périront aussi sans être jugés par la loi ; et tous ceux qui auront péché ayant la loi, seront jugés par la loi ;
13 car ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi, qui sont justes devant Dieu ; mais ce sont ceux qui observent la loi, qui seront justifiés.
14 Or, quand les Gentils, qui n’ont point la loi, font naturellement les choses qui sont selon la loi, n’ayant point la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes.
15 Ils font voir que ce qui est prescrit par la loi est écrit dans leurs cœurs, puisque leur conscience leur rend témoignage, et que leurs pensées les accusent ou les défendent ;
16 ce qui arrivera au jour auquel Dieu jugera les actions secrètes des hommes, par Jésus-Christ, selon mon évangile.
17 Toi donc, qui portes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi, qui te glorifies en Dieu,
18 qui connais sa volonté, et qui sais discerner ce qui est contraire, étant instruit par la loi,
19 qui crois être le conducteur des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres,
20 le docteur des ignorants, le maître des simples, ayant la règle de la science et de la vérité dans la loi ;
21 toi, dis-je, qui enseignes les autres, tu ne t’enseignes pas toi-même ! Toi, qui prêches qu’on ne doit pas dérober, tu dérobes !
22 Toi, qui dis qu’on ne doit pas commettre adultère, tu commets adultère ! Toi, qui as en abomination les idoles, tu commets des sacrilèges !
23 Toi, qui te glorifies dans la loi, tu déshonores Dieu par la transgression de la loi !
24 Car le nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les Gentils, comme cela est écrit.
25 Il est vrai que la circoncision est utile, si tu observes la loi ; mais si tu es transgresseur de la loi, avec ta circoncision tu deviens incirconcis.
26 Si donc l’incirconcis garde les commandements de la loi, ne sera-t-il pas réputé circoncis, quoiqu’il soit incirconcis ?
27 Et si celui qui est incirconcis de naissance accomplit la loi, il te condamnera, toi qui, avec la lettre de la loi et la circoncision, es transgresseur de la loi.
28 Car celui-là n’est pas Juif, qui ne l’est qu’au dehors, et la circoncision n’est pas celle qui se fait extérieurement dans la chair ;
29 mais celui-là est Juif, qui l’est au dedans, et la circoncision est celle du cœur, qui se fait selon l’esprit, et non selon la lettre ; et ce Juif ne tire pas sa louange des hommes, mais il la tire de Dieu.
REFLEXIONS
Le but de ce chapitre est en général de montrer que les Juifs étaient coupables devant Dieu aussi bien et même beaucoup plus que les païens et qu’ainsi ils ne pouvaient être justifiés, ni sauvés que par Jésus-Christ. De tout ce que St. Paul dit là-dessus, nous devons tirer ces instructions :
I. Que ceux qui condamnent le péché dans les autres et qui commettent cependant les mêmes péchés seront inexcusables et qu’ils n’échapperont point au jugement de Dieu ;
II. Que si Dieu use d’un grand support envers les pécheurs, il le fait pour les appeler à la repentance et que ceux qui abusent de ce support attirent sur eux les plus terribles effets de sa colère ;
III. Que Dieu rendra un jour à tous les hommes selon leurs œuvres, qu’il donnera la vie éternelle à ceux qui auront fait le bien avec persévérance, mais que l’affliction et le désespoir seront le partage des méchants ;
IV. Qu’au jour du jugement les hommes seront jugés selon le degré de connaissance qu’ils auront eu, que les païens le seront par la loi de la nature, mais que la punition de ceux qui auront péché contre la loi que Dieu a donnée dans sa parole sera beaucoup plus rigoureuse, par où nous pouvons voir à quoi doivent s’attendre les chrétiens qui pèchent contre les lumières de l’Évangile.
Enfin, St. Paul fait voir que c’était en vain que les Juifs se vantaient d’être plus éclairés que les païens et d’avoir la circoncision, il leur reproche de transgresser la loi de Dieu d’une manière encore plus criminelle et d’être cause que le nom de Dieu était blasphémé parmi les Gentils et il conclut de là que la circoncision et les autres privilèges dont ils jouissaient ne leur servaient de rien et qu’ils seraient traités comme s’ils étaient païens et incirconcis.
Ce que St. Paul dit avec tant de force sur ce sujet contre les Juifs nous enseigne qu’il ne faut pas se glorifier de connaître la volonté de Dieu, de vivre dans son alliance et d’en avoir les signes extérieurs à moins qu’on ne fasse cette volonté et que le vrai chrétien n’est pas celui qui ne l’est qu’en dehors, mais que celui-là seulement sera réputé chrétien qui l’est intérieurement et dans le cœur et qui est loué et approuvé, non par les hommes, mais par le Seigneur lui-même.
St. Paul fait voir trois choses dans ce chapitre : I. Que les Juifs avaient de grands avantages par-dessus les païens, que s’ils n’avaient pas cru en Jésus-Christ, cela n’empêchait pas que Dieu ne fût toujours fidèle dans ses promesses et qu’ils ne fussent punis avec justice et qu’au reste, quoique l’incrédulité des Juifs servît à manifester sa justice, la vérité et la bonté de Dieu, ils ne laisseraient pas d’être entièrement inexcusables. II. St. Paul prouve par des passages du Vieux Testament que les Juifs étaient coupables de la violation de la loi de Dieu et il remarque que ces passages ne regardaient que les Juifs. III. Il conclut de là que les Juifs n’avaient pu être justifié par la loi de Moïse et qu’ils ne pouvaient l’être, non plus que les païens, que par la foi en Jésus-Christ et il dit que cette doctrine, bien loin d’être opposée à la loi, l’établissait au contraire plus fortement.
1 Quelle est donc la prérogative du Juif, ou quelle est l’utilité de la circoncision ?
2 Elle est grande en toute manière, surtout en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés.
3 Car quoi ? Si quelques-uns d’entre eux n’ont pas cru, leur incrédulité anéantira-t-elle la fidélité de Dieu ?
4 A Dieu ne plaise ! Mais que Dieu soit reconnu véritable, et tout homme menteur, selon qu’il est écrit : Que tu sois trouvé juste dans tes paroles, et que tu gagnes ta cause lorsqu’on juge de toi.
5 Que si notre injustice fait paraître la justice de Dieu, que dirons-nous ? Dieu n’est-il pas injuste quand il punit ? Je parle comme les hommes.
6 Loin de nous cette pensée ! Si cela était, comment Dieu jugerait-il le monde ?
7 Mais, dira-t-on, si la vérité de Dieu reçoit une plus grande gloire par mon infidélité, pourquoi suis-je encore condamné comme pécheur ?
8 Et que ne faisons-nous du mal, afin qu’il en arrive du bien ? comme quelques-uns, qui nous calomnient, assurent que nous le disons ; gens dont la condamnation est juste.
9 Quoi donc ? sommes-nous préférables aux Gentils ? Nullement ; car nous avons déjà fait voir que tous les hommes, tant les Juifs que les Grecs, sont assujettis au péché,
10 selon qu’il est écrit : Il n’y a point de juste, non pas même un seul.
11 Il n’y a personne qui ait de l’intelligence ; il n’y en a point qui cherche Dieu.
12 Ils se sont tous égarés, ils se sont tous corrompus ; il n’y en a point qui fasse le bien, non pas même un seul.
13 Leur gosier est un sépulcre ouvert ; ils se sont servis de leurs langues pour tromper ; il y a un venin d’aspic sous leurs lèvres.
14 Leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume.
15 Ils ont les pieds légers pour répandre le sang.
16 La désolation et la ruine sont dans leurs voies.
17 Ils n’ont point connu le chemin de la paix.
18 La crainte de Dieu n’est point devant leurs yeux.
19 Or, nous savons que tout ce que la loi dit, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, afin que tous aient la bouche fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu.
20 C’est pourquoi personne ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi, car c’est la loi qui donne la connaissance du péché.
21 Mais maintenant, la justice de Dieu a été manifestée sans la loi, la loi et les prophètes lui rendant témoignage ;
22 la justice, dis-je, de Dieu, qui est par la foi en Jésus-Christ, en tous ceux et sur tous ceux qui croient ; car il n’y a point de distinction, puisque tous ont péché, et sont privés de la gloire de Dieu,
23 et qu’ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ,
24 que Dieu avait destiné pour être une victime propitiatoire par la foi en son sang, afin de faire paraître sa justice par le pardon des péchés commis auparavant, pendant le temps de la patience de Dieu ;
25 afin, dis-je, de faire paraître sa justice dans le temps présent, en sorte qu’on reconnaisse qu’il est juste, et qu’il justifie celui qui a la foi en Jésus.
26 Où est donc le sujet de se glorifier ? Il est exclu. Par quelle loi ? Est-ce par la loi des œuvres ? Non ; mais c’est par la loi de la foi.
27 Nous concluons donc que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi.
28 Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs ? Ne l’est-il pas aussi des Gentils ? Oui, il l’est aussi des Gentils ;
29 car il y a un seul Dieu, qui justifiera les circoncis par la foi, et les incirconcis aussi par la foi.
30 Anéantissons-nous donc la loi par la foi ? Dieu nous en garde ! Au contraire, nous établissons la loi.
REFLEXIONS
La doctrine que St. Paul enseigne dans tout ce chapitre et qu’il a dessein d’établir est que, puisque les Juifs étaient engagés dans le péché et dans la condamnation aussi bien que les païens, ils ne pouvaient prétendre être justifiés par la loi de Moïse et qu’il n’y avait pour les uns et pour les autres qu’une seule voie de justification, savoir la foi en Jésus-Christ qui a expié les péchés de tous les hommes.
Outre cette doctrine qui est capitale dans la religion chrétienne, ce chapitre contient ces trois instructions particulières.
La première, que comme les privilèges des Juifs ne leur servirent de rien à cause de leur incrédulité, les avantages que Dieu nous a accordés à nous, qui sommes chrétiens, nous deviendront inutiles si nous en abusons et ne nous garantirons point de son jugement.
La seconde que l’incrédulité et l’ingratitude des hommes n’empêchent pas que Dieu ne soit toujours juste quand il les punit, que même cette incrédulité sert à faire voir que Dieu est bon, juste et véritable, mais que cependant il ne faut pas croire que Dieu ne puisse condamner les pécheurs avec justice sous prétexte que le péché sert à la manifestation de sa gloire, puisque si cela arrive, ce n’est que par accident, le but et l’intention des pécheurs n’étant pas d’avancer cette gloire, mais seulement de satisfaire leurs passions. Ce que l’Apôtre dit sur ce sujet nous montre aussi qu’il ne faut jamais faire du mal, quand même il en pourrait arriver du bien.
Enfin, il paraît des derniers versets de ce chapitre que le dessein de Saint Paul, dans ce qu’il enseigne ici, n’a point été d’abolir la loi et de la rendre inutile et qu’on ne doit point en conclure qu’il soit permis aux chrétiens de la violer et de demeurer dans le péché, qu’au contraire la doctrine de la justification par la foi est dans le fond la même que celle de la loi et des prophètes et que bien loin que cette doctrine dispense les hommes des devoirs de la sainteté, elle les y porte très efficacement comme l’Apôtre le fait voir dans les chapitre suivants.
L’Apôtre prouve dans ce chapitre, par l’exemple du patriarche Abraham que les hommes sont justifiés par la foi et non par la circoncision ou par les œuvres de la loi de Moïse. Il remarque dans cette vue que la justification consiste dans le pardon des péchés et qu’Abraham fut justifié par la foi et qu’il reçut les promesses de Dieu longtemps avant qu’il fût circoncis.
Après quoi il représente quelle avait été la vertu et l’efficace de la foi d’Abraham et il conclut que tous ceux qui croient en Jésus-Christ, mort et ressuscité, seraient justifiés par la foi, comme Abraham l’avait été par la sienne.
1 Quel avantage dirons-nous donc qu’Abraham, notre père selon la chair, a obtenu ?
2 Car si Abraham a été justifié par les œuvres, il a sujet de se glorifier, mais non pas devant Dieu.
3 Car que dit l’Ecriture ? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice.
4 Or, la récompense qu’on donne à celui qui travaille est regardée, non comme une grâce, mais comme une chose qui lui est due.
5 Mais à l’égard de celui qui n’a point travaillé, mais qui croit en celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice.
6 C’est aussi de cette manière que David exprime le bonheur de l’homme à qui Dieu impute la justice sans les œuvres, quand il dit :
7 Heureux ceux dont les iniquités sont pardonnées, et dont les péchés sont couverts !
8 Heureux est l’homme à qui le Seigneur n’aura point imputé son péché !
9 Ce bonheur donc, est-il seulement pour ceux qui sont circoncis ? Ou est-il aussi pour les incirconcis ? car nous disons que la foi d’Abraham lui fut imputée à justice.
10 Mais quand lui a-t-elle été imputée ? Est-ce après qu’il a été circoncis, ou lorsqu’il ne l’était pas ? Ce n’a point été après qu’il eut reçu la circoncision, mais ç’a été avant qu’il l’eût reçue.
11 Puis il reçut le signe de la circoncision, comme un sceau de la justice qu’il avait obtenue par la foi, avant que d’être circoncis ; afin qu’il fût le père de tous ceux qui croient et qui ne sont pas circoncis, et que la justice leur fût aussi imputée ;
12 et afin qu’il fût aussi le père de ceux qui sont circoncis, savoir, de ceux qui ne sont point simplement circoncis, mais qui suivent les traces de la foi que notre père Abraham a eue avant que d’être circoncis.
13 En effet, la promesse d’avoir le monde pour héritage, n’a pas été faite à Abraham ou à sa postérité, par la loi, mais elle lui a été faite par la justice de la foi ;
14 car si ceux qui sont de la loi sont les héritiers, la foi est anéantie, et la promesse est vaine.
15 Car la loi produit la colère, parce qu’il n’y a point de transgression où il n’y a point de loi.
16 C’est donc par la foi que nous sommes héritiers, afin que ce soit par grâce, et afin que la promesse soit assurée à toute la postérité d’Abraham, non-seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui imite la foi d’Abraham, qui est père de nous tous ;
17 selon qu’il est écrit : Je t’ai établi pour être père de plusieurs nations ; qui est, dis-je, notre père devant Dieu, auquel il avait cru, et qui fait revivre les morts, et appelle les choses qui ne sont point, comme si elles étaient.
18 Et Abraham, espérant contre tout sujet d’espérer, crut qu’il deviendrait le père de plusieurs nations, selon ce qui lui avait été dit : Telle sera ta postérité.
19 Et comme il n’était pas faible dans la foi, il n’eut point d’égard à ce que son corps était déjà amorti, puisqu’il avait près de cent ans, ni à ce que Sara n’était plus en âge d’avoir des enfants ;
20 et il n’eut point de doute ni de défiance sur la promesse de Dieu, mais il fut fortifié par sa foi, et par là il donna gloire à Dieu,
21 Etant pleinement persuadé que celui qui le lui avait promis était aussi puissant pour l’accomplir.
22 C’est pourquoi aussi cela lui fut imputé à justice.
23 Or, ce n’est pas seulement pour lui qu’il est écrit que cela lui avait été imputé à justice,
24 mais c’est aussi pour nous, à qui il sera aussi imputé ; pour nous, dis-je, qui croyons en celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur,
25 lequel a été livré pour nos offenses, et qui est ressuscité pour notre justification.
REFLEXIONS
Saint Paul enseigne dans ce chapitre d’une manière tout-à-fait claire ce que c’est que la justification et comment on peut y avoir part.
Il montre premièrement que la justification et la béatitude de l’homme pécheur consiste dans le pardon des péchés que Dieu accorde aux hommes par un effet de sa miséricorde et il fait voir ensuite que cette grâce s’obtient par la foi en Jésus-Christ et non par les œuvres de la loi de Moïse. C’est ce qu’il prouve très clairement en remarquant qu’Abraham avait été justifié par la foi et que les promesses avaient été faites à sa postérité plusieurs années avant qu’il fût circoncis. D’où il suit évidemment que ce n’était pas la circoncision, mais que c’était la foi qui l’avait rendu agréable à Dieu, qu’ainsi la circoncision n’était pas nécessaire pour être sauvé et que tous ceux qui imiteraient la foi de ce patriarche seraient réputés les enfants de sa postérité et justifiés comme lui.
Mais la manière dont l’Apôtre parle de la foi d’Abraham et de ses effets prouve aussi invinciblement qu’il est impossible d’être justifié et d’obtenir le salut si l’on ne croit pas comme Abraham crut et si la foi en Dieu et en ses promesses n’est pas efficace et agissante pour nous porter à tout attendre de lui, à espérer fermement ce qu’il nous a promis et à lui obéir même dans les choses les plus difficiles comme le dit ce Saint patriarche. C’est là une doctrine très importante que tous les chrétiens doivent bien comprendre et bien retenir et qui doit servir de règle non seulement à leurs sentiments, mais aussi à leur conduite.
Ce chapitre a trois parties : I. St. Paul y décrit les fruits de la justification et les admirables effets que la foi et la persuasion de l’amour de Dieu produisent dans les fidèles, même au milieu des afflictions et des persécutions. II. Il représente la grandeur de cet amour que Dieu a témoigné aux hommes en donnant son fils à la mort pour eux. III. Il montre que Jésus-Christ est seul la source de tous ces précieux avantages. Dans cette vue il compare Jésus-Christ avec Adam et il fait voir que si Adam avait assujetti tous les hommes sans exception au péché et à la mort, même ceux qui avaient vécu avant Moïse et à qui Dieu n’avait pas donné une loi expresse et révélée comme à Adam. À plus forte raison doit-on croire que la miséricorde de Dieu se répandrait sur tous les hommes par Jésus-Christ. D’où St. Paul conclut que notre Seigneur est l’auteur du salut et de la vie pour tous ceux qui croient véritablement en lui.
1 Etant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu, par notre Seigneur Jésus-Christ,
2 qui nous a aussi fait avoir accès par la foi, à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu.
3 Et non-seulement cela, mais nous nous glorifions même dans les afflictions, sachant que l’affliction produit la patience,
4 et la patience produit l’épreuve, et l’épreuve produit l’espérance.
5 Or, l’espérance ne confond point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs, par le Saint-Esprit qui nous a été donné.
6 Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ est mort en son temps, pour nous qui étions des méchants.
7 Car, à peine arrive-t-il que quelqu’un voulût mourir pour un homme de bien ; mais encore pourrait-il être que quelqu’un se résoudrait à mourir pour un bienfaiteur.
8 Mais Dieu fait éclater son amour envers nous, en ce que, lorsque nous n’étions que pécheurs, Christ est mort pour nous.
9 Etant donc maintenant justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous garantis par lui de la colère de Dieu.
10 Car si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, combien plutôt, étant déjà réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie ?
11 Non-seulement cela ; mais nous nous glorifions même en Dieu, par notre Seigneur Jésus-Christ ; par lequel nous avons maintenant obtenu la réconciliation.
12 C’est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, de même aussi la mort est passée sur tous les hommes, parce que tous ont péché.
13 Car jusqu’à la loi le péché a été dans le monde ; or, le péché n’est point imputé, quand il n’y a point de loi.
14 Mais la mort a régné depuis Adam jusqu’à Moïse, même sur ceux qui n’avaient point péché par une transgression semblable à celle d'Adam, qui était la figure de celui qui devait venir.
15 Mais il n’en est pas du don de la grâce de Dieu, comme du péché. Car, si par le péché d’un seul plusieurs sont morts, combien plus la grâce de Dieu, et le don qu’il nous a fait en sa grâce d’un seul homme, qui est Jésus-Christ, se répandront-ils abondamment sur plusieurs.
16 Et il n’en est pas de ce don, comme de ce qui est arrivé par un seul homme qui a péché ; car le jugement de condamnation vient d’un seul péché ; mais le don de la grâce nous justifie de plusieurs péchés.
17 Car, si par le péché d’un seul homme la mort a régné par ce seul homme, combien plus ceux qui reçoivent l’abondance de la grâce et du don de la justice, régneront-ils dans la vie par un seul, savoir, par Jésus-Christ.
18 Comme donc c’est par un seul péché que la condamnation est venue sur tous les hommes, de même c’est par une seule justice que tous les hommes recevront la justification qui donne la vie.
19 Car, comme par la désobéissance d’un seul homme plusieurs ont été rendus pécheurs ; ainsi par l’obéissance d’un seul plusieurs seront rendus justes.
20 Or, la loi est survenue pour faire abonder le péché ; mais où le péché a abondé, la grâce y a surabondé ;
21 afin que comme le péché a régné pour donner la mort, ainsi la grâce régnât par la justice, pour donner la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur.
REFLEXIONS
Nous devons reconnaître par la lecture de ce chapitre :
I. Combien l’état des vrais fidèles est heureux, puisqu’étant justifiés par la foi, ils ont une persuasion si ferme et un sentiment si vif et si doux de l’amour de Dieu et qu’ils se réjouissent continuellement dans l’attente de la gloire du Ciel, même au milieu des plus grandes afflictions. II. Il faut bien méditer ce qui est dit ici de ce grand amour que Dieu a témoigné aux hommes pécheurs en livrant son fils à la mort pour eux et dont il est surtout animé en faveur de ceux qui sont reconciliés avec lui et qui croient sincèrement à l’Évangile. Nous trouvons dans cette considération de puissants motifs à la reconnaissance et elle est aussi très propre à remplir les fidèles de consolation et à les affermir dans l’amour de Dieu.
III. La comparaison que Saint Paul fait dans ce chapitre entre Adam et Jésus-Christ tend à montrer que notre Seigneur est venu délivrer les hommes du péché et de la mort à laquelle ils étaient tous sujet par la chute d’Adam. Cela doit nous faire regarder Jésus-Christ comme celui en qui nous trouvons la délivrance de tous nos maux et qui est l’auteur et la source de la vie spirituelle et de la vie éternelle pour tous ceux qui croient en lui et qui lui obéissent.
Mais nous devons reconnaître par cela même qu’il n’y a que ceux qui ont part à la justice et à la vie de Jésus-Christ qui puissent obtenir le salut et que ceux qui ne reçoivent pas ce grand sauveur par une véritable foi et qui imitent Adam dans sa désobéissance demeurent dans la condamnation et dans la mort.
Le dessein de Saint Paul dans ce chapitre est de montrer qu’en enseignant, comme il venait de faire, que les hommes sont justifiés par la foi en Jésus-Christ et que la grâce de Dieu avait abondé, même sur les plus grands pécheurs, cette doctrine n’autorisait en aucune façon les chrétiens à demeurer dans le péché, mais qu’au contraire elle les en retirait puissamment et que le baptême les engageait à vivre dans la sainteté.
Il fait voir dans la même vue que tant s’en faut qu’il nous soit permis de pécher parce que nous ne sommes plus sous la loi mais que nous sommes sous la grâce, la grâce nous retire de la servitude et de l’esclavage du péché pour nous rendre esclave de Dieu, c’est-à-dire pour nous consacrer entièrement à son service.
1 Que dirons-nous donc ? Demeurerons-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ?
2 Dieu nous en garde ! car nous qui sommes morts au péché, comment y vivrions-nous encore ?
3 Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort ?
4 Nous sommes donc ensevelis avec lui en sa mort, par le baptême, afin que comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous aussi marchions dans une vie nouvelle.
5 Car, si nous avons été faits une même plante avec lui, par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection ;
6 sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, et que nous ne fussions plus asservis au péché.
7 Car celui qui est mort, est affranchi du péché.
8 Or, si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui,
9 Sachant que Christ, étant ressuscité des morts, ne meurt plus, et que la mort n’a plus de pouvoir sur lui.
10 Car s’il est mort, il est mort une seule fois pour le péché ; mais maintenant qu’il est vivant, il est vivant pour Dieu.
11 Vous aussi, mettez-vous bien dans l’esprit que vous êtes morts au péché, et que vous vivez à Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur.
12 Que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel, pour lui obéir en ses convoitises ;
13 et ne livrez point vos membres au péché, pour servir d’instruments d’iniquité ; mais donnez-vous à Dieu, comme étant devenus vivants, de morts que vous étiez, et consacrez vos membres à Dieu, pour être des instruments de justice.
14 Car le péché n’aura point de domination sur vous, parce que vous n’êtes point sous la loi, mais sous la grâce.
15 Quoi donc, pécherons-nous, parce que nous ne sommes point sous la loi, mais sous la grâce ? Dieu nous en garde !
16 Ne savez-vous pas bien que quand vous vous rendez esclaves de quelqu’un pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l’obéissance pour la justice ?
17 Mais grâces à Dieu, de ce que, après avoir été esclaves du péché, vous avez obéi de tout votre cœur, en vous conformant à la doctrine qui vous a été donnée pour règle.
18 Ayant donc été affranchis du péché, vous êtes devenus les esclaves de la justice.
19 Je parle suivant l’usage des hommes, pour m’accommoder à votre faiblesse. Comme donc vous avez livré vos membres pour servir à l’impureté et à l’injustice, et pour commettre l’iniquité, donnez aussi maintenant vos membres pour servir à la justice dans la sainteté.
20 Car, lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice.
21 Quel fruit tiriez-vous donc alors des choses dont vous avez honte présentement ? Car leur fin est la mort.
22 Mais ayant été maintenant affranchis du péché, et étant devenus esclaves de Dieu, vous avez pour votre fruit la sanctification, et pour fin la vie éternelle ;
23 car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don de Dieu, c’est la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur.
REFLEXIONS
La doctrine qui est contenue dans ce chapitre doit être bien considérée. Elle revient à ceci :
I. Que nous ne devons pas croire que parce que la grâce de Jésus-Christ s’est répandue sur les hommes qui étaient engagés dans une grande corruption, il nous soit permis de vivre dans le péché ;
II. Que, bien loin de là, le baptême que nous avons reçu et la foi en Jésus-Christ mort et ressuscité nous obligent de la manière la plus forte à renoncer au péché et à mener une vie spirituelle et semblable à celle de notre Seigneur ;
III. Que ce serait une chose bien indigne de notre vocation et de notre état de chrétien si le péché régnait en nous et si nous nous laissions entraîner par les désirs déréglés de la chair, mais que nous devons plutôt nous attacher à Dieu, ne vivre que pour lui et employer nos corps et nos âmes à sa gloire et à son service. ;
IV. Que c’est abuser de la doctrine de la grâce et faire un grand outrage à Jésus-Christ et à l’Évangile de s’imaginer que l’on peut pécher sans rien craindre sous prétexte que nous ne sommes plus sous la loi, mais que nous sommes sous la grâce, qu’au contraire l’effet que la grâce doit produire et le but pour lequel elle nous a été donnée est de nous affranchir de l’esclavage honteux du péché pour nous soumettre et nous assujettir entièrement à Dieu et à la justice et nous faire porter les fruits de la sainteté afin que nous obtenions la vie éternelle.
Ce sont là des vérités tout à fait importantes et ce chapitre où elles sont contenues doit être lu et médité avec un soin particulier.
L’Apôtre, avait enseigné dans le chapitre qui précédé que quoi que les chrétiens ne soient plus sous la loi, mais qu’ils sont sous la grâce, il ne leur est en aucune façon permis de vivre dans le péché, il confirme encore cette doctrine dans ce chapitre. Il y fait voir : I. Que comme une femme a la liberté de se remarier après la mort de son mari, les chrétiens avaient pu quitter la loi de Moïse pour s’attacher à l’Évangile et qu’ils n’avaient été affranchis de la loi que pour être assujettis à Jésus-Christ qui les appelle et qui les forme à la vraie sainteté. II. Il montre ensuite que ce changement leur était très avantageux, puisque par ce moyen ils étaient en état de porter des fruits de justice et de servir Dieu dans un esprit nouveau. Pour mieux expliquer sa pensée, il dit que la loi était sainte et bonne en elle-même, qu’elle n’était point la cause du péché, mais qu’elle n’avait pas la même efficace que l’Évangile a pour sanctifier les hommes et pour les affranchir de leur corruption. C’est dans ce dessein que l’apôtre représente en sa personne l’état d’un homme qui vit sous la loi et qui est assujetti au péché et à la mort et qu’il rend grâce à Dieu de ce qu’il a été délivré de cet état-là par Jésus-Christ notre Seigneur.
1 Ne savez-vous pas, mes frères (car je parle à des personnes qui connaissent la loi), que la loi n’a de pouvoir sur l’homme que pendant qu’il est en vie ?
2 Car une femme qui est sous la puissance d’un mari, est liée par la loi à son mari, tant qu’il est vivant ; mais si le mari meurt, elle est dégagée de la loi qui la liait à son mari.
3 Si donc, durant la vie de son mari, elle épouse un autre homme, elle sera appelée adultère ; mais si son mari meurt, elle est affranchie de cette loi, en sorte qu’alors elle n’est point adultère, si elle épouse un autre mari.
4 Ainsi, mes frères, vous êtes aussi morts à l’égard de la loi, par le corps de Christ, pour être à un autre, savoir, à celui qui est ressuscité des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu.
5 Car quand nous étions dans la chair, les passions des péchés qui s’excitent par la loi, agissaient dans nos membres et produisaient des fruits pour la mort.
6 Mais maintenant, nous sommes délivrés de la loi, étant morts à celle sous laquelle nous étions retenus, afin que nous servions Dieu dans un esprit nouveau, et non point selon la lettre, qui a vieilli.
7 Que dirons-nous donc ? La loi est-elle la cause du péché ? Dieu nous en garde ! Au contraire, je n’ai connu le péché que par la loi ; car je n’eusse point connu la convoitise, si la loi n’eût dit : Tu ne convoiteras point.
8 Mais le péché, ayant pris occasion du commandement, a produit en moi toute sorte de convoitise ; car sans la loi le péché est mort.
9 Car autrefois que j’étais sans loi, je vivais ; mais quand le commandement est venu, le péché a repris la vie,
10 et moi, je suis mort ; de sorte qu’il s’est trouvé que le commandement, qui m’était donné pour avoir la vie, m’a donné la mort.
11 Car le péché, prenant occasion du commandement, m’a séduit, et m’a fait mourir par le commandement même.
12 La loi donc est sainte, et le commandement est saint, juste et bon.
13 Ce qui est bon m’a-t-il donc donné la mort ? Nullement ; mais le péché, pour paraître péché, m’a causé la mort par une chose qui était bonne, en sorte que le péché a pris de nouvelles forces par le commandement.
14 Car nous savons que la loi est spirituelle ; mais je suis charnel, vendu au péché.
15 Car je n’approuve point ce que je fais, parce que je ne fais point ce que je voudrais faire, mais je fais ce que je hais.
16 Or, si je fais ce que je ne voudrais pas faire, je reconnais par-là que la loi est bonne.
17 Ce n’est donc plus moi qui le fais, mais c’est le péché qui habite en moi.
18 Car je sais que le bien n’habite point en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que j’ai bien la volonté de faire ce qui est bon ; mais je ne trouve pas le moyen de l’accomplir.
19 Car je ne fais pas le bien que je voudrais faire ; mais je fais le mal que je ne voudrais pas faire.
20 Que si je fais ce que je ne voudrais pas faire, ce n’est plus moi qui le fais, mais c’est le péché qui habite en moi.
21 Je trouve donc cette loi en moi : c’est que quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi.
22 Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur ;
23 mais je vois une autre loi dans mes membres, qui combat contre la loi de mon esprit, et qui me rend captif sous la loi du péché, qui est dans mes membres.
24 Misérable que je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort ?
25 Je rends grâces à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur. Je sers donc moi-même, de l’esprit, à la loi de Dieu, mais de la chair, à la loi du péché.
REFLEXIONS
C’est ici un chapitre qui doit être bien entendu et dont il ne faut pas abuser.
Le dessein de St. Paul est d’y enseigner que la doctrine de la grâce tend à sanctifier les hommes, comme il l’avait établi dans le chapitre précédent. Ainsi quand il parle d’un homme charnel vendu au péché en qui il n’y a aucun bien, qui est esclave de la loi du péché, qui ne fait pas le bien qu’il approuve et fait le mal qu’il désapprouve, il ne faut pas croire qu’il ait voulu parler d’un homme régénéré et d’un chrétien en qui l’esprit de Jésus-Christ habite. Car l’Apôtre dit dans ce même chapitre que les chrétiens sont délivrés de cet état de péché et de condamnation afin qu’ils portent des fruits pour Dieu et qu’ils le servent dans un esprit nouveau et il enseigne dans le chapitre suivant que les fidèles ne sont plus sous l’esclavage de la chair et du péché et qu’ils ont été affranchis par Jésus-Christ notre Seigneur.
Mais Saint Paul a voulu représenter en sa personne, par une manière de parler figurée et qui lui est ordinaire, l’état d’un homme qui est sous la loi et qui, n’ayant pas la foi et l’esprit de Jésus-Christ, est esclave de ses passions. La doctrine de l’Apôtre revient donc à ceci que la loi n’avait pas la même vertu que l’Évangile a pour délivrer les hommes de leur corruption et pour les sanctifier, d’où il suit que bien loin que la doctrine de la justification par la foi leur donne la liberté de pécher, elle tend à les rendre saints et à les délivrer de la servitude des passions et qu’ainsi ceux qui sont encore engagés dans cette servitude et en qui les désirs de la chair règnent n’ont pas une véritable foi et n’appartiennent point à Jésus-Christ.
St. Paul continue à montrer que les chrétiens ne sont plus assujettis à la condamnation et au péché comme ceux qui sont sous la loi et qu’ils se conduisent non par les mouvements de la chair, mais par ceux de l’esprit de Dieu. Et de là il conclut que les fidèles étaient dans une obligation indispensable de renoncer aux désirs de la chair et de vivre selon l’esprit comme étant des enfants de Dieu et les héritiers de son royaume.
Et parce qu’on aurait pu croire que les chrétiens n’étaient pas réconciliés avec Dieu puisqu’ils étaient exposés aux persécutions, l’Apôtre fait voir que ces persécutions n’empêchent pas qu’ils n’eussent part à l’amour de Dieu. C’est ce qu’il exprime en disant que toutes les créatures, c’est-à-dire les fidèles, souffraient de grands maux mais qu’ils attendaient cependant avec une ferme espérance la manifestation de la gloire des enfants de Dieu.
Saint Paul ajoute que Dieu les soutenait par son esprit dans leurs souffrances, qu’il exauçait leurs prières et que les afflictions, bien loin de leur nuire, contribuaient à leur bonheur, Dieu ayant arrêté que les fidèles parviendraient à la gloire par les souffrances comme Jésus-Christ.
De tout cela, l’Apôtre il conclut que le bonheur des élus de Dieu est assuré et que, Dieu leur ayant donné son propre fils qui est mort et ressuscité, et qui intercède pour eux dans le Ciel, il n’y a aucune créature, ni aucuns maux qui puissent les empêcher de parvenir à la félicité éternelle.
1 Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui marchent, non selon la chair, mais selon l’esprit ;
2 parce que la loi de l’esprit de vie qui est en Jésus-Christ, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort.
3 Car ce qui était impossible à la loi, à cause qu’elle était faible dans la chair, Dieu l’a fait, en envoyant son propre Fils dans une chair semblable à celle des hommes pécheurs, et pour le péché, et il a condamné le péché dans la chair ;
4 afin que la justice de la loi fût accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l’esprit.
5 Car ceux qui sont conduits par la chair, s’affectionnent aux choses de la chair ; mais ceux qui sont conduits par l’esprit, s’affectionnent aux choses de l’esprit.
6 Car l’affection de la chair donne la mort ; mais l’affection de l’esprit produit la vie et la paix ;
7 parce que l’affection de la chair est ennemie de Dieu ; car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu ; et aussi elle ne le peut.
8 C’est pourquoi ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu.
9 Or, vous n’êtes point dans la chair, mais vous êtes dans l’esprit, s’il est vrai que l’Esprit de Dieu habite en vous ; mais si quelqu’un n’a point l’Esprit de Christ, il n’est point à lui.
10 Et si Christ est en vous, le corps est bien mort à cause du péché, mais l’Esprit est vivant à cause de la justice.
11 Si donc l’esprit de celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts, habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous.
12 Ainsi, mes frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair.
13 Car, si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l’Esprit vous mortifiez les œuvres du corps, vous vivrez.
14 Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, sont enfants de Dieu.
15 Ainsi vous n’avez point reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu l’Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba, c’est-à-dire, Père.
16 C’est ce même Esprit qui rend témoignage à notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu.
17 Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers, dis-je, de Dieu, et cohéritiers de Christ ; si toutefois nous souffrons avec lui, afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui.
18 Car j’estime qu’il n’y a point de proportion entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir, qui doit être manifestée en nous.
19 Aussi les créatures attendent-elles, avec un ardent désir, que les enfants de Dieu soient manifestés ;
20 car ce n’est pas volontairement que les créatures sont assujetties à la vanité, mais c’est à cause de celui qui les y a assujetties.
21 Et elles espèrent qu’elles seront aussi délivrées de la servitude de la corruption, pour être dans la liberté glorieuse des enfants de Dieu.
22 Car nous savons que toutes les créatures ensemble soupirent, et sont comme en travail jusqu’à maintenant ;
23 et non-seulement elles, mais nous aussi, qui avons reçu les prémices de l’Esprit, nous-mêmes, nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, savoir, la rédemption de notre corps.
24 Car nous ne sommes sauvés qu’en espérance. Or, quand on voit ce qu’on avait espéré, ce n’est plus espérance ; car comment espérerait-on ce qu’on voit ?
25 Mais si nous espérons ce que nous ne voyons point, c’est que nous l’attendons avec patience.
26 Et même aussi l’Esprit nous soulage dans nos faiblesses ; car nous ne savons pas ce que nous devons demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous par des soupirs qui ne se peuvent exprimer.
27 Mais celui qui sonde les cœurs, connaît quelle est l’affection de l’Esprit, lorsqu’il prie pour les saints, selon la volonté de Dieu.
28 Or, nous savons que toutes choses concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu, savoir, à ceux qui sont appelés, selon le dessein qu’il en avait formé.
29 Car ceux qu’il avait auparavant connus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils ; afin qu’il soit le premier-né entre plusieurs frères ;
30 et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.
31 Que dirons-nous donc à tout cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il point aussi toutes choses avec lui ?
33 Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu est celui qui les justifie.
34 Qui condamnera ? Christ est celui qui est mort, et qui, de plus, est ressuscité, qui est assis à la droite de Dieu, et qui intercède même pour nous.
35 Qui nous séparera de l’amour de Christ ? Sera-ce l’affliction, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l’épée ?
36 Selon qu’il est écrit : Nous sommes livrés à la mort tous les jours à cause de toi, et on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie.
37 Au contraire, dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs, par celui qui nous a aimés.
38 Car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses à venir,
39 Ni les choses élevées, ni les choses basses, ni aucune autre créature, ne nous pourra séparer de l’amour que Dieu nous a montré en Jésus-Christ notre Seigneur.
REFLEXIONS
Les instructions que la première partie de ce chapitre nous donne sont :
I. Que l’état des vrais fidèles est très heureux puisqu’il n’y a plus de condamnation pour eux et qu’ils sont affranchis du péché et de la mort par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ et par l’efficace de son esprit ;
II. Que la vraie et la plus sûre marque à laquelle on reconnait ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, c’est qu’ils ne vivent pas selon la chair, mais qu’ils en mortifient les désirs, qu’ils sont affectionnés aux choses spirituelles et qu’ils suivent les mouvements de l’esprit de Dieu dans toute leur conduite ;
III. Qu’ainsi les chrétiens doivent s’étudier à une vie sainte, que ceux qui vivent dans le péché n’ont point l’esprit de Jésus-Christ, qu’ils ne peuvent plaire à Dieu et qu’ils demeurent engagés dans la mort, mais que ceux qui travaillent à mortifier les passions du corps ont part à la vie spirituelle et à l’héritage que Dieu réserve à tous ses enfants.
La seconde partie de ce chapitre nous enseigne
I. Que les afflictions et les maux de cette vie ne sont point à comparer avec la gloire céleste et que tant s’en faut que ces maux empêchent le bonheur des enfants de Dieu, qu’au contraire ils y contribuent et qu’en général toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu ;
II. Que les fidèles et ceux que Dieu aime le plus soupirent et gémissent en attendant cette grande gloire qui leur est destinée, qu’ils passent même quelquefois par de grandes épreuves, mais que cependant Dieu les soutient et les console dans leurs combats par son esprit et qu’il se sert des afflictions mêmes pour les conduire à la gloire et pour les rendre conforme à Jésus-Christ.
III. L’Apôtre nous assure que Dieu glorifiera infailliblement tous ses élus, que ,leur ayant donné son fils, il n’est pas possible qu’il ne leur accorde tout ce qui leur est nécessaire, que la mort de Jésus-Christ, sa résurrection, son entrée dans le Ciel et son intercession les remplissent d’une ferme confiance au milieu des plus grands maux et qu’il n’y a aucune créature, ni dans le ciel, ni sur la terre qui puisse les séparer de l’amour de Dieu.
Ces considérations sont très propres pour soutenir et pour consoler les fidèles dans leurs afflictions, pour les remplir de joie et d’espérance et pour les affermir de plus en plus dans l’amour de Dieu et dans la piété.
L’Apôtre ayant enseigné que les païens avaient part à la grâce de Dieu aussi bien que les Juifs, répond à ce qu’on aurait pu lui opposer qu’il s’ensuivait de sa doctrine que les Juifs, qui étaient le peuple que Dieu avait élu, étaient exclus de ses promesses et que les Gentils, qui ne descendaient pas d’Abraham, étaient devenus le peuple de Dieu. Il déclare sur cela :
I. Qu’il aimait tendrement les Juifs jusque-là qu’il voudrait se dévouer à la mort et être traité comme le dernier des hommes si cela pouvait contribuer à leur salut.
II. Il montre après cela que tous ceux qui descendent d’Abraham ne sont pas regardés comme sa postérité, ni compris dans l’alliance divine. C’est ce qu’il fait voir par l’exemple d’Isaac que Dieu choisi plutôt qu’Ismaël qui était aussi fils d’Abraham et par l’exemple de Jacob qui fut choisi préférablement à Ésaü, quoique tous deux eussent le même père et la même mère et qu’ils fussent jumeaux.
Saint Paul établit ensuite que Dieu peut recevoir dans son alliance et élire pour le salut ceux qu’il trouve à propos et que les hommes n’ont aucun sujet de s’en plaindre puisqu’il est libre dans la distribution de ses grâces et qu’il ne fait rien, même à l’égard des méchants, qu’avec justice et avec bonté, usant d’un grand support envers eux et ne les rejetant qu’à cause de leur endurcissement.
Enfin, il conclut de tout ce qu’il avait dit que Dieu avait pu appeler les païens au salut, ce qu’il confirme dans les oracles des prophètes qui avaient clairement prédit la vocation des Gentils et la réjection des Juifs.
1 Je dis la vérité en Christ, je ne mens point, et ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit,
2 que j’ai une grande tristesse, et un continuel tourment dans le cœur.
3 Car je désirerais moi-même d’être anathème à cause de Jésus-Christ, pour mes frères, qui sont mes parents selon la chair ;
4 qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, l’établissement de la loi, le service divin et les promesses ;
5 qui descendent des pères, et de qui est sorti, selon la chair, Christ, qui est Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement. Amen.
6 Cependant il n’est pas possible que la parole de Dieu soit anéantie ; car tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas pour cela d’Israël ;
7 et pour être la postérité d’Abraham, ils ne sont pas tous ses enfants ; mais il est dit : C’est en Isaac que ta postérité sera appelée de ton nom ;
8 c’est-à-dire, que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu ; mais que ce sont les enfants de la promesse qui sont réputés être la postérité d’Abraham.
9 Car, voici les termes de la promesse : Je reviendrai en cette même saison, et Sara aura un fils.
10 Et non-seulement cela ; mais la même chose arriva aussi à Rébecca, quand elle eut conçu en une fois deux enfants d’Isaac, notre père.
11 Car, avant que les enfants fussent nés, et qu’ils eussent fait ni bien ni mal, afin que ce que Dieu avait arrêté par le choix qu’il avait fait, demeurât ferme ;
12 non à cause des œuvres, mais par la volonté de celui qui appelle, il lui fut dit : L’aîné sera assujetti au plus jeune.
13 C’est ainsi qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Esaü.
14 Que dirons-nous donc ? Y a-t-il de l’injustice en Dieu ? Nullement.
15 Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à celui à qui je ferai miséricorde ; et j’aurai pitié de celui de qui j’aurai pitié.
16 Cela ne vient donc point ni de celui qui veut, ni de celui qui court ; mais de Dieu qui fait miséricorde.
17 Car l’Ecriture dit, touchant Pharaon : C’est pour cela que je t’ai fait subsister, afin de faire voir en toi ma puissance, et afin que mon nom soit célébré par toute la terre.
18 Il fait donc miséricorde à qui il veut, et il endurcit celui qu’il veut.
19 Mais tu me diras : Pourquoi se plaint-il encore ? Car qui est-ce qui peut résister à sa volonté ?
20 Mais plutôt, toi, homme, qui es-tu, pour contester avec Dieu ? Le vase d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé : Pourquoi m’as-tu fait ainsi ?
21 Un potier n’a-t-il pas le pouvoir de faire, d’une même masse de terre, un vaisseau pour des usages honorables, et un autre vaisseau pour des usages vils ?
22 Et qu’y a-t-il à dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience les vaisseaux de colère, disposés à la perdition ?
23 Et pour faire connaître les richesses de sa gloire dans les vaisseaux de miséricorde, qu’il a préparés pour la gloire,
24 et qu’il a aussi appelés, savoir, nous, non-seulement d’entre les Juifs, mais aussi d’entre les Gentils,
25 Selon qu’il le dit en Osée : J’appellerai mon peuple, celui qui n’était point mon peuple, et la bien-aimée, celle qui n’était point la bien-aimée ;
26 et il arrivera que dans le lieu où il leur avait été dit : Vous n’êtes point mon peuple, là même ils seront appelés les enfants du Dieu vivant.
27 Aussi Esaïe s’écrie-t-il à l’égard d’Israël : Quand le nombre des enfants d’Israël égalerait le sable de la mer, il n’y en aura qu’un petit reste de sauvé.
28 Car le Seigneur va achever et décider la chose avec justice ; le Seigneur va faire une grande diminution sur la terre.
29 Et comme Esaïe avait dit auparavant : Si le Seigneur des armées ne nous eût laissé quelque reste de notre race, nous serions devenus comme Sodome, et nous aurions été semblables à Gomorrhe.
30 Que dirons-nous donc ? C’est que les Gentils, qui ne cherchaient point la justice, sont parvenus à la justice, je dis la justice qui est par la foi ;
31 et qu’Israël, qui cherchait la loi de la justice, n’est point parvenu à la loi de la justice.
32 Pourquoi ? Parce qu’ils ne l’ont point cherchée par la foi, mais par les œuvres de la loi ; car ils ont heurté contre la pierre d’achoppement ;
33 selon qu’il est écrit : Voici, je mets en Sion la pierre d’achoppement et la pierre de scandale ; mais quiconque croira en lui, ne sera point confus.
REFLEXIONS
L’abrégé et la substance de ce chapitre est que Dieu, qui est le maître de toutes choses et avec cela parfaitement juste et souverainement bon, peut faire part de ses grâces à ceux qu’il trouve à propos, sans que les hommes aient aucun sujet de s’en plaindre et qu’ainsi il a pu destiner le salut aux païens aussi bien qu’aux Juifs et même rejeter justement les Juifs incrédules comme les prophètes l’avaient expressément prédit.
Cette doctrine nous engage à louer la miséricorde du Seigneur qui a bien voulu nous appeler à son alliance, nous qui étions païens d’origine, et à reconnaître que si nous sommes élus pour le salut, c’est à la seule grâce de Dieu que nous en sommes redevables.
Nous devons considérer après cela que, comme tous ceux qui descendaient d’Abraham n’avaient pas part aux promesses de Dieu et que même les Juifs à qui ces promesses avaient été faites furent rejetés, nonobstant les privilèges de leur vocation pour n’avoir pas cru en Jésus-Christ, aussi les avantages de l’alliance divine ne nous serviront de rien si nous ne répondons pas à la bonté du Seigneur envers nous et si nous nous excluons nous-mêmes du salut par notre ingratitude et par notre incrédulité.
I. Saint Paul continue à parler de la réjection des Juifs et de la vocation des Gentils. Il fait paraître une tendre affection pour les Juifs, il leur rend même témoignage qu’ils avaient la plupart du zèle pour Dieu, mais il dit qu’ils avaient rejeté l’Évangile parce qu’ils cherchaient leur justice dans la loi de Moïse, ne comprenant pas que la loi les conduisait à Jésus-Christ.
II. Il fait voir ensuite par les paroles de Moïse que la foi est un moyen beaucoup plus facile d’être justifié devant Dieu que la loi ne l’était et que ce moyen d’obtenir le salut consiste à croire de cœur en Jésus-Christ et à faire une profession publique de sa doctrine.
III. Il dit que ce salut était offert à tous les hommes par la prédication de l’Évangile et il prouve par les prophètes et en particulier par les oracles de Moïse et d’Ésaïe que les païens devaient être appelés et que les Juifs devaient être rejetés à cause de leur endurcissement et de leur incrédulité.
1 Mes frères, le souhait de mon cœur, et la prière que je fais à Dieu pour les Israélites, c’est qu’ils soient sauvés.
2 Car je leur rends ce témoignage, qu’ils ont du zèle pour Dieu ; mais ce zèle est sans connaissance ;
3 parce que, ne connaissant point la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne sont point soumis à la justice de Dieu.
4 Car Christ est la fin de la loi, pour justifier tous ceux qui croient.
5 En effet, Moïse décrit la justice qui est par la loi, en disant, que l’homme qui fera ces choses vivra par elles.
6 Mais la justice qui est par la foi parle ainsi : Ne dis point en ton cœur : Qui montera au ciel ? C’est vouloir en faire descendre Christ ;
7 ou, qui descendra dans l’abîme ? C’est rappeler Christ d’entre les morts.
8 Mais que dit-elle ? La parole est proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. C’est là la parole de la foi que nous prêchons ;
9 car, si tu confesses le Seigneur Jésus de ta bouche, et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé ;
10 parce qu’on croit du cœur, pour obtenir la justice, et que l’on fait confession de la bouche, pour obtenir le salut.
11 Car l’Ecriture dit : Quiconque croit en lui, ne sera point confus.
12 Ainsi il n’y a point de distinction entre le Juif et le Grec, parce qu’ils ont tous un même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l’invoquent.
13 Car quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé.
14 Mais comment invoqueront-ils celui auquel ils n’ont point cru ? Et comment croiront-ils en celui duquel ils n’ont point ouï parler ? Et comment en entendront-ils parler, s’il n’y a quelqu’un qui le leur prêche ?
15 Et comment le prêchera-t-on, s’il n’y en a pas qui soient envoyés ? selon ce qui est écrit : Que les pieds de ceux qui annoncent la paix sont beaux, de ceux, dis-je, qui annoncent de bonnes nouvelles !
16 Mais tous n’ont pas obéi à l’évangile ; car Esaïe dit : Seigneur, qui a cru à notre prédication ?
17 La foi vient donc de ce qu’on entend ; et ce qu’on entend, vient de la parole de Dieu.
18 Mais je demande, ne l’ont-ils point entendue ? Au contraire, la voix de ceux qui l’ont prêchée, est allée par toute la terre, et leurs paroles se sont fait entendre jusqu’aux extrémités du monde.
19 Je demande encore : Israël n’en a-t-il point eu de connaissance ? Moïse a dit le premier : Je vous provoquerai à la jalousie par un peuple qui n’est pas mon peuple ; je vous exciterai à l’indignation par une nation privée d’intelligence.
20 Et Esaïe parle encore plus hardiment, et dit : J’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient point, et je me suis manifesté clairement à ceux qui ne s’informaient point de moi.
21 Mais à l’égard d’Israël, il dit : J’ai tout le jour étendu mes mains vers un peuple rebelle et contredisant.
REFLEXIONS
Nous apprenons ici :
I. Qu’il n’y a point de moyen de parvenir au salut que celui qui nous est présenté en Jésus-Christ et que ceux qui cherchent d’autres moyens que celui-là ne sauraient être sauvés ;
II. Que la voie que l’Évangile prescrit pour être justifié n’a rien qui soit au-dessus de nos forces et qui ne soit même très facile et qu’ainsi nous sommes inexcusables si nous ne prévalons pas d’un si précieux avantage.
III. Saint Paul nous apprend dans ce chapitre que tous ceux qui croient en Jésus-Christ du cœur et qui le confessent de leur bouche seront sauvés, ce qui fait voir qu’une foi sincère et une profession publique de l’Évangile sont d’une absolue nécessité pour le salut.
IV. L’Apôtre nous enseigne de plus que Dieu a voulu que sa grâce fût offerte à tous les hommes par l’Évangile, que la foi se produit par la prédication de la parole de Dieu et qu’afin que cette parole soit entendue, il faut qu’il y ait des personnes qui soient envoyées pour l’annoncer. Par là nous devons reconnaître la nécessité de la prédication de l’Évangile et le cas qu’on doit faire de la parole de Dieu et du ministère évangélique.
Enfin, nous voyons dans ce chapitre que la vocation des Gentils et l’incrédulité des Juifs avaient été formellement prédites.
Ce qu’il y a à considérer là-dessus, c’est :
- D’un côté que Dieu avait prévu et prédit longtemps à l’avance ce qui devait arriver un jour tant aux Juifs qu’aux païens, ce qui prouve d’une manière invincible qu’il y a une providence qui conduit toute chose et que la religion chrétienne est d’une origine céleste,
- D’un autre côté cela nous avertit que les chrétiens qui n’obéissent pas à l’Évangile et qui sont rebelles à la vocation divine seront privés du salut comme les Juifs le furent autrefois et que même la punition de ces chrétiens sera beaucoup plus.
Saint Paul, après avoir parlé de la réjection des Juifs demande si Dieu avait rejeté entièrement ce peuple qu’il avait choisi ? Il répond à cela deux choses.
L’une, que tous les Juifs n’étaient pas rejetés et que, comme du temps d’Élie, il y avait encore un grand nombre d’adorateur du vrai Dieu dans le royaume d’Israël, il y avait aussi plusieurs Juifs qui avaient cru en Jésus-Christ et qui croiraient encore, mais que le reste de cette nation était demeurée dans l’incrédulité selon les oracles des prophètes.
L’autre chose que Saint Paul répond, c’est que les Juifs n’étaient pas rejetés pour toujours, qu’ils ne l’étaient que pour un temps et que leur chute avait donné occasion à la vocation des païens, mais qu’un jour ils rentreraient dans l’alliance de Dieu.
Ensuite, l’Apôtre exhorte les Gentils à profiter de la bonté de Dieu envers eux et de sa sévérité envers les juifs, de peur que, s’ils s’élevaient par orgueil et s’ils devenaient incrédules, ils ne fussent aussi retranchés. C’est dans cette vue qu’il se sert de la comparaison de l’olivier sauvage qui aurait été enté sur un olivier franc, voulant marquer par cet olivier sauvage les Gentils et par l’olivier franc les Juifs.
Enfin, il prédit ouvertement la conversion des Juifs, il la prouve par les prophètes et il conclut cette matière en adorant la sagesse et la miséricorde de Dieu qui paraissent dans la conduite qu’il a tenu envers les païens et envers les Juifs et dans ce qui doit encore arriver aux uns et aux autres avant la fin du monde.
1 Je demande donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Nullement ; car je suis moi-même Israélite, de la postérité d’Abraham, de la tribu de Benjamin.
2 Dieu n’a point rejeté son peuple qu’il a connu auparavant. Ne savez-vous pas ce que l’Ecriture rapporte d’Elie, comme il fit à Dieu cette plainte contre Israël :
3 Seigneur, ils ont tué tes prophètes, et ils ont démoli tes autels ; et je suis demeuré seul, et ils cherchent à m’ôter la vie.
4 Mais qu’est-ce que Dieu lui répondit ? Je me suis réservé sept mille hommes, qui n’ont point fléchi le genou devant Bahal.
5 Il y en a donc aussi en ce temps qui ont été réservés, selon l’élection de la grâce.
6 Que si c’est par la grâce, ce n’est plus par les œuvres ; autrement, la grâce ne serait plus une grâce ; et si c’est par les œuvres, ce n’est plus par la grâce ; autrement, les œuvres ne seraient plus des œuvres.
7 Que dirons-nous donc ? C’est qu’Israël n’a point obtenu ce qu’il cherchait, mais les élus l’ont obtenu, et les autres ont été endurcis ;
8 selon qu’il est écrit : Dieu leur a donné un esprit d’étourdissement ; des yeux pour ne point voir, et des oreilles pour ne point entendre jusqu’à ce jour.
9 Et David dit : Que leur table leur devienne un filet et un piège ; qu’elle les fasse tomber ; et cela pour leur rétribution ;
10 que leurs yeux soient obscurcis pour ne point voir ; et fais que leur dos soit continuellement courbé.
11 Je demande donc : Ont-ils tellement bronché qu’ils soient tombés pour toujours ? A Dieu ne plaise ! Mais le salut a été annoncé aux Gentils par leur chute, afin de les exciter à la jalousie.
12 Or, si leur chute a fait la richesse du monde, et leur réduction à un petit nombre, la richesse des Gentils, que ne fera pas la conversion de ce peuple entier ?
13 Car c’est à vous, Gentils, que je parle, parce qu’étant l’apôtre des Gentils, je rends mon ministère glorieux,
14 pour donner, si je puis, de l’émulation à ceux qui sont de mon sang, et pour en sauver quelques-uns.
15 Car, si leur réjection est la réconciliation du monde, que sera leur rappel, sinon une résurrection d’entre les morts ?
16 Or, si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi ; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi.
17 Que si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui étais un olivier sauvage, as été enté en leur place, et as été fait participant de la racine et du suc de l’olivier,
18 Ne t’élève pas contre les branches ; que si tu t’élèves, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte.
19 Tu diras : Les branches ont été retranchées, afin que j’y fusse enté.
20 Cela est vrai ; elles ont été retranchées à cause de leur incrédulité ; et toi, tu subsistes par la foi ; ne t’élève point par orgueil, mais crains.
21 Car si Dieu n’a point épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas non plus.
22 Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu ; sa sévérité à l’égard de ceux qui sont tombés, et sa bonté envers toi, pourvu que tu persévères dans cette bonté ; autrement, tu seras aussi retranché.
23 Et quant à ceux-là, s’ils ne persévèrent pas dans leur incrédulité, ils seront encore entés ; car Dieu a le pouvoir de les enter de nouveau.
24 Car, si tu as été coupé de l’olivier qui, de sa nature, était sauvage, et si, contre l’ordre de la nature, tu as été enté sur l’olivier franc ; combien plutôt les branches naturelles seront-elles entées sur leur propre olivier ?
25 Car, mes frères, je ne veux pas que vous ignoriez ce mystère, de peur que vous ne présumiez de vous-mêmes ; c’est que, si une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, ce n’est que jusqu’à ce que toute la multitude des Gentils soit entrée dans l’Eglise ;
26 et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : Le libérateur viendra, de Sion, et il éloignera de Jacob toute impiété.
27 Et c’est là l’alliance que je ferai avec eux, lorsque j’effacerai leurs péchés.
28 Il est vrai qu’ils sont encore ennemis par rapport à l’évangile, à cause de vous ; mais à l’égard de l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères ;
29 car les dons et la vocation de Dieu sont irrévocables.
30 Et comme vous avez été autrefois rebelles à Dieu, et que maintenant vous avez obtenu miséricorde par la rébellion de ceux-ci :
31 De même, ils ont été maintenant rebelles, afin qu’à l’occasion de la miséricorde qui vous a été faite, ils obtiennent aussi miséricorde.
32 Car Dieu les a tous renfermés dans la rébellion, pour faire miséricorde à tous.
33 O profondeur des richesses, et de la sagesse, et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables, et que ses voies sont incompréhensibles !
34 Car qui est-ce qui a connu la pensée du Seigneur, ou, qui a été son conseiller ?
35 Ou, qui lui a donné quelque chose le premier, et il lui sera rendu ?
36 Car toutes choses sont de lui, et par lui, et pour lui : à lui soit la gloire dans tous les siècles. Amen.
REFLEXIONS
La réflexion générale qu’il faut faire sur tout ce chapitre c’est que Dieu n’avait pas rejeté entièrement les Juifs, puisque le temps doit venir auquel cette nation se convertira toute entière. Cela prouve la vérité des promesses de Dieu et confirme bien fortement la vérité de la religion et de la divinité de l’Écriture Sainte.
À cette considération générale il faut ajouter ces quatre réflexions particulières.
I. La première que comme du temps des apôtres et du temps d’Élie il y avait eu des fidèles parmi les Juifs et les Israélites, Dieu a aussi toujours des élus, même au milieu de la plus grande corruption.
II. Saint Paul marque l’usage que nous devons faire de la doctrine qu’il a enseignée dans cette épitre touchant la réjection des Juifs et la vocation des Gentils, c’est qu’elle doit nous donner de la crainte, nous inspirer des sentiments d’humilité et de reconnaissance à nous qui descendons des Païens et nous engager à profiter de la bonté de Dieu et à persévérer dans la foi, de peur qu’il ne nous arrive de perdre le droit que nous avons à sa grâce et au salut. III. Ce chapitre contient une prédiction très remarquable qui nous apprend qu’un jour la nation des Juifs embrassera l’Évangile et que tous les autres peuples entreront dans l’église. La divinité de l’Écriture et l’accomplissement des autres prédictions des prophètes doivent nous persuader de la certitude de ce grand et heureux événement. On peut même voir que Dieu veut rappeler un jour la nation des Juifs et qu’il la réserve pour cela, puisque cette nation subsiste toujours, quoiqu’elle soit dispersée par tout le monde depuis tant de siècles.
Ainsi nous devons attendre avec foi et avec joie l’accomplissement de cette prédiction, prier pour la venue du règne de Dieu et pour la conversion des Juifs et avoir toujours pour ce peuple, que Dieu aime encore une tendre compassion et une vraie charité.
Enfin, quand nous considérons cette conduite de Dieu, tant envers les païens qu’envers les Juifs et comment il se propose de les réunir tous un jour dans son église, cela doit nous inciter à adorer les voies du Seigneur, à célébrer sa miséricorde et sa sagesse et à dire avec St. Paul : Ô profondeur des richesses de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables et ses voies incompréhensibles ! Toutes choses sont de lui, par lui et pour lui. À lui soit la gloire éternellement, amen !
Après que Saint Paul a montré que les Gentils avaient été appelés au salut par un effet de la grande miséricorde de Dieu, il parle dans le reste de cette épître des devoirs de la vie chrétienne et particulièrement de la charité et de la paix. Dans ce chapitre il fait trois choses : I. Il exhorte les fidèles à se consacrer au service de Dieu et à renoncer au monde. II. Il recommande aux chrétiens et surtout à ceux qui avaient quelque charge et quelque vocation dans l’église ou des dons qui les distinguaient des autres, d’exercer ces vocations et d’employer ces dons pour l’édification publique. III. Il les exhorte surtout à la charité, il marque les principaux devoirs de cette vertu tant par rapport à la conduite que les chrétiens devaient tenir entre eux que par rapport à la manière dont ils devaient en user envers ceux qui les persécutaient et qui ne les aimaient pas.
1 Je vous exhorte donc, mes frères, par les compassions de Dieu, que vous offriez vos corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu, ce qui est votre service raisonnable.
2 Et ne vous conformez point au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre esprit, afin que vous éprouviez que la volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite.
3 Or, j’avertis chacun de vous, par la grâce qui m’a été donnée, de n’avoir pas d’eux-mêmes une plus haute opinion qu’ils ne doivent, mais d’avoir des sentiments modestes, selon la mesure de la foi que Dieu a départie à chacun.
4 Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas une même fonction,
5 ainsi nous, quoique nous soyons plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ ; et nous sommes chacun en particulier les membres les uns des autres.
6 C’est pourquoi, puisque nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été donnée, que celui qui a le don de prophétie, l’exerce selon la mesure de la foi qu’il a reçue ;
7 que celui qui est appelé au ministère, s’attache à son ministère ; que celui qui a le don d’enseigner, s’applique à l’instruction ;
8 que celui qui est chargé d’exhorter, exhorte ; que celui qui distribue les aumônes, le fasse avec simplicité ; que celui qui préside, le fasse avec soin ; que celui qui exerce les œuvres de miséricorde, s’en acquitte avec joie.
9 Que la charité soit sincère. Ayez le mal en horreur, et attachez-vous fortement au bien.
10 Aimez-vous réciproquement d’une affection tendre et fraternelle ; prévenez-vous les uns les autres par honneur ;
11 ne soyez point paresseux à vous employer pour autrui. Soyez fervents d’esprit ; servez le Seigneur.
12 Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans l’affliction, persévérants dans la prière.
13 Prenez part aux nécessités des saints ; empressez-vous à exercer l’hospitalité.
14 Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez-les, et ne les maudissez point.
15 Soyez dans la joie avec ceux qui sont dans la joie, et pleurez avec ceux qui pleurent.
16 Ayez les mêmes sentiments entre vous ; n’aspirez point aux choses relevées, mais marchez avec les humbles ; ne présumez pas de vous-mêmes.
17 Ne rendez à personne le mal pour le mal ; attachez-vous aux choses honnêtes devant tous les hommes.
18 S’il se peut faire, et autant qu’il dépend de vous, ayez la paix avec tous les hommes.
19 Ne vous vengez point vous-mêmes, mes bien-aimés, mais donnez lieu à la colère ; car il est écrit : C’est à moi que la vengeance appartient ; je le rendrai, dit le Seigneur.
20 Si donc ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; car en faisant cela, tu lui amasseras des charbons de feu sur la tête.
21 Ne te laisse point surmonter par le mal ; mais surmonte le mal par le bien.
REFLEXIONS
Saint Paul, après avoir traité de la justification et de la vocation des Gentils, parle dans ce chapitre et dans les suivants, des devoirs de la morale chrétienne, nous apprend en général que le but de l’Évangile est la pratique de la sainteté et des bonnes œuvres et que c’est surtout l’effet que doit produire la doctrine de notre rédemption et la considération de la grande miséricorde que Dieu nous a témoignée en son fils.
Ce chapitre nous donne outre cela ces trois leçons :
I. La première que la vraie piété et le vrai service que Dieu demande de nous consiste à nous consacrer tout entier à lui, à renoncer au monde, à ne point nous conformer aux mondains dans leur manière de vivre et à être renouvelés dans notre esprit par une entière conformité à la volonté de Dieu.
II. La seconde, qu’étant tous membres du corps de Christ qui est l’église chrétienne, chacun de nous doit rapporter les dons qu’il a reçus à l’utilité de ses frères, c’est ce que doivent faire surtout ceux qui sont appelés à quelque emploi dans l’église, en s’en acquittant avec zèle et avec intégrité.
III. La troisième que la charité est le plus important de nos devoirs et qu’elle les renferme tous. L’Apôtre spécifie ici les principaux devoirs auxquels la charité engage les chrétiens.
C’est premièrement de s’aimer sincèrement les uns les autres, de se rendre mutuellement toutes sortes de bons offices, de prendre part aux biens et aux maux qui arrivent à leurs frères, de consoler et d’assister ceux qui sont dans la souffrance et de vivre entre eux dans un esprit de paix, d’union et d’humilité.
Après cela, la charité règle notre conduite à l’égard de ceux qui ne nous aiment pas ou qui nous font du mal. Elle nous oblige à les aimer, à les bénir, à tâcher d’avoir la paix avec eux, à nous abstenir de la vengeance et à rendre le bien pour le mal qu’on nous a fait.
Ce sont là les devoirs les plus essentiels de la religion que nous professons et nous ne sommes chrétiens qu’autant que nous nous attachons à les pratiquer.
Saint Paul parle dans ce chapitre :
I. Du devoir envers les puissances supérieures. II. De l’amour du prochain qui est l’abrégé de la loi de Dieu. III. Il montre que les chrétiens doivent vivre dans une grande sainteté et surtout dans la sobriété et dans la chasteté, puisque Dieu les a tirés des ténèbres de l’ignorance et qu’il les a éclairés de la lumière de l’Évangile.
1 Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures ; car il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu ; et les puissances qui subsistent ont été établies de Dieu.
2 C’est pourquoi, celui qui s’oppose à la puissance, s’oppose à l’ordre que Dieu a établi ; et ceux qui s’y opposent, attireront la condamnation sur eux-mêmes.
3 Car les princes ne sont pas à craindre lorsqu’on ne fait que de bonnes actions ; ils le sont seulement lorsqu’on en fait de mauvaises. Veux-tu donc ne point craindre les puissances ? Fais bien, et tu en seras loué.
4 Car le prince est le ministre de Dieu, pour ton bien ; mais si tu fais mal, crains, parce qu’il ne porte point l’épée en vain ; car il est ministre de Dieu, et vengeur pour punir celui qui fait mal.
5 C’est pourquoi il est nécessaire d’être soumis, non-seulement par la crainte de la punition, mais aussi à cause de la conscience.
6 C’est aussi pour cela que vous payez les tributs, parce qu’ils sont les ministres de Dieu, qui s’appliquent sans cesse à leur emploi.
7 Rendez donc à chacun ce qui lui est dû ; le tribut, à qui vous devez le tribut ; les impôts, à qui vous devez les impôts ; la crainte, à qui vous devez la crainte ; l’honneur, à qui vous devez l’honneur.
8 Ne soyez redevables à personne, si ce n’est de vous aimer les uns les autres ; car celui qui aime les autres, a accompli la loi.
9 Car ce qui est dit : Tu ne commettras point adultère ; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; tu ne convoiteras point ; et s’il y a quelque autre commandement, tout est compris sommairement dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
10 La charité ne fait point de mal au prochain ; la charité est donc l’accomplissement de la loi.
11 Et vous devez faire cela, vu le temps où nous sommes ; car c’est ici l’heure de nous réveiller du sommeil, puisque le salut est maintenant plus près de nous, que lorsque nous avons cru.
12 La nuit est passée, et le jour est approché ; rejetons donc les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière.
13 Marchons honnêtement comme de jour, et non dans les débauches et dans l’ivrognerie, dans la luxure et dans les impudicités, dans les querelles et dans l’envie ;
14 mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et n’ayez pas soin de la chair pour satisfaire ses convoitises.
REFLEXIONS
Les trois parties de ce chapitre nous donnent ces trois instructions :
I. La première que les rois, les princes et les magistrats sont établis de la part de Dieu, que c’est Dieu qui leur a donné l’autorité de gouverner les peuples et de punir ceux qui troublent la société et qu’ainsi chacun est obligé en conscience de se soumettre aux puissances, de leur être fidèle et de leur rendre tout ce qui leur est dû.
II. La seconde instruction est que l’amour du prochain est l’abrégé de toute la loi, ce qui nous apprend que la charité tient un rang très considérable entre les devoirs du christianisme et que le vrai moyen d’accomplir ce que la loi commande, c’est de revêtir un esprit de paix, de douceur et de support et d’aimer sincèrement notre prochain.
III. Saint Paul nous enseigne ici que, puisque les ténèbres de l’ignorance dans laquelle les hommes vivaient autrefois sont passées et que la lumière de l’Évangile nous éclaire, nous devons nous éloigner de la sensualité, de la dissolution, de l’impureté et de tous les désirs de la chair et vivre dans la tempérance et dans une grande chasteté, conformant ainsi notre vie à celle de notre Seigneur et à ses divins préceptes.
Pour nous animer à l’observation de ces saintes maximes, nous devons nous représenter l’heureux état où Dieu nous a mis et penser que le temps d’obtenir le salut approche afin que notre principale étude soit de travailler à en être rendus participants par la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ.
Pour entendre ce chapitre, il faut savoir qu’il y avait du temps de St. Paul des chrétiens qui, ayant été Juifs et n’étant pas assez instruits, se faisaient un scrupule de manger de certaines viandes et observaient la distinction de certains jours à la manière des Juifs. Saint Paul montre comment on devait se conduire envers ces gens-là qui étaient faibles dans la foi. Il dit qu’il fallait les supporter et éviter d’entrer en contestation avec eux, puisque ceux qui étaient dans des sentiments différents sur ces points-là suivaient chacun les mouvements de leur conscience et pour le reste, ils croyaient en Jésus-Christ et avaient part à sa grâce.
Pour confirmer cette doctrine, il représente que les chrétiens ne vivant tous que pour le Seigneur qui seul a une entière autorité sur eux, ils devaient rapporter toutes les actions de leur vie à l’édification et à la gloire de Dieu et qu’il n’appartient à personne de condamner les autres, mais que chacun rendra compte pour soi-même au Seigneur.
III. Il montre que ceux qui étaient éclairés et instruits de la liberté chrétienne ne devaient pas abuser de cette liberté, ni scandaliser les faibles qui faisaient scrupule de manger de certaines viandes.
IV. Enfin il dit que l’esprit du christianisme est un esprit de paix et de support, que c’était un très grand péché que de condamner son prochain, de le décourager et de lui donner du scandale et qu’au reste chacun devait s’abstenir de ce qu’il croyait être défendu et même des choses sur lesquelles il était en doute, puisque tout ce qui se fait sans foi et sans l’approbation de la conscience est un péché.
1 Quant à celui qui est faible dans la foi, recevez-le avec bonté, sans contestations et sans disputes.
2 L’un croit qu’on peut manger de tout ; et celui qui est faible dans la foi, ne mange que des herbes.
3 Que celui qui mange de tout, ne méprise pas celui qui ne mange que des herbes ; et que celui qui ne mange que des herbes, ne condamne pas celui qui mange de tout ; car Dieu l’a pris à lui.
4 Qui es-tu, toi, qui condamnes le serviteur d’autrui ? S’il se tient ferme, ou s’il tombe, c’est à son maître de le juger ; mais il sera affermi, car Dieu est puissant pour l’affermir.
5 L’un met de la différence entre un jour et un autre ; l’autre juge que tous les jours sont égaux ; que chacun agisse selon qu’il est pleinement persuadé dans son esprit.
6 Celui qui observe les jours, les observe, ayant égard au Seigneur ; et celui qui ne les observe pas, ne les observe pas, ayant aussi égard au Seigneur ; celui qui mange de tout, mange, ayant égard au Seigneur, car il en rend grâces à Dieu ; et celui qui ne mange pas de tout, ne mange pas, ayant égard au Seigneur ; et il en rend aussi grâces à Dieu.
7 En effet, aucun de nous ne vit pour soi-même, et aucun de nous ne meurt pour soi-même.
8 Car, soit que nous vivions, nous vivons pour le Seigneur ; soit que nous mourions, nous mourons pour le Seigneur ; soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur ;
9 car c’est pour cela que Christ est mort, et qu’il est ressuscité, et a repris la vie, afin qu’il dominât sur les morts et sur les vivants.
10 Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Et toi, pourquoi méprises-tu ton frère ? puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ.
11 Car il est écrit : Je suis vivant, dit le Seigneur, que tout genou fléchira devant moi, et que toute langue donnera gloire à Dieu.
12 Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même.
13 Ne nous jugeons donc plus les uns les autres ; mais jugez plutôt qu’il ne faut donner aucune occasion de chute, ni aucun scandale à votre frère.
14 Je sais, et je suis persuadé par le Seigneur Jésus, qu’il n’y a point d’aliment qui soit souillé par soi-même ; mais celui qui croit qu’une chose est souillée, elle est souillée pour lui.
15 Mais si, en mangeant de quelque viande, tu affliges ton frère, tu ne te conduis plus selon la charité. Ne fais pas périr, par ton aliment, une personne pour qui Christ est mort.
16 Que ce que vous faites de bon, ne soit donc point blâmé.
17 Car le royaume de Dieu ne consiste point dans le manger, ni dans le boire, mais dans la justice, dans la paix, et dans la joie par le Saint-Esprit.
18 Celui qui sert Jésus-Christ de cette manière est agréable à Dieu, et il est approuvé des hommes.
19 Recherchons donc les choses qui vont à la paix, et à nous édifier les uns les autres.
20 Ne détruis point l’œuvre de Dieu pour une viande. Il est vrai que toutes les choses sont nettes ; mais il y a du péché pour celui qui donne du scandale en mangeant.
21 Il vaut mieux ne manger point de chair, ne boire point de vin, et s’abstenir de tout ce qui peut faire tomber ton frère, ou le scandaliser, ou l’affaiblir.
22 As-tu la foi que tu peux manger de tout? garde-la en toi-même devant Dieu. Heureux celui qui ne se condamne point soi-même en ce qu’il approuve !
23 Mais celui qui doute s’il est permis de manger d’une viande, est condamné s’il en mange, car il n’en mange point avec foi ; or, tout ce que l’on ne fait pas avec foi, est un péché.
REFLEXIONS
Le précis de la doctrine que Saint Paul enseigne dans ce chapitre c’est :
Que les chrétiens sont obligés de se supporter mutuellement, que ceux qui ont plus de lumières que les autres doivent ménager ceux qui sont faibles ou moins instruits, ne les point mépriser et ne rien faire qui puisse les affliger ou les scandaliser, que même il faut s’abstenir des choses indifférentes et permises lorsqu’on prévoit que quelqu’un pourrait en prendre matière de scandale. Ce sont là des maximes de charité et de support dont on ne doit jamais se départir et c’est de l’observation de ces maximes que dépend surtout l’avancement de la gloire de Dieu, la paix de l’église et notre salut mutuel. Nous recueillons encore d’ici que les contestations et les disputes nuisent extrêmement à l’édification de l’église et qu’ainsi on les doit éviter autant qu’il est possible.
Il faut outre cela faire une attention particulière à ce que St. Paul établit dans tout ce chapitre et principalement sur la fin, savoir : que chacun doit avoir de grands égards pour sa conscience et que : tout ce qui ne se fait pas avec foi est un péché.
Cela nous apprend que ceux qui agissent contre leur conscience ou même font une chose sans être assurée qu’elle est permise se rendent très coupable devant Dieu, quand même cette chose-là serait innocente. Ainsi pour plaire au Seigneur et pour avoir la conscience tranquille, nous devons travailler premièrement à la bien éclairer et à nous bien instruire de notre devoir et après cela agir conformément à ce qu’elle nous prescrit et nous conduire avec tant de prudence que nous ne troublions jamais la paix et que nous ne donnions aucun scandale à personne.
L’Apôtre continue à exhorter les Romains à la charité et au support envers ceux qui sont faibles dans la foi, leur proposant pour cet effet l’exemple de Jésus-Christ et il prie Dieu qu’il leur donne ces sentiments de paix et de charité.
Pour les leur inspirer, il leur représente que Jésus-Christ avait été envoyé pour réunir les Juifs et les Gentils dans son église selon que cela avait été prédit par les anciens oracles, par où il veut montrer qu’il n’y devait avoir aucune division entre eux.
Il parle dans ces mêmes vues de son ministère et des fruits admirables de sa prédication parmi les Gentils et en divers lieux du monde.
Enfin, il dit aux Romains qu’il était dans le dessein d’aller les voir après qu’il aurait fait un voyage à Jérusalem au sujet d’une collecte qui se faisait pour les chrétiens de ce lieu-là, il se recommande à leurs prières et il fait des vœux pour eux.
1 Nous devons donc, nous qui sommes plus forts, supporter les infirmités des faibles, et non pas chercher notre propre satisfaction.
2 Que chacun de nous donc ait de la condescendance pour son prochain, et cela pour le bien et pour l’édification ;
3 car aussi, Christ n’a point cherché sa propre satisfaction ; mais au contraire, selon ce qui est écrit de lui : Les outrages de ceux qui t’ont outragé, sont tombés sur moi.
4 Or, toutes les choses qui ont été écrites autrefois, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation que les Ecritures nous donnent, nous retenions notre espérance.
5 Que le Dieu de patience et de consolation vous fasse donc la grâce d’avoir, les uns et les autres, un même sentiment selon Jésus-Christ :
6 Afin que, d’un même cœur et d’une même bouche, vous glorifiiez le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus-Christ !
7 C’est pourquoi recevez-vous les uns les autres avec bonté, comme Christ nous a reçus pour la gloire de Dieu.
8 Je dis donc que Jésus-Christ a été ministre parmi les Juifs, pour montrer la fidélité de Dieu, et pour accomplir les promesses faites aux pères ;
9 Et afin que les Gentils glorifient Dieu à cause de sa miséricorde, selon qu’il est écrit : C’est pour cela que je te louerai parmi les Gentils, et que je chanterai des cantiques à ton nom.
10 Il est dit encore : Gentils, réjouissez-vous avec son peuple.
11 Et encore : Nations, louez toutes le Seigneur, et vous, tous les peuples, célébrez-le.
12 Esaïe dit aussi : Il sortira de la racine de Jessé un rejeton pour gouverner les Gentils ; les Gentils espéreront en lui.
13 Que le Dieu d’espérance vous remplisse donc de toute sorte de joie et de paix dans la foi, afin que vous abondiez en espérance, par la puissance du Saint-Esprit.
14 Or, mes frères, j’ai cette persuasion de vous, que vous êtes pleins de charité, remplis de toute sorte de connaissance, et que vous êtes en état de vous exhorter les uns les autres.
15 Cependant, mes frères, je n’ai pas laissé de vous écrire plus librement, pour vous remettre ces choses en mémoire, selon la grâce qui m’a été donnée de Dieu,
16 pour être ministre de Jésus-Christ parmi les Gentils, exerçant les saintes fonctions de l’évangile de Dieu, afin que l’oblation que je lui fais des Gentils lui soit agréable, étant sanctifiée par le Saint-Esprit.
17 J’ai donc sujet de me glorifier en Jésus-Christ, dans les choses qui regardent Dieu.
18 Car je n’oserais dire qu’il y ait quelque chose que Jésus-Christ n’ait pas fait par moi, pour amener les Gentils à son obéissance, par la parole et par les œuvres ;
19 par la vertu des miracles et des prodiges ; par la puissance de l’Esprit de Dieu ; de sorte que j’ai répandu l’évangile de Christ depuis Jérusalem et les lieux voisins jusqu’à l’Illyrie.
20 Et cela de manière que j’ai pris à tâche d’annoncer l’évangile où l’on n’avait point encore parlé de Jésus-Christ, afin de ne pas bâtir sur le fondement qu’un autre aurait posé ;
21 selon qu’il est écrit : Ceux à qui il n’avait point été annoncé, le verront, et ceux qui n’en avaient point ouï parler, l’entendront.
22 C’est aussi ce qui m’a souvent empêché d’aller vous voir.
23 Mais, comme à présent je n’ai plus rien qui m’arrête dans ce pays-ci, et que depuis plusieurs années j’ai un grand désir d’aller vers vous,
24 j’irai chez vous quand je ferai le voyage d’Espagne ; car j’espère que je vous verrai en passant, et que vous m'y conduirez, après que j’aurai contenté en partie le désir que j’ai d’être avec vous.
25 Mais présentement je vais à Jérusalem, pour y porter des aumônes aux saints.
26 Car ceux de Macédoine et d’Achaïe ont bien voulu faire une contribution pour les pauvres d’entre les saints qui sont à Jérusalem.
27 Ils l’ont ainsi trouvé bon ; et aussi leur étaient-ils redevables ; car si les Gentils ont eu part aux biens spirituels des Juifs, ils doivent aussi leur faire part de leurs biens temporels.
28 Après donc que j’aurai fait cela, et que je leur aurai remis fidèlement ce fruit de la charité des Gentils, je passerai par vos quartiers, en allant en Espagne.
29 Et je suis persuadé que, lorsque je viendrai chez vous, j’y viendrai avec une grande abondance des bénédictions de l’évangile de Christ.
30 Je vous conjure donc, mes frères, par notre Seigneur Jésus-Christ, et par la charité de l’Esprit, de combattre avec moi dans les prières que vous ferez à Dieu pour moi.
31 Afin que je sois délivré des incrédules qui sont en Judée, et que l’assistance que je porte à Jérusalem soit agréable aux saints ;
32 en sorte que j’arrive chez vous avec joie, si c’est la volonté de Dieu, et que je me console avec vous.
33 Que le Dieu de paix soit avec vous tous. Amen.
REFLEXIONS
Nous apprenons d’ici en premier lieu que ceux qui sont avancés dans la connaissance et dans la piété doivent se conduire avec beaucoup de condescendance et de charité envers ceux qui le sont moins et imiter en cela la douceur et la grande bonté de notre Seigneur Jésus-Christ.
I. Saint Paul a marqué le but de cette épître aux Romains et de sa doctrine en disant que Jésus-Christ est venu pour sauver non seulement les Juifs, mais aussi les Gentils et pour accomplir par ce moyen les promesses que Dieu avait faites aux anciens pères par les prophètes. C’est là une vérité que nous devons méditer pour l’affermissement de notre foi et pour nous exciter à la reconnaissance envers Dieu.
III. Nous devons bien considérer ce que Saint Paul dit dans ce chapitre de ses voyages, de ses travaux, du succès merveilleux de son ministère et de tant d’églises qu’il a fondées en divers pays du monde, aussi bien que du dessein qu’il avait d’aller à Rome et dans d’autres lieux. Tout cela doit nous faire reconnaître son le grand zèle de cet Apôtre, sa parfaite charité et surtout la puissance de Dieu et la vertu toute divine de l’Évangile qui paraissent d’une manière si sensible dans les miracles dont la prédication de St. Paul était accompagnée et dans les fruits surprenants qu’elle produisait. C’est là aussi un exemple que les ministres de Jésus-Christ doivent imiter autant qu’ils en sont capables en travaillant sans relâche à l’établissement du règne de Dieu.
Enfin, l’ardeur avec laquelle St. Paul se recommande aux prières des chrétiens de Rome nous montre que les ministres de Jésus-Christ ont un grand besoin d’être assistés par les prières de l’église et que l’un des principaux devoirs des chrétiens est de prier pour leurs conducteurs spirituels, comme c’est aussi le devoir des pasteurs de faire des prières continuelles pour leurs troupeaux.
Ce chapitre contient : I. Les salutations que Saint Paul fait à divers chrétiens de Rome, tant en son nom qu’au nom des ministres du Seigneur et des fidèles qui étaient à Corinthe avec lui. II. Des exhortations à se donner garde de ceux qui causaient des troubles dans l’église et qui y enseignaient de fausses doctrines. III. Les vœux et les prières que l’Apôtre fait en faveur des Romains.
1 Je vous recommande notre sœur Phébé, diaconesse de l’Eglise de Cenchrée ;
2 Afin que vous la receviez pour l’amour du Seigneur, et d’une manière digne des saints ; et que vous l’assistiez dans toutes les choses où elle pourrait avoir besoin de vous ; car elle a reçu chez elle plusieurs personnes, et moi en particulier.
3 Saluez Priscille et Aquilas, qui ont travaillé avec moi pour Jésus-Christ,
4 Et qui ont exposé leur vie pour la mienne ; auxquels je ne rends pas grâces moi seul, mais aussi toutes les Eglises des Gentils.
5 Saluez aussi l’Eglise qui est dans leur maison. Saluez Epaïnète qui m’est fort cher, et qui est les prémices de ceux de l’Achaïe qui ont cru en Jésus-Christ.
6 Saluez Marie, qui a pris beaucoup de peine pour nous.
7 Saluez Andronique et Junias, mes parents, qui ont été prisonniers avec moi, qui sont considérables parmi les apôtres, et qui même ont cru en Jésus-Christ avant moi.
8 Saluez Amplias, mon bien-aimé en notre Seigneur.
9 Saluez Urbain, compagnon de nos travaux dans le service de Jésus-Christ, et Stachys, qui m’est très cher.
10 Saluez Appelles, qui est reconnu fidèle à Jésus-Christ. Saluez ceux de la maison d’Aristobule.
11 Saluez Hérodion, mon parent. Saluez ceux de la maison de Narcisse qui croient en notre Seigneur.
12 Saluez Tryphène et Tryphose, qui travaillent pour le Seigneur. Saluez Perside qui m’est très chère, et qui a beaucoup travaillé pour le Seigneur.
13 Saluez Rufus, élu du Seigneur, et sa mère, que je regarde comme la mienne.
14 Saluez Asyncrite, Phlégon, Hermas, Patrobas, Hermès, et les frères qui sont avec eux.
15 Saluez Philologue et Julie, Nérée et sa sœur, et Olympe, et tous les saints qui sont avec eux.
16 Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. Les Eglises de Jésus-Christ vous saluent.
17 Au reste, je vous exhorte, mes frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales contre la doctrine que vous avez apprise, et à vous éloigner d’eux.
18 Car ces sortes de gens ne servent point notre Seigneur Jésus-Christ, mais ils servent leur propre ventre ; et par des paroles douces et flatteuses ils séduisent l’esprit des simples.
19 Votre obéissance est connue de tout le monde ; je m’en réjouis donc à cause de vous, mais je souhaite que vous soyez prudents à l’égard du bien, et simples à l’égard du mal.
20 Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds. La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous. Amen.
21 Timothée, qui est le compagnon de mes travaux, et Lucius, et Jason, et Sosipater, mes parents, vous saluent.
22 Je vous salue au Seigneur, moi Tertius, qui ai écrit cette épître.
23 Gaïus, chez qui je loge, et chez qui toute l’Eglise s’assemble, vous salue. Eraste, le trésorier de la ville, et Quartus, notre frère, vous saluent.
24 La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen.
25 A celui qui peut vous affermir dans l’évangile que j’annonce, et que Jésus-Christ a prêché, suivant la révélation qui a été faite du mystère caché pendant plusieurs siècles,
26 mais qui est présentement manifesté par les écrits des prophètes, selon l’ordre du Dieu éternel, et publié à toutes les nations, afin qu’elles obéissent à la foi ;
27 à Dieu seul sage soit rendue la gloire dans tous les siècles, par Jésus-Christ. Amen.
REFLEXIONS
Il y a deux réflexions à faire sur les salutations qui sont contenue dans ce chapitre :
I. L’une que l’Évangile avait déjà fait alors des progrès considérables à Rome et qu’il y avait dans cette ville-là un bon nombre de personnes qui faisaient profession de la religion chrétienne.
II. L’autre réflexion regarde la charité de St. Paul et l’amour qu’il portait à toute l’église de Rome et particulièrement aux fidèles qui sont ici nommés.
Tel est l’esprit dont les vrais chrétiens sont animés. Ils s’aiment cordialement, ils sont unis étroitement entre eux et ils prient les uns pour les autres quand même ils seraient dans des lieux différents et éloignés. Mais ils chérissent particulièrement les personnes qui se distinguent par leur zèle et par leur piété.
Saint Paul nous enseigne après cela dans ce chapitre comment on doit se conduire envers ceux qui enseignent des erreurs ou qui forment des partis et des sectes dans l’église. C’est qu’il faut se donner garde de ces gens-là, les éviter et se tenir toujours attaché à la pure doctrine de l’Évangile et aux fidèles docteurs qui l’annoncent. Enfin, nous devons joindre nos actions de grâces à celles que Saint Paul rend à Dieu sur la fin de cette épître et le bénir : de ce qu’il a manifesté par Jésus-Christ le mystère de la vocation des Gentils et de la rédemption des hommes qui avait été caché dans les temps précédents et de ce qu’il a fait pour prêcher son Évangile à toutes les nations afin qu’elles obéissent à la foi. À ce grand Dieu seul sage soit la gloire à jamais par Jésus-Christ. Amen !
Écrite de Corinthe aux Romains, par Phébè, diaconesse de l’Église de Cenchrée.
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- Écrit par EDITION MENORAH YESHUA
- Catégorie : Nouveau Testament
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ARGUMENT
St. Luc raconte dans ce livre comment la religion chrétienne s’établit après l’ascension de Jésus-Christ, premièrement à Jérusalem et ensuite en divers autres lieux par le moyen des apôtres et principalement par le ministère de Saint Pierre et de Saint Paul. Cette histoire comprend le temps qui s’est écoulé depuis l’ascension de Jésus-Christ jusqu’au premier emprisonnement de St. Paul à Rome, ce qui fait l’espace d’environ vingt-huit ans.
Chapitres Chapitre I. Chapitre II. Chapitre III. Chapitre IV. Chapitre V. Chapitre VI. Chapitre VII. Chapitre VIII. Chapitre IX. Chapitre X. Chapitre XI. Chapitre XII. Chapitre XIII. Chapitre XIV. Chapitre XV. Chapitre XVI. Chapitre XVII. Chapitre XVIII. Chapitre XIX. Chapitre XX. Chapitre XXI. Chapitre XXII. Chapitre XXIII. Chapitre XXIV. Chapitre XXV. Chapitre XXVI. Chapitre XXVII. Chapitre XXVIII. Livres du Nouveau Testament.
Dans le premier chapitre, Saint Luc rapporte deux choses : I. L’ascension de notre Seigneur. II. L’établissement de Saint Matthias dans la charge d’apôtre.
1 J’ai parlé dans mon premier livre, ô Théophile, de toutes les choses que Jésus a faites et a enseignées,
2 Jusqu’au jour qu’il fut élevé dans le ciel, après avoir donné ses ordres, par le Saint-Esprit, aux apôtres qu’il avait choisis ;
3 auxquels aussi, après qu’il eut souffert, il se montra lui-même vivant, et leur en donna plusieurs preuves, se faisant voir à eux pendant quarante jours, et leur parlant de ce qui regarde le royaume de Dieu.
4 Et les ayant assemblés, il leur commanda de ne point partir de Jérusalem, mais d’y attendre la promesse du Père, laquelle, dit-il, vous avez ouïe de moi.
5 Car Jean a baptisé d’eau, mais vous serez baptisés du Saint-Esprit dans peu de jours.
6 Eux donc, étant assemblés, lui demandèrent : Seigneur, sera-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël ?
7 Mais il leur dit : Ce n’est pas à vous de savoir les temps ou les moments dont le Père a réservé la disposition à sa propre puissance.
8 Mais vous recevrez la vertu du Saint-Esprit, qui descendra sur vous ; et vous me servirez de témoins, tant à Jérusalem que dans toute la Judée, et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.
9 Et après qu’il eut dit ces paroles, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée l’emporta de devant leurs yeux.
10 Et comme ils avaient les yeux attachés au ciel pendant qu’il y montait, deux hommes se présentèrent devant eux en vêtements blancs,
11 Et leur dirent : Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé d’avec vous dans le ciel, en reviendra de la même manière que vous l’y avez vu monter.
12 Alors ils s’en retournèrent à Jérusalem, de la montagne qu’on appelle des Oliviers, qui est près de Jérusalem, l’espace du chemin d'un sabbat.
13 Et quand ils furent arrivés, ils montèrent dans une chambre haute, où demeuraient Pierre, Jacques, Jean, André, Philippe, Thomas, Barthélemi, Matthieu. Jacques, fils d’Alphée, Simon Zélote, et Jude, frère de Jacques.
14 Tous ceux-là persévéraient d’un commun accord dans la prière et dans l’oraison, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.
15 En ces jours-là Pierre se leva au milieu des disciples, qui étaient assemblés au nombre d’environ cent vingt personnes, et il leur dit :
16 Mes frères, il fallait que ce que le Saint-Esprit a prédit dans l’Ecriture, par la bouche de David, touchant Judas, qui a été le conducteur de ceux qui ont pris Jésus, fût accompli.
17 Car il était de notre nombre, et il avait eu sa part à ce ministère.
18 Mais, après avoir acquis un champ, du salaire de son crime, il s’est précipité, il a crevé par le milieu, et toutes ses entrailles ont été répandues ;
19 ce qui a été si connu de tous les habitants de Jérusalem, que ce champ-là a été appelé en leur propre langue, Haceldama, c’est-à-dire, le champ du sang.
20 Aussi est-il écrit dans le livre des psaumes : Que sa demeure devienne déserte, et qu’il n’y ait personne qui l’habite ; et : Qu’un autre prenne sa charge.
21 Il faut donc que de ceux qui ont été avec nous pendant tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous,
22 depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour que le Seigneur a été enlevé d’avec nous, il y en ait un qui soit témoin avec nous de sa résurrection.
23 Alors ils en présentèrent deux : Joseph, appelé Barsabas, surnommé Juste, et Matthias.
24 Et priant, ils dirent : Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre-nous lequel de ces deux tu as choisi ;
25 afin qu’il ait part au ministère et à l’apostolat que Judas a abandonné pour s’en aller en son lieu.
26 Et ils jetèrent le sort sur eux ; et le sort tomba sur Matthias, qui, d’un commun accord, fut mis au rang des onze apôtres.
REFLEXIONS
La première partie de ce chapitre nous apprend que notre Seigneur, étant ressuscité, demeura pendant quarante jours sur la terre pour persuader d’autant mieux les apôtres de la vérité de sa résurrection et pour leur donner les instructions qui leur étaient nécessaires. Au bout de ces quarante jours, il fut élevé au Ciel en leur présence parce qu’ils devaient être tous témoins de cet événement et des anges leur apparurent alors qui les assurèrent que Jésus était monté au Ciel et qu’il en reviendrait au dernier jour. Nous avons en cela des preuves très convaincantes de l’ascension de Jésus-Christ et de la certitude de son dernier retour. Ces vérités étant attestées par le témoignage des apôtres, par celui des anges aussi bien que par des effets merveilleux qui suivirent l’élévation de Jésus-Christ dans la gloire céleste. Notre Seigneur étant ainsi monté au Ciel, tous les hommes doivent reconnaître qu’il a une souveraine puissance sur toutes choses et que son règne est spirituel et céleste. Cela doit aussi nous engager à avoir sans cesse nos pensées et nos désirs élevés vers ce séjour glorieux où notre Seigneur est à la droite de Dieu son Père et où il nous prépare des demeures éternelles et à vivre une pratique continuelle de la piété en attendant son retour.
Dans la seconde partie de ce chapitre, il y a deux choses principales à remarquer :
L’une que les assemblées religieuses sont autorisées par l’exemple des apôtres et des premiers disciples de Jésus-Christ, lesquels, après que notre Seigneur fut monté au Ciel, étaient ordinairement assemblés pour vaquer à la prière et à l’oraison.
L’autre que, comme Jésus avait choisi douze apôtres, l’un des premiers soins de St. Pierre et de ses collègues fut d’établir un apôtre à la place de Judas, que pour cet effet ils présentèrent deux hommes qui avaient été les témoins de la vie et de la résurrection de Jésus-Christ, mais qu’ils jetèrent le sort sur eux et qu’ils prièrent le Seigneur de montrer lequel des deux il avait élu, parce que les apôtres devaient être choisis immédiatement par Jésus-Christ lui-même.
Saint Luc rapporte quatre choses dans ce chapitre : I. Comment les apôtres reçurent le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte. II. Le discours que Saint Pierre fit aux Juifs ce jour-là. III. L’effet de ce discours qui fut la conversion de trois milles personnes. IV. L’état où était alors l’église de Jérusalem.
1 Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils étaient tous d’un accord dans un même lieu.
2 Alors il se fit tout à coup un bruit qui venait du ciel, comme le bruit d’un vent qui souffle avec impétuosité ; et il remplit toute la maison où ils étaient.
3 Et ils virent paraître des langues séparées les unes des autres, qui étaient comme de feu, et qui se posèrent sur chacun d’eux.
4 Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler des langues étrangères, selon que l’Esprit les faisait parler.
5 Or, il y avait alors à Jérusalem des Juifs craignant Dieu, de toutes les nations qui sont sous le ciel.
6 Après donc que le bruit s’en fut répandu, il s’assembla une multitude de gens, qui furent tout étonnés de ce que chacun d’eux les entendait parler en sa propre langue.
7 Et ils en étaient tous hors d’eux-mêmes et dans l’admiration, se disant les uns aux autres : Ces gens-là qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens ?
8 Comment donc les entendons-nous parler chacun la propre langue du pays où nous sommes nés ?
9 Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont et l’Asie,
10 la Phrygie, la Pamphylie, l’Egypte, les quartiers de la Libye qui est près de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome ;
11 tant Juifs que Prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler en nos langues des choses magnifiques de Dieu.
12 Ils étaient donc tous étonnés, et ne savaient que penser, se disant l’un à l’autre : Que veut dire ceci ?
13 Et les autres, se moquant, disaient : C’est qu’ils sont pleins de vin doux.
14 Mais Pierre, se présentant avec les onze, éleva sa voix, et leur dit : Hommes Juifs, et vous tous qui habitez à Jérusalem, sachez ceci, et écoutez avec attention mes paroles :
15 Ces gens-ci ne sont point ivres, comme vous le pensez, puisqu’il n’est encore que la troisième heure du jour.
16 Mais c’est ici ce qui a été prédit par le prophète Joël :
17 Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; vos fils prophétiseront, et vos filles aussi ; vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes.
18 Et dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront ;
19 et je ferai des prodiges en haut dans le ciel, et des signes en bas sur la terre, du sang et du feu, et une vapeur de fumée ;
20 le soleil sera changé en ténèbres, et la lune en sang, avant que le grand et illustre jour du Seigneur vienne ;
21 et il arrivera que quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
22 Hommes Israélites, écoutez ceci : Jésus le Nazarien, homme approuvé de Dieu parmi vous par les effets de sa puissance, par les merveilles et par les miracles que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ;
23 ce Jésus ayant été livré par la volonté déterminée et selon la prescience de Dieu, vous l’avez pris, et vous l’avez fait mourir par les mains des méchants, l’ayant attaché à la croix.
24 Mais Dieu l’a ressuscité, ayant rompu les liens de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il y fût retenu.
25 Car David dit de lui : Je voyais toujours le Seigneur devant moi, parce qu’il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé.
26 C’est pour cela que mon cœur s’est réjoui, et que ma langue a fait éclater sa joie, et même ma chair reposera dans l’espérance ;
27 parce que tu ne me laisseras point dans le sépulcre, et tu ne permettras point que ton Saint sente la corruption.
28 Tu m’as fait connaître le chemin de la vie : tu me rempliras de joie en me faisant voir ta face.
29 Mes frères, je puis bien vous dire avec assurance, touchant le patriarche David, qu’il est mort, et qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est encore aujourd’hui parmi nous.
30 Mais étant prophète, et sachant que Dieu lui avait promis avec serment qu’il ferait naître le Christ de sa postérité selon la chair, pour le faire asseoir sur son trône ;
31 prévoyant cela, il a parlé de la résurrection du Christ, disant, qu’il n’a point été laissé dans le sépulcre, et que sa chair n’a point senti la corruption.
32 Dieu a ressuscité ce Jésus ; et nous en sommes tous témoins.
33 Après donc qu’il a été élevé par la droite de Dieu, et qu’il a reçu de son Père le Saint-Esprit qui avait été promis, il a répandu ce que vous voyez et que vous entendez maintenant.
34 Car David n’est point monté au ciel, mais il a dit lui-même : L’Eternel a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite,
35 jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour te servir de marchepied.
36 Que toute la maison d’Israël sache donc certainement que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié.
37 Ayant ouï ces choses, ils furent touchés de componction en leur cœur, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Hommes frères, que ferons-nous ?
38 Et Pierre leur dit : Convertissez-vous ; et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour obtenir la rémission des péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit.
39 Car la promesse a été faite à vous et à vos enfants, et à tous ceux qui sont éloignés, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera.
40 Et il les pressait par plusieurs autres discours, et les exhortait, en leur disant : Sauvez-vous du milieu de cette race perverse.
41 Ceux donc qui reçurent de bon cœur sa parole, furent baptisés ; et il y eut environ trois mille personnes qui furent ajoutées ce jour-là à l’Eglise.
42 Or, ils persévéraient tous dans la doctrine des apôtres, dans la communion, dans la fraction du pain et dans les prières.
43 Et tout le monde avait de la crainte, et il se faisait beaucoup de miracles et de prodiges par les apôtres.
44 Et tous ceux qui croyaient, étaient ensemble dans un même lieu, et avaient toutes choses communes ;
45 ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon le besoin que chacun en avait.
46 Et ils étaient tous les jours assidus au temple d’un commun accord ; et rompant le pain de maison en maison, ils prenaient leurs repas avec joie et simplicité de cœur ;
47 louant Dieu, et étant agréables à tout le peuple ; et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’Eglise des gens pour être sauvés.
REFLEXIONS
Il faut remarquer en premier lieu sur ce chapitre que Jésus-Christ, en faisant descendre le Saint-Esprit sur les apôtres, accomplit les promesses qu’il leur avait faites de leur envoyer cet Esprit après son départ et qu’il leur donna en cela des preuves certaines et indubitables de son élévation au Ciel. Il leur communiqua le don de parler toutes sortes de langues pour leur montrer qu’ils devaient annoncer l’Évangile à tous les peuples du monde et pour les mettre en état de le faire. Et cette merveille arriva un jour solennel et en présence d’une grande multitude de personnes qui étaient venues à Jérusalem de divers pays étrangers, afin que le bruit de cet événement miraculeux se répandît de tous côtés et que cela servit à faire recevoir la prédication des apôtres.
II. Le but de ce discours que St. Pierre fit aux Juifs était de leur apprendre que ce qui venait d’arriver avait été prédit par le prophète Joël, que ce Jésus qu’ils avaient crucifié était ressuscité, que Dieu l’avait élevé au Ciel, que c’était lui qui venait de répandre sur les apôtres le don de parler diverses langues et que tous les hommes devaient le regarder comme le Messie et comme leur Seigneur et leur Roi. C’est aussi là la substance de l’Évangile et ce qu’il faut croire touchant Jésus-Christ.
III. La conversion de ces trois mille Juifs qui reçurent le baptême en ce jour-là fut une preuve admirable de l’efficace de la prédication de Saint Pierre et leur exemple nous montre qu’une vive componction de cœur et une humble docilité qui dispose le pécheur à suivre tout ce qu’il plaira à Dieu de lui prescrire est le caractère des vrais pénitents et le sûr moyen de s’amender et d’entrer dans les voies du salut.
IV. Enfin, on doit faire l’attention la plus sérieuse à ce que Saint Luc rapporte dans ce chapitre de la piété de ces premiers chrétiens, de leur assiduité à la prière, à la célébration de l’eucharistie et aux autres exercices religieux, de l’union admirable qu’il y avait entre eux, de leur charité et en général de l’innocence et de la simplicité de leurs mœurs. À tous ces égards, ces anciens fidèles qui composaient l’église de Jérusalem doivent servir de modèle à toutes les églises et à apprendre aux chrétiens de tous les temps à être zélés et assidus à la prière et à toutes les parties du service divin, à vivre dans la paix et dans la concorde, à pratiquer les œuvres de charité et à se rendre agréable à Dieu et aux hommes par des mœurs pures et par la sainteté de leur conduite.
Ce chapitre contient : Le récit d’un miracle que Saint Pierre fit en guérissant un homme perclus de ses membres. Ce que cet apôtre dit aux Juifs pour leur apprendre que ce miracle avait été fait au nom de Jésus-Christ.
1 Quelques jours après, Pierre et Jean montaient ensemble au temple à l’heure de la prière, qui était la neuvième du jour.
2 Et il y avait un homme qui était impotent dès sa naissance, qu’on portait, et qu’on mettait tous les jours à la porte du temple appelée la belle porte, pour demander l’aumône à ceux qui entraient dans le temple.
3 Cet homme, voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, les pria de lui donner l’aumône.
4 Mais Pierre et Jean ayant les yeux arrêtés sur lui, Pierre lui dit : Regarde-nous.
5 Et il les regardait attentivement, s’attendant à recevoir quelque chose d’eux.
6 Alors Pierre lui dit : Je n’ai ni argent, ni or ; mais ce que j’ai, je te le donne ; au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche.
7 Et l’ayant pris par la main droite, il le leva ; et à l'instant les plantes et les chevilles de ses pieds devinrent fermes ;
8 et il se leva debout en sautant, il marcha, et il entra avec eux dans le temple, marchant, sautant et louant Dieu.
9 Et tout le peuple le vit qui marchait et qui louait Dieu.
10 Et ils reconnurent que c’était celui-là même qui était à la belle porte du temple, pour demander l’aumône ; et ils furent remplis d’admiration et d’étonnement de ce qui lui était arrivé.
11 Et comme l’impotent qui avait été guéri, tenait par la main Pierre et Jean, tout le peuple étonné courut à eux au portique qu'on appelle de Salomon.
12 Mais Pierre, voyant cela, dit au peuple : Hommes Israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ceci ? ou pourquoi avez-vous les yeux arrêtés sur nous, comme si c’était par notre propre puissance, ou par notre piété que nous eussions fait marcher cet homme ?
13 Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son Fils Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate, quoiqu’il jugeât qu’il devait être relâché.
14 Mais vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier ;
15 et vous avez fait mourir le Prince de la vie, que Dieu a ressuscité des morts : de quoi nous sommes témoins.
16 C’est par la foi en son nom, que son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; et c’est la foi que nous avons en lui qui a opéré dans cet homme cette parfaite guérison en présence de vous tous.
17 Et maintenant, mes frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, aussi bien que vos conducteurs.
18 Mais c’est ainsi que Dieu a accompli ce qu’il avait prédit par la bouche de tous ses prophètes, que le Christ devait souffrir.
19 Amendez-vous donc et vous convertissez, afin que vos péchés soient effacés.
20 Quand les temps du rafraîchissement seront venus de la part du Seigneur, et qu’il aura envoyé Jésus-Christ, qui vous a été annoncé auparavant,
21 lequel il faut que le ciel contienne jusqu’au temps du rétablissement de toutes les choses, dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes, dès le commencement.
22 Car Moïse a dit à nos pères : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera, d’entre vos frères, un prophète comme moi, écoutez-le en tout ce qu’il vous dira.
23 Et quiconque n’écoutera pas ce prophète, sera exterminé du milieu de son peuple.
24 Tous les prophètes qui ont parlé depuis Samuel, et ceux qui l’ont suivi, ont aussi prédit ces jours-ci.
25 Vous êtes les enfants des prophètes, et de l’alliance que Dieu a traitée avec nos pères, en disant à Abraham : Toutes les familles de la terre seront bénies en ta postérité.
26 C’est pour vous premièrement que Dieu, ayant suscité son Fils Jésus, l'a envoyé pour vous bénir, en retirant chacun de vous de vos iniquités.
REFLEXIONS
L’histoire de la guérison de cet homme qui était perclus montre qu’aussitôt après l’ascension de notre Seigneur, les apôtres firent voir aux yeux de tous les Juifs par des miracles éclatants que Jésus-Christ était élevé au Ciel et qu’il leur avait donné le pouvoir de faire des miracles semblables aux siens. Ce fut par ce moyen que l’Évangile continua à faire de grands progrès dans la ville de Jérusalem, tout le peuple ayant été rempli d’admiration à la vue de cette guérison miraculeuse.
II. On doit remarquer après cela dans le discours de St. Pierre le zèle et la hardiesse avec laquelle cet apôtre reprocha aux Juifs le crime qu’ils avaient commis en crucifiant Jésus-Christ et leur déclara ouvertement que ce Jésus était le Messie dont tous les prophètes avaient prédit la venue. C’est ainsi qu’il faut toujours confesser le nom de notre Seigneur et rendre un témoignage authentique à la vérité.
III. On voit ici que bien que les Juifs eussent crucifié le fils de Dieu, Pierre ne laissa pas de les exhorter à la repentance et qu’il leur promet que leurs péchés seraient effacés pourvu qu’ils se convertissent et qu’ils ne s’obstinassent pas dans leur incrédulité. D’où nous devons recueillir que le retour à la grâce de Dieu est ouvert à tous ceux qui se repentent et qui s’amendent, quelques coupables qu’ils soient.
IV. Enfin, Saint Pierre nous apprend que Jésus est ce grand prophète dont Moïse avait parlé et duquel Dieu a dit : qu’on doit l’écouter en tout ce qu’il dira et que ceux qui refuseront de l’écouter seront retranchés de son peuple.
C’est cela même que Saint Pierre marque dans le dernier verset de ce chapitre en disant : que Dieu a envoyé son fils Jésus pour nous bénir en nous retirant chacun de nous de nos péchés.
Le but de l’envoi du fils de Dieu a donc été de retirer les hommes de leurs vices et ce n’est que par là qu’ils peuvent avoir part à la bénédiction que ce grand Sauveur a apportée au monde.
Saint Luc rapporte : I. L’emprisonnement de St. Pierre et de St. Jean. II. Leur comparution devant le conseil des Juifs, et ce qui s’y passa. III. Une prière qu’ils firent à Dieu après qu’on leur eut défendu avec de sévères menaces de plus parler au nom de Jésus-Christ. IV. L’état de l’église de Jérusalem et surtout de l’admirable charité qui y régnait.
1 Mais comme Pierre et Jean parlaient au peuple, les sacrificateurs, le capitaine du temple et les sadducéens survinrent,
2 étant fort en peine de ce qu’ils enseignaient le peuple, et de ce qu’ils annonçaient la résurrection des morts au nom de Jésus.
3 Et s’étant saisis d’eux, ils les mirent en prison jusqu’au lendemain, parce qu’il était déjà tard.
4 Cependant, plusieurs de ceux qui avaient entendu la parole, crurent, et le nombre de ces personnes fut d’environ cinq mille.
5 Mais il arriva, le lendemain, que les chefs du peuple, les sénateurs et les scribes s’assemblèrent à Jérusalem,
6 Avec Anne, le souverain sacrificateur, Caïphe, Jean, Alexandre et tous ceux qui étaient de la race sacerdotale ;
7 et ayant fait paraître au milieu d’eux Pierre et Jean, ils leur dirent : Par quel pouvoir, ou au nom de qui avez-vous fait ceci ?
8 Alors Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit : Chefs du peuple, et vous, sénateurs d’Israël,
9 puisque nous sommes aujourd’hui recherchés pour avoir fait du bien à un homme impotent, afin de savoir par quel moyen il a été guéri ;
10 sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que c’est au nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts ; c’est par lui que cet homme se présente guéri devant vous.
11 C’est cette pierre qui a été rejetée par vous qui bâtissez, qui a été faite la principale pierre de l’angle.
12 Et il n’y a point de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés.
13 Eux voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et sachant que c’étaient des hommes sans lettres et du commun peuple, ils étaient dans l’étonnement, et ils reconnaissaient qu’ils avaient été avec Jésus.
14 Et voyant que l’homme qui avait été guéri était présent avec eux, ils n’avaient rien à opposer.
15 Alors leur ayant commandé de sortir du conseil, ils consultèrent entre eux,
16 disant : Que ferons-nous à ces gens-ci ? car c’est une chose connue à tous les habitants de Jérusalem, qu’ils ont fait un miracle ; cela est évident, et nous ne pouvons pas le nier.
17 Mais afin que cela ne se répande pas davantage parmi le peuple, défendons-leur, avec de grandes menaces, de parler à qui que ce soit en ce nom-là.
18 Et les ayant rappelés, ils leur défendirent absolument de parler, ni d’enseigner en aucune manière au nom de Jésus.
19 Mais Pierre et Jean leur répondirent : Jugez vous-mêmes s’il est juste devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu.
20 Car pour nous, nous ne pouvons pas ne point parler des choses que nous avons vues et que nous avons entendues.
21 Ils les renvoyèrent donc avec de grandes menaces, ne trouvant pas le moyen de les punir à cause du peuple ; parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui était arrivé.
22 Car l’homme sur qui cette miraculeuse guérison avait été faite, avait plus de quarante ans.
23 Après qu’on les eut laissés aller, ils vinrent vers leurs frères, et leur racontèrent tout ce que les principaux sacrificateurs et les sénateurs leur avaient dit.
24 Ce qu’ayant entendu, ils élevèrent tous d’un accord leur voix à Dieu, et dirent : Seigneur, tu es le Dieu qui a fait le ciel, la terre, et la mer, et toutes les choses qui y sont ;
25 et qui a dit par la bouche de David ton serviteur : Pourquoi les nations se sont-elles émues, et pourquoi les peuples ont-ils projeté des choses vaines ?
26 Les rois de la terre se sont soulevés, et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre son Oint.
27 Car en effet, Hérode et Ponce-Pilate, avec les Gentils et le peuple d’Israël, se sont assemblés contre ton saint Fils Jésus, que tu as oint,
28 Pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient auparavant déterminé devoir être faites.
29 Maintenant donc, Seigneur, regarde à leurs menaces, et donne à tes serviteurs d’annoncer ta parole avec une pleine hardiesse ;
30 en étendant ta main, afin qu’il se fasse des guérisons, des miracles et des merveilles par le nom de ton Saint Fils Jésus.
31 Lorsqu’ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés trembla ; et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse.
32 Or, la multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme ; et personne ne disait que ce qu’il possédait fût à lui en particulier ; mais toutes choses étaient communes entre eux.
33 Et les apôtres rendaient témoignage, avec beaucoup de force, de la résurrection du Seigneur Jésus ; et il y avait une grande grâce sur eux tous.
34 Car il n’y avait personne parmi eux qui fût dans l’indigence ; parce que tous ceux qui possédaient des fonds de terre, ou des maisons, les vendaient, et apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu.
35 Ils le mettaient aux pieds des apôtres ; et on le distribuait à chacun selon qu’il en avait besoin.
36 Ainsi Joses, surnommé par les apôtres Barnabas, c’est-à-dire fils de consolation, qui était lévite et originaire de Chypre,
37 ayant un fonds de terre, le vendit, et en apporta le prix, et le mit aux pieds des apôtres.
REFLEXIONS
On voit premièrement dans ce chapitre l’accomplissement de ce que Jésus-Christ avait prédit aux apôtres, savoir qu’ils seraient mis en prison et menés devant les magistrats à cause de lui, mais on remarque aussi que les rigueurs qu’on exerçait contre eux n’ébranlaient point leur confiance et que le nombre de chrétiens croissait chaque jour nonobstant les oppositions des Juifs.
II. Les apôtres paraissant devant le conseil y parlèrent avec sainte hardiesse et avec tant de force que leurs ennemis en étaient étonnés et qu’ils n’avaient rien à leur opposer. C’est là un effet de la vertu divine dont les apôtres étaient revêtus et des promesses que Jésus-Christ leur avaient faites de les fortifier et de leur donner une sagesse à laquelle personne ne pourrait résister.
III. St. Pierre et St. Jean firent encore paraître leur zèle lorsque le magistrat leur ayant défendu de plus annoncer l’Évangile, ils répondirent : qu’il n’était pas juste d’obéir aux hommes plutôt qu’à Dieu.
Cette généreuse résolution des apôtres montre qu’il n’y a rien au monde qui doive nous empêcher d’obéir à Dieu et qu’en particulier les ministres du Seigneur, qui par des égards mondains ou par la crainte des hommes n’osent pas dire et faire tout ce que Dieu leur commande, sont des lâches et des prévaricateurs.
IV. On voit dans l’ardente prière que les apôtres présentèrent à Dieu pour implorer son secours, le courage et la confiance dont ils étaient animés. Et les marques que Dieu leur donna de sa présence et de sa faveur en faisant trembler le lieu où ils étaient assemblés les assurèrent que Dieu agréait et exauçait leur prière et qu’il les couvrirait de sa protection. On a toujours un secours puissant et une ressource sûre dans la prière lorsqu’on craint Dieu et qu’on n’a en vue que sa gloire. Dieu ne manque jamais d’exaucer ceux qui l’invoquent ainsi et quand on défend sa cause, on doit se mettre peu en peine des vains efforts des hommes.
V. Ce qui est dit sur la fin de ce chapitre de l’union qu’il y avait entre les fidèles de Jérusalem et de l’usage qu’ils faisaient de leurs biens fait voir que l’esprit du christianisme est un esprit de paix et de concorde, que les vrais chrétiens ne sont qu’un cœur et qu’une âme et qu’ils exercent avec plaisir et libéralement la charité envers les nécessiteux.
St Luc fait l’histoire du péché d’Ananias et de Saphira et de la punition que Dieu en fit. II. Il parle ensuite des miracles des apôtres et des progrès merveilleux que l’Évangile faisait à Jérusalem. III. Les apôtres sont mis en prison une seconde fois, mais Dieu les en délivre par un ange et ils continuent à annoncer l’Évangile. IV. Ils paraissent encore devant le conseil qui les condamne à être fouettés et qui leur défend de plus parler de Jésus-Christ et de sa doctrine.
1 Mais un certain homme nommé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une possession ;
2 et il retint une partie du prix, du consentement de sa femme, et il en apporta le reste, et le mit aux pieds des apôtres.
3 Mais Pierre lui dit : Ananias, pourquoi Satan s’est-il emparé de ton cœur, pour te faire mentir au Saint-Esprit, et détourner une partie du prix de ce fonds de terre ?
4 Si tu l’eusses gardé, ne te demeurait-il pas ? et l’ayant vendu, n’était-il pas en ton pouvoir d’en garder le prix ? Comment cela a-t-il pu entrer dans ton cœur ? Ce n’est pas aux hommes que tu as menti, mais c’est à Dieu.
5 Ananias, à l’ouïe de ces paroles, tomba, et rendit l’esprit ; ce qui causa une grande crainte à tous ceux qui en entendirent parler.
6 Et quelques jeunes gens se levant, le prirent, l’emportèrent, et l’ensevelirent.
7 Environ trois heures après, sa femme ne sachant rien de ce qui était arrivé, entra.
8 Et Pierre prenant la parole, lui dit : Dis-moi, avez-vous vendu le fonds de terre autant ? Et elle dit : Oui, nous l’avons vendu autant.
9 Alors Pierre lui dit : Pourquoi vous êtes-vous accordés ensemble pour tenter l’Esprit du Seigneur ? Voilà, ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront.
10 Au même instant elle tomba à ses pieds et rendit l’esprit. Et ces jeunes gens étant entrés, ils la trouvèrent morte, et ils l’emportèrent, et l’ensevelirent auprès de son mari.
11 Cela donna une grande crainte à toute l’Eglise et à tous ceux qui en entendirent parler.
12 Et il se faisait beaucoup de miracles et de prodiges parmi le peuple, par le moyen des apôtres, et ils étaient tous d’un accord dans le portique de Salomon.
13 Et aucun des autres n’osait se joindre à eux, mais le peuple leur donnait de grandes louanges.
14 Et la multitude de ceux qui croyaient au Seigneur, tant des hommes que des femmes, s’augmentait de plus en plus ;
15 jusque-là qu’on apportait les malades dans les rues, et on les mettait sur des lits et sur des couchettes, afin que quand Pierre viendrait à passer, son ombre du moins en couvrît quelques-uns.
16 Le peuple des villes voisines venait aussi en foule à Jérusalem ; et on y apportait les malades, et ceux qui étaient tourmentés par les esprits immondes, et tous étaient guéris.
17 Alors le souverain sacrificateur et tous ceux qui étaient avec lui, lesquels étaient de la secte des sadducéens, se levèrent et furent remplis d’envie.
18 Et ils se saisirent des apôtres, et les mirent dans la prison publique.
19 Mais un ange du Seigneur ouvrit, pendant la nuit, les portes de la prison, et les ayant fait sortir, il leur dit :
20 Allez, et vous présentant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette doctrine de la vie.
21 Ce qu’ayant ouï, ils entrèrent, dès le point du jour, dans le temple, et ils y enseignaient. Cependant le souverain sacrificateur étant arrivé, et ceux qui étaient avec lui, ils assemblèrent le conseil et tous les sénateurs du peuple d’Israël ; et ils envoyèrent à la prison pour faire amener les apôtres.
22 Mais les sergents y étant allés, ils ne les trouvèrent point dans la prison ; ainsi ils s’en retournèrent, et firent leur rapport,
23 Disant : Nous avons trouvé la prison bien fermée, et les gardes dehors, devant les portes ; mais l’ayant ouverte, nous n’avons trouvé personne dedans.
24 Le souverain sacrificateur, le capitaine du temple et les principaux sacrificateurs, ayant ouï cela, furent fort en peine au sujet des apôtres, ne sachant ce qui arriverait de tout cela.
25 Mais quelqu’un survint, qui leur fit ce rapport : Voilà ces gens que vous aviez mis en prison, qui sont dans le temple, et qui enseignent le peuple.
26 Alors le capitaine du temple, avec les huissiers, s’en alla, et il les amena, mais sans violence ; car ils craignaient d’être lapidés par le peuple.
27 Et les ayant amenés, ils les présentèrent au conseil. Et le souverain sacrificateur les interrogea, et leur dit :
28 Ne vous avons-nous pas défendu expressément d’enseigner en ce nom-là ? et vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme.
29 Mais Pierre et les autres apôtres répondirent : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
30 Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez fait mourir, le pendant au bois.
31 C’est lui que Dieu a élevé à sa droite, pour être le Prince et le Sauveur, afin de donner à Israël la repentance et la rémission des péchés.
32 Et nous lui sommes témoins de ces choses, aussi bien que le Saint-Esprit que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent.
33 Eux entendant cela, grinçaient les dents, et ils délibéraient de les faire mourir.
34 Mais un Pharisien, nommé Gamaliel, docteur de la loi, honoré de tout le peuple, se levant dans le conseil, commanda qu’on fît retirer les apôtres pour un peu de temps.
35 Et il leur dit : Hommes Israélites, prenez garde à ce que vous avez à faire à l’égard de ces gens.
36 Car il y a quelque temps que Theudas s’éleva, se disant être quelque chose ; auquel un nombre d’environ quatre cents hommes se joignit ; mais il fut tué, et tous ceux qui l’avaient cru furent dissipés et réduits à rien.
37 Après lui, s’éleva Judas le Galiléen, du temps du dénombrement, et il attira à lui un grand peuple ; mais il périt aussi, et tous ceux qui le crurent furent dispersés.
38 Je vous dis donc maintenant : Ne poursuivez plus ces gens-là, mais laissez-les en repos ; car si ce dessein est un ouvrage des hommes, il se détruira de lui-même ;
39 mais s’il vient de Dieu, vous ne pouvez le détruire, et prenez garde qu’il ne se trouve que vous avez fait la guerre à Dieu. Et ils furent de son avis.
40 Et ils firent rentrer les apôtres ; et après les avoir fait fouetter, ils leur défendirent de parler au nom de Jésus ; et ils les laissèrent aller.
41 Ils sortirent donc de devant le conseil, remplis de joie d’avoir été trouvés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus.
42 Et ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus-Christ, dans le temple et de maison en maison.
REFLEXIONS
Il y a trois réflexions à faire sur l’histoire d’Ananias.
I. La première, que Dieu frappa de mort cet homme et sa femme pour avoir menti à St. Pierre, afin de donner de la crainte à tous les membres de l’église, de soutenir l’autorité des apôtres dans les commencements de la prédication de l’Évangile et de faire voir la divinité de la doctrine qu’ils annonçaient.
II. La seconde, que Dieu connait les cœurs et les choses cachées, que quand même on pourrait tromper les hommes, on ne saurait le tromper et que ceux qui mentent aux hommes et en particulier à leurs conducteurs spirituels dans des occasions où l’on est obligé de dire la vérité, mentent à Dieu et s’exposent à sa vengeance.
III. La troisième, que c’est un très grand péché d’user de mensonge et de tromperie dans l’exercice de la charité. On est libre de donner ou de ne pas donner, mais quand on a consacré une chose à Dieu et à des usages de charité, il n’est pas permis de la reprendre, ni même d’en retenir la moindre partie.
Ce que St. Luc dit des miracles surprenants que les apôtres faisaient, de l’accroissement merveilleux de l’église de Jérusalem aussi bien que de l’amour et du respect que tout le monde avait pour les chrétiens est tout à fait remarquable. C’étaient là des preuves authentiques de la divinité de la doctrine chrétienne et de son efficace. Et puisque ces progrès de l’Évangile étaient le fruit, non seulement des miracles des apôtres, mais aussi de l’union qui régnait parmi les fidèles et de l’innocence de leurs mœurs, on voit par-là combien la bonne vie des chrétiens contribue à rendre la religion de Jésus-Christ honorable et à l’établir dans le monde.
Les apôtres furent emprisonnés pour la seconde fois en ce temps-là, mais Dieu leur fit ouvrir miraculeusement les portes de la prison par un ange. Cette nouvelle marque de la protection de Dieu devait les remplir d’assurance et faire voir à leurs ennemis que c’était en vain qu’ils s’opposaient à la prédication de l’Évangile. Après que les apôtres furent sortis de prison, ils allèrent enseigner dans le temple, nonobstant les défenses qui leur avaient été faites et étant appelés pour cela devant le conseil, ils y parlèrent avec beaucoup de sagesse et de fermeté en déclarant : qu’il fallait plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes.
Ce courage et ce zèle des apôtres nous apprennent qu’il faut toujours suivre les mouvements de sa conscience sans s’effrayer des menaces des hommes et que les ordres où les défenses des magistrats ne doivent jamais nous arrêter quand il s’agit d’obéir à Dieu et de faire ce qu’il commande.
Il faut remarquer ensuite que le conseil étant irrité contre les apôtres voulait les faire mourir, mais que Dieu se servit des sages avis de Gamaliel pour les garantir du danger qui les menaçait. La manière dont ce sénateur parla dans le conseil doit nous faire reconnaitre que les avis modérés et pieux doivent être suivis, qu’il ne faut jamais rien faire par passion et par un zèle inconsidéré, surtout en matière de religion, que les entreprises dont Dieu n’est pas l’auteur se dissipent tôt ou tard d’elles-mêmes, mais que celles qui viennent de lui s’accomplissent infailliblement, malgré l’opposition des hommes et que ceux qui s’y opposent font la guerre à Dieu.
Enfin, l’on voit ici que les apôtres ayant été condamnés à être fouettés se réjouirent d’avoir eu l’honneur de souffrir cet opprobre pour Jésus-Christ et qu’ils continuèrent à prêcher l’Évangile. C’est ainsi qu’il faut souffrir constamment et même avec joie les maux auxquels on pourrait être exposés en faisant son devoir et s’en acquitter toujours avec persévérance.
Ce chapitre a deux parties : I. On lit dans la première l’établissement des diacres dont la charge était d’administrer les aumônes de l’église, et dans la seconde comment St. Étienne fut accusé devant le conseil des Juifs.
1 En ce temps-là, comme les disciples se multipliaient, il s’éleva un murmure des Grecs contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution qui se faisait chaque jour.
2 C’est pourquoi les douze apôtres, ayant convoqué la multitude des disciples, leur dirent : Il n’est pas raisonnable que nous laissions la prédication de la parole de Dieu, pour servir aux tables.
3 Choisissez donc, frères, sept hommes d’entre vous, de qui l’on ait un bon témoignage, et qui soient pleins du Saint-Esprit et de sagesse, afin que nous leur commettions cet emploi.
4 Et pour nous, nous continuerons à vaquer à la prière et au ministère de la parole.
5 Cette proposition plut à toute l’assemblée ; et ils élurent Etienne, homme plein de foi et du Saint-Esprit, Philippe et Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte antiochien ;
6 et ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains.
7 Et la parole de Dieu se répandait, et le nombre des disciples se multipliait fort à Jérusalem. Il y avait même un grand nombre de sacrificateurs qui obéissaient à la foi.
8 Or, Etienne, plein de foi et de force, faisait de grands prodiges et de grands miracles parmi le peuple.
9 Mais quelques-uns de la synagogue, qu’on appelle la synagogue des affranchis, et de celle des Cyrénéens, des Alexandrins, et de ceux de Cilicie et d’Asie, s’élevèrent et disputaient contre Etienne.
10 Et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait.
11 Alors ils subornèrent des hommes, pour dire : Nous lui avons ouï proférer des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu.
12 Et ils émurent le peuple, et les sénateurs, et les Scribes ; et se jetant sur lui, ils le saisirent par force et l’emmenèrent au conseil ;
13 Et ils produisirent de faux témoins, qui disaient : Cet homme-ci ne cesse de proférer des paroles blasphématoires contre ce saint lieu et contre la loi.
14 Car nous lui avons ouï dire que ce Jésus de Nazareth détruira ce lieu, et changera les ordonnances que Moïse nous a données.
15 Et comme tous ceux qui étaient assis au conseil avaient les yeux arrêtés sur lui, son visage leur parut semblable à celui d’un ange.
REFLEXIONS
On voit dans ce chapitre l’institution de la charge des diacres qui furent établis par les apôtres pour dispenser les charités des fidèles. Quoi que cette charge soit aujourd’hui abolie dans la plupart des églises chrétiennes par la faute des hommes et par le désordre qui y règne à divers égards, elle ne laisse pas d’être une institution divine et très utile pour l’édification de l’église.
II. Puisque Dieu voulut que l’administration des aumônes fut confiée à des gens sages et remplis du Saint-Esprit, il parait de là que la charité est un devoir très important, que les aumônes des fidèles doivent être distribuées avec beaucoup de prudence et de sagesse, que, pour cet effet, l’église doit commettre des gens intègres et craignant Dieu qui soient chargés de ce soin et qu’en général on ne doit mettre dans les charges ecclésiastiques que des personnes qui aient un bon témoignage et qui soient d’une probité reconnue.
III. L’on voit ici que St. Étienne, l’un des sept diacres qui était illustre par sa foi, par son zèle et par les miracles qu’il faisait ne tarda pas à éprouver la haine des Juifs. Il fut accusé d’être un ennemi de Dieu et de la loi de Moïse et amené devant le conseil pour y être condamné. Mais il y parut avec une sainte hardiesse et d’une manière qui étonna les juges.
C’est de tout temps que les gens de bien ont été exposés à la haine des méchants et à leurs calomnies, mais l’injustice et la violence dont on use contre eux ne les empêchent jamais de s’acquitter courageusement de leur devoir et de satisfaire aux engagements de leur vocation et de leur conscience.
Ce chapitre contient premièrement le discours que St. Étienne fit devant le conseil des Juifs. II. Le récit de son martyre et de sa mort.
1 Alors le souverain sacrificateur dit à Etienne : Ces choses sont-elles ainsi ?
2 Et Etienne dit : Mes frères et mes pères, écoutez-moi. Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il demeurât à Carran ;
3 et il lui dit : Sors de ton pays et de ta parenté et viens dans le pays que je te montrerai.
4 Alors, étant sorti du pays des Chaldéens, il vint demeurer à Carran. De là, après que son père fut mort, Dieu le fit passer dans ce pays que vous habitez maintenant,
5 où il ne lui donna aucun fonds, non pas même un pied de terre ; mais il lui promit de lui en donner la possession, et à sa postérité après lui, lorsqu’il n’avait point encore d’enfant.
6 Et Dieu lui parla ainsi : Ta postérité habitera dans une terre étrangère pendant quatre cents ans ; et on la réduira en servitude, et on la maltraitera.
7 Mais je jugerai la nation qui les aura asservis, dit le Seigneur, et après cela ils sortiront, et me serviront en ce lieu-ci.
8 Puis il lui donna l’alliance de la circoncision ; et ensuite Abraham eut pour fils Isaac, qu’il circoncit le huitième jour, et Isaac eut Jacob, et Jacob les douze patriarches.
9 Et les patriarches, étant émus d’envie, vendirent Joseph pour être mené en Égypte ; mais Dieu fut avec lui.
10 Il le délivra de toutes ses afflictions, et, par la sagesse qu’il lui donna, il le rendit agréable à Pharaon, roi d’Égypte, qui l’établit gouverneur d’Égypte et de toute sa maison.
11 Alors il arriva une famine dans tout le pays d’Égypte, et en Canaan, et une grande misère, en sorte que nos pères ne pouvaient trouver des vivres.
12 Mais Jacob, ayant appris qu’il y avait du blé en Égypte, y envoya nos pères une première fois.
13 Et la seconde fois, Joseph fut reconnu par ses frères, et Pharaon sut quelle était l’extraction de Joseph.
14 Alors Joseph envoya quérir Jacob son père, et toute sa famille, qui consistait en soixante et quinze personnes.
15 Jacob donc descendit en Égypte et y mourut, lui et nos pères,
16 Qui furent transportés en Sichem, et mis dans le sépulcre qu’Abraham avait acheté à prix d’argent, des fils d’Hémor de Sichem.
17 Mais, comme le temps approchait, auquel devait s’accomplir la promesse que Dieu avait faite avec serment à Abraham, le peuple s’accrut et se multiplia beaucoup en Égypte,
18 Jusqu’à ce qu’il vint un autre roi en Égypte, qui n’avait point connu Joseph.
19 Ce roi, usant d’artifice contre notre nation, traita durement nos pères, jusqu’à leur faire exposer leurs enfants, afin d’en faire périr la race.
20 En ce temps-là Moïse naquit, qui était parfaitement beau, et qui fut nourri trois mois dans la maison de son père.
21 Ensuite, ayant été exposé, la fille de Pharaon le fit emporter, et le fit élever comme son fils.
22 Et Moïse fut instruit dans toutes les sciences des Égyptiens ; et il était puissant en paroles et en œuvres.
23 Mais quand il eut atteint l’âge de quarante ans, la pensée lui vint d’aller visiter ses frères, les enfants d’Israël.
24 Et voyant qu’on en maltraitait un sans sujet, il prit sa défense, et vengea celui qui était outragé, en tuant l’Égyptien.
25 Or, il croyait que ses frères comprendraient que Dieu les voulait délivrer par son moyen ; mais ils ne le comprirent point.
26 Le lendemain, il en vit quelques-uns d’eux qui se battaient, et il tâcha de les mettre d’accord, en leur disant : Ô hommes, vous êtes frères ; pourquoi vous maltraitez-vous l’un l’autre ?
27 Mais celui qui maltraitait son prochain, repoussa Moïse, en lui disant : Qui t’a établi prince et juge sur nous ?
28 Veux-tu me tuer, comme tu tuas hier l’Égyptien ?
29 A cette parole Moïse s’enfuit, et il demeura comme étranger au pays de Madian, où il eut deux fils.
30 Quarante ans après, l’ange du Seigneur lui apparut au désert de la montagne de Sina, dans la flamme d’un buisson qui était en feu.
31 Et quand Moïse le vit, il fut étonné de ce qu’il voyait ; et comme il s’approchait pour considérer ce que c’était, la voix du Seigneur lui fut adressée,
32 Qui lui dit : Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. Et Moïse, tout tremblant, n’osait considérer ce que c’était.
33 Alors le Seigneur lui dit : Ôte les souliers de tes pieds ; car le lieu où tu es est une terre sainte.
34 J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Egypte, et j’ai entendu leur gémissement, et je suis descendu pour les délivrer. Viens donc maintenant, et je t’enverrai en Egypte.
35 Ce Moïse qu’ils avaient rejeté, en disant : Qui t’a établi prince et juge ? c’est celui que Dieu envoya pour prince et pour libérateur, sous la conduite de l’ange qui lui était apparu dans le buisson.
36 C’est celui qui les tira de là, en faisant des prodiges et des miracles en Egypte, dans la mer Rouge, et au désert, pendant quarante ans.
37 C’est ce Moïse qui a dit aux enfants d’Israël : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète comme moi, d’entre vos frères ; écoutez-le.
38 C’est lui qui, lorsque le peuple fut assemblé au désert, s’entretenait avec l’ange qui lui parlait sur la montagne de Sina, c’est lui qui fut avec nos pères et qui a reçu des paroles de vie pour nous les donner.
39 Nos pères ne voulurent point lui obéir, mais ils le rejetèrent, et retournèrent de leur cœur en Egypte,
40 Disant à Aaron : Fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car pour ce Moïse qui nous a tirés du pays d’Egypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé.
41 Alors ils firent un veau d'or, et ils offrirent des sacrifices à l’idole, et se réjouirent dans les ouvrages de leurs mains.
42 C’est pourquoi Dieu se détourna d’eux, et les abandonna à servir l’armée du ciel, comme il est écrit dans le livre des prophètes, : Maison d’Israël, est-ce à moi que vous avez offert des victimes et des sacrifices durant quarante ans au désert ?
43 Vous avez porté le tabernacle de Moloch, et l’astre de votre dieu Remphan, qui sont des figures que vous avez faites pour les adorer ; c’est pourquoi je vous transporterai au-delà de Babylone.
44 Le tabernacle du témoignage a été avec nos pères au désert, comme l’avait ordonné celui qui avait dit à Moïse de le faire selon le modèle qu’il avait vu.
45 Et nos pères, l'ayant reçu, l’emportèrent, sous la conduite de Josué, au pays qui était possédé par les nations que Dieu chassa de devant nos pères, jusqu’aux jours de David,
46 qui trouva grâce devant Dieu, et qui lui demanda qu’il pût bâtir une demeure au Dieu de Jacob.
47 Et Salomon lui bâtit un temple.
48 Mais le Très-Haut n’habite point dans des temples faits par la main des hommes, comme le prophète le dit :
49 Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Quelle maison me bâtiriez-vous, dit le Seigneur, ou quel serait le lieu de mon repos ?
50 Ma main n’a-t-elle pas fait toutes ces choses ?
51 Gens de cou raide, et incirconcis de cœur et d’oreilles, vous vous opposez toujours au Saint-Esprit ; vous êtes tels que vos pères.
52 Quel est le prophète que vos pères n’aient pas persécuté ? Ils ont même tué ceux qui ont prédit l’avènement du Juste, que vous avez livré, et dont vous avez été les meurtriers ;
53 Vous qui avez reçu la loi par le ministère des anges, et qui ne l’avez point gardée.
54 Entendant ces choses, ils étaient transportés de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient les dents contre lui.
55 Mais Etienne, étant rempli du Saint-Esprit, et ayant les yeux attachés au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus qui était à la droite de Dieu ;
56 et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme qui est à la droite de Dieu.
57 Alors ils poussèrent de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles, et ils se jetèrent tous ensemble sur lui ;
58 Et l’ayant traîné hors de la ville, ils le lapidèrent, et les témoins mirent leurs habits aux pieds d’un jeune homme nommé Saul.
59 Et pendant qu’ils lapidaient Etienne, il priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit.
60 Puis s’étant mis à genoux, il cria à haute voix : Seigneur, ne leur impute point ce péché. Et quand il eut dit cela, il s’endormit.
REFLEXIONS
Le but du discours que St. Étienne fit devant le conseil était de faire voir :
I. Qu’il n’était pas un ennemi de Dieu et de la loi comme on l’en accusait, mais qu’il adorait le Dieu d’Abraham et des patriarches ;
II. Que Jésus était le Messie qui devait naître de la postérité d’Abraham et dont Moïse et les prophètes avaient marqué la venue ;
III. Que l’alliance de Dieu et son service n’étaient pas attachés à la nation des Juifs, ni au temple de Jérusalem, non plus qu’au service cérémoniel que Moïse avait prescrit ;
IV. Que les Juifs avaient été de tout temps rebelles à Dieu, qu’ils avaient rejeté et persécuté les prophètes et qu’ainsi il n’était pas surprenant qu’ils eussent rejeté Jésus-Christ et qu’ils persécutassent ses serviteurs.
On remarque dans tout ce discours de St. Étienne le grand zèle dont il était animé et la sainte liberté avec laquelle il reprocha aux Juifs leur endurcissement, quoi qu’il vît bien qu’en parlant ainsi il s’exposait à leur fureur et au danger de perdre la vie. Les Juifs transportés de rage condamnèrent ce fidèle serviteur de Dieu à être lapidé, mais Dieu lui fit voir pour l’encourager les Cieux ouverts et Jésus-Christ assis à sa droite, après quoi St. Étienne souffrit cette mort cruelle avec constance en invoquant le Seigneur Jésus jusqu’au dernier soupir et en priant pour ceux qui le faisaient mourir.
Cette mort du premier martyr de l’Église apprend à tous les chrétiens à souffrir courageusement tous les maux que la profession de la vérité peut attirer sur eux et même la mort s’ils y étaient appelés, à pardonner à ceux qui leur font le plus mal et à prier pour eux.
On voit encore dans ce récit combien la mort des vrais fidèles est douce et de quelles consolations elle est accompagnée, ce qui doit nous animer fortement à la piété, afin qu’à notre dernière heure, nous puissions aussi remettre notre esprit entre les mains du Seigneur Jésus-Christ et nous endormir paisiblement dans l’espérance d’une meilleure vie.
St. Luc rapporte ici : I. La persécution qui s’éleva contre l’église de Jérusalem après la mort de St. Étienne. II. Comment St. Philippe prêcha l’Évangile à Samarie. III. L’histoire de la conversion d’un seigneur étranger qui était trésorier de Candace, reine d’Éthiopie.
1 Or, Saul avait consenti à la mort d’Etienne ; et en ce temps-là, il s’éleva une grande persécution contre l’Eglise de Jérusalem ; et tous les fidèles, excepté les apôtres, furent dispersés par les quartiers de la Judée et de la Samarie.
2 Et quelques hommes pieux emportèrent Etienne pour l’ensevelir, et ils firent un grand deuil sur lui.
3 Mais Saul ravageait l’Eglise, entrant dans les maisons ; et traînant par la force les hommes et les femmes, il les faisait mettre en prison.
4 Ceux donc qui furent dispersés, allaient de lieu en lieu, et ils annonçaient la parole de Dieu.
5 Philippe donc, étant descendu à la ville de Samarie, leur prêcha Christ.
6 Et le peuple était attentif, d’un commun accord, à ce que Philippe disait, en écoutant, et en voyant les miracles qu’il faisait.
7 Car les esprits immondes sortaient de plusieurs qui en étaient possédés, en jetant de grands cris ; et beaucoup de paralytiques et d’impotents furent guéris.
8 Ce qui causa une grande joie dans cette ville.
9 Or, il y avait auparavant, dans la même ville, un homme nommé Simon, qui exerçait la magie et remplissait d’étonnement le peuple de Samarie, se faisant passer pour un grand personnage.
10 Tous lui étaient attachés, depuis le plus petit jusqu’au plus grand ; et ils disaient : Celui-ci est la grande puissance de Dieu.
11 Et ils étaient attachés à lui, parce que depuis longtemps il leur avait renversé l’esprit par ses enchantements.
12 Mais quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait ce qui concerne le royaume de Dieu et le nom de Jésus-Christ, ils furent baptisés, tant les hommes que les femmes.
13 Et Simon lui-même crut aussi, et après avoir été baptisé, il ne quittait point Philippe ; et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était tout hors de lui-même.
14 Cependant, les apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris que ceux de Samarie avaient reçu la parole de Dieu, ils leur envoyèrent Pierre et Jean,
15 qui, y étant descendus, prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit.
16 Car il n’était point encore descendu sur aucun d’eux ; mais ils avaient été seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus.
17 Alors les apôtres leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit.
18 Mais Simon voyant que le Saint-Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l’argent, et leur dit :
19 Donnez-moi aussi ce pouvoir, que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent le Saint-Esprit.
20 Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait avec de l’argent.
21 Tu n’as point de part, ni rien à prétendre en cette affaire ; car ton cœur n'est pas droit devant Dieu.
22 Repens-toi donc de cette méchanceté, et prie Dieu, afin que, s’il est possible, cette pensée de ton cœur te soit pardonnée.
23 Car je vois que tu es dans un fiel très amer, et dans les liens de l’iniquité.
24 Alors Simon répondit, et leur dit : Priez vous-mêmes le Seigneur pour moi, afin qu’il ne m’arrive rien de ce que vous avez dit.
25 Eux donc, après avoir ainsi rendu témoignage à la parole du Seigneur, et l’avoir annoncée, retournèrent à Jérusalem, et prêchèrent l’évangile en plusieurs bourgs des Samaritains.
26 Et un ange du Seigneur parla à Philippe, et lui dit : Lève-toi et va du côté du midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza la déserte.
27 Et il se leva, et s’en alla. Or, un Ethiopien, eunuque, qui était un puissant seigneur a la cour de Candace, reine d’Ethiopie, surintendant de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer Dieu.
28 Comme il s’en retournait, étant assis dans son chariot, il lisait le prophète Esaïe.
29 Alors l’Esprit dit à Philippe : Approche-toi, et joins ce chariot.
30 Et Philippe accourut, et entendit qu’il lisait le prophète Esaïe ; et il lui dit : Entends-tu bien ce que tu lis ?
31 Il lui répondit : Et comment le pourrais-je entendre, si quelqu’un ne me guide ? Et il pria Philippe de monter, et de s’asseoir auprès de lui.
32 Or, le passage de l’Ecriture qu’il lisait, était celui-ci : Il a été mené comme une brebis à la boucherie ; et de même qu’un agneau muet devant celui qui le tond, il n’a pas ouvert la bouche.
33 Sa condamnation a été levée dans son abaissement. Mais qui pourra compter sa durée ? Car sa vie a été retranchée de la terre.
34 Alors l’eunuque prit la parole et dit à Philippe : Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? Est-ce de lui-même, ou de quelque autre ?
35 Là-dessus, Philippe, prenant la parole, et commençant par cet endroit de l'Ecriture, il lui annonça Jésus.
36 Et comme ils allaient par le chemin, ils arrivèrent à un endroit où il y avait de l’eau ; et l’eunuque dit : Voici de l’eau ; qu’est-ce qui empêche que je ne sois baptisé ?
37 Et Philippe lui dit : Si tu crois de tout ton cœur, cela t’est permis. Et l’eunuque, répondant, dit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.
38 Et il commanda qu’on arrêtât le chariot ; et ils descendirent tous deux dans l’eau, Philippe et l’eunuque ; et Philippe le baptisa.
39 Et quand ils furent remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, et il continua son chemin plein de joie.
40 Mais Philippe se trouva dans Azot ; et il annonça l'évangile par toutes les villes où il passa, jusqu’à ce qu’il vint à Césarée.
REFLEXIONS
Il faut remarquer sur ce chapitre que la mort de St Étienne et la persécution qui fut suscitée contre l’église de Jérusalem tournèrent à l’avancement de l’Évangile, puisque les fidèles qui furent dispersés annoncèrent en divers lieux la parole de Dieu. Voilà comment les persécutions, que les premiers ennemis de l’église excitèrent contre elle, servirent à étendre davantage la religion de Jésus-Christ.
II. Ce qu’on lit ici de la créance que le peuple de Samarie donnait à Simon le magicien fait voir que les personnes qui ne connaissent pas la vérité se laissent aisément séduire par des imposteurs. Mais le changement qui arriva dans cette ville après que Philippe y eut annoncé l’Évangile montre que la vérité triomphe de l’erreur et du mensonge. St Luc remarque que Simon lui-même se fit baptiser et qu’il était tout ravi de voir les miracles que Philippe faisait. Cet exemple prouve que les méchants sont quelquefois touchés de l’excellence de l’Évangile et qu’ils en embrassent même la profession, mais ne le faisant pas par de bons motifs, leur conversion n’est pas sincère. Sur ce qui est ajouté que Simon offrit de l’argent à St. Pierre pour obtenir le don de communiquer le Saint-Esprit et de faire des miracles et que St. Pierre, rempli d’indignation lui dénonça le jugement de Dieu, il faut remarquer que c’est une impiété détestable de faire servir la religion à l’avarice ou à l’ambition et de prétendre acheter ou vendre les choses saintes en quelque manière que cela se fasse. Cependant, St. Pierre exhorta Simon à se repentir et Simon effrayé pria les apôtres d’intercéder pour lui auprès de Dieu. Cela nous apprend qu’il ne faut jamais abandonner entièrement les plus grands pécheurs, ni leur refuser le secours de nos exhortations et de nos prières.
III. Dieu appela en ce temps-là un officier de la reine Candace à la foi en Jésus-Christ afin de montrer que l’Évangile serait bientôt annoncé à tous les peuples et afin de répandre par le moyen de cet homme la vraie religion dans l’Éthiopie. Ce seigneur, qui était du nombre des prosélytes païens qui avaient renoncé à l’idolâtrie, venait adorer le vrai Dieu à Jérusalem et il était occupé à la lecture des livres sacrés lorsque Dieu lui adressa Philippe pour l’instruire. On voit par-là que la providence prend un soin particulier de ceux qui ont de bonnes intentions et que Dieu accorde une nouvelle mesure de ses grâces à ceux qui font un bon usage de celles qu’ils ont déjà reçues et qui cherchent sincèrement la vérité. Le désir que cet officier fit paraître d’entendre le sens du passage d’Ésaïe qu’il lisait et la docilité avec laquelle il écouta Philippe montrent que chacun doit travailler à s’instruire des vérités du salut, tant par soi-même que par le secours d’autrui et qu’on ne doit pas négliger les instructions des ministres que Dieu a établis. L’officier ayant ouï Philippe souhaita d’être baptisé et après qu’il eût fait une profession ouverte de la foi, il reçût le baptême. C’est ainsi qu’en usent ceux qui aiment la vérité aussitôt qu’elle est connue, ils en embrassent la profession et ils ne renvoient jamais à s’acquitter de leur devoir.
IV. Enfin, comme ce seigneur après avoir été baptisé s’en retourna plein de joie dans son pays, il faut aussi que nous estimions par-dessus toutes choses le bonheur que nous avons de croire en Jésus-Christ et que l’avantage d’être de son église fasse toute notre consolation et toute notre joie.
C’est ici l’histoire de la conversion de Paul.
1 Cependant, Saul ne respirant toujours que menace et que carnage contre les disciples du Seigneur, s’adressa au souverain sacrificateur,
2 Et il lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que s'il trouvait quelques personnes de cette secte, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem.
3 Et comme il était en chemin, et qu’il approchait de Damas, tout d’un coup une lumière venant du ciel resplendit comme un éclair autour de lui.
4 Et étant tombé par terre, il entendit une voix qui lui dit : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?
5 Et il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur lui dit : Je suis Jésus que tu persécutes ; il te serait dur de regimber contre les aiguillons.
6 Alors, tout tremblant et effrayé, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, et entre dans la ville, et là on te dira ce qu’il faut que tu fasses.
7 Or, les hommes qui faisaient le voyage avec lui s’arrêtèrent tout épouvantés, entendant bien une voix, mais ne voyant personne.
8 Et Saul se leva de terre, et ayant ouvert les yeux, il ne voyait personne, de sorte qu’ils le conduisirent par la main, et le menèrent à Damas,
9 Où il fut trois jours, sans voir, et sans manger ni boire.
10 Il y avait alors à Damas un disciple, nommé Ananias, à qui le Seigneur dit dans une vision : Ananias. Et il répondit : Me voici, Seigneur.
11 Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, et t’en va dans la rue qu’on appelle la rue droite, et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul, de Tarse ; car il est présentement en prières.
12 (Au même temps, Saul vit en vision un homme, nommé Ananias, qui entrait et qui lui imposait les mains, afin qu’il recouvrât la vue.)
13 Ananias répondit : Seigneur, j’ai ouï dire à plusieurs personnes combien cet homme a fait de maux à tes Saints dans Jérusalem.
14 Il est même ici, avec pouvoir, de la part des principaux sacrificateurs, de lier tous ceux qui invoquent ton nom.
15 Mais le Seigneur lui dit ; Va ; car cet homme est un instrument que j’ai choisi pour porter mon nom devant les Gentils, devant les rois, et devant les enfants d’Israël ;
16 et je lui montrerai combien il faudra qu’il souffre pour mon nom.
17 Ananias donc s’en alla, et étant entré dans la maison, il lui imposa les mains, et lui dit : Saul mon frère, le Seigneur Jésus, qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé afin que tu recouvres la vue, et que tu sois rempli du Saint-Esprit.
18 Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles, et à l’instant il recouvra la vue ; puis il se leva, et fut baptisé.
19 Et ayant mangé, il reprit ses forces. Et Saul fut quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas.
20 Et il prêcha incontinent dans les synagogues, que Christ était le Fils de Dieu.
21 Et tous ceux qui l’entendaient étaient hors d’eux-mêmes et disaient : N’est-ce pas là celui qui persécutait dans Jérusalem ceux qui invoquaient ce nom, et qui est venu ici exprès, afin de les emmener liés aux principaux sacrificateurs ?
22 Mais Saul se fortifiait de plus en plus, et il confondait les Juifs qui habitaient à Damas, démontrant que Jésus était le Christ.
REFLEXIONS
On doit faire une grande attention à cette histoire et y considérer en premier lieu que St. Paul, qui fut un si excellent Apôtre, était avant sa conversion et dans le temps qu’il était encore Juif un ennemi déclaré de la religion de Jésus-Christ et un ardent persécuteur des chrétiens. Cet Apôtre nous dit lui-même sur cela que Dieu l’appela dans cet état afin de donner en sa personne un exemple illustre de sa miséricorde envers les pécheurs. Cependant il faut se souvenir que si Saul persécutait l’église, il le faisait par ignorance et par un faux zèle, croyant même faire une chose agréable à Dieu, mais qu’il était du reste d’une vie irréprochable. Quand on ne pèche pas par malice et par un effet de corruption du cœur, mais par ignorance et par la force des préjugés, on peut en revenir plus facilement et avoir part à la miséricorde de Dieu.
II. Le moyen dont le Seigneur se servit pour convertir Saul est remarquable. Dans le temps qu’il allait à Damas pour persécuter les chrétiens, Jésus-Christ l’arrêta près de cette ville par une apparition qui le rempli de frayeur. Il lui parla des Cieux, il le renversa par terre et il le frappa d’aveuglement. Notre Seigneur en usa ainsi parce que dans les dispositions où Saul était, il fallait quelque chose d’extrêmement fort pour vaincre ses préjugés et pour le rendre docile.
C’est ainsi que Dieu, par un effet de sa bonté et de sa sagesse, emploie les moyens les plus propres pour retirer les pécheurs de leurs égarements.
III. Ces paroles : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? marquent que Jésus-Christ regarde ce que l’on fait contre ses membres et contre son église comme s’il était fait contre lui-même et ce que Saul répondit en disant : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? exprime les sentiments d’humilité et de docilité qui se rencontrent dans les pécheurs qui sont salutairement touchés. Ils obéissent sans délai à la vocation céleste, ils s’abandonnent entièrement à Dieu et ils sont prêts à suivre tous les conseils qu’il leur donne.
IV. Il faut remarquer que Dieu après avoir mis Saul en état d’écouter et de recevoir ce qui lui serait dit le renvoya à Ananias pour apprendre de lui ce qu’il devait faire et que cependant il prépara Ananias par une vision à aller voir Saul et à l’instruire. C’est ainsi que Dieu disposait les choses avec une grande sagesse pour achever l’ouvrage de la conversion de Saul.
V. Enfin, Saul après avoir été en jeûne et en prière pendant trois jours, recouvra la vue, il fut instruit et baptisé par Ananias et incontinent après il commença à prêcher l’Évangile dans les synagogues des Juifs. L’on doit admirer la puissance et la bonté de Dieu dans cet événement qui fut si salutaire à Paul et si avantageux à toute l’église et ce grand et prompt changement qui se fit dans cet apôtre fait voir que ceux qui sont véritablement convertis changent entièrement de sentiments et de conduite et qu’ils donnent de marques publiques et certaines de la sincérité de leur repentance.
CHAPITRE IX, VERSETS 23 A 43
Saul, après sa conversion, étant persécuté par les Juifs à Damas, s’en va à Jérusalem d’où la persécution l’oblige encore à se retirer pour aller à Césarée et de là à Tarse. St. Luc rapporte ensuite lieu l’heureux état des églises de la Judée et des lieux voisins, et enfin, le miracle de la guérison d’Énée et celui de la résurrection de Tabitha.
23 Quelque temps après, les Juifs délibérèrent de faire mourir Saul.
24 Mais il fut averti de leur complot. Or, ils gardaient les portes de la ville jour et nuit, pour le faire mourir.
25 Mais les disciples, le prenant pendant la nuit, le descendirent par la muraille, dans une corbeille.
26 Et quand Saul fut arrivé à Jérusalem, il tâchait de se joindre aux disciples ; mais tous le craignaient, ne croyant pas qu’il fût un disciple.
27 Mais Barnabas le prit et le mena aux apôtres, et leur raconta comment le Seigneur lui était apparu sur le chemin et lui avait parlé ; et comment il avait parlé ouvertement à Damas au nom de Jésus.
28 Ainsi il allait et venait avec eux dans Jérusalem.
29 Et parlant avec hardiesse au nom du Seigneur Jésus, il parlait et disputait avec les Grecs ; mais ils tâchaient de lui ôter la vie.
30 Ce que les frères ayant découvert, ils le menèrent à Césarée, et l’envoyèrent à Tarse.
31 Cependant les Eglises étaient en paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie, étant édifiées et marchant dans la crainte du Seigneur, et elles étaient multipliées par la consolation du Saint-Esprit.
32 Il arriva, comme Pierre les visitait toutes, qu’il vint aussi vers les saints qui demeuraient à Lydde.
33 Et il y trouva un homme, nommé Enée, qui était couché dans un petit lit depuis huit ans, et qui était paralytique.
34 Et Pierre lui dit : Enée, Jésus, qui est le Christ, te guérit : lève-toi, et accommode ton lit. Et incontinent il se leva.
35 Et tous ceux qui demeuraient à Lydde et à Saron le virent, et ils se convertirent au Seigneur.
36 Il y avait aussi à Joppe une certaine femme qui était des disciples, nommée Tabitha, c’est-à-dire, en grec, Dorcas, laquelle était remplie de bonnes œuvres, et qui faisait beaucoup d’aumônes.
37 Elle tomba malade en ce temps-là, et elle mourut. Et après l’avoir lavée, ils la mirent dans une chambre haute.
38 Et comme Lydde était près de Joppe, les disciples ayant appris que Pierre y était, ils envoyèrent vers lui deux hommes, pour le prier de venir chez eux sans tarder.
39 Pierre donc se leva, et s’en alla avec eux. Et lorsqu’il fut arrivé, ils le menèrent à la chambre haute ; et toutes les veuves se présentèrent à lui en pleurant, et en lui montrant combien Dorcas faisait de robes et d’habits lorsqu’elle était avec elles.
40 Et Pierre, après les avoir tous fait sortir, se mit à genoux et pria, puis se tournant vers le corps, il dit : Tabitha, lève-toi. Et elle ouvrit les yeux, et ayant vu Pierre, elle s’assit.
41 Et Pierre lui donnant la main, la leva ; et ayant appelé les saints et les veuves, il la leur présenta vivante.
42 Cela fut connu de toute la ville de Joppe ; et plusieurs crurent au Seigneur.
43 Et Pierre demeura plusieurs jours à Joppe, chez un certain Simon, corroyeur.
REFLEXIONS
Il faut considérer ici :
I. Qu’aussitôt que St. Paul eut été converti et eut commencé à annoncer l’Évangile il fut persécuté par les Juifs. Dieu voulut par-là éprouver la fidélité de cet apôtre et lui apprendre à souffrir pour Jésus-Christ. Voilà ce qui arrive ordinairement à ceux qui prennent la résolution de suivre le Seigneur et de vivre dans la piété, ils ressentent les effets de la haine du monde et ils sont exposés à des traverses, mais ces oppositions ne les étonnent point comme elles n’étonnèrent pas St. Paul qui, malgré la fureur des Juifs, continua à annoncer l’Évangile, même dans la ville de Jérusalem.
II. Ce que St. Luc dit de l’heureux état des églises de la Judée, de la Galilée et de la Samarie nous présente ces deux réflexions.
L’une, que, si Dieu permet que l’église soit persécutée, il lui donne aussi du relâche.
L’autre, que, ce qui rend les églises heureuses et florissantes, c’est quand elles marchent dans la crainte du Seigneur et que les dons du Saint-Esprit s’y multiplient.
III. Les deux miracles qui sont récités sur la fin de ce chapitre prouvent que les apôtres faisaient des miracles semblables à ceux que notre Seigneur avait faits pendant qu’il était au monde, ce qui contribuait à la conversion d’un grand nombre de personnes. Nous avons dans l’histoire de la maladie et de la mort de Tabitha un bel exemple qui doit inciter tous les chrétiens et principalement les personnes de son sexe à la piété et aux œuvres de la charité et la résurrection de cette femme doit être considérée comme une récompense que Dieu voulut accorder à sa foi et comme une preuve qui doit nous confirmer dans la croyance de la résurrection et dans l’espérance de la vie éternelle.
Ce chapitre contient l’histoire de la conversion du centenier Corneille à la religion chrétienne. Cet homme était païen de naissance, mais il adorait le vrai Dieu.
1 Il y avait à Césarée un homme nommé Corneille, centenier d’une compagnie de la légion appelée Italique.
2 Il était religieux et craignant Dieu, lui et toute sa famille, faisant aussi beaucoup d’aumônes au peuple, et priant Dieu continuellement.
3 Il vit clairement dans une vision, environ la neuvième heure du jour, un ange de Dieu qui vint à lui, et lui dit : Corneille !
4 Et Corneille, ayant les yeux attachés sur lui, et tout effrayé, dit : Qu’y a-t-il, Seigneur ? Et l’ange lui dit : Tes prières et tes aumônes sont montées en mémoire devant Dieu.
5 Envoie donc présentement des gens à Joppe, et fais venir Simon, qui est surnommé Pierre.
6 Il est logé chez un certain Simon, corroyeur, qui a sa maison près de la mer ; c’est lui qui te dira ce qu’il faut que tu fasses.
7 Quand l’ange qui parlait à Corneille se fut retiré, il appela deux de ses domestiques et un soldat craignant Dieu, d’entre ceux qui se tenaient près de lui.
8 Et leur ayant tout raconté, il les envoya à Joppe.
9 Le lendemain, comme ils étaient en chemin, et qu’ils approchaient de la ville, Pierre monta sur le haut de la maison, environ la sixième heure, pour prier.
10 Et ayant faim, il voulut prendre son repas ; et comme on le lui apprêtait, il lui survint un ravissement d’esprit.
11 Il vit le ciel ouvert, et un vaisseau qui descendait sur lui comme une grande nappe, liée par les quatre coins, et qui s’abaissait sur la terre ;
12 Dans lequel il y avait de toutes sortes d’animaux terrestres à quatre pieds, et de bêtes sauvages, de reptiles, et d’oiseaux du ciel.
13 Et il y eut une voix qui lui dit : Pierre, lève-toi, tue, et mange.
14 Mais Pierre répondit : Non, Seigneur : car je n’ai jamais rien mangé d’impur ou de souillé.
15 La voix lui parlant encore pour la seconde fois, lui dit : Ne regarde pas comme souillé ce que Dieu a purifié.
16 Et cela arriva par trois fois ; après quoi le vaisseau fut retiré dans le ciel.
17 Comme Pierre était en peine de ce que pouvait signifier cette vision qu’il avait eue, les hommes envoyés de la part de Corneille, s’étant informés de la maison de Simon, arrivèrent à la porte.
18 Et ayant appelé quelqu’un, ils demandèrent si Simon, surnommé Pierre, était logé là ?
19 Et comme Pierre pensait à la vision qu’il avait eue, l’Esprit lui dit : Voilà trois hommes qui te demandent.
20 C’est pourquoi, lève-toi et descends, et t’en vas avec eux, sans en faire difficulté ; car c’est moi qui les ai envoyés.
21 Pierre étant donc descendu vers ces hommes qui lui étaient envoyés de la part de Corneille, il leur dit : Me voici, je suis celui que vous cherchez ; pour quel sujet êtes-vous venus ?
22 Ils lui dirent : Corneille, centenier, homme juste et craignant Dieu, et à qui toute la nation des Juifs rend un bon témoignage, a été averti de Dieu par un saint ange, de te faire venir dans sa maison, pour entendre ce que tu lui diras.
23 Pierre les ayant donc fait entrer, les logea ; et le lendemain il s’en alla avec eux, et quelques-uns des frères de Joppe l’accompagnèrent.
24 Le jour suivant ils entrèrent à Césarée. Or, Corneille les attendait avec ses parents et ses plus intimes amis, qu’il avait assemblés chez lui.
25 Et comme Pierre entrait, Corneille alla au-devant de lui, et se jetant à ses pieds, il l’adora.
26 Mais Pierre le releva, lui disant : Lève-toi ; je ne suis qu’un homme, non plus que toi.
27 Et s’entretenant avec lui, il entra, et trouva plusieurs personnes qui étaient là assemblées.
28 Et il leur dit : Vous savez qu’il n’est pas permis à un Juif d’avoir aucune liaison avec un étranger, ni d’aller chez lui ; mais Dieu m’a fait voir que je ne devais appeler aucun homme souillé ou impur.
29 C’est pourquoi, ayant été appelé, je suis venu sans aucune difficulté. Je vous demande donc pour quel sujet vous m’avez fait venir ?
30 Alors Corneille lui dit : Il y a maintenant quatre jours que j’étais en jeûne et en prières dans ma maison à la neuvième heure, et tout d’un coup un homme, vêtu d’un habit resplendissant, se présenta devant moi,
31 Et me dit : Corneille, ta prière est exaucée, et Dieu s’est souvenu de tes aumônes.
32 Envoie donc à Joppe, et fais venir Simon, surnommé Pierre ; il est logé dans la maison de Simon, corroyeur, près de la mer ; quand il sera venu, il te parlera.
33 C’est pourquoi j’ai incontinent envoyé vers toi, et tu as bien fait de venir. Nous voici donc tous maintenant présents devant Dieu, pour entendre ce que Dieu t’a commandé de nous dire.
34 Alors Pierre prenant la parole, dit : En vérité, je reconnais que Dieu n’a point d’égard à l’apparence des personnes ;
35 mais qu’en toute nation, celui qui le craint et qui s’adonne à la justice, lui est agréable.
36 C’est ce qu’il a fait entendre aux enfants d’Israël, en leur annonçant la paix par Jésus-Christ qui est le Seigneur de tous.
37 Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, et qui a commencé par la Galilée, après le baptême que Jean a prêché ;
38 comment Dieu a oint du Saint-Esprit et de puissance Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu, en faisant du bien, et guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable ; parce que Dieu était avec lui.
39 Et nous sommes témoins de toutes les choses qu’il a faites, tant au pays des Juifs qu’à Jérusalem. Cependant ils l’ont fait mourir, le pendant au bois.
40 Mais Dieu l’a ressuscité le troisième jour, et il a voulu qu’il se fît voir,
41 non à tout le peuple, mais aux témoins qui avaient été auparavant choisis de Dieu ; à nous qui avons mangé et bu avec lui, après qu’il a été ressuscité des morts.
42 Et il nous a commandé de prêcher au peuple, et d’attester que c’est lui qui est établi de Dieu pour être le juge des vivants et des morts.
43 Tous les prophètes rendent de lui ce témoignage, que quiconque croira en lui, recevra la rémission de ses péchés par son nom.
44 Comme Pierre tenait encore ce discours, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient ce qu’il disait.
45 Et tous les fidèles circoncis, qui étaient venus avec Pierre, furent étonnés de ce que le don du Saint-Esprit était aussi répandu sur les Gentils.
46 Car ils les entendaient parler diverses langues, et glorifier Dieu.
47 Alors Pierre prit la parole et dit : Quelqu’un pourrait-il empêcher qu’on ne baptise ceux qui ont reçu le Saint-Esprit, aussi bien que nous ?
48 Et il commanda qu’on les baptisât au nom du Seigneur. Après cela ils le prièrent de demeurer quelques jours avec eux.
REFLEXIONS
Cette histoire a été rédigée par écrit pour nous apprendre de quelle manière l’Évangile commença d’être annoncé aux païens. Il faut admirer ici les voies dont la providence se servit pour la conversion de Corneille. Dieu lui envoya un ange pour lui dire de faire venir St. Pierre et dans ce même temps, il disposait cet apôtre à aller chez Corneille, ce qu’il n’aurait pas fait si Dieu ne lui eût fait connaître qu’il n’y avait point d’homme qu’il fallût regarder comme souillé et que l’Évangile devait être annoncé aux païens aussi bien qu’aux Juifs. C’est à quoi tendait la vision de ce vaisseau dans lequel il y avait des bêtes dont la loi défendait aux Juifs de manger.
II. Il est à remarquer que Corneille, quoi qu’engagé dans la profession des armes, était un homme dévot, charitable et craignant Dieu. À cause de cela, Dieu lui envoya un ange pour l’assurer qu’il s’était souvenu de ses prières et de ses aumônes et il l’amena à la connaissance de Jésus-Christ par le moyen de St. Pierre. On voit par-là que les œuvres de charité et de piété sont très agréables à Dieu et qu’il accorde de nouvelles lumières et de nouvelles grâces à ceux qui ont le cœur bon, qui l’invoquent et qui le craignent.
III. Le discours que St. Pierre fit chez Corneille renferme la substance de la doctrine que les apôtres prêchaient, savoir que Dieu avait envoyé son fils pour annoncer le salut aux Juifs, que les Juifs l’avaient fait mourir, mais qu’il était ressuscité et qu’il devait être le juge des vivants et des morts. Ce sont là les vérités les plus importantes de la religion et qui doivent être reçues par tous les chrétiens. Elles tendent à nous apprendre que la foi en Jésus-Christ et la sainteté de la vie sont l’unique moyen d’être sauvé et c’est ce qui est surtout marqué par ces paroles de Saint Pierre : Que Dieu n’a point d’égard à l’apparence des personnes, mais qu’en tout nation, celui qui le craint et qui fait ce qui est juste lui est agréable et que quiconque croit en Jésus-Christ recevra la rémission des péchés par son nom.
IV. L’attention, la soumission et l’obéissance avec laquelle Corneille et tous ceux de sa maison écoutèrent St. Pierre doit nous apprendre à recevoir la parole de Dieu avec les mêmes dispositions quand elle nous est annoncée.
V. Dans le temps que l’apôtre parlait à Corneille, le Saint-Esprit descendit sur ceux qui l’écoutaient et ils reçurent le don de parler diverses langues. Dieu en faisant alors en faveur des païens une merveille semblable à celle qu’il avait faite en envoyant le Saint-Esprit aux apôtres le jour de la Pentecôte marquait de la manière la plus claire qu’il voulait aussi faire part de sa grâce aux Gentils et c’est ce qui nous oblige, nous qui étions autrefois païens, à rendre grâce à Dieu de ce qu’il voulut ainsi recevoir dans son alliance ces peuples idolâtres et répandre son Esprit et sa grâce sur eux aussi bien que sur les Juifs.
Ce chapitre a deux parties : I. Les Juifs de Jérusalem qui s’étaient convertis à la religion chrétienne ayant trouvé mauvais que St. Pierre fut allé chez Corneille qui était païen, cet apôtre les informa de la manière dont Dieu lui avait fait connaître qu’il devait annoncer l’Évangile à Corneille et du succès de sa prédication, de quoi les chrétiens de Jérusalem eurent une grande joie. II. St. Luc rapporte comment l’Évangile se répandit en divers lieux et particulièrement à Antioche, il parle aussi d’un prophète nommé Agabus qui prédit une famine.
1 Les apôtres et les frères qui étaient en Judée, apprirent que les Gentils avaient aussi reçu la parole de Dieu.
2 Et lorsque Pierre fut de retour à Jérusalem, les fidèles circoncis disputaient contre lui,
3 et lui disaient : Tu es entré chez des incirconcis, et tu as mangé avec eux.
4 Mais Pierre commença à leur raconter par ordre ce qui s’était passé, et leur dit :
5 J’étais en prière dans la ville de Joppe, lorsqu’étant ravi en extase, j’eus une vision : je vis descendre du ciel un vaisseau comme une grande nappe, liée par les quatre coins, et qui vint jusqu’à moi.
6 Et l’ayant considéré avec attention, j’y vis des animaux terrestres à quatre pieds, des bêtes sauvages, des reptiles et des oiseaux du ciel.
7 J’entendis aussi une voix qui me dit : Pierre, lève-toi, tue, et mange.
8 Et je répondis : Non, Seigneur ; car jamais rien d’impur ni de souillé n’entra dans ma bouche.
9 La voix me parla du ciel une seconde fois, et me dit : Ne regarde pas comme souillé ce que Dieu a purifié.
10 Et cela se fit jusqu’à trois fois, après quoi tout fut retiré dans le ciel.
11 Au même instant, trois hommes, qui m’avaient été envoyés de Césarée, se présentèrent à la porte de la maison où j’étais.
12 Et l’Esprit me dit que j’allasse avec eux, sans en faire aucune difficulté. Ces six de nos frères, que voilà, vinrent aussi avec moi, et nous entrâmes dans la maison de cet homme,
13 qui nous raconta comment il avait vu un ange dans sa maison, qui s’était présenté à lui, et lui avait dit : Envoie des gens à Joppe, et fais venir Simon, surnommé Pierre,
14 qui te dira des choses par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison.
15 Et comme j’eus commencé à leur parler, le Saint-Esprit descendit sur eux, ainsi qu’il était aussi descendu sur nous au commencement.
16 Alors je me souvins de cette parole du Seigneur : Jean a baptisé d’eau ; mais vous serez baptisés du Saint-Esprit.
17 Puis donc que Dieu leur a donné le même don qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour m’opposer à Dieu ?
18 Alors, ayant entendu ces choses, ils s’apaisèrent et glorifièrent Dieu, en disant : Dieu a donc aussi donné aux Gentils même la repentance, afin qu’ils aient la vie.
19 Pour ce qui est de ceux qui avaient été dispersés par la persécution arrivée à l’occasion d’Etienne, ils passèrent jusqu’en Phénicie, en Chypre et à Antioche, n’annonçant la parole à personne qu’aux Juifs seulement.
20 Mais quelques-uns d’entre eux, qui étaient de Chypre et de Cyrène, étant entrés dans Antioche, parlèrent aux Grecs, leur annonçant le Seigneur Jésus.
21 Et la main du Seigneur était avec eux, de sorte qu’il y en eut un grand nombre qui crurent et se convertirent au Seigneur.
22 Or, le bruit en vint jusqu’à l’Eglise de Jérusalem ; c’est pourquoi ils envoyèrent Barnabas pour passer jusqu’à Antioche ;
23 qui y étant arrivé, et ayant vu la grâce de Dieu, se réjouit, et les exhorta tous à demeurer attachés au Seigneur avec un cœur ferme.
24 Car c’était un homme de bien, plein du Saint-Esprit et de foi, et une grande multitude se joignit au Seigneur.
25 Barnabas s’en alla ensuite à Tarse, pour chercher Saul.
26 Et l’ayant trouvé, il l’amena à Antioche ; et pendant toute une année, ils s’y assemblèrent avec l’Eglise, et instruisirent un grand peuple, de sorte que ce fut à Antioche que les disciples commencèrent à être nommés Chrétiens.
27 En ce temps-là, quelques prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche.
28 Et l’un d’eux, nommé Agabus, se leva, et prédit par l’Esprit qu’il y aurait une grande famine par toute la terre ; ce qui arriva en effet sous l’empereur Claude.
29 Et les disciples résolurent d’envoyer, chacun selon son pouvoir, quelques secours aux frères qui demeuraient en Judée.
30 Ce qu’ils firent aussi, l’envoyant aux anciens par les mains de Barnabas et de Saul.
REFLEXIONS
La première partie de ce chapitre nous apprend que les chrétiens de Jérusalem se scandalisèrent d’abord de ce que St. Pierre avait été chez Corneille, parce qu’il n’était pas permis aux Juifs d’aller chez les païens et d’avoir un commerce familier avec eux. Mais quand ils eurent appris que cet apôtre y était allé par l’ordre de Dieu et que même le Saint-Esprit avait été donné à Corneille et à ceux qui étaient avec lui, ils s’apaisèrent et ils se réjouirent de ce que Dieu appelait aussi les Gentils au salut et à la vie.
Jamais il ne faut être jaloux des grâces que Dieu fait aux autres, au contraire, nous devons nous en réjouir, surtout lorsqu’il les appelle à la repentance et au salut.
Au reste, cet heureux événement qui causa tant de joie aux fidèles de Jérusalem et qui leur fit dire : Dieu a donc aussi donné la repentance aux Gentils afin qu’ils aient la vie !
Doit aussi faire à jamais la matière de notre joie et de nos louanges puisqu’il nous regarde directement.
Il y a trois considérations à faire sur la seconde partie de ce chapitre :
I. La première, que la dispersion de l’église de Jérusalem et la persécution qu’on avait suscitée contre les chrétiens contribua à répandre l’Évangile en divers lieux et à établir plusieurs belles églises et particulièrement l’église d’Antioche où les disciples de Jésus-Christ commencèrent à être appelé chrétiens.
II. La deuxième, que ces églises furent fondées et entretenues par le ministère de Barnabas, de St. Paul et des autres personnes qui s’employèrent à leur édification. Cela montre que le ministère des serviteurs de Dieu est d’une grande utilité dans l’église, pourvu qu’il soit exercé par des personnes qui soient gens de bien et remplis de foi et de Saint-Esprit, tels qu’étaient ceux dont St. Luc parle.
III La prédiction que fit Agabus d’une famine qui devait arriver montre que Dieu, outre le pouvoir de faire des miracles accordait en ces temps-là à ses serviteurs le don de prédire l’avenir et qu’il n’arrive rien dans le monde que par la providence et par la volonté de Dieu. Et la résolution que les chrétiens prirent de faire une collecte pour leurs frères qui étaient en Judée est un exemple qui doit nous inciter à secourir les personnes qui se trouvent dans la nécessité et surtout ceux qui sont nos frères et les membres de Jésus-Christ et même à prévenir leurs besoins.
St. Luc récite trois choses dans ce chapitre. I. Le martyre de St. Jacques frère de St Jean. II. L’emprisonnement de St. Pierre et sa délivrance miraculeuse. III. La mort du roi Hérode qui mourut frappé par un ange.
1 En ce même temps, le roi Hérode se mit à maltraiter quelques-uns de l’Eglise.
2 Il fit mourir par l'épée Jacques, frère de Jean ;
3 et voyant que cela était agréable aux Juifs, il fit aussi arrêter Pierre.
4 C’était pendant les jours des pains sans levain. L’ayant donc fait arrêter, il le fit mettre en prison, et le donna à garder à quatre bandes, de quatre soldats chacune, dans le dessein de l’exposer au supplice devant le peuple, après la fête de Pâque.
5 Pierre était donc gardé dans la prison ; mais l’Eglise faisait sans cesse des prières à Dieu pour lui.
6 Et la nuit de devant le jour qu’Hérode devait l’envoyer au supplice, Pierre dormait entre deux soldats, étant lié de deux chaînes ; et les gardes qui étaient devant la porte gardaient la prison.
7 Et un ange du Seigneur survint tout à coup, une lumière resplendit dans la prison, et l’ange, poussant Pierre par le côté, l’éveilla, et lui dit : Lève-toi promptement. Et les chaînes tombèrent de ses mains.
8 Et l’ange lui dit : Ceins-toi, et attache tes souliers ; ce qu’il fit. Puis l’ange ajouta : Mets ta robe et suis-moi.
9 Et Pierre étant sorti, le suivait sans savoir que ce que l’ange faisait se fît réellement, mais il croyait qu’il avait une vision.
10 Et quand ils eurent passé la première et la seconde garde, ils vinrent à la porte de fer, qui conduit à la ville, et la porte s’ouvrit à eux d’elle-même ; et étant sortis, ils allèrent le long d’une rue, et aussitôt l’ange se retira d'avec lui.
11 Alors Pierre, étant revenu à soi, dit : Je reconnais maintenant véritablement que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a délivré de la main d’Hérode, et de tout ce que le peuple juif attendait.
12 Et après y avoir réfléchi, il alla à la maison de Marie, mère de Jean, surnommé Marc, où plusieurs personnes étaient assemblées et faisaient des prières.
13 Quand il eut frappé à la porte du vestibule, une servante, nommée Rhode, vint pour savoir qui c’était.
14 Et ayant reconnu la voix de Pierre, de la joie quelle eut, elle n’ouvrit point la porte ; mais elle courut annoncer que Pierre était devant la porte.
15 Et ils lui dirent : Tu es folle. Mais elle assurait que la chose était ainsi ; et eux disaient : C’est son ange.
16 Cependant, Pierre continuait à frapper, et quand ils eurent ouvert, ils le virent et furent ravis hors d’eux-mêmes.
17 Mais lui, leur ayant fait signe de la main de faire silence, leur raconta comment le Seigneur l’avait fait sortir de la prison ; et il leur dit : Faites savoir ceci à Jacques et à nos frères ; après quoi il sortit, et s’en alla à un autre lieu.
18 Quand il fut jour, il y eut un grand trouble parmi les soldats, pour savoir ce que Pierre était devenu.
19 Et Hérode, l’ayant fait chercher sans qu’on le pût trouver, il fit faire le procès aux gardes, et il commanda qu’on les menât au supplice. Puis il descendit de Judée à Césarée, où il s’arrêta.
20 Or, Hérode avait dessein de faire la guerre aux Tyriens et aux Sidoniens. Mais ils vinrent le trouver d’un commun accord, et ayant gagné Blaste, qui était chambellan, ils demandèrent la paix, parce que leur pays tirait sa subsistance de celui du roi.
21 Hérode donc, leur ayant donné jour pour leur parler, se revêtit de ses habits royaux, s’assit sur son trône, et les harangua.
22 Et le peuple s’écria : Voix d’un Dieu, et non point d’un homme !
23 Et à l’instant un ange du Seigneur le frappa, parce qu’il n’avait pas donné gloire à Dieu, et il mourut, rongé des vers.
24 Mais la parole du Seigneur faisait de grands progrès, et se répandait de plus en plus.
25 Et Barnabas et Saul, après s’être acquittés de leur ministère, revinrent de Jérusalem, ayant aussi pris avec eux Jean, surnommé Marc.
REFLEXIONS
On voit d’abord dans ce chapitre que l’apôtre St. Jacques de même que St. Étienne scella la vérité de l’Évangile par son sang et qu’ainsi la religion chrétienne s’est établie par les souffrances de ceux qui l’annonçaient, ce qui en fait voir la vérité et la divinité.
II. Dieu qui avait permis que St. Jacques fût mis à mort permit aussi que le roi Hérode mit St. Pierre en prison, mais le Seigneur délivra miraculeusement cet apôtre en envoyant un ange qui lui ouvrit les portes de la prison et le mis en liberté. Cette merveilleuse délivrance nous donne lieu de reconnaître que si Dieu souffre quelques fois que les méchants exécutent leurs desseins, il ne leur permet pas toujours de faire tout le mal qu’ils avaient résolu et qu’il veille pour ses fidèles serviteurs. Mais on voit aussi en cela combien la prière a d’efficace puisque l’église de Jérusalem obtint la délivrance de St. Pierre par les prières qu’elle fit à Dieu.
III. La mort du roi Hérode, qui fut rongé de vers pour punition de son orgueil, est digne d’attention. Cet événement, qui est aussi rapporté par Josephe, historien juif, montre que Dieu confond les orgueilleux, que les persécuteurs de l’église font d’ordinaire une fin funeste et que les princes cruels et superbes reçoivent tôt ou tard la peine due à leur méchanceté.
Paul et Barnabas vont d’Antioche à Chypre et de là à Paphos où St. Paul frappe d’aveuglement un imposteur juif et où il convertit à la foi le proconsul Serge Paul qui était le premier magistrat de cette île. Après cela, St. Paul, étant arrivé à Antioche de Pisidie, fait un discours aux Juifs de cette ville-là dans lequel il leur montre que Dieu, selon les promesses qu’il avait faites à leurs pères avait envoyé Jésus-Christ, que ce Jésus qui avait été crucifié était ressuscité et que tous ceux qui croiraient en lui obtiendraient le salut. Plusieurs, tant Juifs que Gentils, ayant cru à la prédication de St. Paul, les Juifs s’irritèrent contre lui et le firent même chasser avec Barnabas, mais ces apôtres leur déclarèrent que puisqu’ils rejetaient l’Évangile, ils l’annonceraient aux païens, et ils se retirèrent.
1 Il y avait dans l’Eglise d’Antioche quelques prophètes et docteurs, savoir, Barnabas, Siméon appelé Niger, Lucius le Cyrénéen, Manahem, qui avait été élevé avec Hérode le tétrarque, et Saul.
2 Comme donc ils vaquaient au service du Seigneur, et qu’ils jeûnaient, le Saint-Esprit leur dit : Séparez-moi Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés.
3 Après donc qu’ils eurent jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les firent partir.
4 Eux donc, étant envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie, où ils s’embarquèrent pour aller en Chypre.
5 Et lorsqu’ils furent arrivés à Salamine, ils annoncèrent la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs, et ils avaient Jean avec eux, pour les aider.
6 Ayant ensuite traversé l’île jusqu’à Paphos, ils trouvèrent un certain Juif, magicien et faux prophète, nommé Barjésu,
7 qui était avec le proconsul Serge Paul, homme sage et prudent. Celui-ci, ayant fait appeler Barnabas et Saul, désirait d’entendre la parole de Dieu.
8 Mais Elymas, c’est-à-dire le magicien, car c’est ce que signifie ce nom, leur résistait, tâchant de détourner le proconsul de la foi.
9 Mais Saul, qui est aussi appelé Paul, étant rempli du Saint-Esprit, ayant les yeux fixés sur lui, lui dit :
10 O homme, rempli de toute sorte de fraude et de méchanceté, enfant du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point de pervertir les voies du Seigneur, qui sont droites ?
11 C’est pourquoi, voici, dès maintenant la main du Seigneur sera sur toi, et tu seras aveugle, sans voir le soleil, jusqu’à un certain temps. Et à l’instant l’obscurité et les ténèbres tombèrent sur lui ; et tournant de tous côtés, il cherchait quelqu’un qui le conduisît par la main.
12 Alors le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant rempli d’admiration pour la doctrine du Seigneur.
13 Et quand Paul et ceux qui étaient avec lui, furent partis de Paphos, ils vinrent à Perge en Pamphylie. Mais Jean, s’étant séparé d’eux, s’en retourna à Jérusalem.
14 Pour eux, étant partis de Perge, ils vinrent à Antioche de Pisidie ; et étant entrés dans la synagogue, au jour du sabbat, ils s’assirent.
15 Et après la lecture de la loi et des prophètes, les principaux de la synagogue leur envoyèrent dire : Hommes frères, si vous avez quelque exhortation à faire au peuple, faites-la.
16 Alors Paul s’étant levé, et ayant fait signe de la main qu’on fît silence, il dit : Hommes Israélites, et vous qui craignez Dieu, écoutez.
17 Le Dieu de ce peuple d’Israël choisit nos pères, et rendit ce peuple illustre, lorsqu’ils demeuraient dans le pays d’Egypte, et il les en fit sortir à bras élevé.
18 Et il supporta leur conduite dans le désert, l’espace d’environ quarante ans.
19 Et ayant détruit sept nations au pays de Canaan, il leur distribua leur pays par le sort.
20 Et environ quatre cent cinquante ans après cela, il leur donna des juges, jusqu'au prophète Samuel.
21 Et ensuite ils demandèrent un roi, et Dieu leur donna Saül, fils de Kis, de la tribu de Benjamin, et ainsi se passèrent quarante ans.
22 Et Dieu l’ayant ôté, il leur suscita David pour roi, à qui aussi il rendit témoignage, en disant : J’ai trouvé David, fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui exécutera toutes mes volontés.
23 C’est de sa postérité que Dieu a suscité Jésus, selon sa promesse, pour être le Sauveur d’Israël.
24 Avant qu’il parût, Jean avait prêché le baptême de repentance à tout le peuple d’Israël.
25 Et lorsque Jean achevait sa course, il disait : Qui pensez-vous que je sois ? Je ne suis pas le Christ ; mais il en vient un après moi, dont je ne suis pas digne de délier les souliers de ses pieds.
26 C’est à vous, mes frères, qui êtes de la race d’Abraham, et à ceux d’entre vous qui craignent Dieu, que cette parole de salut est adressée.
27 Car les habitants de Jérusalem et leurs magistrats, n’ayant point reconnu Jésus, ont accompli, en le condamnant, les paroles des prophètes, qui se lisent chaque jour de sabbat.
28 Et bien qu’ils ne trouvassent rien en lui qui fût digne de mort, ils demandèrent à Pilate de le faire mourir.
29 Et après qu’ils eurent accompli tout ce qui avait été écrit de lui, on l'ôta du bois, et on le mit dans le sépulcre.
30 Mais Dieu l’a ressuscité des morts.
31 Et il a été vu, pendant plusieurs jours, de ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, qui sont ses témoins devant le peuple.
32 Et nous aussi, nous vous annonçons qu’à l’égard de la promesse qui avait été faite à nos pères,
33 Dieu l’a accomplie pour nous qui sommes leurs enfants, lorsqu’il a suscité Jésus ; comme il est écrit dans le second psaume : Tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui.
34 Et pour montrer qu’il l’a ressuscité des morts, pour ne devoir plus retourner au sépulcre, il a parlé ainsi : Je vous tiendrai fidèlement les promesses sacrées que j’ai faites à David.
35 C’est pourquoi il dit aussi dans un autre endroit : Tu ne permettras point que ton Saint sente la corruption ;
36 car pour David, après avoir servi en son temps aux desseins de Dieu, il est mort, et a été mis avec ses pères, et il a senti la corruption ;
37 mais celui que Dieu a ressuscité, n’a point senti la corruption.
38 Sachez donc, mes frères, que c’est par lui que la rémission des péchés vous est annoncée ;
39 et que c’est par lui que tous ceux qui croient sont justifiés de toutes les choses dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse.
40 Prenez donc garde qu’il ne vous arrive ce qui a été dit dans les prophètes :
41 Voyez, vous qui me méprisez, et soyez étonnés, et pâlissez d’effroi ; car je vais faire une œuvre en vos jours, une œuvre que vous ne croirez point, si quelqu’un vous la raconte.
42 Après qu’ils furent sortis de la synagogue des Juifs, les Gentils les prièrent de leur annoncer les mêmes choses le sabbat suivant.
43 Et quand l’assemblée fut séparée, plusieurs Juifs et prosélytes, craignant Dieu, suivirent Paul et Barnabas, qui les exhortèrent à persévérer dans la grâce de Dieu.
44 Le sabbat suivant, presque toute la ville s’assembla pour entendre la parole de Dieu.
45 Mais les Juifs, voyant la foule, furent remplis d’envie, et s’opposaient à ce que Paul disait, en contredisant et en blasphémant.
46 Alors Paul et Barnabas leur dirent hardiment : C’était bien à vous les premiers qu’il fallait annoncer la parole de Dieu, mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les Gentils.
47 Car le Seigneur nous l’a ainsi commandé quand il a dit : Je t’ai établi pour être la lumière des Gentils, afin que tu sois leur salut jusqu’aux extrémités de la terre.
48 Les Gentils, entendant cela, s’en réjouissaient, et donnaient gloire à la parole du Seigneur ; et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle, crurent.
49 Ainsi la parole du Seigneur se répandait par tout le pays.
50 Mais les Juifs animèrent quelques femmes dévotes et de qualité, et les principaux de la ville, et ils excitèrent une persécution contre Paul et Barnabas, et les chassèrent de leur pays.
51 Mais Paul et Barnabas, ayant secoué la poudre de leurs pieds contre eux, allèrent à Icone.
52 Cependant, les disciples étaient remplis de joie et du Saint-Esprit.
REFLEXIONS
Saint Luc rapporte au commencement de ce chapitre que Paul et Barnabas étant allés en divers lieux de l’Asie et de la Grèce par l’ordre du Saint-Esprit et après que les prophètes et les ministres de l’église d’Antioche eurent prié et jeûné, ils annoncèrent l’Évangile dans tous ces lieux-là avec succès. Ce sont là des marques de la divinité de leur vocation, mais nous en avons surtout une preuve remarquable dans la conversion du gouverneur de Paphos et dans la punition miraculeuse d’Elymas qui voulait détourner ce gouverneur d’embrasser la religion chrétienne. On voit en ces deux hommes, dont l’un crut à la prédication de St. Paul et l’autre s’y opposait de toutes ses forces, que si la parole de Dieu sauve ceux qui la reçoivent, elle condamnera ceux qu’elle ne convertit pas et que ceux qui s’opposent à la vérité et qui détournent les autres de la foi et de la piété attirent sur eux les jugements de Dieu les plus sévères.
Le discours que St. Paul fit dans la synagogue d’Antioche est un abrégé de la doctrine chrétienne. Cet apôtre y montre aux Juifs que Jésus est né de la race de David et que c’est lui qui est le Messie promis, ce qu’il prouve par le témoignage de Jean-Baptiste et par les prédictions des prophètes. Il leur déclare ensuite que ce Jésus qu’on avait crucifié à Jérusalem était ressuscité conformément aux oracles du Vieux Testament. Enfin, il leur apprend que le but de la venue de Jésus-Christ a été d’obtenir aux hommes la rémission de leurs péchés, qu’ainsi tous ceux qui croiraient en lui seraient justifiés, mais que ceux qui le rejetteraient seraient exclus du salut.
Puisque c’est là la substance de la religion chrétienne, nous y devons faire une sérieuse et continuelle attention et reconnaître par-là que ce n’est que par le moyen de la foi en Jésus-Christ et par l’obéissance à l’Évangile que nous pouvons être sauvés.
Pour ce qui est de l’effet que produisit la prédication de St. Paul, St. Luc nous apprend que plusieurs la reçurent, mais que le plus grand nombre des Juifs s’obstinèrent dans leur incrédulité, ce qui fit que cet apôtre leur déclara qu’il allait se tourner vers les Gentils.
La doctrine de l’Évangile produit des effets bien différents quand elle est prêchée. Il y en a qui en profitent, mais il y en a d’autres qui la rejettent et qui, au lieu de céder à la vérité, s’y opposent même avec fierté. Mais s’il y a des incrédules qui demeurent dans l’aveuglement et dans la perdition, ils en sont eux seuls la cause, personne n’étant exclus de la vie éternelle que ceux qui s’en jugent eux-mêmes indignes.
Paul et Barnabas prêchent à Icône. De là ils vont à Lystre où, ayant guéri un impotent, les habitants de ce lieu-là les prirent pour des dieux, ce qui donna à St. Paul de les exhorter à renoncer à l’idolâtrie. Peu après cet apôtre fut lapidé par le peuple de cette ville que les Juifs avaient soulevé, mais Dieu lui ayant conservé la vie, il s’en alla en d’autres lieux et il revint à Antioche.
1 Paul et Barnabas étant arrivés à Icone, ils entrèrent ensemble dans la synagogue des Juifs, et ils parlèrent de telle sorte qu’il y eut une grande multitude de Juifs et de Grecs qui crurent.
2 Mais les Juifs incrédules excitèrent et irritèrent les esprits des Gentils contre les frères.
3 Paul et Barnabas demeurèrent cependant là assez longtemps, parlant hardiment du Seigneur, qui rendait témoignage à la parole de sa grâce, en faisant par leurs mains des prodiges et des miracles.
4 Mais le peuple de la ville fut partagé ; et les uns étaient pour les Juifs, et les autres pour les apôtres.
5 Et comme il se fit une émeute des Gentils et des Juifs, avec leurs principaux chefs, pour outrager les apôtres et pour les lapider,
6 eux l’ayant appris, s’enfuirent aux villes de Lycaonie, savoir, à Lystre et à Derbe, et au pays d’alentour ;
7 et ils y annoncèrent l’évangile.
8 Il y avait à Lystre un homme impotent de ses jambes, qui était assis ; il était perclus dès sa naissance, et il n’avait jamais marché.
9 Il entendit parler Paul, qui, ayant arrêté les yeux sur lui, et voyant qu’il avait la foi pour être guéri,
10 Dit à haute voix : Lève-toi, et tiens-toi droit sur tes pieds. Et il se leva en sautant, et il marcha.
11 Et le peuple, ayant vu ce que Paul avait fait, s’écria, et dit en langue lycaonienne : Des dieux, ayant pris une forme humaine, sont descendus vers nous.
12 Et ils appelaient Barnabas, Jupiter, et Paul, Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole.
13 Et même le sacrificateur de Jupiter, qui était à l’entrée de leur ville, vint avec des taureaux et des couronnes, et voulait leur sacrifier avec la multitude.
14 Mais les apôtres, Barnabas et Paul, l’ayant appris, déchirèrent leurs vêtements, et se jetèrent au milieu de la foule en s’écriant,
15 et disant : Hommes, pourquoi faites-vous cela ? Nous ne sommes que des hommes, sujets aux mêmes infirmités que vous ; et nous vous annonçons, qu’en quittant ces choses vaines, vous vous convertissiez au Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre et la mer, et toutes les choses qui y sont ;
16 qui dans les temps passés a laissé marcher toutes les nations dans leurs voies.
17 Quoiqu’il n’ait point cessé de donner des témoignages de ce qu’il est, en nous faisant du bien, en nous envoyant les pluies du ciel, et les saisons fertiles, en nous donnant la nourriture avec abondance, et en remplissant nos cœurs de joie.
18 Et en disant cela, à peine purent-ils empêcher le peuple de leur sacrifier.
19 Alors, quelques Juifs survinrent d’Antioche et d’Icone, qui gagnèrent le peuple, en sorte qu’ayant lapidé Paul, ils le traînèrent hors de la ville, croyant qu’il était mort.
20 Mais les disciples s’étant assemblés autour de lui, il se leva et rentra dans la ville, et le lendemain il s’en alla avec Barnabas à Derbe.
21 Et après avoir annoncé l’évangile dans cette ville-là, et y avoir fait plusieurs disciples, ils retournèrent à Lystre, à Icone et à Antioche ;
22 fortifiant l’esprit des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et leur représentant que c’est par plusieurs afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu.
23 Et après avoir prié et jeûné, ils établirent des anciens dans chaque Église, et ils les recommandèrent au Seigneur, en qui ils avaient cru.
24 Puis, ayant traversé la Pisidie, ils vinrent en Pamphylie.
25 Et ayant annoncé la parole à Perge, ils descendirent à Attalie.
26 Et de là ils s’embarquèrent pour Antioche, d’où ils étaient partis, après avoir été recommandés à la grâce de Dieu, pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie.
27 Et quand ils furent arrivés et qu’ils eurent assemblé l’Église, ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites par eux, et comment il avait ouvert aux Gentils la porte de la foi.
28 Et ils demeurèrent là longtemps avec les disciples.
REFLEXIONS
On voit ici en général que les apôtres ont exercés leur ministère avec un grand zèle et au milieu des persécutions et que St. Paul en particulier a éprouvé partout la fureur des Juifs puisqu’il fut en danger d’être lapidé à Icone avec Barnabas et qu’ensuite on le lapida à Lystre et qu’il fut même laissé pour mort. Mais on remarque aussi que Dieu garantissait les apôtres dans les périls continuels auxquels ils étaient exposés, qu’il faisait par leur moyen des miracles surprenant et que s’ils avaient le déplaisir de voir les Juifs s’opposer à eux, ils avaient d’un autre côté la consolation d’amener plusieurs païens à la foi.
II. St. Paul fit paraître un zèle admirable lorsqu’après qu’il eut guéri un impotent, les habitants de Lystre le prirent lui et Barnabas pour des dieux et qu’ils voulurent leur rendre des honneurs divins.
Ceux qui craignent Dieu et qui ont un vrai zèle ne cherchent jamais leur propre gloire et leur grand but est que Dieu seul soit glorifié et que les hommes le connaissent et l’adorent.
III. Le discours que St. Paul fit aux Lycaoniens qui étaient des peuples idolâtres nous enseigne que Dieu s’est fait connaître de tout temps aux hommes par les œuvres de la nature et de la providence et qu’il leur a toujours donné des témoignages de sa bonté.
Sur quoi nous devons considérer que si les bienfaits que Dieu accorde aux hommes dans la nature doivent les engager à l’aimer et à le servir, nous y sommes beaucoup plus obligés, nous à qui il s’est révélé par l’Évangile et à qui il a donné des témoignages si convainquant de son amour en envoyant Jésus-Christ au monde.
St. Luc remarque sur la fin de ce chapitre que les apôtres avaient un soin particulier d’aller en divers lieux pour exhorter les chrétiens et surtout pour établir des pasteurs en chaque église. Cette conduite des apôtres montre que les fidèles ont toujours besoin d’être instruits et exhortés, qu’en particulier le ministère de pasteur est tout-à-fait nécessaire et que la volonté de Dieu est que partout où il y a des chrétiens il y ait des ministres pour enseigner, pour exhorter et pour conduite l’église.
Une dispute s’étant élevée dans l’église d’Antioche sur ce que quelques Juifs qui s’étaient fait chrétiens soutenaient que les païens qui se convertissaient à la religion chrétienne devaient être circoncit comme les Juifs et garder les cérémonies de la loi de Moïse, Paul et Barnabas furent envoyés à Jérusalem pour consulter les apôtres sur cette question-là. Les apôtres étant assemblés déclarèrent que les païens n’étaient pas obligés d’observer la circoncision et les cérémonies de la loi et qu’ils suffisait qu’ils crussent en Jésus-Christ, qu’ils obéissent à l’Évangile et qu’ils s’abstinssent de ce qui pourrait les entraîner dans l’idolâtrie. C’est ce que les apôtres firent savoir à l’église d’Antioche par une lettre qui fut portée par Paul et Barnabas.Après quoi ces deux serviteurs de Dieu allèrent en d’autres pays pour y annoncer l’Évangile.
1 Or, quelques-uns qui étaient venus de Judée, enseignaient les frères, et leur disaient : Si vous n’êtes circoncis selon l’usage de Moïse, vous ne pouvez être sauvés.
2 Sur quoi une grande contestation et une dispute s’étant élevée entre Paul et Barnabas et eux, il fut résolu que Paul et Barnabas, avec quelques-uns d’entre eux, monteraient à Jérusalem, pour consulter les apôtres et les anciens sur cette question.
3 Etant donc envoyés de la part de l’Église, ils traversèrent la Phénicie et la Samarie, racontant la conversion des Gentils ; et ils donnèrent une grande joie à tous les frères.
4 Et étant arrivés à Jérusalem, ils furent bien reçus par l’Église, par les apôtres et par les anciens, et ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites par eux.
5 Mais, dirent-ils, quelques-uns de la secte des Pharisiens, qui ont cru, se sont élevés, disant, qu’il fallait circoncire les Gentils, et leur ordonner de garder la loi de Moïse.
6 Alors, les apôtres et les anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire.
7 Et après une grande dispute, Pierre se leva, et leur dit : Mes frères, vous savez qu’il y a longtemps que Dieu m’a choisi d’entre nous, afin que les Gentils entendissent par ma bouche la parole de l’évangile, et qu’ils crussent.
8 Et Dieu qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, leur donnant le Saint-Esprit aussi bien qu’à nous.
9 Et il n’a point fait de différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi.
10 Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ?
11 Mais nous croyons que nous serons sauvés par la grâce du Seigneur Jésus-Christ, de même qu’eux.
12 Alors, toute l’assemblée se tut, et ils écoutaient Barnabas et Paul, qui leur racontaient quels miracles et quelles merveilles Dieu avait faits par eux parmi les Gentils.
13 Et après qu’ils eurent cessé de parler, Jacques prit la parole, et dit : Mes frères, écoutez-moi :
14 Simon a recité comment Dieu a commencé de visiter les Gentils, pour en faire un peuple consacré à son nom.
15 Et c’est à quoi les paroles des prophètes s’accordent, selon qu’il est écrit :
16 Après cela, je reviendrai, et je rebâtirai le tabernacle de David, qui est tombé ; je réparerai ses ruines, et je le redresserai ;
17 afin que le reste des hommes, et toutes les nations parmi lesquelles mon nom est invoqué, cherchent le Seigneur ; c’est ce que dit le Seigneur, qui a fait toutes ces choses.
18 Toutes les œuvres de Dieu lui sont connues de toute éternité.
19 C’est pourquoi j’estime qu’il ne faut point inquiéter ceux d’entre les Gentils qui se convertissent à Dieu ;
20 mais qu’il faut leur écrire de s’abstenir des souillures des idoles, de la fornication, des choses étouffées et du sang.
21 Car, pour ce qui est de Moïse, il y a depuis plusieurs siècles, des gens qui le prêchent dans les synagogues, où on le lit tous les jours de sabbat.
22 Alors, les apôtres et les anciens, avec toute l’Eglise, jugèrent à propos d’envoyer à Antioche des personnes choisies d’entre eux, avec Paul et Barnabas, savoir, Jude, surnommé Barsabas, et Silas, qui étaient des principaux d’entre les frères ;
23 en écrivant par eux en ces termes : Les apôtres, les anciens et les frères, à nos frères d’entre les Gentils qui sont à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut.
24 Comme nous avons appris que quelques-uns qui sont partis d’entre nous, vous ont troublés par leurs discours, et ont ébranlé vos âmes, en disant qu’il faut être circoncis et garder la loi ; de quoi nous ne leur avions donné aucun ordre ;
25 nous avons été d’avis, après nous être assemblés d’un commun accord, de vous envoyer des personnes choisies, avec nos chers frères Barnabas et Paul,
26 qui sont des hommes qui ont exposé leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ.
27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous feront aussi entendre les mêmes choses de bouche :
28 C’est qu’il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous, de ne vous point imposer d’autre charge que ces choses qui sont nécessaires ;
29 savoir, que vous vous absteniez de ce qui a été sacrifié aux idoles, du sang, des choses étouffées, et de la fornication ; desquelles choses vous ferez bien de vous garder. Adieu.
30 Ayant donc été envoyés, ils vinrent à Antioche ; et ayant assemblé la multitude des fidèles, ils leur rendirent cette lettre.
31 Et après qu’elle eut été lue, ils se réjouirent de la consolation qu’elle leur donna.
32 Jude et Silas, qui étaient eux-mêmes prophètes, exhortèrent et fortifièrent aussi les frères par plusieurs discours.
33 Et après qu’ils eurent demeuré là quelque temps, les frères les renvoyèrent en paix vers les apôtres.
34 Toutefois, Silas jugea à propos de demeurer à Antioche.
35 Et Paul et Barnabas y demeurèrent aussi, enseignant et annonçant avec plusieurs autres la parole du Seigneur.
36 Quelques jours après, Paul dit à Barnabas : Retournons visiter nos frères, par toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir en quel état ils sont.
37 Et Barnabas était d’avis de prendre avec eux Jean, surnommé Marc.
38 Mais il ne semblait pas raisonnable à Paul de prendre avec eux celui qui les avait quittés en Pamphylie, et qui ne les avait pas accompagnés dans l’œuvre de leur ministère.
39 Il y eut donc entre eux une contestation, en sorte qu’ils se séparèrent l’un de l’autre, et que Barnabas, ayant pris Marc avec lui, s’embarqua pour aller en Chypre.
40 Mais Paul, ayant choisi Silas, partit, après avoir été recommandé à la grâce de Dieu par les frères ;
41 et il traversa la Syrie et la Cilicie, confirmant les Eglises.
REFLEXIONS
C’est ici un chapitre qui mérite une attention particulière.
La doctrine de la justification y est parfaitement éclaircie et ce qui y est dit sert à l’intelligence des endroits du Nouveau Testament où cette doctrine est traitée. Il faut se souvenir en premier lieu que la question qui fut proposée n’était pas de savoir si les païens pour être sauvés devaient garder les commandements de Jésus-Christ, et faire des bonnes œuvres, personne ne doutait alors de cette vérité là et il n’y avait aucune dispute là-dessus. Mais la question était si les païens devaient se soumettre à la circoncision et aux cérémonies de la loi de Moïse comme certains Juifs convertis à la foi chrétienne le prétendaient.
Après cela, il faut remarquer que les apôtres décidèrent deux choses sur cette question-là.
La première qu’il ne fallait point obliger les païens qui se convertissaient à être circoncis et à pratiquer les cérémonies des Juifs, mais qu’il suffisait pour le salut qu’ils crussent sincèrement en Jésus-Christ.
C’est ce que les apôtres prouvent :
I. Parce que Dieu avait répandu son Esprit sur les païens aussi bien que sur les Juifs et qu’il leur avait donné la foi.
II. Par la nature même des cérémonies mosaïques et enfin par les oracles des prophètes.
C’est aussi la doctrine que St. Paul établit dans ses épîtres où il enseigne : que nous sommes justifiés par la foi en Jésus-Christ, sans les œuvres de la loi.
L’autre chose que les apôtres déclarèrent fut que les païens doivent cependant s’abstenir de ce qui avait été sacrifié aux idoles, du sang, des choses étouffées et de la fornication. La raison de cette défense était que l’usage de ces viandes, de même que l’impureté faisaient une partie du culte et des festins idolâtres des païens et qu’ainsi, si les chrétiens ne s’étaient pas abstenus de ces choses-là, cela aurait pu les entraîner dans l’idolâtrie, scandaliser les Juifs et confirmer les païens dans leur fausse religion.
Il parait donc clairement d’ici que les apôtres n’ont point dispensé les hommes de la loi morale, mais qu’ils ne les ont dispensés que de la loi des cérémonies et que même en enseignant que nous sommes justifiés par la foi, ils ont établi de la manière la plus forte la nécessité des bonnes œuvres puisque la foi ne peut être sincère si elle ne produit l’étude de la sainteté et l’obéissance à l’Évangile.
Pour ce qui est de la séparation de Saint Barnabas d’avec Saint Paul dont il est fait mention sur la fin de ce chapitre, on y voit à la vérité quelque différence de sentiments entre ces deux excellents serviteurs de Dieu, mais cela ne les désunit point et ne les empêcha pas d’aller toujours à leur devoir et de travailler sans relâche à l’avancement du règne de Jésus-Christ.
Saint Paul appelle Timothée au ministère et après avoir été en divers lieux, il va dans la Macédoine et il arrive dans la ville de Philippes où il prêche l’Évangile et où une femme nommée Lydie embrasse la religion chrétienne. Pendant que St Paul était à Philippes, il se fit une émeute contre lui parce qu’il avait délivré une servante d’un mauvais esprit dont elle était possédée, il fut fouetté avec Silas et mis en prison, mais Dieu les délivra miraculeusement, le geôlier fut converti à la foi et les magistrats de Philippe prièrent St. Paul et Silas de se retirer après leur avoir fait des excuses du mauvais traitement qu’ils avaient reçu.
1 Paul arriva à Derbe et à Lystre, et il y avait là un disciple nommé Timothée, fils d’une femme Juive fidèle, mais d’un père Grec ;
2 et comme les frères qui étaient à Lystre et à Icone, lui rendaient un bon témoignage,
3 Paul voulut qu’il l’accompagnât ; et l’ayant pris avec lui, il le circoncit, à cause des Juifs qui étaient en ces lieux-là ; car tous savaient que son père était Grec.
4 Et comme ils allaient de ville en ville, ils recommandaient aux fidèles de garder les ordonnances qui avaient été établies par les apôtres et par les anciens de Jérusalem.
5 Ainsi, les Eglises étaient confirmées dans la foi, et elles croissaient en nombre de jour en jour.
6 Puis, ayant traversé la Phrygie et la Galatie, le Saint-Esprit leur défendit d’annoncer la Parole en Asie.
7 Et étant venus en Mysie, ils se disposaient à aller en Bithynie ; mais l’Esprit ne le leur permit pas.
8 Ils traversèrent ensuite la Mysie, et descendirent à Troas.
9 Et Paul eut une vision pendant la nuit : un homme macédonien se présenta devant lui, et le pria, disant : Passe en Macédoine et viens nous secourir.
10 Aussitôt qu’il eut vu cette vision, nous nous disposâmes à passer en Macédoine, concluant de là que le Seigneur nous y rappelait, pour leur annoncer l’Evangile.
11 Etant donc partis de Troas, nous tirâmes droit vers Samothrace, et le lendemain à Néapolis ;
12 et de là à Philippes, qui est la première ville de ce quartier de la Macédoine, et une colonie romaine ; et nous y séjournâmes quelques jours.
13 Le jour du sabbat nous sortîmes de la ville ; et nous allâmes près de la rivière, où l’on avait accoutumé de faire la prière, et nous étant assis, nous parlions aux femmes qui s’y étaient assemblées.
14 Et une certaine femme nommée Lydie, de la ville de Thyatire, marchande de pourpre, qui craignait Dieu, nous écouta ; et le Seigneur lui ouvrit le cœur, pour faire attention aux choses que Paul disait.
15 Et quand elle eut été baptisée avec sa famille, elle nous fit cette prière : Si vous m’avez crue fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison, et y demeurez ; et elle nous y obligea.
16 Or, un jour que nous allions à la prière, une servante qui avait un esprit de Python, et qui apportait un grand profit à ses maîtres en devinant, nous rencontra.
17 Elle nous suivait, Paul et nous, en criant : Ces hommes sont des serviteurs du Dieu très haut, et ils vous annoncent la voie du salut.
18 Elle fit cela pendant plusieurs jours ; mais Paul, en étant importuné, se retourna, et dit à l’esprit : Je te commande, au nom de Jésus-Christ, de sortir de cette fille. Et il en sortit au même instant.
19 Mais ses maîtres, voyant qu’ils avaient perdu l’espérance de leur gain, se saisirent de Paul et de Silas, et les traînèrent à la place publique, devant les magistrats.
20 Et ils les présentèrent aux magistrats, et leur dirent : Ces hommes-ci, qui sont Juifs, troublent notre ville ;
21 et ils enseignent une manière de vivre qu’il ne nous est pas permis de recevoir, ni de suivre, à nous qui sommes Romains.
22 Et le peuple en foule s’éleva contre eux, et les magistrats, ayant fait déchirer leurs robes, ordonnèrent qu’ils fussent battus de verges.
23 Et après qu’on leur eut donné plusieurs coups, ils les firent mettre en prison ; et ils ordonnèrent au geôlier de les garder sûrement.
24 Ayant reçu cet ordre, il les mit au fond de la prison, et leur serra les pieds dans des entraves.
25 Sur le minuit, Paul et Silas, étant en prières, chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les entendaient.
26 Et tout d’un coup il se fit un grand tremblement de terre, en sorte que les fondements de la prison en furent ébranlés, et en même temps toutes les portes furent ouvertes, et les liens de tous les prisonniers furent rompus.
27 Alors le geôlier, étant réveillé, et voyant les portes de la prison ouvertes, tira son épée, et allait se tuer, croyant que les prisonniers s’étaient sauvés.
28 Mais Paul lui cria à haute voix : Ne te fais point de mal ; nous sommes tous ici.
29 Alors le geôlier, ayant demandé de la lumière, entra promptement, et tout tremblant il se jeta aux pieds de Paul et de Silas.
30 Et les ayant menés dehors, il leur dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ?
31 Ils lui dirent : Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé, toi et ta famille.
32 Et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, et à tous ceux qui étaient dans sa maison.
33 Et les ayant pris à cette même heure de la nuit, il lava leurs plaies ; et aussitôt il fut baptisé, lui et tous les siens.
34 Et les ayant menés dans son logement, il leur fit servir à manger ; et il se réjouit de ce qu’il avait cru en Dieu, avec toute sa famille.
35 Le jour étant venu, les magistrats envoyèrent des sergents, pour dire au geôlier : Laisse aller ces gens-là.
36 Aussitôt le geôlier rapporta ces paroles à Paul, et lui dit : Les magistrats ont envoyé dire qu’on vous laissât aller ; sortez donc maintenant, et vous en allez en paix.
37 Mais Paul dit aux sergents : Après nous avoir battus de verges publiquement, sans forme de jugement, nous qui sommes Romains, ils nous ont mis en prison ; et maintenant ils nous font sortir en secret ; il n’en sera pas ainsi ; mais qu’ils viennent eux-mêmes, et nous mettent en liberté.
38 Et les sergents rapportèrent cela aux magistrats, qui eurent peur, ayant appris qu’ils étaient Romains.
39 C’est pourquoi ils vinrent vers eux, et leur firent des excuses, et les ayant mis hors de la prison, ils les prièrent de se retirer de la ville.
40 Et eux, étant sortis de la prison, entrèrent chez Lydie ; et ayant vu les frères, ils les consolèrent, et ensuite ils partirent.
REFLEXIONS
Il y a deux choses à remarquer sur la vocation de Timothée au saint ministère.
I. La première, que Timothée, qui fut un si grand serviteur de Dieu, avait été élevé dans la piété et que bien qu’il fût jeune, tout le monde lui rendait un bon témoignage, par où l’on voit qu’il ne faut établir dans le ministère que des personnes qui craignent Dieu dès leur jeunesse et qui aient le témoignage d’une bonne et sainte vie.
II. La seconde, que St. Paul, qui condamnait la circoncision lorsqu’on voulait l’imposer aux païens, comme un devoir nécessaire, fit pourtant circoncire Timothée par des raison de prudence, de peur que les Juifs ne rejetassent son ministère sous prétexte qu’il était né d’un père païen. C’est là un exemple de condescendance et de charité qui nous apprend que dans les choses indifférentes il faut s’accommoder autant qu’il est possible aux personnes faibles, éviter ce qui pourrait les scandaliser et avoir toujours égard à ce qui peut le plus contribuer à la paix et à l’édification de l’église.
III. Sur ce que Saint Luc dit que le Saint-Esprit ne permit pas à Saint Paul d’aller en Asie et qu’il fut averti par une vision d’aller annoncer l’Évangile dans la Macédoine, nous devons considérer que c’était Dieu qui conduisait les apôtres dans les lieux où ils pouvaient faire le plus de fruit et où leur présence était la plus nécessaire. Dieu ne trouve pas toujours à propos que l’Évangile soit prêché en toutes sortes de lieux, mais il le fait annoncer à certains peuples plutôt qu’à d’autres pour de justes raisons.
IV. Saint Luc rapporte qu’une femme nommée Lydie écouta Saint Paul et que Dieu ouvrit le cœur de cette femme pour croire ce que cet apôtre disait. Cela nous montre que la foi se produit par l’ouïe de la parole de Dieu et par l’efficace de la grâce qui ouvre le cœur et le fléchi.
V. Saint Paul ayant délivré une servante qui était possédée d’un mauvais esprit, les maîtres de cette servante au lieu d’être touché de ce miracle, soulevèrent le magistrat contre lui parce qu’ils perdaient le profit qu’elle leur apportait en devinant. Cela fait voir combien l’intérêt a de pouvoir pour exciter les passions des hommes et pour les empêcher de connaître et de recevoir la vérité. Saint Paul et Silas furent fouettés et emprisonnés par ordre du magistrat de Philippes, mais ils firent paraître une constance admirable en souffrant cette peine et cette ignominie et en chantant les louanges de Dieu dans la prison.
C’est ainsi que les chrétiens reçoivent non seulement avec patience, mais même avec joie les maux auxquels ils sont exposés pour Jésus-Christ. Dieu ouvrit par un tremblement de terre les portes de la prison où Paul et Silas étaient renfermés et ils eurent même la joie de convertir le geôlier. Cela marquait bien sensiblement que Dieu protégeait ses fidèles serviteurs et tout ce que l’on faisait contre les apôtres tournait à la gloire de Dieu, à l’avancement de l’Évangile et à leur plus grande consolation.
Enfin on doit remarquer que Saint Paul allégua qu’il était bourgeois de Rome pour obliger les magistrats de la ville de Philippes à reconnaître le tort qu’ils avaient eu de l’avoir fait fouetter et emprisonner lui et Silas sans aucune forme de jugement. Il en usa ainsi pour faire voir son innocence et pour l’honneur de l’Évangile qu’il annonçait. Du reste, il parait par cela même que St. Paul ne craignait point les souffrances puisque s’il eût d’abord dit qu’il était bourgeois de Rome, il aurait évité le fouet et la prison. Ainsi l’on voit qu’il joignait une grande prudence à une patience admirable et à une profonde humilité.
St. Paul et Silas annoncent l’Évangile avec succès à Thessalonique, mais les Juifs ayant soulevés le magistrat et le peuple de cette ville contre eux, ils vont à Bérée et y convertissent plusieurs personnes. Y étant encore persécutés par les Juifs, St. Paul se retira de Bérée et s’en alla à Athènes qui était une ville célèbre de la Grèce. Il y annonça l’Évangile et il y convertit quelques personnes.
1 Paul et Silas, ayant passé par Amphipolis et par Apollonie, vinrent à Thessalonique, où il y avait une synagogue de Juifs.
2 Et Paul, selon sa coutume, entra vers eux, et il les entretint des Ecritures, pendant trois jours de sabbat,
3 leur découvrant et leur faisant voir qu’il avait fallu que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât des morts ; et ce Christ, leur disait-il, est Jésus que je vous annonce.
4 Et quelques-uns d’entre eux crurent, et se joignirent à Paul et à Silas, comme aussi une grande multitude de Grecs craignant Dieu, et plusieurs femmes de qualité.
5 Mais les Juifs incrédules, étant émus d’envie, prirent avec eux quelques hommes méchants et fainéants ; et ayant excité un tumulte, ils troublèrent toute la ville, et faisant violence à la maison de Jason, ils cherchaient Paul et Silas, pour les mener vers le peuple.
6 Mais ne les y ayant pas trouvés, ils traînèrent Jason et quelques-uns des frères devant les magistrats de la ville, en criant : Ces gens, qui ont troublé tout le monde, sont aussi venus ici.
7 Et Jason les a reçus chez lui ; et ils sont tous rebelles aux ordonnances de César, en disant qu’il y a un autre roi, qu’ils nomment Jésus.
8 Il émurent donc la populace, et même les magistrats de la ville, qui les écoutèrent.
9 Mais ayant reçu caution de Jason et des autres, ils les laissèrent aller.
10 Et incontinent les frères firent partir de nuit Paul et Silas, pour aller à Bérée, où étant arrivés, ils entrèrent dans la synagogue des Juifs.
11 Ceux-ci eurent des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique, et ils reçurent la parole avec beaucoup de promptitude, examinant tous les jours les Écritures, pour savoir si ce qu’on leur disait y était conforme.
12 Plusieurs donc d’entre eux crurent, et des femmes grecques de qualité, et des hommes en assez grand nombre.
13 Mais, quand les Juifs de Thessalonique surent que la parole de Dieu était annoncée à Bérée par Paul, ils y vinrent et émurent le peuple.
14 Et aussitôt les frères en firent sortir Paul, comme pour aller du côté de la mer ; mais Silas et Timothée demeurèrent encore à Bérée.
15 Et ceux qui s’étaient chargés de mettre Paul en sûreté, le menèrent jusqu’à Athènes, et après avoir reçu ordre de lui de dire à Silas et à Timothée de venir le trouver au plus tôt, ils partirent.
16 Pendant que Paul les attendait à Athènes, il avait le cœur outré, en voyant cette ville toute plongée dans l’idolâtrie.
17 Il s’entretenait donc dans la synagogue avec les Juifs et avec ceux qui craignaient Dieu, et tous les jours en la place avec ceux qui s’y rencontraient.
18 Et quelques philosophes épicuriens et stoïciens conférèrent avec lui ; et les uns disaient : Que veut dire ce discoureur ? Et les autres disaient : Il semble qu’il annonce des divinités étrangères ; c’était parce qu’il leur annonçait Jésus et la résurrection.
19 Et l’ayant pris, ils le menèrent à l’aréopage, en lui disant : Pourrions-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine que tu annonces ?
20 Car nous t’entendons dire certaines choses fort étranges ; nous voudrions donc bien savoir ce que c’est.
21 Or, tous les Athéniens et les étrangers qui demeuraient à Athènes, ne s’occupaient qu’à dire et à écouter quelque nouvelle.
22 Alors Paul, se tenant au milieu de l’aréopage, dit : Hommes athéniens, je remarque qu’en toutes choses vous êtes, pour ainsi dire, dévots jusqu’à l’excès.
23 Car en passant et en regardant vos divinités, j’ai trouvé même un autel sur lequel il y a cette inscription : AU DIEU INCONNU. Celui donc que vous honorez sans le connaître, c’est celui que je vous annonce.
24 Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans les temples bâtis par la main des hommes.
25 Il n’est point servi par les mains des hommes, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, la respiration et toutes choses.
26 Il a fait naître d’un seul sang tout le genre humain, pour habiter sur toute l’étendue de la terre, ayant déterminé les temps précis et les bornes de leur habitation ;
27 afin qu’ils cherchent le Seigneur, et qu’ils puissent comme le toucher de la main et le trouver, quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous.
28 Car c’est par lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être ; selon que quelques-uns de vos poètes ont dit, que nous sommes aussi la race de Dieu.
29 Etant donc la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l’or, ou à de l’argent, ou à de la pierre taillée par l’art et l’industrie des hommes.
30 Dieu donc, ayant laissé passer ces temps d’ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils se convertissent ;
31 parce qu’il a arrêté un jour, auquel il doit juger le monde avec justice, par l’Homme qu’il a établi pour cela, de quoi il a donné à tous les hommes une preuve certaine, en le ressuscitant des morts.
32 Et quand ils entendirent parler de la résurrection des morts, les uns s’en moquèrent, et les autres dirent : Nous t’entendrons là-dessus une autre fois.
33 Ainsi Paul sortit du milieu d’eux.
34 Il y en eut cependant quelques-uns qui se joignirent à lui, et qui crurent ; entre lesquels était Denis, juge de l’Aréopage, et une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux.
REFLEXIONS
L’arrivée de Saint Paul et de Silas à Thessalonique et à Bérée, leur prédication dans ces deux villes et la sédition que les Juifs excitèrent contre eux nous montrent que St. Paul ne se relâchait point, que les Juifs qui étaient les plus ardents ennemis de l’Évangile le persécutaient en tous lieux, mais qu’il avait aussi la consolation de gagner partout des âmes à Jésus-Christ.
II. Ce qui est dit ici à la louange des fidèles de Bérée est remarquable, c’est qu’ils reçurent promptement la parole de Dieu et qu’ils examinaient les saintes Écritures pour voir si ce que St. Paul leur annonçait y était conforme. Nous devons apprendre de là qu’il faut recevoir la vérité avec docilité et avec promptitude et en même temps avec connaissance et discernement et que tous les chrétiens ont le droit d’examiner par la parole de Dieu la doctrine qu’on leur annonce afin de ne rien croire qui ne s’accorde avec cette divine parole qui est l’unique règle de la foi et de se soumettre avec obéissance à tout ce qui y est conforme.
III. On remarque dans ce chapitre le grand zèle de St. Paul. Affligé de voir la ville d’Athènes engagée dans l’idolâtrie, il prit la résolution d’y annoncer l’Évangile et, étant prié par quelques philosophes de les informer de la doctrine qu’il enseignait, il ne fit point difficulté de leur parler de la vraie religion.
À l’imitation de St. Paul, nous devons être vivement touché lorsque nous voyons les hommes engagés dans l’erreur et dans l’égarement et profiter de toutes les occasions qui se présentent de les en retirer.
On découvre, dans le discours que St. Paul fit aux Athéniens, d’un côté la sagesse et la prudence de cet Apôtre qui prit occasion des superstitions mêmes où ils étaient engagés, de leur parler du vrai Dieu et de l’autre, l’évidence et la force avec laquelle il leur fit voir par les raisons les plus convaincantes et par le témoignage de leurs propres poètes qu’il y a un Dieu tout puissant et tout bon qui a créé toutes choses et que c’est une folie extrême et le dernier égarement de servir des idoles d’or, d’argent ou de pierre comme faisaient les païens. Ce discours de St. Paul renferme les principaux articles de la religion, qu’il n’y a qu’un seul Dieu, créateur et conservateur du monde, que ce Dieu n’est pas loin de chacun de nous, qu’il n’a point besoin de notre service, ni d’aucune chose puisqu’il nous donne à tous la vie, le mouvement et l’être. Mais nous devons surtout faire attention à ces paroles qui sont l’abrégé de la doctrine et des devoirs de l’Évangile : Que Dieu fait annoncer maintenant à tous les hommes en tous lieux qu’ils se convertissent et qu’il y a un jour auquel il doit juger le monde par notre Seigneur Jésus-Christ.
Ces vérités que St. Paul enseigna autrefois dans une ville idolâtre sont celles que nous faisons profession de croire, mais elles ne peuvent nous devenir salutaires qu’autant qu’elles nous portent à servir Dieu, à le craindre et à obéir à l’Évangile.
Enfin, le discours de St. Paul fut suivi de la conversion de quelques personnes, mais la plupart de ceux qui l’avaient ouï demeurèrent dans l’incrédulité et même il y en eut qui se moquèrent de la doctrine de cet Apôtre. C’est ainsi que la prédication de la parole de Dieu opère la conversion des uns pendant que les autres la rejettent avec fierté et mépris.
St. Paul demeure à Corinthe un an et demi, il y convertit un grand nombre de personnes et il y est accusé par les Juifs devant le magistrat. De là il s’en alla à Éphèse, à Jérusalem, à Antioche et en d’autres lieux pour visiter les églises et les confirmer dans la foi. Sur la fin de ce chapitre, Il est parlé d’Apollos qui était un ministre de l’Évangile, illustre par son zèle et par ses grands dons.
1 Après cela, Paul étant parti d’Athènes, vint à Corinthe.
2 Et y ayant trouvé un Juif, nommé Aquilas, originaire du Pont, qui était nouvellement venu d’Italie avec Priscille sa femme, parce que Claude avait ordonné à tous les Juifs de sortir de Rome, il s’adressa à eux.
3 Et comme il était du même métier qu’eux, il demeura chez eux, et y travaillait ; et leur métier était de faire des tentes.
4 Il discourait dans la synagogue, tous les jours de sabbat, et il persuadait les Juifs et les Grecs.
5 Quand Silas et Timothée furent venus de Macédoine, Paul, étant pressé en son esprit, rendait témoignage aux Juifs que Jésus était le CHRIST.
6 Mais, comme ils s’opposaient à lui, et qu’ils blasphémaient, il secoua ses habits et leur dit : Que votre sang soit sur votre tête ; j’en suis net ; dès à présent je m’en irai vers les Gentils.
7 Et étant sorti de là, il entra chez un homme, nommé Juste, craignant Dieu, et dont la maison tenait à la synagogue.
8 Et Crispe, chef de la synagogue, crut au Seigneur avec toute sa maison ; et plusieurs autres Corinthiens, ayant ouï Paul, crurent aussi, et furent baptisés.
9 Et le Seigneur dit à Paul, durant la nuit, en vision : Ne crains point, mais parle, et ne te tais point ;
10 car je suis avec toi, et personne ne mettra les mains sur toi, pour te faire du mal ; car j’ai un grand peuple dans cette ville.
11 Il y demeura donc un an et demi, enseignant parmi eux la parole de Dieu.
12 Mais lorsque Gallion était proconsul d’Achaïe, les Juifs s’élevèrent d’un commun accord contre Paul, et l’amenèrent au tribunal,
13 en disant : Celui-ci veut persuader aux hommes de servir Dieu d'une manière contraire à la loi.
14 Et comme Paul allait ouvrir la bouche pour parler, Gallion dit aux Juifs : S’il s’agissait, ô Juifs, de quelque injustice ou de quelque crime, je vous écouterais patiemment, autant qu’il serait raisonnable ;
15 mais s’il est question de disputes de mots, et de noms, et de votre loi, vous y pourvoirez vous-mêmes, car je ne veux point être juge de ces choses.
16 Et il les fit retirer du tribunal.
17 Alors tous les Grecs, ayant saisi Sosthène, chef de la synagogue, le battaient devant le tribunal, et Gallion ne s’en mettait point en peine.
18 Quand Paul eut encore demeuré là assez longtemps, il prit congé des frères, et s’embarqua pour aller en Syrie, avec Priscille et Aquilas, s’étant fait auparavant couper les cheveux à Cenchrée, à cause d’un vœu.
19 Puis il arriva à Ephèse, et il les y laissa ; et étant entré dans la synagogue, il conféra avec les Juifs,
20 qui le prièrent de demeurer plus longtemps avec eux ; mais il n’y consentit pas.
21 Et il prit congé d’eux, en leur disant : Il faut absolument que je fasse la fête prochaine à Jérusalem ; mais je reviendrai vous voir, s’il plaît à Dieu ; et ainsi il partit d’Ephèse.
22 Et étant débarqué à Césarée, il monta à Jérusalem, et après avoir salué l’Eglise, il descendit à Antioche.
23 Et y ayant fait quelque séjour, il en partit, et parcourut de suite la Galatie et la Phrygie, fortifiant tous les disciples.
24 En ce temps-là, un Juif, nommé Apollos, natif d’Alexandrie, homme éloquent et puissant dans les Ecritures, arriva à Ephèse.
25 Il était en quelque sorte instruit dans la voie du Seigneur ; il parlait avec ferveur d’esprit, et enseignait soigneusement ce qui regardait le Seigneur, bien qu’il n’eût connaissance que du baptême de Jean.
26 Il commença donc à parler hardiment dans la synagogue. Et quand Aquilas et Priscille l’eurent ouï, ils le prirent avec eux, et l’instruisirent plus exactement de la voie de Dieu.
27 Et comme il voulut passer en Achaïe, les frères qui l’y avaient exhorté, écrivirent aux disciples de le recevoir. Quand il fut arrivé, il servit beaucoup, par la grâce de Dieu, à ceux qui avaient cru.
28 Car il convainquait publiquement les Juifs, avec une grande force, prouvant par les Ecritures que Jésus était le Christ.
REFLEXIONS
Dans ce que Saint Luc rapporte du séjour que Saint Paul fit à Corinthe, nous avons à remarquer l’ardeur avec laquelle cet Apôtre travaillait partout à l’avancement du règne de Jésus-Christ, son désintéressement et sa prudence qui paraissaient en ce qu’il aima mieux travailler de ses mains pour subsister que de vivre aux dépends de l’église, les travers que les Juifs lui suscitèrent et enfin la protection dont Dieu le couvrit et la consolation qu’il eut de convertir un grand peuple dans cette ville là et d’y fonder une très belle église. Voilà comment la religion chrétienne s’établissait de plus en plus par la prédication des apôtres et malgré les oppositions des Juifs et des autres ennemis de la vérité.
II. divers voyages de Saint Paul qui sont rapportés dans ce chapitre font voir qu’il était continuellement occupé aux fonctions de sa charge et qu’il travaillait avec une application infatigable à l’édification des églises. C’est ainsi que tous les vrais et sincères chrétiens, mais particulièrement les fidèles ministres de Jésus-Christ, s’emploient de toutes leurs forces pour la gloire de Dieu et pour le salut des hommes et qu’ils y consacrent avec plaisir tout leur temps et toute leur vie.
III. Le témoignage avantageux que Saint Luc rend à Apollos et la manière dont il parle de son zèle, de son éloquence, de ses grands dons et des fruits admirables de son ministère, doit nous faire reconnaître que Dieu accorde une grâce très précieuse aux églises lorsqu’il envoie des docteurs et des ministres zélés, habiles dans les divines Écritures et revêtus des talents et des dons nécessaires pour instruire et pour édifier et cela doit aussi nous engager à prier Dieu qu’il en suscite toujours de semblables.
Saint Paul annonce l’Évangile dans la vile d’Éphèse et il y fait plusieurs miracles. Certains Juifs voulant chasser les esprits malins au nom de Jésus sont maltraités par ceux qui étaient possédés de ces esprits. Plusieurs personnes qui s’étaient adonnées à la magie se convertissent et donnent des marques publiques de leur repentance. Saint Luc ajoute l’histoire d’une sédition qui fut excitée contre St. Paul par un orfèvre nommé Démétrius. Cet homme gagnait beaucoup en vendant de petits temples en argent qui étaient faits sur le modèle d’un temple fameux qu’il y avait à Éphèse et qui était consacré à une déesse des païens nommée Diane. Comme il vit que St. Paul en prêchant contre l’idolâtrie lui faisait perdre tout son profit, il souleva le peuple contre lui, mais cette émeute fut apaisée par le greffier de la ville.
1 Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul, après avoir parcouru les provinces supérieures de l’Asie mineure, vint à Ephèse ; où, ayant trouvé quelques disciples, il leur dit :
2 Avez-vous reçu le Saint-Esprit, lorsque vous avez cru ? Mais ils lui répondirent : Nous n’avons pas même ouï dire qu’il y ait un Saint-Esprit.
3 Et il leur dit : De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? Ils répondirent : Du baptême de Jean.
4 Alors Paul leur dit : Il est vrai que Jean a baptisé du baptême de la repentance, en disant au peuple qu’ils devaient croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire, en Jésus, qui est le CHRIST.
5 Ce qu’ayant ouï, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus.
6 Et après que Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux, et ils parlaient diverses langues et prophétisaient.
7 Et tous ces hommes-là étaient environ douze.
8 Puis il entra dans la synagogue, et il y parla avec hardiesse pendant trois mois, discourant, pour leur persuader ce qui regarde le royaume de Dieu.
9 Mais, comme quelques-uns s’endurcissaient, et étaient incrédules, décriant la voie du Seigneur devant la multitude, il se retira, et sépara les disciples d’avec eux, enseignant tous les jours dans l’école d’un nommé Tirannus.
10 Et cela continua durant deux ans, de sorte que tous ceux qui demeuraient en Asie, tant Juifs que Grecs, entendirent la parole du Seigneur Jésus.
11 Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul ;
12 en sorte qu’on portait même sur les malades les mouchoirs et les linges qui avaient touché son corps ; et ils étaient guéris de leurs maladies, et les malins esprits sortaient.
13 Alors quelques-uns des exorcistes Juifs, qui couraient de lieu en lieu, entreprirent d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient possédés des malins esprits, en disant : Nous vous conjurons par Jésus que Paul prêche.
14 Ceux qui faisaient cela, étaient sept, et fils de Scéva, Juif, l’un des principaux sacrificateurs.
15 Mais le malin esprit leur répondit : Je connais Jésus, et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ?
16 Et l’homme qui était possédé de cet esprit malin, se jeta sur eux, et s’en étant rendu maître, il les maltraita si fort qu’ils s’enfuirent de la maison tout nus et blessés.
17 Ce qui ayant été connu de tous les Juifs et de tous les Grecs qui demeuraient à Ephèse, ils furent tous saisis de crainte ; et le nom du Seigneur Jésus était glorifié.
18 Et plusieurs de ceux qui avaient cru, venaient confesser et déclarer ce qu’ils avaient fait.
19 Il y en eut aussi beaucoup de ceux qui avaient exercé des arts curieux, qui apportèrent leurs livres, et les brûlèrent devant tout le monde ; et quand on en eut supputé le prix, on trouva qu’il montait à cinquante mille deniers d’argent.
20 Ainsi la parole du Seigneur se répandait, et devenait de plus en plus efficace.
21 Après cela, Paul se proposa, par un mouvement de l’Esprit, de passer par la Macédoine et par l’Achaïe, et d’aller à Jérusalem, disant : Lorsque j’aurai été là, il faut aussi que je voie Rome.
22 Et ayant envoyé en Macédoine deux de ceux qui le servaient dans le ministère, savoir, Timothée et Eraste, il demeura encore quelque temps en Asie.
23 Mais il arriva en ce temps-là un grand trouble à l’occasion de la doctrine du Seigneur.
24 Car un orfèvre, nommé Démétrius, qui faisait de petits temples d’argent de Diane, et qui donnait beaucoup à gagner aux ouvriers de ce métier,
25 Les assembla avec d’autres qui travaillaient à ces sortes d’ouvrages, et leur dit : O hommes, vous savez que tout notre gain vient de cet ouvrage ;
26 et, cependant, vous voyez et vous entendez dire, que non-seulement à Ephèse, mais presque par toute l’Asie, ce Paul, par ses persuasions, a détourné du culte des dieux un grand nombre de personnes, en disant que les dieux qui sont faits par les mains des hommes, ne sont pas des dieux.
27 Il n’y a pas seulement du danger pour nous que notre métier ne soit décrié, mais il est même à craindre que le temple de la grande Diane ne tombe dans le mépris, et que sa majesté, que toute l’Asie et tout le monde révère, ne s’anéantisse aussi.
28 Ayant entendu cela, ils furent tous transportés de colère, et ils s’écrièrent : Grande est la Diane des Ephésiens !
29 Et toute la ville fut remplie de confusion ; et ils coururent tous ensemble avec fureur au théâtre, et enlevèrent Gaïus et Aristarque, Macédoniens, compagnons de voyage de Paul.
30 Sur quoi Paul voulut se présenter devant le peuple ; mais les disciples ne le lui permirent pas.
31 Quelques-uns aussi des Asiarques, qui étaient ses amis, l’envoyèrent prier de ne point se présenter au théâtre.
32 Cependant, les uns criaient d’une manière, et les autres d’une autre ; car l’assemblée était tumultueuse, et plusieurs ne savaient même pas pourquoi ils s’étaient assemblés.
33 Alors Alexandre fut tiré de la foule par les Juifs qui le poussaient devant eux ; et Alexandre faisant signe de la main, voulait parler au peuple pour leur défense.
34 Mais, dès qu’ils eurent reconnu qu’il était Juif, ils s’écrièrent tout d’une voix, durant près de deux heures : Grande est la Diane des Ephésiens !
35 Alors le greffier, ayant apaisé le peuple, dit : Ô Ephésiens, et qui est l’homme qui ne sache que la ville des Ephésiens est dédiée au service de la grande déesse Diane, et à son image descendue de Jupiter ?
36 Cela étant donc incontestable, vous devez vous apaiser, et ne rien faire avec précipitation.
37 Car ces gens que vous avez amenés ici, ne sont ni sacrilèges, ni coupables de blasphème contre votre déesse.
38 Que si Démétrius et les ouvriers qui sont avec lui ont quelque plainte à faire contre quelqu’un, on tient la cour, et il y a des proconsuls ; qu’ils s’y fassent appeler les uns les autres.
39 Et si vous avez quelque autre affaire à proposer, on pourra la décider dans une assemblée légitime.
40 Car nous sommes en danger d’être accusés de sédition pour ce qui s’est passé aujourd’hui, ne pouvant alléguer aucune raison, pour justifier ce concours de peuple. Et quand il eut dit cela, il congédia l’assemblée.
REFLEXIONS
Ce chapitre nous met devant les yeux la continuation des merveilleux succès du ministère de St. Paul. Il baptisa à Éphèse certains disciples qui jusqu’alors n’avaient été instruits que dans la doctrine de Jean Baptiste et aussitôt qu’ils eurent été baptisés au nom de Jésus-Christ et que St. Paul leur eut imposé les mains, ils reçurent les dons miraculeux du Saint-Esprit. Il y convertit outre cela un grand peuple malgré les oppositions des Juifs, il y fit des miracles surprenants et plusieurs personnes qui avaient été adonnées à la magie renoncèrent à leur superstition et à leur impiété. C’est ainsi que cet Apôtre établissait partout le règne de Jésus-Christ et détruisait celui du diable.
II. Ce qui arriva à ces exorcistes juifs qui, pensant chasser les démons au nom de Jésus, furent maltraités par ceux qui étaient possédés de ces esprits malins, tendait à montrer aux Juifs et à tout le monde qu’il n’y avait que les apôtres et ceux qui croyaient en Jésus-Christ qui pussent véritablement faire des miracles et commander aux démons.
La vertu divine de la religion de notre Seigneur ne se manifeste que par les gens de bien, mais il n’appartient pas aux méchants et aux hypocrites de prendre le nom du Seigneur dans leur bouche.
III. Saint Luc rapporte que plusieurs habitants d’Éphèse, touchés par la prédication de Saint Paul, vinrent confesser leurs péchés et qu’ils y en eu qui étant adonnés à la magie et aux arts illicites aimèrent mieux brûler publiquement leurs livres qui traitaient de ces arts-là que de les vendre, quoiqu’ils en eussent pu tirer des sommes très considérables.
Cet exemple est remarquable, il nous apprend que les vrais pénitents ne font point de difficulté de confesser leurs fautes, de donner des marques publiques de leur repentance et de renoncer à tout ce qui a été pour eux ou qui pourrai être pour les autres une occasion de péché et de scandale, quelque précieux et quelque cher qu’il leur pût être et quelque profit qu’ils pussent en tirer.
Ce qu’il y a principalement à remarquer sur la sédition qui s’émut à Éphèse contre St. Paul, c’est qu’elle fut excitée par des ouvriers qui craignaient que si l’on cessait d’adorer les idoles, leur métier ne fut décrié et que leur gain ne diminuât et que ces gens-là pour animer le peuple se servirent d’un prétexte de religion et de zèle pour la déesse Diane. Rien n’a plus de force sur l’esprit des hommes que l’amour du gain, c’est ce qui allume le plus leur passion, ils ne peuvent souffrir la vérité lorsqu’elle est contraire à leurs intérêts et ils couvrent cet intérêt, lorsqu’ils le peuvent, d’un zèle apparent pour la religion. Au reste, ce tumulte qui s’était excité fut apaisé, quoi qu’avec peine, par le greffier de la ville et par ce moyen Saint Paul fut préservé du danger qui le menaçait. Cette histoire fait voir que les émeutes et les séditions sont très dangereuses, qu’ainsi l’on doit éviter tout ce qui pourrait les exciter et que les gens sages doivent les prévenir et les apaiser par tous les moyens possibles.
Saint Paul part d’Éphèse et se rend à Troas où il annonce l’Évangile aux chrétiens de cette ville-là et il ressuscite un mort. De là il s’en va à Millet, où ayant fait venir les pasteurs de l’église d’Éphèse, il leur adresse, une grave exhortation, après quoi il prend congé d’eux.
1 Après que le tumulte fut apaisé, Paul fit venir les disciples, et ayant pris congé d’eux, il partit pour aller en Macédoine.
2 Et quand il eut parcouru ces quartiers-là, et qu’il eut fait plusieurs exhortations aux fidèles, il vint en Grèce.
3 Quand il y eut demeuré trois mois, les Juifs lui ayant dressé des embûches, lorsqu’il devait s’embarquer pour aller en Syrie, on fut d’avis qu’il s’en retournât par la Macédoine.
4 Et il fut accompagné jusqu’en Asie par Sopater de Bérée, par Aristarque et Second de Thessalonique, par Gaïus de Derbe, par Timothée, et aussi par Tychique et Trophime, qui étaient d’Asie.
5 Ceux-ci, étant allés devant, nous attendirent à Troas.
6 Mais pour nous, après les jours des pains sans levain, nous nous embarquâmes à Philippes, et dans cinq jours nous les joignîmes à Troas, où nous demeurâmes sept jours.
7 Et le premier jour de la semaine, les disciples étant assemblés pour rompre le pain, Paul, devant partir le lendemain, leur fit un discours qu’il étendit jusqu’à minuit.
8 Or, il y avait beaucoup de lampes dans la chambre haute où ils étaient assemblés.
9 Et un jeune homme, nommé Eutyche, qui était assis sur une fenêtre, fut accablé d’un profond sommeil, pendant le long discours de Paul, et s’étant endormi, il tomba du troisième étage en bas, et fut levé mort.
10 Mais Paul étant descendu, se pencha sur lui, et l’ayant embrassé, il leur dit : Ne vous troublez point, car son âme est en lui.
11 Et étant remonté, et ayant rompu le pain et mangé, il parla longtemps jusqu’au point du jour, après quoi il partit.
12 Or, on ramena le jeune homme vivant, de quoi ils furent extrêmement consolés.
13 Pour nous, étant montés sur un vaisseau, nous fîmes voile vers Asson, où nous devions reprendre Paul ; car il l’avait ainsi ordonné, parce qu’il voulait faire le chemin à pied.
14 Quand donc il nous eut rejoints à Asson, nous le prîmes avec nous et nous vînmes à Mitylène.
15 Puis, étant partis de là, nous arrivâmes le lendemain vis-à-vis de Chio. Le jour suivant, nous abordâmes à Samos, et nous étant arrêtés à Trogylle, le jour d’après, nous vînmes à Milet.
16 Car Paul avait résolu de passer Ephèse sans y débarquer, pour ne pas s’arrêter en Asie, parce qu’il se hâtait d’être le jour de la Pentecôte à Jérusalem, s’il lui était possible.
17 Mais il envoya de Milet à Ephèse, pour faire venir les pasteurs de cette Eglise.
18 Et lorsqu’ils furent venus vers lui, il leur dit : Vous savez de quelle manière je me suis toujours conduit avec vous, depuis le premier jour que je suis entré en Asie ;
19 servant le Seigneur avec toute humilité, avec beaucoup de larmes, et parmi les épreuves qui me sont survenues par les embûches des Juifs ;
20 et que je ne vous ai rien caché des choses qui vous étaient utiles, et n’ai pas manqué de vous les annoncer et de vous en instruire, et en public, et de maison en maison ;
21 prêchant tant aux Juifs qu’aux Grecs, la repentance envers Dieu, et la foi en Jésus-Christ notre Seigneur.
22 Et maintenant étant lié par l’Esprit, je m’en vais à Jérusalem, ne sachant pas ce qui m’y doit arriver ;
23 si ce n’est que le Saint-Esprit m’avertit de ville en ville, que des liens et des afflictions m’attendent.
24 Mais je ne me mets en peine de rien, et ma vie ne m’est point précieuse, pourvu que j’achève avec joie ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus, pour rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu.
25 Et maintenant, je sais qu’aucun de vous tous, parmi lesquels j’ai passé en prêchant le royaume de Dieu, ne verra plus mon visage.
26 C’est pourquoi je proteste aujourd’hui devant vous, que je suis net du sang de vous tous.
27 Car je n’ai point évité de vous annoncer tout le dessein de Dieu.
28 Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Eglise de Dieu, qu’il a acquise par son propre sang.
29 Car je sais qu’après mon départ, il entrera parmi vous des loups ravissants, qui n’épargneront point le troupeau ;
30 Et que d’entre vous-mêmes il se lèvera des gens qui annonceront des choses pernicieuses, afin d’attirer les disciples après eux.
31 C’est pourquoi veillez, en vous souvenant que durant trois ans, je n’ai cessé, nuit et jour, d’avertir chacun de vous avec larmes.
32 Et maintenant, mes frères, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, lequel peut vous édifier encore et vous donner l’héritage avec tous les saints.
33 Je n’ai désiré ni l’argent, ni l’or, ni les vêtements de personne.
34 Et vous savez vous-mêmes que ces mains ont fourni à tout ce qui m’était nécessaire, et à ceux qui étaient avec moi.
35 Je vous ai montré en toutes choses, que c’est ainsi, qu’en travaillant, il faut s’accommoder aux faibles, et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même, qu'il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir.
36 Quand il eut dit cela, il se mit à genoux, et pria avec eux tous.
37 Alors tous fondirent en larmes, et se jetant au cou de Paul, ils le baisaient,
38 étant principalement affligés de ce qu'il avait dit, qu'ils ne verraient plus son visage. Et ils le conduisirent jusqu'au vaisseau.
REFLEXIONS
Ce qu’il y a à observer ici, c’est :
I. Que Saint Paul étant arrivé à Troas, il se rendit dans le lieu où les chrétiens de cette ville-là étaient assemblés le premier jour de la semaine pour rompre le pain, c’est-à-dire pour célébrer la Sainte-Cène et qu’il étendit son discours bien avant dans la nuit. D’ici nous recueillons que les apôtres et les premiers chrétiens s’assemblaient pour servir Dieu et pour s’édifier, que le jour du dimanche était destiné à cela, qu’on célébrait la Sainte-Cène dans ces assemblées et qu’on y faisait des discours pour instruire et pour exhorter les fidèles et qu’ainsi ces pratiques sont aussi anciennes que le christianisme et d’institution divine.
II. Saint Paul rendit la vie à un jeune homme qui était tombé du haut de la maison où les fidèles étaient assemblés. Ce fut là un miracle tout à fait remarquable qui dût consoler les chrétiens de Troas et les affermir puissamment dans la religion de Jésus-Christ.
Mais ce qui doit surtout être considéré dans ce chapitre, c’est le discours que Saint Paul fit aux pasteurs d’Éphèse avant que de les quitter. On y remarque son intégrité, son zèle et son désintéressement dans l’exercice de son ministère, sa constance dans les afflictions, sa grande piété, le soin qu’il avait eu, pendant trois ans, d’exhorter et d’enseigner les fidèles d’Éphèse, tant en public que par les maisons et la résolution ferme où il était de servir le Seigneur jusqu’à la fin et même de donner sa vie avec joie pour l’Évangile. On y voit encore les graves et touchantes exhortations qu’il adressa aux pasteurs de l’église d’Éphèse et les vœux ardents et tendres par lesquels il les recommanda à Dieu, eux et tout le troupeau sur lequel ils étaient établis. Les ministres de l’Évangile doivent apprendre d’ici à s’acquitter fidèlement de leur charge, à en remplir tous les devoirs avec zèle et avec sincérité, à veiller soigneusement sur les troupeaux du Seigneur, à prendre garde qu’il ne s’y glisse de fausses doctrines ou des scandales, à ne jamais rien taire de ce qui peut être utile à ceux qui sont commis à leurs soins et à les avertir, non seulement en public, mais aussi en particulier. Ils doivent encore, à l’exemple de Saint Paul souffrir patiemment les traverses auxquelles ils sont exposés, prier continuellement pour leurs troupeaux et enfin, n’avoir point d’égard à eux-mêmes, à leur intérêt particulier, ni même à leur propre vie, pourvu qu’ils aient la joie d’achever leur course et de s’acquitter fidèlement du ministère qu’ils ont reçu du Seigneur Jésus.
Ce que Saint Paul dit dans cette occasion apprend aussi à tous les chrétiens que la charge du St. ministère est de la dernière importance, que Dieu accorde une grande grâce aux églises lorsqu’il leur envoie de fidèles ministres et que, quand les pasteurs se sont acquittés de leur devoir, ils ne seront pas responsables du salut de ceux qui périront.
Les larmes que les pasteurs et les chrétiens d’Éphèse répandirent en se séparant de Saint Paul montrent à quel point ils le chérissaient et par là on voit bien combien l’amour qui unit les pasteurs avec leurs troupeaux est tendre et combien les chrétiens doivent craindre d’être privés du ministère des fidèles serviteurs de Dieu.
Saint Paul étant parti de Milet arrive à Tyr et de là à Césarée où un prophète l’avertit qu’il serait emprisonné à Jérusalem et livrés aux païens. Cette prédiction n’étonna point St. Paul, il témoigna qu’il ne craignait, ni les liens, ni la mort et il partit pour Jérusalem.
Y étant arrivé, il entra dans le temple avec quatre personnes qui avaient fait le vœu de naziréat pour observer ce que la loi de Moïse prescrivait en pareil cas, il fit cela par avis de l’Apôtre St. Jacques et des anciens de l’église de Jérusalem afin de montrer qu’il n’était pas ennemi de la loi, comme on l’en accusait. Cependant, les Juifs ne laissèrent pas d’exciter une sédition contre lui et ils lui auraient ôté la vie si le capitaine des gardes du temple ne l’eût délivré de leurs mains.
1 Nous étant donc embarqués, après nous être séparés d’eux, nous vînmes droit à Cos, et le jour suivant à Rhodes, et de là à Patara.
2 Et ayant trouvé un vaisseau qui passait en Phénicie, nous montâmes dessus et nous partîmes.
3 Puis, ayant découvert l’île de Chypre, et l’ayant laissée à gauche, nous fîmes route vers la Syrie, et nous abordâmes à Tyr, parce que le vaisseau devait y laisser sa charge.
4 Et ayant trouvé des disciples, nous y demeurâmes sept jours. Ils disaient par l’Esprit à Paul, qu’il ne montât point à Jérusalem.
5 Mais ces jours étant passés, nous partîmes de Tyr, et ils nous accompagnèrent tous, avec leurs femmes et leurs enfants, jusque hors de la ville, où, nous étant mis à genoux sur le rivage, nous fîmes la prière.
6 Et après nous être embrassés, nous montâmes sur le vaisseau ; et ils retournèrent chez eux.
7 Ainsi, continuant notre navigation, de Tyr nous abordâmes à Ptolomaïde, et après avoir salué les frères, nous demeurâmes un jour avec eux.
8 Le lendemain, Paul et nous qui étions avec lui, étant partis de là, nous vînmes à Césarée ; et étant entrés dans la maison de Philippe l’évangéliste, qui était l’un des sept diacres, nous logeâmes chez lui.
9 Il avait quatre filles vierges, qui prophétisaient.
10 Comme nous demeurâmes là plusieurs jours, il y vint de Judée un prophète nommé Agabus,
11 Qui, nous étant venu voir, prit la ceinture de Paul, et s’en liant les mains et les pieds, il dit : Voici ce que dit le Saint-Esprit : C’est ainsi que les Juifs lieront dans Jérusalem l’homme à qui est cette ceinture ; et ils le livreront entre les mains des Gentils.
12 Et quand nous eûmes entendu cela, nous priâmes Paul, tant nous que ceux du lieu, de ne point monter à Jérusalem.
13 Mais Paul répondit : Que faites-vous en pleurant et m’attendrissant le cœur ? Car pour moi, je suis prêt, non-seulement d’être lié, mais même de mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus.
14 Ainsi, n’ayant pu le persuader, nous ne le pressâmes pas davantage et nous dîmes : Que la volonté du Seigneur soit faite.
15 Quelques jours après, nous étant préparés pour partir, nous montâmes à Jérusalem.
16 Et quelques-uns des disciples vinrent aussi de Césarée avec nous, amenant avec eux un certain Mnason, qui était de l’île de Chypre, ancien disciple, chez qui nous devions loger.
17 Quand nous fûmes arrivés à Jérusalem, les frères nous reçurent avec joie.
18 Et le lendemain, Paul vint avec nous chez Jacques ; et tous les anciens s’y assemblèrent.
19 Et après les avoir embrassés, il leur raconta en détail tout ce que Dieu avait fait parmi les Gentils, par son ministère.
20 Ce qu’ayant ouï, ils glorifièrent le Seigneur, et ils lui dirent : Frère, tu vois combien il y a de milliers de Juifs qui ont cru, et ils sont tous zélés pour la loi.
21 Or, ils ont été informés que tu enseignes à tous les Juifs qui sont parmi les Gentils de renoncer à Moïse, en leur disant qu’ils ne doivent pas circoncire leurs enfants, ni vivre selon les cérémonies de la loi.
22 Que faut-il donc faire ? Il faut absolument assembler toute la multitude ; car ils entendront dire que tu es arrivé.
23 Fais donc ce que nous allons te dire : Nous avons quatre hommes qui ont fait un vœu ;
24 prends-les avec toi, purifie-toi avec eux, et contribue à la dépense avec eux, afin qu’ils se rasent la tête, et que tous sachent qu’il n’est rien de tout ce qu’ils ont ouï dire de toi, mais que tu continues à garder la loi.
25 Quant aux Gentils qui ont cru, nous leur avons écrit que nous avions jugé qu’ils ne devaient rien observer de semblable, mais qu’ils devaient seulement se garder de ce qui est sacrifié aux idoles, du sang, des choses étouffées et de la fornication.
26 Alors, Paul, ayant pris ces hommes avec lui, et s’étant purifié avec eux, entra dans le temple le jour suivant, déclarant les jours auxquels la purification s’accomplirait, et quand l’offrande devait être présentée pour chacun d’eux.
27 Et comme les sept jours allaient s’accomplir, les Juifs d’Asie, l’ayant vu dans le temple, émurent toute la multitude, et se saisirent de lui,
28 en criant : Hommes Israélites, aidez-nous. Voici cet homme qui prêche partout, à tout le monde, contre la nation, contre la loi, et contre ce lieu ; il a même encore amené des Grecs dans le temple, et a profané ce saint lieu.
29 Car ils avaient vu auparavant dans la ville Trophime d’Ephèse avec lui, et ils croyaient que Paul l’avait mené dans le temple.
30 Et toute la ville fut émue, et il se fit un concours de peuple ; et ayant saisi Paul, ils le traînèrent hors du temple ; et incontinent les portes en furent fermées.
31 Mais, comme ils cherchaient à le tuer, le bruit vint au tribun de la compagnie qui gardait le temple, que toute la ville de Jérusalem était en trouble.
32 A l’instant il prit des soldats et des centeniers avec lui, et courut à eux ; et voyant le tribun et les soldats, ils cessèrent de battre Paul.
33 Alors le tribun s’approcha, et se saisit de lui, et commanda qu’on le liât de deux chaînes ; puis il demanda qui il était, et ce qu’il avait fait.
34 Les uns criaient d’une manière, et les autres d’une autre, dans la foule ; et comme il n’en pouvait rien apprendre de certain, à cause du tumulte, il commanda qu’on le menât dans la forteresse.
35 Et quand Paul fut sur les degrés, il fut porté par les soldats, à cause de la violence de la populace.
36 Car une foule de peuple le suivait, en criant : Ôte-le du monde.
37 Comme Paul était sur le point d’entrer dans la forteresse, il dit au tribun : M’est-il permis de te dire quelque chose ? Et il répondit : Tu sais donc parler grec ?
38 N es-tu point cet Égyptien, qui ces jours passés a excité une sédition, et mené avec lui au désert quatre mille brigands ?
39 Paul lui dit : Je suis Juif, de Tarse, citoyen de cette ville célèbre de Cilicie ; je te prie, permets-moi de parler au peuple.
40 Et quand il le lui eut permis, Paul se tenant sur les degrés fit signe de la main au peuple ; et après qu’on eut fait un grand silence, il leur parla en langue hébraïque, et leur dit :
REFLEXIONS
La prédiction d’Agabus qui avertit Saint Paul qu’on le ferait prisonnier à Jérusalem montre qu’il n’arriverait rien à cet Apôtre que par la volonté de Dieu et que c’était le Seigneur qui l’exposait à ces persécutions et qu’il voulait qu’il fût livré aux païens et ensuite conduit à Rome afin qu’il rendît témoignage à l’Évangile en tous lieux.
La belle résolution que St. Paul fit paraître, lorsque les fidèles le conjurant avec larmes de ne pas aller à Jérusalem, et qu’il déclara qu’il était prêt, non seulement à d’être lié, mais de souffrir la mort pour le nom de Jésus, marque que ce fidèle serviteur de Dieu était entièrement dévoué à Jésus-Christ et que rien n’était capable d’ébranler sa constance. Ce sont là les sentiments dont tous les chrétiens, mais particulièrement les ministres du Seigneur doivent être animés. Et comme les chrétiens de Césarée, voyant la résolution de Saint Paul ne s’opposèrent plus à son voyage, mais se résignèrent à tout ce qu’il plairait à Dieu d’ordonner, nous devons aussi nous soumettre à tout ce que Dieu veut et sacrifier nos inclinaisons les plus chères à sa volonté aussitôt qu’il nous la manifeste. Ce que Saint Paul fit lorsqu’il alla dans le temple de Jérusalem et qu’il se purifia suivant l’usage des Juifs était une action de prudence et de charité qui tendait à leur montrer qu’on l’accusait à tort d’avoir du mépris pour leur religion. Cette sage conduite de St. Paul nous apprend à nous accommoder autant que nous le pouvons, surtout dans les choses indifférentes, à ceux qui sont prévenus contre nous et à ne rien négliger pour les faire revenir de leurs préjugés. On voit pourtant que, nonobstant ce que Saint Paul avait pensé faire pour s’accommoder aux Juifs, Ils se soulevèrent contre lui jusque-là qu’ils voulurent lui ôter la vie. Voilà l’effet ordinaire de la prévention et de la passion, elle aveugle tellement ceux qui en sont possédés qu’il n’y a rien qui soit capable de les désabuser.
Enfin, il est à remarquer que la providence délivra St. Paul de la fureur des Juifs par le moyen du tribun et qu’elle se servit cependant de ce que cet Apôtre avait fait par égard pour les Juifs, pour le faire arrêter par ces Juifs mêmes et pour le livrer entre les mains des païens comme le prophète Agabus le lui avait prédit à Césarée. C’est ainsi que Dieu fait garantir ceux qui le servent et que ce que les hommes pensent faire contre eux ne sert qu’à accomplir les desseins de la providence.
C’est ici un discours dans lequel St. Paul, pour se justifier de ce que les Juifs l’accusaient d’être ennemi de leur nation et de leur loi, fait l’histoire de sa vie et de sa conversion. Mais les Juifs continuant à demander qu’on le fit mourir, le tribun ordonna qu’on lui donnât la question en le fouettant, ce qui ne fut pourtant pas exécuté parce que cet Apôtre dit qu’il était bourgeois de Rome, mais il fut renvoyé à paraître devant le conseil des Juifs.
1 Mes frères et mes pères, écoutez-moi dans ce que j’ai à vous dire maintenant pour ma défense.
2 Et quand ils entendirent qu’il leur parlait en langue hébraïque, ils firent encore plus de silence. Alors il dit :
3 Je suis Juif, né à Tarse en Cilicie, mais élevé dans cette ville aux pieds de Gamaliel, ayant été instruit dans la manière la plus exacte de garder la loi de nos pères, étant zélé pour Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui.
4 J’ai persécuté cette secte jusqu’à la mort, liant et mettant dans les prisons tant les hommes que les femmes,
5 comme le souverain sacrificateur m’en est témoin, et toute l’assemblée des anciens ; car ayant pris des lettres d’eux pour les frères, j’allai à Damas, pour amener aussi liés à Jérusalem ceux qui étaient là, afin qu’ils fussent punis.
6 Or, il arriva, comme j’étais en chemin, et que j’approchais de Damas, environ midi, que tout à coup une grande lumière, venant du ciel, resplendit autour de moi.
7 Et étant tombé par terre, j’entendis une voix qui me dit : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?
8 Et je répondis : Qui es-tu, Seigneur ? Et il me dit : Je suis Jésus de Nazareth, que tu persécutes.
9 Or, ceux qui étaient avec moi, virent bien la lumière, et ils en furent effrayés ; mais ils n’entendirent point la voix de celui qui me parlait.
10 Alors je dis : Seigneur, que ferai-je ? Et le Seigneur me répondit : Lève-toi, et t’en va à Damas, et là on te dira tout ce que tu dois faire.
11 Et comme je ne voyais goutte, à cause du grand éclat de cette lumière, ceux qui étaient avec moi, me menèrent par la main, et je vins à Damas.
12 Or, un certain homme, religieux selon la loi, nommé Ananias, de qui tous les Juifs qui demeuraient à Damas rendaient bon témoignage, vint vers moi ;
13 et s’étant approché de moi, il me dit : Saul, mon frère, recouvre la vue. Et au même instant je le vis.
14 Et il me dit : Le Dieu de nos pères t’a destiné pour connaître sa volonté, pour voir le Juste, et pour entendre les paroles de sa bouche.
15 Car tu lui serviras de témoin devant tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues.
16 Et maintenant, que tardes-tu ? Lève-toi, et sois baptisé et lavé de tes péchés, après avoir invoqué le nom du Seigneur.
17 Depuis, il arriva qu’étant retourné à Jérusalem, comme je priais dans le temple, je fus ravi en extase ;
18 et je vis Jésus, qui me disait : Hâte-toi, et pars promptement de Jérusalem ; car ils ne recevront point le témoignage que tu leur rendras de moi.
19 Et je dis : Seigneur, ils savent eux-mêmes que je faisais fouetter dans les synagogues ceux qui croyaient en toi.
20 Et lorsque le sang d’Etienne, ton martyr, fut répandu, j’étais aussi présent, je consentais à sa mort, et je gardais les vêtements de ceux qui le faisaient mourir.
21 Mais il me dit : Va-t’en ; car je t’enverrai bien loin vers les Gentils.
22 Les Juifs l’écoutèrent jusqu’à ce mot ; mais alors ils élevèrent leurs voix, disant : Ote du monde un tel homme ; car il n’est pas juste de le laisser vivre.
23 Et comme ils criaient, et qu’ils secouaient leurs habits, et faisaient voler la poussière en l’air,
24 le tribun commanda qu’il fût mené dans la forteresse, et ordonna qu’on lui donnât la question par le fouet, afin de savoir pour quel sujet ils criaient ainsi contre lui.
25 Mais quand ils l’eurent lié avec des courroies, Paul dit au centenier qui était présent : Vous est-il permis de fouetter un citoyen romain, sans qu’il soit condamné ?
26 Ce que le centenier ayant entendu, il en alla avertir le tribun, et lui dit : Prends garde à ce que tu feras ; car cet homme est citoyen romain.
27 Et le tribun vint à Paul, et lui dit : Dis-moi, es-tu citoyen romain ? Et il répondit : Oui, je le suis.
28 Le tribun lui dit : J’ai acquis cette bourgeoisie pour une grande somme d’argent. Et moi, lui dit Paul, je le suis par ma naissance.
29 Et ceux qui devaient lui donner la question se retirèrent aussitôt d’auprès de lui ; et le tribun craignit aussi quand il sut que Paul était citoyen romain, parce qu’il l’avait fait lier.
30 Le lendemain, voulant savoir au vrai pour quel sujet il était accusé des Juifs, il le fit délier, et ayant ordonné que les principaux sacrificateurs et tout le conseil s’assemblassent, il amena Paul, et le présenta devant eux.
REFLEXIONS
Le dessein de St. Paul dans le discours qui est ici rapporté était de montrer aux Juifs qu’ils avaient tort de le regarder comme l’ennemi de leur religion, que bien loin de là il avait lui-même un grand zèle pour cette religion dans laquelle il avait été élevé à Jérusalem, jusque-là qu’il était autrefois le plus ardent persécuteur des chrétiens et que s’il avait embrassé la religion de Jésus-Christ et s’il l’annonçait partout, il le faisait pour obéir à la vocation que le Seigneur lui avait adressée du Ciel. Cette conduite de Saint Paul envers les Juifs marque qu’il tâchait de se justifier et de les apaiser, mais qu’il ne dissimulait pourtant pas sa croyance.
Il faut toujours parler et agir avec douceur et prudence, surtout lorsqu’on a à faire à des personnes prévenues, mais en même temps avec courage et avec fermeté, sans jamais user de déguisement et sans que la crainte nous fasse supprimer la vérité.
L’irritation et la fureur dans laquelle les Juifs entrèrent lorsque St. Paul dit que le Seigneur l’avait envoyé vers les Gentils montre que la principale cause de la haine qu’ils lui portaient c’était l’aversion qu’ils avaient contre les païens, ce procédé des Juifs fait aussi voir que rien n’est capable de ramener et d’apaiser des gens qui sont fortement prévenus.
Enfin, St. Paul étant sur le point d’être mis à la question et fouetté jugea à propos de se faire prévaloir cette fois-là de sa qualité de bourgeois de Rome, pour éviter cette peine, ce qu’il n’avait pas fait dans une autre occasion. Il en usa de la sorte parce que c’était là un moyen légitime de se garantir de la violence et de l’injustice qu’on lui aurait faite. De là on peut conclure qu’il est permis de se servir de son droit et d’employer toutes les voies justes et raisonnables pour se défendre quand on est en danger d’être opprimé ou d’être traité injustement.
Ce chapitre a deux parties : On y voit premièrement comment St. Paul parut devant le conseil des Juifs. I. Le récit d’une conspiration que quelques Juifs firent pour ôter la vie à cet apôtre et la manière dont il en fut préservé.
1 Paul, ayant les yeux arrêtés sur le conseil, parla ainsi : Mes frères, j’ai vécu jusqu’à présent devant Dieu en toute bonne conscience.
2 Sur cela, le souverain sacrificateur Ananias commanda à ceux qui étaient près de lui, de le frapper sur le visage.
3 Alors Paul lui dit : Dieu te frappera, muraille blanchie ; car tu es assis pour me juger selon la loi ; et en transgressant la loi, tu commandes qu’on me frappe.
4 Et ceux qui étaient présents, lui dirent : Injuries-tu ainsi le souverain sacrificateur de Dieu ?
5 Paul leur répondit : Mes frères, je ne savais pas que ce fût le souverain sacrificateur ; car il est écrit : Tu ne maudiras point le prince de ton peuple.
6 Et Paul sachant qu’une partie de ceux qui étaient là étaient Sadducéens, et l’autre Pharisiens, il s’écria devant le conseil : Mes frères, je suis Pharisien, fils de Pharisien ; je suis tiré en cause pour l’espérance et la résurrection des morts.
7 Et quand il eut dit cela, il s’émut une dissension entre les Pharisiens et les Sadducéens ; et l’assemblée fut divisée.
8 Car les Sadducéens disent qu’il n’y a point de résurrection, ni d’ange, ni d’Esprit ; mais les Pharisiens reconnaissent l’un et l’autre.
9 Et il se fit un grand bruit. Et les Scribes du parti des Pharisiens se levèrent, et ils disputaient contre les autres, disant : Nous ne trouvons aucun mal en cet homme ; mais si un esprit ou un ange lui a parlé, ne combattons point contre Dieu.
10 Et comme le tumulte s’augmentait, le tribun, craignant que Paul ne fût mis en pièces par ces gens-là, commanda que les soldats descendissent, pour l’enlever du milieu d’eux, et le ramener dans la forteresse.
11 La nuit suivante, le Seigneur s’apparut à lui et lui dit : Paul, aie bon courage ; car comme tu as rendu témoignage de moi à Jérusalem, il faut aussi que tu me rendes témoignage à Rome.
12 Lorsqu’il fut jour, quelques Juifs s’assemblèrent, et firent vœu avec des imprécations contre eux-mêmes, de ne manger ni boire qu’ils n’eussent tué Paul.
13 Ils étaient plus de quarante qui avaient fait cette conjuration.
14 Et ils s’adressèrent aux principaux sacrificateurs et aux sénateurs, et leur dirent : Nous avons fait vœu, avec des imprécations contre nous-mêmes, de ne rien manger que nous n’ayons tué Paul.
15 Vous donc, faites maintenant savoir au tribun, de la part du conseil, qu’il le fasse amener demain devant vous, comme si vous vouliez vous informer plus exactement de son affaire ; et nous serons prêts pour le tuer avant qu’il arrive.
16 Mais le fils de la sœur de Paul, ayant entendu ce complot, vint, et entra dans la forteresse, et en donna avis à Paul.
17 Et Paul, ayant appelé un des centeniers, lui dit : Mène ce jeune homme vers le tribun, car il a quelque chose à lui rapporter.
18 Il le prit donc, et le mena vers le tribun, et lui dit : Paul, qui est prisonnier, m’a appelé et m’a prié de t’amener ce jeune homme, qui a quelque chose à te dire.
19 Et le tribun, le prenant par la main, et l’ayant tiré à part, lui demanda : Qu’as-tu à me déclarer ?
20 Ce jeune homme lui dit : Les Juifs ont résolu de te prier d’envoyer demain Paul au conseil, sous prétexte de s’informer plus exactement de son affaire.
21 Mais ne les crois point ; car plus de quarante d’entre eux lui dressent des embûches, et ont fait vœu, avec des imprécations contre eux-mêmes, de ne manger ni boire, qu’ils ne l’aient tué ; et maintenant ils sont tous prêts, attendant ta réponse.
22 Le tribun renvoya ce jeune homme, après lui avoir défendu de dire à personne qu’il lui eût donné cet avis.
23 Et ayant appelé deux centeniers, il leur dit : Tenez prêts deux cents soldats, soixante et dix cavaliers et deux cents archers, pour aller jusqu’à Césarée dès la troisième heure de la nuit ;
24 et qu’il y ait des montures prêtes, afin qu’ayant fait monter Paul, ils le mènent sûrement au gouverneur Félix.
25 Et il lui écrivit une lettre, en ces termes :
26 Claude Lysias, au très excellent gouverneur Félix, salut !
27 Les Juifs s’étant saisis de cet homme, et étant sur le point de le tuer, je suis survenu avec la garnison, et je l’ai tiré de leurs mains, ayant appris qu’il était citoyen romain.
28 Et voulant savoir de quoi ils l’accusaient, je le menai dans leur conseil,
29 où j’ai trouvé qu’il était accusé sur des questions de leur loi, mais qu’il n’avait commis aucun crime qui méritât la mort, ni même la prison.
30 Et ayant été averti des embûches que les Juifs lui avaient dressées, je te l’ai aussitôt envoyé, ayant fait savoir à ses accusateurs de dire devant toi ce qu’ils ont à proposer contre lui. Adieu.
31 Les soldats donc, selon l’ordre qu’ils avaient reçu, prirent Paul, et le menèrent de nuit à Antipatris.
32 Et le lendemain, ayant laissé les cavaliers pour aller avec lui, ils s’en retournèrent à la forteresse.
33 Etant arrivés à Césarée, et ayant rendu la lettre au gouverneur, ils lui présentèrent aussi Paul.
34 Et quand le gouverneur l’eut lue, il lui demanda de quelle province il était ; et ayant appris qu’il était de Cilicie,
35 il lui dit : Je t’entendrai quand tes accusateurs seront venus. Et il ordonna qu’on le gardât dans le palais d’Hérode.
REFLEXIONS
Il faut faire quatre réflexions sur ce chapitre :
I. La première que St. Paul étant frappé injustement par l’ordre du souverain sacrificateur Ananias, il lui dénonça le jugement de Dieu, mais qu’il marquât cependant le respect qu’il avait pour le caractère d’Ananias lorsqu’on l’eut averti que celui qui l’avait fait ainsi frapper était le souverain sacrificateur, ce qu’il n’avait pas su d’abord.
L’instruction que cela nous donne est qu’il faut parler avec respect de nos supérieurs, mais aussi que Dieu punira les juges injustes et ceux qui abusent de leur autorité.
II. St. Paul mit la division entre les pharisiens et les sadducéens en disant qu’il était exposé en jugement parce qu’il croyait la résurrection des morts. Il en usa ainsi par prudence afin de ne pas être opprimé par les Juifs et pour montrer qu’en annonçant l’Évangile il enseignait ce que les Juifs et les pharisiens eux-mêmes croyaient touchant la résurrection.
III. Dieu apparut de nuit à Saint Paul et lui dit de ne rien craindre et de se disposer à aller lui rendre témoignage à Rome. Cela était nécessaire pour soutenir cet Apôtre au milieu des traverses que les Juifs lui suscitaient, pour l’instruire des desseins de la providence et pour l’encourager à faire partout une profession publique de la vérité.
IV. Quarante Juifs firent en ce temps-là une conjuration pour tuer St. Paul, mais il fut préservé de ce danger par le moyen d’un jeune garçon, son neveu, qui avertit le tribun de ce complot. On voit en cela jusqu’où allait la fureur des Juifs et à quels excès la haine, jointe au faux zèle de religion, est capable de porter les hommes. On y remarque aussi combien il est dangereux d’agir par passion et de faire des vœux et des serments téméraires.
Enfin, l’on doit admirer dans cet événement les moyens dont la providence se sert pour préserver les innocents et les gens de bien des dangers qui les menacent.
St. Paul étant accusé par les Juifs devant le gouverneur Félix rend raison de sa conduite et de sa foi. Ensuite Félix ayant souhaité d’entendre St. Paul, cet Apôtre parla en sa présence des devoirs de la justice et de la continence et du jugement dernier d’une manière qui le rempli de frayeur. Cependant St. Paul demeura prisonnier à Césarée pendant deux ans.
1 Cinq jours après, Ananias, le souverain sacrificateur, descendit à Césarée, avec des sénateurs et un certain orateur, nommé Tertulle, qui comparurent devant le gouverneur contre Paul.
2 Et Paul ayant été appelé, Tertulle commença à l’accuser, et il dit :
3 Très excellent Félix, nous reconnaissons en toutes rencontres, en tous lieux, et avec toutes sortes d’actions de grâces, que nous jouissons d’une grande paix, par ton moyen et par les règlements que tu as établis pour ce peuple, selon ta prudence.
4 Mais, pour ne pas t’arrêter plus longtemps, je te prie d’écouter, avec ton équité ordinaire, ce que nous avons à te dire en peu de mots :
5 C’est que nous avons trouvé cet homme, qui est une peste publique, qui excite des séditions parmi tous les Juifs, par tout le monde, et qui est le chef de la secte des Nazaréens.
6 Il a même attenté de profaner le temple, de sorte que nous l’avions saisi, et nous voulions le juger selon notre loi.
7 Mais le tribun Lysias, étant survenu, nous l’ôta des mains avec grande violence,
8 Ordonnant que ses accusateurs vinssent devant toi. Tu pourras, en en prenant information, savoir de lui la vérité de toutes les choses dont nous l’accusons.
9 Ce que les Juifs confirmèrent, en disant que les choses étaient ainsi.
10 Mais Paul, après que le gouverneur lui eut fait signe de parler, répondit : Sachant que tu es juge de cette nation depuis plusieurs années, je parle pour ma défense avec plus de confiance.
11 Tu peux savoir qu’il n’y a pas plus de douze jours que je suis monté à Jérusalem pour adorer Dieu.
12 Ils ne m’ont point trouvé disputant avec personne dans le temple, ni attroupant le peuple dans les synagogues, ou dans la ville ;
13 et ils ne sauraient prouver les choses dont ils m’accusent maintenant.
14 Or, je t’avoue bien ceci, que, conformément à la voie qu’ils appellent secte, je sers le Dieu de mes pères, croyant tout ce qui est écrit dans la loi et dans les prophètes ;
15 ayant cette espérance en Dieu, que la résurrection des morts, tant des justes que des injustes, qu’ils attendent aussi eux-mêmes, arrivera.
16 C’est pourquoi aussi je travaille à avoir toujours la conscience sans reproche, devant Dieu et devant les hommes.
17 Or, après plusieurs années d’absence, je suis venu pour faire des aumônes à ma nation et pour présenter des offrandes.
18 Et comme je vaquais à cela, certains Juifs d’Asie m’ont trouvé purifié dans le temple, sans attroupement et sans tumulte.
19 Ils devaient eux-mêmes comparaître devant toi et m’accuser, s’ils avaient quelque chose à dire contre moi.
20 Mais que ceux-ci même déclarent s’ils m’ont trouvé coupable de quelque chose, lorsque j’ai paru devant le conseil ;
21 à moins que ce ne soit de cette seule parole que j’ai dite hautement, étant au milieu d’eux : Je suis aujourd’hui tiré en cause pour la résurrection des morts.
22 Félix, ayant ouï cela, les remit à une autre fois, en disant : Après que je me serai plus exactement informé de cette secte, et que le tribun Lysias sera descendu, je prendrai connaissance de votre affaire.
23 Et il commanda à un centenier de garder Paul, mais en le tenant moins resserré, et sans empêcher aucun des siens de le servir ou de le visiter.
24 Quelques jours après, Félix vint avec Drusille sa femme, qui était Juive, et il envoya querir Paul, et il l’entendit parler de la foi en Christ.
25 Et comme Paul parlait de la justice, de la continence et du jugement à venir, Félix, effrayé, lui dit : Va-t’en, pour cette fois, et quand j’aurai la commodité, je te rappellerai.
26 Il espérait aussi que Paul lui donnerait de l’argent, afin qu’il le mît en liberté ; c’est pourquoi il l’envoyait querir souvent, et s’entretenait avec lui.
27 Deux ans s’étant passés, Félix eut pour successeur Portius Festus ; et voulant faire plaisir aux Juifs, il laissa Paul en prison.
REFLEXIONS
Il faut remarquer sur ce chapitre que :
I. St. Paul, étant accusé très injustement par les Juifs devant le gouverneur Félix, il se défendit par un discours plein de force et de gravité dans lequel en se justifiant des accusations dont on le chargeait et en niant ce que les Juifs lui imputaient faussement il fait pourtant une confession ouverte de sa croyance et de la doctrine qu’il enseignait.
Voilà une conduite pleine de sincérité et de zèle qui nous montre que jamais la crainte ne doit nous fermer la bouche lorsque nous sommes appelés à confesser la vérité.
II. C’est une chose remarquable que l’Apôtre, rendant raison de sa foi et de sa conduite devant Félix, dit qu’il croyait et qu’il enseignait ce qui est écrit dans la loi et dans les prophètes et particulièrement la résurrection des morts, tant des bons que des méchants.
On voit par ce que St. Paul dit sur ce sujet quel rang la doctrine de la résurrection tient dans la religion chrétienne et l’effet que cette doctrine doit produire sur ceux qui font profession de la croire, c’est de les faire vivre dans la pureté de la conscience devant Dieu et devant les hommes.
On doit faire enfin une grande attention à la frayeur que Félix ressentit lorsque St. Paul lui parla de la justice, de la continence et du dernier jugement et à l’endurcissement de ce gouverneur païen qui se sentant recadré en sa conscience parce qu’il était coupable d’injustice, d’impureté et de divers autres crimes, ne voulut pas que l’Apôtre continuât de parler.
On voit ici la force de la parole de Dieu et l’effet que les vérités de l’Évangile et en particulier la doctrine du jugement universel produisent même sur les méchants. On y voit d’un autre côté comment les pécheurs résistent cette parole et aux mouvements de leur propre conscience.
Ainsi la conduite de Félix nous avertit de ne pas endurcir nos cœurs et de ne jamais renvoyer notre conversion lorsque Dieu nous fait entendre sa voix et que nous nous sentons touchés. La méchanceté de ce gouverneur paraît encore en ce qu’il laissa Saint Paul en prison pendant deux ans. Il en usa ainsi, non qu’il le crût coupable, mais parce qu’il espérait de tirer de lui de l’argent. Voilà comment l’avarice et les égards pour les hommes font commettre de grandes injustices et empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité.
Les Juifs prient Festus, qui avait succédé à Félix dans le gouvernement de la Judée, d’envoyer St. Paul de Césarée où il était prisonnier depuis deux ans à Jérusalem, leur dessein était de le tuer en chemin, mais Festus ne leur accorda pas leur demande et leur dit qu’ils pouvaient venir l’accuser à Césarée, ce qu’ils firent. Sur cela St. Paul dit qu’il en appelait à l’empereur et Festus résolut de l’envoyer à Rome. En ce temps-là, le roi Agrippa étant arrivé à Césarée et ayant ouï parler de St. Paul, il souhaita de le voir et de l’entendre.
1 Festus étant arrivé dans la province, monta trois jours après, de Césarée à Jérusalem.
2 Et le souverain sacrificateur, et les premiers d’entre les Juifs, comparurent devant lui contre Paul ;
3 et ils lui demandaient, comme une grâce, qu’il le fît venir à Jérusalem, lui ayant dressé des embûches pour le tuer en chemin.
4 Mais Festus répondit que Paul était bien gardé à Césarée, et qu’il devait y aller bientôt lui-même.
5 Que ceux d’entre vous, dit-il, qui le peuvent faire, y descendent avec moi, et si cet homme a commis quelque crime, qu’ils l’accusent.
6 Festus n’ayant demeuré parmi eux que dix jours, il descendit à Césarée, et le lendemain, étant assis sur le tribunal, il commanda qu’on amenât Paul.
7 Quand on l’eut amené, les Juifs qui étaient descendus de Jérusalem se mirent autour du tribunal, chargeant Paul de plusieurs grands crimes qu’ils ne pouvaient prouver.
8 Paul disait pour sa défense : Je n’ai rien fait, ni contre la loi des Juifs, ni contre le temple, ni contre César.
9 Mais Festus, voulant faire plaisir aux Juifs, répondit à Paul, et lui dit : Veux-tu monter à Jérusalem, et y être jugé sur ces choses devant moi ?
10 Et Paul dit : Je comparais devant le tribunal de César, où il faut que je sois jugé ; je n’ai fait aucun tort aux Juifs, comme tu le sais bien.
11 Que si je leur ai fait quelque tort, ou si j’ai commis quelque crime digne de mort, je ne refuse pas de mourir ; mais s’il n’est rien des choses dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux ; j’en appelle à César.
12 Alors Festus, après en avoir conféré avec son conseil, répondit : tu en as appelé à César, tu iras à César.
13 Quelques jours après, le roi Agrippa et Bérénice arrivèrent à Césarée, pour saluer Festus.
14 Et comme ils y demeurèrent plusieurs jours, Festus informa le roi de l’affaire de Paul, en lui disant : Il y a ici un homme que Félix a laissé prisonnier.
15 Les principaux sacrificateurs et les anciens des Juifs le vinrent accuser devant moi, lorsque j’étais à Jérusalem, demandant sa condamnation.
16 Mais je leur répondis que ce n’était pas la coutume des Romains de livrer qui que ce soit, pour le faire mourir, avant que celui qui est accusé ait ses accusateurs présents, et qu’il ait la liberté de se justifier du crime dont on l’accuse.
17 Après donc qu’ils furent venus ici, je m’assis sans aucun délai, dès le lendemain, sur le tribunal, et je commandai qu’on amenât cet homme.
18 Ses accusateurs étaient présents ; mais ils n’alléguèrent aucun des crimes dont je pensais qu’ils l’accuseraient.
19 Ils avaient seulement quelques disputes avec lui touchant leur superstition, et touchant un certain Jésus mort, que Paul assurait être vivant.
20 Ne sachant donc que prononcer sur cela, je lui demandai s’il voulait aller à Jérusalem, et être jugé sur ces choses.
21 Mais Paul en ayant appelé, et demandant que sa cause fût réservée à la connaissance de l’empereur, j’ai ordonné qu’on le gardât jusqu’à ce que je l’envoyasse à César.
22 Sur quoi Agrippa dit à Festus : Je voudrais bien aussi entendre cet homme. Demain, lui dit-il, tu l’entendras.
23 Le lendemain donc, Agrippa et Bérénice vinrent avec grande pompe, et étant entrés dans le lieu de l’audience, avec les tribuns et les principaux de la ville, Paul fut amené par l’ordre de Festus.
24 Alors Festus dit : Roi Agrippa, et vous tous qui êtes ici présents avec nous, vous voyez cet homme, contre lequel toute la multitude des Juifs m’est venue solliciter, tant à Jérusalem qu’ici, ne cessant de crier qu’il ne fallait pas le laisser vivre.
25 Mais ayant trouvé qu’il n’avait rien fait qui fût digne de mort, et lui-même ayant appelé à l’empereur, j’ai résolu de l’y envoyer.
26 Mais comme je n’ai rien de certain à en écrire à l’empereur, je l’ai fait venir en votre présence, et principalement devant toi, roi Agrippa, afin qu’étant mieux informé, je sache ce que j’en dois écrire.
27 Car il ne me semble pas raisonnable d’envoyer un prisonnier, sans marquer de quoi on l’accuse.
REFLEXIONS
Les réflexions qu’il faut faire ici sont :
I. Premièrement que les Juifs ayant comploté pour tuer Saint Paul par une noire trahison, Dieu ne permit pas qu’ils exécutassent leur dessein cruel et injuste, en quoi nous devons reconnaître la protection dont Dieu couvre ses fidèles serviteurs.
II. Que Saint Paul étant accusé par les Juifs devant Festus, il continua à soutenir qu’il était innocent et demanda d’être envoyé à l’empereur. Ce procédé de l’Apôtre montre qu’un chrétien peut, lorsqu’il est accusé injustement, avoir recours aux tribunaux et se servir de tous les moyens légitimes de défense que la providence lui présente.
III. Il faut considérer que Dieu disposait ainsi les choses, non seulement afin que St. Paul ne tombât pas entre les mains des Juifs, mais aussi afin qu’il eût occasion d’aller à Rome et d’annoncer l’Évangile dans cette grande ville, selon que notre Seigneur le lui avait prédit.
IV. La conduite que Festus tint envers Saint Paul montre que ce gouverneur, quoi que païen, avait plus de droiture et d’équité que les Juifs et même les sacrificateurs et les magistrats de Jérusalem n’en avaient. Enfin, Saint Luc rapporte que le roi Agrippa étant venu en ce temps-là à Césarée souhaita de voir et d’entendre St. Paul. Ce fut là une occasion que la providence fournit à cet Apôtre de parler en présence de ce prince et d’un grand nombre de personnes considérables, ce qui tourna à la justification de St. Paul et de la doctrine qu’il annonçait comme cela se voit dans le chapitre suivant.
St. Paul parlant en présence du roi Agrippa, de Bérénice, du gouverneur Festus et d’un grand nombre d’officiers et de personnes de distinction, fait l’histoire de sa vie, de sa conversion et de la manière dont il avait exercé son ministère jusqu’alors.
Il fut interrompu par Festus qui le traita d’insensé et le roi Agrippa témoigna d’être ébranlé par son discours.
Enfin, ce prince, le gouverneur et tous ceux qui étaient présents reconnurent l’innocence de St. Paul, mais il fut résolu que, puisqu’il en avait appelé à l’empereur, on l’enverrait à Rome.
1 Alors Agrippa dit à Paul : Il t’est permis de parler pour toi-même. Paul donc ayant étendu la main, parla ainsi pour sa défense :
2 Roi Agrippa, je m’estime heureux de ce que je dois me défendre aujourd’hui devant toi de toutes les choses dont les Juifs m’accusent ;
3 et surtout, parce que je sais que tu as une pleine connaissance de toutes les coutumes des Juifs, et de toutes les questions qu’ils ont entre eux ; c’est pourquoi je te supplie de m’écouter avec patience.
4 Pour ce qui est de la vie que j’ai menée, dès le commencement de ma jeunesse, parmi ceux de ma nation, dans Jérusalem, elle est connue de tous les Juifs.
5 Car ils savent, il y a longtemps, s’ils veulent en rendre témoignage, que j’ai vécu Pharisien, selon cette secte, qui est la plus exacte de notre religion.
6 Et maintenant je parais en jugement, à cause de l’espérance que j’ai en la promesse que Dieu a faite à nos pères ;
7 à l’accomplissement de laquelle nos douze tribus, qui servent Dieu continuellement nuit et jour, espèrent de parvenir. C’est à cause de cette espérance, ô roi Agrippa, que je suis accusé par les Juifs.
8 Quoi ! jugez-vous incroyable que Dieu ressuscite les morts ?
9 Il est vrai que pour moi, j’avais cru qu’il n’y avait rien que je ne dusse faire contre le nom de Jésus de Nazareth.
10 C’est aussi ce que j’ai fait dans Jérusalem ; car j’ai mis en prison plusieurs des saints, en ayant reçu le pouvoir des principaux sacrificateurs ; et lorsqu’on les faisait mourir, j’y donnais mon suffrage.
11 Souvent même, dans toutes les synagogues, je les contraignais de blasphémer en les punissant ; et étant transporté d’une extrême rage contre eux, je les persécutais jusque dans les villes étrangères.
12 Et comme j’allais aussi à Damas, dans ce dessein, avec un pouvoir et une commission des principaux sacrificateurs,
13 Je vis, ô roi, étant en chemin, en plein midi, une lumière qui venait du ciel, plus éclatante que celle du soleil, et qui resplendit autour de moi et de ceux qui m’accompagnaient.
14 Et étant tous tombés par terre, j’entendis une voix qui me parla, et qui me dit, en langue hébraïque : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il te serait dur de regimber contre les aiguillons.
15 Alors je dis : Qui es-tu, Seigneur ? Et il me répondit : Je suis Jésus que tu persécutes.
16 Mais lève-toi, et te tiens sur tes pieds, car je te suis apparu pour t’établir ministre et témoin, tant des choses que tu as vues, que de celles pour lesquelles je t’apparaîtrai encore,
17 En te délivrant de ce peuple et des Gentils, vers lesquels je t’envoie maintenant,
18 Pour ouvrir leurs yeux, et les faire passer des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu, afin que par la foi qu’ils auront en moi, ils reçoivent la rémission de leurs péchés, et qu’ils aient part à l’héritage des saints.
19 Ainsi, ô roi Agrippa, je ne résistai point à la vision céleste ;
20 mais je prêchai premièrement à ceux de Damas, et ensuite à Jérusalem, et par toute la Judée, et aux Gentils, qu’ils se repentissent, et qu’ils se convertissent à Dieu, en faisant des œuvres convenables à la repentance.
21 C’est là le sujet pour lequel les Juifs, m’ayant pris dans le temple, ont tâché de me tuer.
22 Mais, ayant été secouru par l’aide de Dieu, j’ai subsisté jusqu’à aujourd’hui, rendant témoignage de Jésus aux petits et aux grands, et ne disant autre chose que ce que les prophètes et Moïse ont prédit devoir arriver ;
23 savoir, que le Christ devait souffrir, et qu’étant ressuscité le premier d’entre les morts, il devait annoncer la lumière à ce peuple et aux Gentils.
24 Comme il parlait ainsi pour sa défense, Festus dit à haute voix : Tu as perdu le sens, Paul, ton grand savoir te met hors du sens.
25 Et Paul dit : Je n’ai point perdu le sens, très excellent Festus ; mais ce que je dis est vrai et de bon sens.
26 Car le roi est bien informé de ces choses ; c’est pourquoi je lui parle avec hardiesse, parce que je suis persuadé qu’il n’ignore rien de ce que je dis ; car ces choses ne se sont pas passées en cachette.
27 Roi Agrippa, ne crois-tu pas aux prophètes ? Je sais que tu y crois.
28 Et Agrippa répondit à Paul : Il s’en faut peu que tu ne me persuades d’être chrétien.
29 Paul lui dit : Plût à Dieu qu’il s’en fallût peu, et même qu’il ne s’en fallût rien du tout, que non-seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui, ne devinssiez tels que je suis, à la réserve de ces liens !
30 Paul ayant dit cela, le roi se leva, et le gouverneur, et Bérénice, et ceux qui étaient assis avec eux.
31 Et s’étant retirés à part, ils dirent entre eux : Cet homme n’a rien fait qui soit digne de la mort, ni même de la prison.
32 Et Agrippa dit à Festus : Cet homme pouvait être renvoyé absous, s’il n’eût point appelé à César.
REFLEXIONS
Dans le discours que Saint Paul fit en présence du roi Agrippa pour rendre raison de la conduite qu’il avait eue avant et après sa conversion, on découvre un caractère de sagesse et de modération et en même temps d’ingéniosité, de fermeté et de courage qui marque bien clairement l’innocence et le zèle de ce grand Apôtre. La manière douce et respectueuse, mais aussi franche et sincère dont il parla dans cette occasion doit nous apprendre à répondre toujours comme Saint Pierre nous y exhorte avec douceur et modestie à tous ceux qui nous demandent raison de l’espérance qui est en nous et à ne jamais taire, ni dissimuler la vérité.
On doit remarquer en second lieu sur ce discours que, si Saint Paul avait persécuté l’église avant sa conversion, il l’avait fait par ignorance et croyant bien faire, mais que du reste sa vie avait été sans reproche et qu’après que le Seigneur l’eut appelé, il le servit avec un grand zèle. Ce qu’il faut observer sur cela, c’est que, lorsqu’on a péché par ignorance, il est plus facile d’obtenir le pardon de ses fautes et de s’en relever, que Dieu se fait connaître tôt ou tard à ceux qui ont le cœur bon et que dès qu’il nous appelle, nous devons suivre notre vocation et lui obéir.
III. Nous voyons dans le jugement que Festus fit de Saint Paul en le traitant d’insensé que les choses les plus graves paraissent une folie aux mondains et la réponse sage et respectueuse que Saint Paul fit à Festus nous donne un bel exemple de modération et de fermeté.
IV. Saint Luc rapporte une particularité remarquable : C’est que le roi Agrippa entendant parler St. Paul lui dit : Peu s’en faut que tu ne me persuades d’être chrétien.
À quoi l’Apôtre répondit en souhaitant que ce prince et tous ceux qui étaient présents devinssent chrétiens en effet. Sur cela on doit remarquer qu’Agrippa faisait profession de la religion des Juifs et qu’il croyait aux prophètes, ce qui fit qu’il trouva de la vraisemblance dans le discours de l’Apôtre, mais cette impression ne fut pas salutaire puisque ce roi ne se soucia pas de s’instruire plus avant.
Il est inutile d’être un peu touché de la parole de Dieu et d’être chrétien à demi et à peu près, il faut le devenir tout-à-fait et de tout son cœur.
Enfin, le roi Agrippa et le gouverneur Festus après avoir entendu St. Paul et examiné les accusations que l’on formait contre lui jugèrent qu’il était innocent et ils l’auraient même renvoyé absous s’il n’en eût pas appelé à l’empereur. Par ce moyen, cet Apôtre fut justifié et si on l’envoya à Rome, il n’y fut pas envoyé comme un criminel, ce qui aurait été un obstacle à la prédication de l’Évangile qu’il devait annoncer dans cette ville-là. Ainsi St. Paul éprouva dans cette occasion une protection particulière de Dieu et le Seigneur accomplit en sa faveur la promesse qu’il avait faite aux apôtres lorsqu’il leur disait : qu’ils seraient menés devant les gouverneurs pour lui rendre témoignage, mais qu’il les assisterait par son esprit et qu’il leur mettrait dans la bouche ce qu’ils auraient à dire pour leur défense.
Ce chapitre contient le récit du voyage que St. Paul fit par mer, de Césarée à Rome, où l’on doit principalement remarquer qu’il fut en danger de périr, le vaisseau sur lequel il était ayant fait naufrage.
1 Après qu’il eut été résolu que nous irions par mer en Italie, ils remirent Paul et quelques autres prisonniers à un nommé Jules, centenier d'une compagnie de la légion appelée Auguste ;
2 et étant montés sur un vaisseau d’Adrumette, nous partîmes, prenant notre route vers les côtes d’Asie ; Aristarque, Macédonien de Thessalonique, étant avec nous.
3 Le jour suivant, nous arrivâmes à Sidon ; et Jules, traitant Paul avec humanité, lui permit d’aller voir ses amis, afin qu’ils eussent soin de lui.
4 Puis étant partis de là, nous passâmes sous l’île de Chypre, parce que les vents étaient contraires.
5 Et après avoir traversé la mer de Cilicie et de Pamphylie, nous arrivâmes à Myre, ville de Lycie,
6 où le centenier trouva un vaisseau d’Alexandrie, qui allait en Italie, sur lequel il nous fit monter.
7 Et comme pendant plusieurs jours nous avancions fort peu, et que nous n’étions arrivés qu’avec peine vis-à-vis de Gnide, parce que le vent ne nous permettait pas d’aller droit, nous passâmes au-dessous de l’île de Crète, vers Salmone ;
8 et la côtoyant avec difficulté, nous abordâmes un lieu appelé Beaux-Ports, près duquel est la ville de Lasée.
9 Comme il s’était écoulé beaucoup de temps, et que la navigation devenait dangereuse, puisque le temps du jeûne était déjà passé, Paul les avertit,
10 et leur dit : Je vois que la navigation sera fâcheuse, et qu’il y a un grand danger, non-seulement pour le vaisseau et pour sa charge, mais aussi pour nos personnes.
11 Mais le centenier ajoutait plus de foi au pilote et au maître du vaisseau qu’à ce que Paul disait.
12 Et comme le port n’était pas propre pour hiverner, la plupart furent d’avis de partir de là, pour tâcher de gagner Phénice, qui est un port de Crète, qui regarde le vent d’Afrique et le couchant septentrional, afin d’y passer l’hiver.
13 Alors le vent du midi commençant à souffler doucement, ils crurent être venus à bout de leur dessein, et étant partis, ils côtoyèrent de plus près l’île de Crète.
14 Mais un peu après il se leva un vent impétueux, qu’on appelle Euroclydon, qui nous écartait de l'île.
15 Ainsi le vaisseau étant emporté par la violence de la tempête, et ne pouvant résister, nous nous laissâmes aller au gré du vent ;
16 et ayant été poussés au-dessous d’une petite île appelée Clauda, nous eûmes bien de la peine d’être maîtres de la chaloupe.
17 Mais l’ayant tirée à nous, les matelots mirent en usage toutes sortes de moyens, liant le vaisseau par-dessous avec des cordes ; et comme ils craignaient d’être jetés sur des bancs de sable, ils abaissèrent le mât, et se laissèrent emporter par le vent.
18 Comme nous étions fortement battus de la tempête, le jour suivant ils jetèrent une partie de la charge du vaisseau dans la mer.
19 Le troisième jour, nous jetâmes de nos propres mains les agrès de rechange du vaisseau.
20 Pendant plusieurs jours, ni le soleil, ni les étoiles ne parurent point, et la tempête était toujours si violente que nous perdîmes toute espérance de nous sauver.
21 Et comme il y avait longtemps qu’on n’avait mangé, Paul se leva au milieu d’eux, et leur dit : Certes, il fallait me croire, et ne pas partir de Crète, et nous aurions évité cette tempête et cette perte.
22 Mais je vous exhorte maintenant à prendre courage, car aucun de vous ne perdra la vie, et il n’y aura de perte que celle du vaisseau.
23 Car un ange de Dieu, à qui je suis et que je sers, m'est apparu cette nuit, et m’a dit :
24 Paul, ne crains point ; il faut que tu comparaisses devant César ; et même, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi.
25 C’est pourquoi, mes amis, prenez courage ; car j’ai cette confiance en Dieu, que la chose arrivera de la manière qu’il m’a été dit.
26 Mais il faut que nous soyons jetés sur quelque île.
27 La quatorzième nuit étant venue, comme nous étions jetés çà et là dans la mer Adriatique, les matelots, vers le minuit, estimèrent qu’ils approchaient de quelque terre.
28 Et ayant jeté la sonde, ils trouvèrent vingt brasses ; puis étant passés un peu plus loin, ils la jetèrent encore, et ils trouvèrent quinze brasses.
29 Alors, craignant de donner contre quelque écueil, ayant jeté quatre ancres de la poupe, ils attendaient que le jour vînt.
30 Mais comme les matelots cherchaient à se sauver du vaisseau, et qu’ils mettaient la chaloupe à la mer, sous prétexte de jeter les ancres du côté de la proue,
31 Paul dit aux centeniers et aux soldats : Si ces gens ne demeurent dans le vaisseau, vous ne sauriez-vous sauver.
32 Alors les soldats coupèrent les cordes de la chaloupe, et la laissèrent tomber.
33 Et en attendant que le jour vînt, Paul les exhorta tous à prendre de la nourriture, en leur disant : C’est aujourd’hui le quatorzième jour que vous êtes sans manger, et que vous n’avez rien pris, en attendant que le temps change.
34 Je vous exhorte donc à prendre de la nourriture, car cela est nécessaire pour votre conservation ; et il ne tombera pas un cheveu de la tête d’aucun de vous.
35 Ayant dit cela, il prit du pain, et rendit grâce à Dieu en présence de tous ; et l’ayant rompu, il se mit à manger.
36 Alors tous les autres, ayant pris courage, mangèrent aussi.
37 Or, nous étions en tout, dans le vaisseau, deux cent soixante et seize personnes.
38 Et quand ils eurent mangé suffisamment, ils allégèrent le vaisseau en jetant le blé dans la mer.
39 Le jour étant venu, ils ne reconnaissaient point la terre, mais ayant aperçu un golfe qui avait un rivage, ils résolurent d’y faire échouer le vaisseau, s’ils pouvaient.
40 Ayant donc retiré les ancres, ils abandonnèrent le vaisseau à la mer, lâchant en même temps les attaches du gouvernail ; et ayant mis au vent la voile de l’artimon, ils tâchaient de gagner le rivage.
41 Mais étant tombés dans un endroit qui avait la mer des deux côtés, le vaisseau y échoua, et la proue y étant engagée, demeurait immobile, pendant que la poupe se rompait par la violence des vagues.
42 Alors les soldats furent d’avis de tuer les prisonniers, de peur que quelqu’un d’eux, s’étant sauvé à la nage, ne s’enfuît.
43 Mais le centenier, voulant sauver Paul, les détourna de ce dessein, et ordonna que ceux qui savaient nager se jetassent dans l’eau les premiers, et se sauvassent à terre ;
44 et que les autres se missent, les uns sur des planches, et les autres sur quelques pièces du vaisseau. Ainsi tous se sauvèrent à terre.
REFLEXIONS
Cette histoire nous présente quatre réflexions :
I. La première regarde les dangers continuels auxquels St. Paul était exposé. Après avoir échappé à la fureur des Juifs, il manqua de périr sur la mer en allant à Rome et outre cela d’être tué par les soldats.
II. La seconde, que Dieu, qui l’avait garanti jusque alors, le préserva de l’un et de l’autre de ces dangers et qu’ainsi rien ne peut nuire à ceux que Dieu favorise de sa protection et qui le servent fidèlement.
III. La troisième que Dieu ne sauva pas seulement la vie à St. Paul, mais qu’à cause de lui il garantit tous ceux qui étaient dans le vaisseau, en sorte que quoi qu’ils fissent naufrage, il n’en périt pas un seul.
Cette merveilleuse délivrance que St. Paul leur avait prédite dût leur faire reconnaître que cet Apôtre était un vrai serviteur de Dieu. Elle nous apprend aussi que c’est toujours un grand avantage d’être dans la compagnie des gens de bien et qu’à cause d’eux, Dieu épargne souvent les autres et leur accorde des délivrances et des grâces très considérables.
Il faut remarquer enfin, que quoi que Dieu eût promis par un ange à St. Paul qu’aucun de ceux qui étaient embarqués avec lui ne périrait, cet Apôtre leur dit pourtant que si les matelots ne demeuraient dans le vaisseau on ne pourrait se sauver. Les promesses que Dieu nous a faites n’empêchent pas qu’il ne faille se servir des moyens que la prudence prescrit et qu’il a lui-même établis et jamais la confiance en Dieu ne doit être accompagnée de témérité ni de négligence.
St Paul ayant fait naufrage sur les côtes de l’île de Malte, il y séjourna trois mois et il y fit divers miracles. Il en partit ensuite et il arriva à Rome.
1 Après s’être ainsi sauvés, ils reconnurent que l’île s’appelait Malte.
2 Et les barbares nous traitaient avec beaucoup d’humanité ; car ils allumèrent un grand feu, et ils nous reçurent tous chez eux, à cause de la pluie qui tombait sur nous, et du froid.
3 Alors Paul ayant ramassé quelque quantité de sarments, et les ayant mis au feu, une vipère en sortit à cause de la chaleur, et s’attacha à sa main.
4 Et quand les barbares virent cette bête qui pendait à sa main, ils se dirent les uns aux autres : Assurément, cet homme est un meurtrier, puisque, après qu’il a été sauvé de la mer, la vengeance ne permet pas qu’il vive.
5 Mais lui, ayant secoué la vipère dans le feu, n’en reçut aucun mal.
6 Les barbares s’attendaient qu’il enflerait, ou qu’il tomberait mort subitement ; mais, après avoir attendu longtemps, lorsqu’ils virent qu’il ne lui en arrivait aucun mal, ils changèrent de sentiment, et dirent que c’était un dieu.
7 Il y avait dans cet endroit-là des terres qui appartenaient au plus considérable de l’île, nommé Publius, qui nous reçut et nous logea fort affectueusement durant trois jours.
8 Et il se rencontra que le père de Publius était au lit, malade de la fièvre et de la dysenterie. Paul l’alla voir ; et ayant prié, il lui imposa les mains, et le guérit.
9 Cela étant arrivé, tous ceux de l’île qui étaient malades, vinrent à lui, et ils furent guéris.
10 Ils nous firent aussi de grands honneurs, et, à notre départ, ils nous pourvurent de ce qui nous était nécessaire.
11 Trois mois après, nous partîmes sur un vaisseau d’Alexandrie, qui avait passé l’hiver dans l’île, et qui portait pour enseigne Castor et Pollux.
12 Et étant arrivés à Syracuse, nous y demeurâmes trois jours.
13 De là, en côtoyant la Sicile, nous arrivâmes à Rhège. Et un jour après, le vent du midi s’étant levé, nous vînmes en deux jours à Pouzzoles,
14 où ayant trouvé des frères, ils nous prièrent de demeurer avec eux sept jours ; et ensuite nous partîmes pour Rome.
15 Et les frères qui y étaient, ayant appris de nos nouvelles, vinrent au-devant de nous jusqu’au marché d’Appius et aux trois hôtelleries ; et Paul les voyant, rendit grâces à Dieu, et prit courage.
16 Quand nous fûmes arrivés à Rome, le centenier mit les prisonniers entre les mains du préfet du prétoire ; mais à l’égard de Paul, il lui permit de demeurer en son particulier, avec un soldat qui le gardait.
17 Trois jours après, Paul assembla les principaux des Juifs ; et quand ils furent venus, il leur dit : Mes frères, quoique je n’eusse rien commis contre le peuple, ni contre les coutumes de nos pères, toutefois j’ai été fait prisonnier à Jérusalem, et mis entre les mains des Romains,
18 Qui, après m’avoir examiné, voulaient me relâcher, parce que je n’avais rien fait qui méritât la mort.
19 Mais les Juifs s’y opposant, j’ai été contraint d’en appeler à César, sans que j’aie dessein néanmoins d’accuser ma nation.
20 C’est pour ce sujet que je vous ai appelés, pour vous voir et pour vous parler ; car c’est à cause de l’espérance d’Israël que je suis lié de cette chaîne.
21 Et ils lui répondirent : Nous n’avons point reçu de lettres de Judée sur ton sujet ; et il n’est venu aucun de nos frères qui ait rapporté ou dit aucun mal de toi.
22 Néanmoins nous voudrions bien apprendre de toi quels sont tes sentiments ; car à l’égard de cette secte, nous savons qu’on s’y oppose partout.
23 Lui ayant assigné un jour, plusieurs vinrent le trouver dans son logis ; et depuis le matin jusqu’au soir, il leur annonçait le règne de Dieu, confirmant ce qu’il disait par divers témoignages, et tâchant de leur persuader par la loi de Moïse et par les prophètes ce qui regarde Jésus.
24 Les uns furent persuadés de ce qu’il disait ; mais les autres ne crurent point.
25 Et comme ils n’étaient pas d’accord entre eux, ils se retirèrent, après que Paul leur eut dit cette parole : C’est avec raison que le Saint-Esprit a parlé à nos pères par Esaïe le prophète, et a dit :
26 Va vers ce peuple, et dis-lui : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; et en voyant vous verrez, et vous n’apercevrez point.
27 Car le cœur de ce peuple est appesanti ; ils ont ouï dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse.
28 Sachez donc que le salut de Dieu est envoyé aux Gentils, et qu’ils l’écouteront.
29 Et quand il eut dit cela, les Juifs s’en allèrent, ayant de grandes contestations entre eux.
30 Mais Paul demeura deux ans entiers dans une maison qu’il avait louée, où il recevait tous ceux qui le venaient voir ;
31 prêchant le règne de Dieu, et enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus-Christ, avec toute liberté et sans aucun empêchement.
REFLEXIONS
L’humanité avec laquelle les habitants de l’île de Malte reçurent Saint Paul et ceux qui avaient fait naufrage avec lui doit apprendre aux chrétiens à exercer l’hospitalité et à assister avec cordialité les malheureux.
Le jugement que les gens de cette île firent de St. Paul lorsqu’il fût mordu d’une vipère montre que les hommes et même les peuples barbares ont toujours cru que la vengeance céleste ne laisse pas les crimes impunis, ce qui est une vérité certaine. Cependant, l’exemple de St. Paul prouve que ce serait un jugement téméraire de croire que tous ceux à qui il arrive quelque malheur soient poursuivis par la justice divine. L’opinion que les habitants de Malte eurent de St. Paul le prenant pour un dieu lorsqu’ils virent qu’il ne lui arrivait aucun mal doit être considéré comme un effet de l’ignorance de ces peuples idolâtres, mais nous devons reconnaître par ce miracle aussi bien que par la guérison du père de Publius et des autres malades de cette île l’accomplissement de cette promesse que Jésus-Christ avait faite aux apôtres : Ils chasseront des serpents, quand ils auront bu quelque breuvage mortel il ne leur nuira point, ils imposeront les mains sur les malades et ils se porteront bien.
Enfin St. Paul étant arrivé à Rome vit non seulement les chrétiens qu’il y avait dans cette grande ville, mais aussi les Juifs. Il les informa des raisons qu’il avait eues de faire le voyage de Rome et d’en appeler à l’empereur. Il parla de leur nation et des Juifs de Jérusalem avec toute sorte de modération. Il tâcha ensuite de les porter à croire en Jésus-Christ et enfin voyant que plusieurs d’entre eux demeuraient dans l’incrédulité, il leur déclara que vu leur endurcissement il annoncerait l’Évangile aux Gentils.
Cette conduite sage et pleine de charité montre qu’on ne doit rien négliger pour édifier tout le monde et pour ramener ceux qui sont prévenus contre la vérité et que si après cela il y a des gens qui demeurent obstinés, ils n’ont aucune excuse.
C’est ici que fini l’histoire de St. Luc et le livre des Actes des Apôtres.
Il faut savoir au reste que St. Paul fut prisonnier à Rome deux ans, que durant ce temps-là il écrivit diverses épîtres qui ont été conservées dans le Nouveau Testament, qu’au bout de deux ans il fut délivré et fit divers voyages et qu’étant revenu à Rome environ cinq ans après il y souffrit le martyre et eu la tête tranchée sous l’empire de Néron.
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- Écrit par EDITION MENORAH YESHUA
- Catégorie : Nouveau Testament
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ARGUMENT
Cet évangile a été écrit longtemps après les autres par l’apôtre Saint Jean, environ soixante ans, comme l’on croit, après l’ascension de Jésus-Christ. On y trouve plusieurs discours de notre Seigneur et diverses particularités remarquables de sa vie, de sa passion et de sa résurrection que les trois autres évangélistes ne rapportent pas.
Chapitres : Chapitre I. Chapitre II. Chapitre III. Chapitre IV. Chapitre V. Chapitre VI Chapitre VII. Chapitre VIII. Chapitre IX. Chapitre X. Chapitre XI. Chapitre XII. Chapitre XIII. Chapitre XIV. Chapitre XV. Chapitre XVI. Chapitre XVII. Chapitre XVIII. Chapitre XIX. Chapitre XX. Chapitre XXI.Livres du Nouveau Testament.
Ce chapitre a trois parties :
I. Saint Jean enseigne que Jésus-Christ est Dieu, qu’il s’est fait homme et qu’il est venu au monde pour sauver les hommes et pour rendre enfants de Dieu tous ceux qui croiraient en lui. II. Il rapporte le témoignage que Jean-Baptiste rendit à notre Seigneur en faisant connaitre aux Juifs la dignité de la personne de Jésus-Christ et la nature de son ministère. III. Jésus se fait connaitre à André, à Pierre, à Philippe et à Nathanaël.
1 La Parole était au commencement, la Parole était avec Dieu, et cette parole était Dieu.
2 Elle était au commencement avec Dieu.
3 Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait, n’a été fait sans elle.
4 C’est en elle qu’était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5 Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.
6 Il y eut un homme, appelé Jean, qui fut envoyé de Dieu.
7 Il vint pour être témoin et pour rendre témoignage de la lumière, afin que tous crussent par lui.
8 Il n’était pas lui-même la lumière, mais il était envoyé pour rendre témoignage à la lumière.
9 C’était la véritable lumière qui éclaire tous les hommes, en venant au monde.
10 Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle ; mais le monde ne l’a pas connue.
11 Il est venu chez soi ; et les siens ne l’ont point reçu.
12 Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être faits enfants de Dieu, savoir, à ceux qui croient en son nom ;
13 qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais qui sont nés de Dieu.
14 Et la Parole a été faite chair, et a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité et nous avons vu sa gloire, une gloire telle qu’est celle du Fils unique venu du Père.
15 C’est de lui que Jean rendait témoignage, lorsqu’il criait : C’est ici celui dont je disais : Celui qui vient après moi m’est préféré, parce qu’il est plus grand que moi.
16 Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce.
17 Car la loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
18 Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui nous l’a fait connaître.
19 C’est ici le témoignage que Jean rendit, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites, pour lui demander : Qui es-tu ?
20 Il le confessa, et ne le désavoua point ; il le confessa en disant : Je ne suis point le Christ.
21 Qu’es-tu donc, lui demandèrent-ils ? Es-tu Elie ? Et il dit : Je ne le suis point. Es-tu le prophète ? Et il répondit : Non.
22 Ils lui dirent : Qui es-tu donc ? afin que nous rendions réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même ?
23 Il dit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Esaïe.
24 Or, ceux qui avaient été envoyés vers lui, étaient d’entre les Pharisiens.
25 Ils lui demandèrent encore : Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es point le Christ, ni Elie, ni le prophète ?
26 Jean leur répondit et leur dit : Pour moi, je baptise d’eau, mais il y a un homme au milieu de vous, que vous ne connaissez point.
27 C’est celui qui vient après moi, qui m’est préféré, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers.
28 Ces choses se passèrent à Béthabara, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait.
29 Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.
30 C’est celui dont je disais : Il vient après moi un homme qui m’est préféré, car il est plus grand que moi.
31 Et pour moi, je ne le connaissais pas, mais je suis venu baptiser d’eau, afin qu’il soit manifesté à Israël.
32 Jean rendit encore ce témoignage, et dit : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il s’est arrêté sur lui.
33 Pour moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, m’avait dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint-Esprit.
34 Et je l’ai vu, et j’ai rendu témoignage que c’est lui qui est le Fils de Dieu.
35 Le lendemain, Jean étant encore là avec deux de ses disciples,
36 et voyant Jésus qui marchait, il dit : Voilà l’agneau de Dieu.
37 Et ses deux disciples, l’ayant ouï parler ainsi, suivirent Jésus.
38 Jésus s’étant retourné, et voyant qu’ils le suivaient, il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Rabbi (c’est-à-dire maître), où demeures-tu ?
39 Il leur dit : Venez et voyez. Ils y allèrent et virent où il logeait, et ils demeurèrent avec lui ce jour-là, car il était environ la dixième heure du jour.
40 André, frère de Simon Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu ce que Jean disait, et qui avaient suivi Jésus.
41 Celui-ci trouva le premier Simon son frère, et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (c’est-à-dire le Christ).
42 Et il l’amena à Jésus. Jésus l’ayant regardé, lui dit : Tu es Simon, fils de Jona ; tu seras appelé Céphas (c’est-à-dire Pierre).
43 Le lendemain, Jésus voulut s’en aller en Galilée, et il trouva Philippe et lui dit : Suis-moi.
44 Or, Philippe était de Bethsaïde, qui était aussi la ville d’André et de Pierre.
45 Philippe rencontra Nathanaël et lui dit : Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi, et dont les prophètes ont parlé ; c’est Jésus de Nazareth, le fils de Joseph.
46 Nathanaël lui dit : Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? Philippe lui dit : Viens et vois.
47 Jésus, voyant venir Nathanaël, dit de lui : Voici un véritable Israélite, en qui il n’y a point de fraude.
48 Nathanaël lui dit : D’où me connais-tu ? Jésus lui répondit : Avant que Philippe t’appelât, je t’ai vu quand tu étais sous un figuier.
49 Nathanaël lui répondit : Maître, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël.
50 Jésus lui répondit : Parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous un figuier, tu crois ; tu verras de plus grandes choses que ceci.
51 Il lui dit aussi : En vérité, en vérité, je vous dis, que désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme.
REFLEXIONS
I. La première partie de ce chapitre nous instruit de la dignité infinie de la personne de Jésus-Christ et du but de sa venue au monde. Pour ce qui est de sa personne, Saint Jean nous enseigne que Jésus-Christ qui est ici appelé : la parole est Dieu, que cette parole a été faite chair, c’est-à-dire que Jésus s’est fait homme et qu’il a pris notre nature. Ainsi l’une des premières et des plus importantes vérités de la foi chrétienne est de croire que Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble. Et la divinité de sa personne doit nous convaincre de la divinité de sa doctrine et nous faire reconnaitre combien Dieu nous a aimés, de nous donner son propre Fils pour nous racheter.
II. Nous apprenons ici que le but pour lequel Jésus-Christ est venu au monde a été d’en être la lumière, d’éclairer les hommes de la connaissance de Dieu et de donner à tous ceux qui le recevraient et qui croiraient véritablement en lui le droit de devenir enfants de Dieu. Par là nous voyons quelle est l’excellence de l’Évangile, combien nos privilèges sont glorieux et l’obligation où nous sommes de recevoir avec foi et avec joie cette salutaire doctrine qui a été annoncée par le Fils unique de Dieu et de montrer par notre obéissance que nous sommes de ceux qui ont part à l’adoption divine.
III. Saint Jean nous apprend que Dieu envoya Jean-Baptiste pour faire connaitre Jésus-Christ aux Juifs et pour les disposer à le regarder, non comme un roi temporel, mais comme un roi spirituel et un sauveur qui expierait leurs péchés et qui répandrait sur eux les dons de l’esprit de Dieu. C’est dans cette vue que Jean-Baptiste disait que : Jésus-Christ était l’agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde et que ce serait lui qui baptiserait du Saint-Esprit.
Le pardon des péchés et la vertu d’Esprit Saint qui nous régénère et qui nous sanctifie sont donc les deux principales grâces que Jésus-Christ nous a acquises et auxquelles nous devons aspirer.
IV. Il faut faire attention à l’humilité, au zèle et à la fidélité que Jean-Baptiste fit paraître en déclarant qu’il n’était pas le Messie, mais qu’il n’en était que le précurseur et en s’abaissant si fort au-dessous de Jésus-Christ. C’est ainsi que nous devons avoir des sentiments humbles de nous-mêmes, ne chercher jamais notre propre gloire, mais chercher uniquement celle de notre Seigneur et travailler chacun dans sa vocation et de tout notre pouvoir à le faire connaitre aux hommes et à les amener à lui.
V. Jésus-Christ entrant dans son ministère se choisit d’abord des disciples parce qu’il voulait se servir d’eux dans la suite pour annoncer l’Évangile par toute la terre et pour rendre témoignage de sa vie, de sa doctrine, de ses miracles, de sa mort et de sa résurrection. La grande joie que ces premiers apôtres ressentirent d’avoir trouvé le Messie et l’empressement qu’ils eurent de le suivre nous montre que notre plus grand bonheur est de connaitre Jésus-Christ et de nous attacher à lui.
L’éloge que le Seigneur fit de Nathanaël en disant : que c’était un vrai Israélite en qui il n’y avait point de fraude, nous apprend que Jésus-Christ a une parfaite connaissance de tous les hommes et que la disposition à laquelle il regarde principalement et qu’il demande de ses disciples, c’est la simplicité et la droiture du cœur, un grand éloignement pour l’hypocrisie et un vrai amour pour la vérité et pour la piété.
Jésus-Christ change de l’eau en vin aux noces de Cana. Ensuite il va à Jérusalem, il chasse du temple ceux qui le profanaient et il fait quelques miracles dans cette ville-là à la fête de pâque.
1 Trois jours après, on faisait des noces à Cana en Galilée, et la mère de Jésus y était.
2 Et Jésus fut aussi convié aux noces, lui et ses disciples.
3 Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont plus de vin.
4 Mais Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue.
5 Sa mère dit à ceux qui servaient : Faites tout ce qu’il vous dira.
6 Or, il y avait là six vaisseaux de pierre, mis pour servir aux purifications des Juifs, et qui tenaient chacun deux ou trois mesures.
7 Jésus leur dit : Emplissez d’eau ces vaisseaux ; et ils les emplirent jusqu’au haut.
8 Et il leur dit : Puisez-en maintenant, et portez-en au maître d’hôtel. Et ils lui en portèrent.
9 Quand le maître d’hôtel eut goûté l’eau qui avait été changée en vin (or il ne savait pas d’où ce vin venait, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient bien), il appela l’époux,
10 Et il lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin, et ensuite le moindre, après qu’on a beaucoup bu ; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent.
11 Jésus commença ainsi à faire des miracles à Cana, ville de Galilée, et il manifesta sa gloire ; et ses disciples crurent en lui.
12 Après cela, il descendit à Capernaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples ; et ils n’y demeurèrent que peu de jours ;
13 car la Pâque des Juifs était proche ; et Jésus monta à Jérusalem.
14 Il trouva dans le temple des gens qui vendaient des taureaux, des brebis et des pigeons, avec des changeurs qui y étaient assis.
15 Et ayant fait un fouet de petites cordes, il les chassa tous du temple, et les brebis et les taureaux ; il répandit la monnaie des changeurs, et renversa leurs tables.
16 Et il dit à ceux qui vendaient les pigeons : Ôtez tout cela d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de marché.
17 Alors ses disciples se souvinrent de ce qui est écrit : Le zèle de ta maison m’a dévoré.
18 Les Juifs, prenant la parole, lui dirent : Par quel signe nous montres-tu que tu as le pouvoir de faire de telles choses ?
19 Jésus répondit et leur dit : Abattez ce temple, et je le relèverai dans trois jours.
20 Les Juifs lui dirent : On a été quarante-six ans à bâtir ce temple, et tu le relèveras dans trois jours ?
21 Mais il parlait du temple de son corps.
22 Après donc qu’il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu’il leur avait dit cela ; et ils crurent à l’Écriture et à cette parole que Jésus avait dite.
23 Pendant qu’il était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en lui, voyant les miracles qu’il faisait.
24 Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous,
25 et qu’il n’avait pas besoin que personne ne lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il connaissait par lui-même ce qui était dans l’homme.
REFLEXIONS
Le miracle que Jésus-Christ fit en changeant l’eau en vin aux noces de Cana a ceci de remarquable que ce fut son premier miracle et qu’il commença par là à manifester sa puissance et sa vocation divine en présence de la Sainte vierge sa mère, de ses disciples et de plusieurs autres personnes, ce qui fit que sa réputation se répandit dans toute la Galilée et que ses disciples crurent en lui.
II. Ce fut pour les mêmes raisons qu’étant arrivé à Jérusalem, il chassa de l’enceinte du temple ceux qui y vendaient et qui y achetaient, ce qu’il fit encore environ trois ans après, peu avant sa mort. Jésus-Christ agissant ainsi dans le temple, qu’il appelait la maison de son Père, voulut donner, dès le commencement de son ministère, des marques de son autorité divine aussi bien que de son grand zèle, ce que les apôtres reconnurent en lui appliquant ces paroles : Le zèle de ta maison m’a dévoré.
Ce que nous devons apprendre de là, c’est d’un côté à être animé d’un grand zèle pour la gloire de Dieu et à nous opposer à tout ce qui y est contraire et de l’autre, à avoir un grand respect pour les lieux qui sont consacrés au service divin et en général pour tout ce qui appartient à la religion.
III. Il est à remarquer que les Juifs demandant à Jésus-Christ des preuves de son autorité, il leur dit : Abattez ce temple et je le relèverai dans trois jours.
Il voulait dire par là que la preuve la plus illustre par laquelle il ferait voir qu’il avait reçu de Dieu son autorité serait qu’il ressusciterait au troisième jour, mais il dit cela en termes figurés et obscurs parce qu’il n’était pas encore à propos qu’il parla clairement de sa mort et de sa résurrection.
La dernière chose que Saint Jean rapporte ici c’est que diverses personnes crurent en Jésus-Christ en voyant ses miracles, mais qu’il ne se fiait pas à eux parce qu’il les connaissait tous et parce qu’il savait ce qui était dans l’homme.
Il faut bien remarquer cet endroit et en tirer cette instruction que Jésus-Christ connait tout ce qui se passe dans le cœur des hommes, qu’il ne regarde pas comme ses vrais disciples tous ceux qui en prennent le nom et qu’ainsi nous ne devons pas prétendre être approuvé de lui à moins que la profession que nous faisons de croire en lui ne soit sincère et que nous n’en montrions la vérité par notre obéissance.
Saint Jean rapporte un entretien que Jésus-Christ eut avec Nicodème, dans lequel, sous la figure d’une seconde naissance et de l’eau, il montre que pour devenir ses disciples et pour entrer au royaume de Dieu il faut être renouvelé et sanctifié intérieurement par le Saint-Esprit. II. Il lui parle ensuite d’une manière figurée de sa mort, il l’instruit du but de sa venue au monde et il montre quelle est la cause de l’incrédulité et de la perdition des hommes. III. Jean Baptiste étant informé par ses disciples qu’un grand nombre de personnes suivaient notre Seigneur, il en témoigne une grande joie et il déclare ouvertement que Jésus était plus excellent que lui, que c’était le Fils de Dieu et qu’il n’y avait que ceux qui croyaient en lui qui pussent être sauvés.
1 Il y avait un homme, d’entre les Pharisiens, nommé Nicodème, l’un des principaux des Juifs.
2 Cet homme vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : Maître, nous savons que tu es un docteur venu de la part de Dieu ; car personne ne saurait faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui.
3 Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te dis, que si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.
4 Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le ventre de sa mère, et naître une seconde fois ?
5 Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te dis, que si un homme ne naît d’eau et d’esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
6 Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit.
7 Ne t’étonne point de ce que je t’ai dit : Il faut que vous naissiez de nouveau.
8 Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est de même de tout homme qui est né de l’esprit.
9 Nicodème lui dit : Comment ces choses se peuvent-elles faire ?
10 Jésus lui répondit : Tu es un docteur en Israël, et tu ne sais pas ces choses ?
11 En vérité, en vérité, je te dis, que nous disons ce que nous savons, et que nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; mais vous ne recevez point notre témoignage.
12 Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que vous ne les croyiez point, comment croirez vous, quand je vous parlerai des choses célestes ?
13 Aussi personne n’est monté au ciel, que celui qui est descendu du ciel, savoir, le Fils de l’homme qui est dans le ciel.
14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l’homme soit élevé,
15 Afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.
16 Car Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.
17 Car Dieu n’a point envoyé son Fils dans le monde, pour condamner le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui.
18 Celui qui croit en lui ne sera point condamné, mais celui qui ne croit point est déjà condamné, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
19 Or, voici la cause de la condamnation, c’est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
20 Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient reprises.
21 Mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites selon Dieu.
22 Après cela, Jésus s’en alla en Judée avec ses disciples ; et il y demeura avec eux, et y baptisait.
23 Et Jean baptisait aussi à Enon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau, et on y allait pour être baptisé.
24 Car Jean n’avait pas encore été mis en prison.
25 Or, il y eut une dispute des disciples de Jean avec les Juifs, touchant le baptême.
26 Et ils vinrent à Jean, et lui dirent : Maître, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain, auquel tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui.
27 Jean leur répondit : Personne ne peut rien recevoir, s’il ne lui a été donné du ciel.
28 Vous m’êtes vous-mêmes témoins que j’ai dit, que ce n’est pas moi qui suis le Christ, mais que j’ai été envoyé devant lui.
29 Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui est présent et qui l’écoute, est ravi de joie d’entendre la voix de l’époux ; et c’est là ma joie qui est parfaite.
30 Il faut qu’il croisse, et que je diminue.
31 Celui qui est venu d’en haut est au-dessus de tous ; celui qui est venu de la terre est de la terre, et parle comme étant de la terre ; celui qui est venu du ciel est au-dessus de tous ;
32 Et il rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu ; mais personne ne reçoit son témoignage.
33 Celui qui a reçu son témoignage a scellé que Dieu est véritable.
34 Car celui que Dieu a envoyé annonce les paroles de Dieu, parce que Dieu ne lui donne pas l’Esprit par mesure.
35 Le Père aime le Fils et lui a donné toutes choses entre les mains.
36 Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.
REFLEXIONS
L’entretien que Jésus-Christ eut avec Nicodème nous apprend :
I. Que les hommes charnels ne sauraient entrer dans le royaume de Dieu et que pour y être reçu il faut devenir des hommes nouveaux et avoir des sentiments et des inclinaisons qui nous portent à la connaissance de la vérité et à la recherche des choses spirituelles et célestes.
II. Que ce n’est que par le moyen de l’esprit de Dieu que nous pouvons être ainsi régénérés, ce qui nous oblige à demander sans cesse et avec ardeur la grâce de cet esprit saint et à en faire un bon usage, lorsque Dieu nous l’accorde.
III. Jésus-Christ nous donne ici un abrégé de l’Évangile en disant que : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais ait la vie éternelle.
Ces paroles et celles que Jésus-Christ ajoute montrent clairement que le don que Dieu a fait aux hommes de son Fils est la plus grande marque qu’il leur ait jamais donnée de son amour, elles nous apprennent que la foi en Jésus-Christ est l’unique moyen d’être sauvé et que s’il y a des personnes qui ne croient pas et qui rejettent la lumière de l’Évangile, cela vient de ce qu’elles aiment le péché et qu’elles ont le cœur gâté et corrompu par leurs passions, mais que ceux qui ont de l’amour pour la vertu goûtent infailliblement la doctrine de notre Seigneur. Ce discours du Fils de Dieu fait voir de quelle importance il est de se défaire de ses passions et de purifier son cœur par un amour sincère de la vérité et de la vertu.
Le témoignage que Jean-Baptiste rendit à notre Seigneur en déclarant publiquement que Jésus était plus grand que lui et la joie qu’il ressentit lorsqu’on vint lui dire que la gloire de Jésus-Christ commençait à se répandre sont des preuves de la profonde humilité et du grand zèle de ce précurseur du Messie.
C’est ainsi que nous devons toujours rendre témoignage à la vérité et chercher non notre propre gloire, mais celle de notre sauveur, en sorte que l’avancement de son règne et le salut des hommes soit le principal objet de nos désirs et fasse notre plus grande joie.
Ce discours de Jean-Baptiste nous enseigne après cela que Jésus-Christ étant le Fils de Dieu et ayant reçu de son père une puissance sans borne, ce n’est que par la foi et par une sincère obéissance à sa doctrine qu’on peut obtenir le salut et que ceux qui lui désobéissent demeurent dans la condamnation et dans la mort. C’est ce qui est exprimé dans le dernier verset de ce chapitre par ces mots qui contiennent la substance de la doctrine chrétienne : Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, mais celui qui ne croit point au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.
Jésus-Christ s’en allant de la Judée en Galilée et passant par la Samarie s’entretient avec une femme samaritaine, il se fait connaître à elle et cette femme crut en lui, de même que plusieurs Samaritains. Ensuite, étant arrivé dans la Galilée il y guérit le fils d’un seigneur de ce pays-là. Pour entendre ce chapitre, il faut savoir que les Samaritains étaient en partie Israélites et en partie païens d’origine, qu’ils adoraient le vrai Dieu dans un temple qui était bâti sur le mont de Garisim, mais qu’ils ne le servaient pas dans le temple de Jérusalem, ni de la manière que Dieu l’avait commandé, à cause de quoi il y avait une grande inimitié entre eux et les Juifs.
1 Le Seigneur ayant donc appris que les Pharisiens avaient ouï dire qu’il faisait et baptisait plus de disciples que Jean,
2 (toutefois ce n’était pas Jésus lui-même qui baptisait, mais c’étaient ses disciples),
3 il quitta la Judée, et s’en retourna en Galilée.
4 Or, il fallait qu’il passât par la Samarie.
5 Il arriva donc à une ville de Samarie, nommée Sichar, qui est près de la possession que Jacob donna à Joseph son fils.
6 C’était là qu’était le puits de Jacob. Jésus donc, étant fatigué du chemin, s’assit près du puits ; c’était environ la sixième heure du jour.
7 Une femme samaritaine étant venue pour puiser de l’eau, Jésus lui dit : Donne-moi à boire.
8 Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres.
9 Cette femme samaritaine lui répondit : Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? car les Juifs n’ont point de communication avec les Samaritains.
10 Jésus répondit et lui dit : Si tu connaissais la grâce que Dieu te fait, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, tu lui en aurais demandé toi-même, et il t’aurait donné une eau vive.
11 La femme lui dit : Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; d’où aurais-tu donc cette eau vive ?
12 Es-tu plus grand que Jacob notre père, qui nous a donné ce puits et qui en a bu lui-même, aussi bien que ses enfants et ses troupeaux ?
13 Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ;
14 mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, mais l’eau que je lui donnerai deviendra dans lui une source d’eau qui jaillira jusqu’à la vie éternelle.
15 La femme lui dit : Seigneur, donne-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus ici pour en puiser.
16 Jésus lui dit : Va, appelle ton mari, et viens ici.
17 La femme répondit : Je n’ai point de mari. Jésus lui dit : Tu as fort bien dit : Je n’ai point de mari ;
18 car tu as eu cinq maris ; et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; tu as dit vrai en cela.
19 La femme lui dit : Seigneur, je vois que tu es un prophète.
20 Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous dites, vous juifs, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.
21 Jésus lui dit : Femme, crois-moi, le temps vient que vous n’adorerez plus le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem.
22 Vous adorez ce que vous ne connaissez point ; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons ; car le salut vient des Juifs.
23 Mais le temps vient et il est déjà venu, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car le Père demande de tels adorateurs.
24 Dieu est esprit et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité.
25 Cette femme lui répondit : Je sais que le Messie, c’est-à-dire le Christ, doit venir ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses.
26 Jésus lui dit : Je le suis, moi, qui te parle.
27 Sur cela ses disciples arrivèrent, et ils furent surpris de ce qu’il parlait avec une femme ; néanmoins aucun d’eux ne lui dit : Que lui demandes-tu ? ou : Pourquoi parles-tu avec elle ?
28 La femme laissa donc sa cruche, et s’en alla à la ville, et dit aux gens du lieu :
29 Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ?
30 Ils sortirent donc de la ville, et vinrent vers lui.
31 Cependant, ses disciples lui disaient, en l’en priant : Maître, mange.
32 Jésus leur dit : J’ai à manger d’une viande que vous ne connaissez pas.
33 Les disciples donc se disaient l’un à l’autre : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ?
34 Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre.
35 Ne dites-vous pas qu’il y a encore quatre mois jusqu’à la moisson ? Mais moi je vous dis : Levez vos yeux, et regardez les campagnes qui sont déjà blanches et prêtes à être moissonnées.
36 Celui qui moissonne en reçoit la récompense, et amasse le fruit pour la vie éternelle, en sorte que celui qui sème et celui qui moissonne en ont ensemble de la joie.
37 Car en ceci, ce qu’on dit est vrai, que l’un sème et que l’autre moissonne.
38 Je vous ai envoyé moissonner où vous n’avez pas travaillé ; d’autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail.
39 Or, plusieurs des Samaritains de cette ville-là crurent en lui, à cause de cette parole de la femme qui avait rendu ce témoignage : Il m’a dit tout ce que j’ai fait.
40 Les Samaritains étant donc venus vers lui, le prièrent de demeurer chez eux ; et il demeura là deux jours.
41 Et il y en eut beaucoup plus qui crurent en lui, après l’avoir entendu.
42 Et ils disaient à la femme : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit, que nous croyons ; car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons que c’est lui qui est véritablement le Christ, le Sauveur du monde.
43 Deux jours après, il partit de là, et s’en alla en Galilée,
44 Quoique Jésus eût déclaré lui-même qu’un prophète n’est point honoré en son pays.
45 Lorsqu’il fut arrivé en Galilée, il fut bien reçu des Galiléens, qui avaient vu tout ce qu’il avait fait à Jérusalem le jour de la fête ; car ils étaient aussi allés à la fête.
46 Jésus donc vint encore à Cana en Galilée, où il avait changé l’eau en vin. Et il y avait un seigneur de la cour, dont le fils était malade à Capernaüm.
47 Ce seigneur, ayant appris que Jésus était venu de Judée en Galilée, s’en alla vers lui et le pria de descendre pour guérir son fils, qui s’en allait mourir.
48 Jésus lui dit : Si vous ne voyez des signes et des miracles, vous ne croyez point.
49 Ce seigneur de la cour lui dit : Seigneur, descends, avant que mon fils meure.
50 Jésus lui dit : Va, ton fils se porte bien. Cet homme crut ce que Jésus lui avait dit, et s’en alla.
51 Et comme il s’en retournait, ses serviteurs vinrent au-devant de lui, qui lui dirent : Ton fils se porte bien.
52 Il leur demanda à quelle heure il s’était trouvé mieux. Et ils lui dirent : Hier, environ la septième heure du jour, la fièvre le quitta.
53 Et le père reconnut que c’était à cette même heure-là que Jésus lui avait dit : Ton fils se porte bien ; et il crut, lui et toute sa maison.
54 Jésus fit ce second miracle à son retour de Judée en Galilée.
REFLEXIONS
I. La première réflexion qu’il faut faire ici est que Jésus-Christ, par un effet de sa bonté et de sa sagesse, s’étant rencontré près d’un puits avec une femme samaritaine, se servit de cette occasion pour l’instruire et pour l’amener à sa connaissance en lui parlant de soi-même et de sa doctrine sous l’image de l’eau. La manière dont notre Seigneur parla à cette femme de cette eau spirituelle et des effets salutaires qu’elle produit nous enseigne que la connaissance de Jésus-Christ et de sa grâce est le don le plus précieux que Dieu ait jamais fait aux hommes et que c’est ce que nous devons désirer avec le plus d’ardeur.
II. Ce que Jésus-Christ dit à la Samaritaine nous apprend que la grâce de Dieu et son alliance n’est plus attachée à un peuple ou à un lieu particulier, comme les Juifs et les Samaritains le prétendaient, mais que tous les hommes sans distinction peuvent y avoir part.
III. La troisième instruction que ce discours de notre Seigneur nous donne c’est que le vrai culte que Dieu demande n’est pas le culte qui n’est qu’extérieur et sensible, mais que c’est celui du cœur et que comme Dieu est esprit, il veut que nous le servions en esprit et en vérité.
IV. Les disciples de notre Seigneur le pressant de prendre de la nourriture, il leur répondit que sa nourriture était de faire la volonté de son Père et qu’ils devaient se disposer à travailler eux-mêmes, comme lui, à la conversion des hommes. C’est ce qu’il voulait leur faire comprendre par l’image de la moisson qui était prochaine. Recueillons de là qu’il n’y a rien à quoi nous devions trouver plus de douceur et de satisfaction qu’à faire la volonté de Dieu et à édifier le prochain et que c’est à quoi nous devons tous nous employer avec un grand zèle.
V. La conversion de la Samaritaine et de plusieurs habitants de la ville de Sichar est un événement qui montrait que le Messie n’était pas venu pour les Juifs seuls, mais que d’autres peuples allaient aussi être rendus participants des fruits de sa venue. Cette conversion et l’empressement que cette femme eut d’aller avertir les habitants de sa ville et de les amener à Jésus-Christ nous montrent aussi que nous devons recevoir avec promptitude l’Évangile lorsqu’il nous est annoncé et attirer, outre cela, notre prochain à la foi par nos exhortations et par nos bons exemples.
Enfin, Saint Jean rapporte que Jésus étant de retour dans la Galilée, il y guérit le fils d’un seigneur de Capernaüm et cela par sa seule parole et quoiqu’il fût éloigné de ce jeune homme malade. Ce fut ainsi que le Sauveur voulut donner en ce pays-là de nouvelles preuves de sa puissance et de sa bonté, afin d’engager les Juifs à croire en lui.
Jésus-Christ guérit un paralytique qui était malade depuis trente-huit ans. Et comme les Juifs le blâmaient d’avoir fait ce miracle un jour de sabbat, il leur représente qu’ils avaient tort de le condamner et voici la substance de son discours. Il leur dit qu’il faisait ses miracles par la puissance de Dieu, qu’ils ne devaient pas s’étonner s’il s’attribuait tant d’autorité et s’il appelait Dieu son Père, qu’il ferait dans la suite des merveilles plus grandes, que même il ressusciterait les morts, qu’il jugerait le monde, qu’il donnerait la vie éternelle à ceux qui croiraient en lui et qu’il condamnerait ceux qui l’auraient rejeté. Notre Seigneur ajoute qu’on ne devait pas croire sur sa simple parole qu’il était envoyé de Dieu, mais que les Juifs pouvaient s’en convaincre par le témoignage que Jean-Baptiste lui avait rendu et qui était d’un grand poids sur leur esprit, que par les miracles qu’il faisait et par les oracles de Moïse et des prophètes. Enfin, il se plaint de l’incrédulité des Juifs qui ne voulaient pas venir à lui pour avoir la vie et il leur dit que cette incrédulité procédait de ce que leur cœur était vide de l’amour de Dieu et plein de l’amour d’eux-mêmes et de la gloire du monde.
1 Après cela, comme les Juifs avaient une fête, Jésus monta à Jérusalem.
2 Or, il y avait à Jérusalem, près de la porte des brebis, un réservoir d’eau, appelé en hébreu Béthesda, qui avait cinq portiques,
3 où étaient couchés un grand nombre de malades, d’aveugles, d’impotents et de gens qui avaient les membres secs, et qui attendaient le mouvement de l’eau.
4 Car un ange descendait, en un certain temps, dans le réservoir, et en troublait l’eau ; et le premier qui descendait dans le réservoir, après que l’eau avait été troublée, était guéri, de quelque maladie qu’il fût détenu.
5 Or, il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans.
6 Jésus le voyant couché, et sachant qu’il était malade depuis longtemps, lui dit : Veux-tu être guéri ?
7 Le malade lui répondit : Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans le réservoir quand l’eau est troublée ; car, pendant que j’y viens, un autre y descend avant moi.
8 Jésus lui dit : Lève-toi, emporte ton lit et marche.
9 Et incontinent l’homme fut guéri ; et il prit son lit et se mit à marcher. Or, ce jour-là était un jour de sabbat.
10 Alors les Juifs dirent à celui qui avait été guéri : C’est aujourd’hui le sabbat ; il ne t’est pas permis d’emporter ton lit.
11 Il leur répondit : Celui qui m’a guéri, m’a dit : Emporte ton lit, et marche.
12 Et ils lui demandèrent : Qui est cet homme qui t’a dit : Emporte ton lit, et marche ?
13 Mais celui qui avait été guéri ne savait qui c’était ; car Jésus s’était échappé au travers de la foule qui était en ce lieu-là.
14 Depuis, Jésus le trouva dans le temple, et lui dit : Voilà, tu as été guéri ; ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire.
15 Cet homme s’en alla et rapporta aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri.
16 À cause de cela, les Juifs poursuivaient Jésus, et cherchaient à le faire mourir, parce qu’il avait fait cela le jour du sabbat.
17 Mais Jésus leur dit : Mon Père agit jusqu’à présent, et j’agis aussi.
18 À cause de cela, les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, non-seulement parce qu’il avait violé le sabbat, mais encore parce qu’il disait que Dieu était son propre Père, se faisant égal à Dieu.
19 Jésus prenant la parole, leur dit : En vérité, en vérité je vous dis, que le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne le voie faire au Père ; car tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement.
20 Car le Père aime le Fils, et il lui montre tout ce qu’il fait, et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, en sorte que vous en serez remplis d’admiration.
21 Car comme le Père ressuscite les morts et leur donne la vie, de même aussi le Fils donne la vie à ceux qu’il veut.
22 Le Père ne juge personne, mais il a donné au Fils tout pouvoir de juger,
23 afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé.
24 En vérité, en vérité je vous dis, que celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle, et il ne sera point sujet à la condamnation, mais il est passé de la mort à la vie.
25 En vérité, en vérité je vous dis, que le temps vient, et qu’il est déjà venu, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et que ceux qui l’auront entendue vivront.
26 Car, comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d’avoir la vie en lui-même.
27 Et il lui a aussi donné l’autorité d’exercer le jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme.
28 Ne soyez pas surpris de cela : car le temps viendra que tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix ;
29 et ceux qui auront fait de bonnes œuvres en sortiront et ressusciteront pour la vie ; et ceux qui en auront fait de mauvaises ressusciteront pour la condamnation.
30 Je ne puis rien faire de moi-même ; je juge selon que j’entends, et mon jugement est juste, car je ne cherche point ma volonté, mais je cherche la volonté du Père qui m’a envoyé.
31 Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas digne de foi.
32 Il y en a un autre qui me rend témoignage, et je sais que le témoignage qu’il me rend est digne de foi.
33 Vous avez envoyé vers Jean, et il a rendu témoignage à la vérité.
34 Pour moi, je ne cherche point le témoignage des hommes, mais je dis ceci, afin que vous soyez sauvés.
35 Jean était une chandelle allumée et luisante, et vous avez voulu, pour un peu de temps, vous réjouir à sa lumière.
36 Mais moi, j’ai un témoignage plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que mon Père m’a donné le pouvoir d’accomplir, ces œuvres-là que je fais rendent ce témoignage de moi, que mon Père m’a envoyé.
37 Et le Père qui m’a envoyé a lui-même rendu témoignage de moi. Vous n’avez jamais entendu sa voix, ni vu sa face.
38 Et sa parole ne demeure pas en vous, puisque vous ne croyez point à celui qu’il a envoyé.
39 Sondez les Ecritures ; car c’est par elles que vous croyez avoir la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi.
40 Mais vous ne voulez point venir à moi, pour avoir la vie.
41 Je ne cherche point ma gloire de la part des hommes ;
42 mais je sais que vous n’avez point en vous l’amour de Dieu.
43 Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez.
44 Comment pouvez-vous croire, vu que vous aimez à recevoir de la gloire les uns des autres, et que vous ne recherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ?
45 Ne pensez point que ce soit moi qui doive vous accuser devant mon Père ; Moïse, en qui vous espérez, est celui qui vous accusera.
46 Car si vous croyiez à Moïse, vous croiriez aussi en moi ; car il a écrit de moi.
47 Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ?
REFLEXIONS
On voit dans la guérison de ce paralytique, dont St. Jean fait ici l’histoire, l’admirable puissance de notre Seigneur qui par sa seule parole rétablit parfaitement un homme perclus de ses membres depuis trente-huit ans, ce qui était une merveille aussi grande que celle qui se faisait alors dans le lavoir de Bethesda. Jésus eut compassion de ce paralytique, il lui demanda s’il voulait être guéri et il le guérit en effet d’une manière à laquelle il ne s’attendait pas. Par là nous devons reconnaître que ce Sauveur charitable est toujours prêt à faire part aux hommes de sa grâce et à les délivrer de leurs misères, il les prévient même et il leur présente cette grâce, mais personne n’en est fait participant que ceux qui désirent de la recevoir et qui, comme le paralytique, profitent des offres qu’il a la bonté de leur faire.
II. Il faut bien remarquer ce que Jésus-Christ dit à ce paralytique : Tu as été guéri, ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pis. Cela avertit ceux que Dieu a retirés de quelque maladie ou à qui il a été accordé quelque autre délivrance, d’éviter à l’avenir de retomber dans le péché, de peur d’engager Dieu à les punir plus sévèrement. Le discours que Jésus-Christ fit aux Juifs en leur prouvant par diverses considérations qu’il était envoyé de Dieu nous montre que notre foi est fondée sur des raisons solides et sur des preuves convaincantes et incontestables, ainsi pour nous fortifier dans la foi, nous devons bien considérer les preuves que ce chapitre contient et y ajouter celles que les Juifs n’avaient pas alors et qui se tirent de la résurrection de Jésus-Christ, de l’établissement de sa religion et du témoignage des apôtres.
Outre cette réflexion générale, il faut en faire ici trois particulières :
I. Que Dieu a donné à notre Seigneur une puissance sans borne et que, comme il la déployait autrefois en faisant des miracles, il la déploiera encore plus magnifiquement lorsqu’il viendra ressusciter les morts et juger tous les hommes, tant les bons que les méchants. Nous devons donc révérer cette puissance du fils de Dieu, lui obéir et l’honorer comme nous honorons Dieu son père, afin que nous ressuscitions un jour pour la vie éternelle et non pour être condamné.
II. Puisque Jésus-Christ allègue le témoignage de l’Écriture sainte et de Moïse et qu’il voulait que les Juifs sondassent et examinassent les Écritures, il s’ensuit que pour être confirmé dans la foi et pour obtenir la vie éternelle, il faut lire souvent et méditer attentivement les écrits du Vieux Testament aussi bien que ceux du Nouveau.
III. Ce que Jésus-Christ disait aux Juifs de leur incrédulité et de ses causes nous apprend que s’il y a des gens qui ne veulent pas venir à notre Seigneur pour avoir la vie, cela vient de ce qu’ils n’ont pas l’amour de Dieu en eux-mêmes et de ce que leur cœur est possédé par leurs passions. Surtout Jésus-Christ déclare que l’amour du monde et de sa gloire et le désir d’être approuvé et estimé des hommes est un des plus grands obstacles à la foi et au salut.
Jésus-Christ donne à manger à cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons, il va vers ses disciples en marchant sur l’eau et il fait cesser une tempête.
1 Après cela, Jésus passa au-delà de la mer de Galilée, qui est aussi appelée la mer de Tibériade.
2 Et une grande foule de peuple le suivait, parce qu’ils voyaient les miracles qu’il faisait sur ceux qui étaient malades.
3 Mais Jésus monta sur une montagne, où il s’assit avec ses disciples.
4 Or, le jour de Pâque, qui est la principale fête des Juifs, était proche.
5 Jésus donc, ayant levé les yeux, et voyant une grande foule de peuple qui venait à lui, dit à Philippe : D’où achèterons-nous des pains, afin que ces gens-ci aient à manger ?
6 Or, il disait cela pour l’éprouver, car il savait bien ce qu’il devait faire.
7 Philippe lui répondit : Pour deux cents deniers de pain ne suffirait pas pour en donner un peu à chacun.
8 Un autre de ses disciples, savoir, André, frère de Simon Pierre, lui dit :
9 Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ?
10 Alors Jésus dit : Faites asseoir ces gens ; et il y avait beaucoup d’herbe dans ce lieu-là. Ces gens s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille.
11 Et Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua à ses disciples, et ses disciples, à ceux qui étaient assis ; et il leur donna de même des poissons, autant qu’ils en voulurent.
12 Après qu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde.
13 Ils les ramassèrent donc, et ils remplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d’orge, qui étaient restés à ceux qui en avaient mangé.
14 Et ces gens, ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est véritablement le prophète qui devait venir au monde.
15 Mais Jésus ayant connu qu’ils allaient venir pour l’enlever, afin de le faire roi, se retira encore seul sur la montagne.
16 Quand le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer.
17 Et étant entrés dans une barque, ils voulaient passer la mer pour aller à Capernaüm ; il faisait déjà obscur, et Jésus n’était pas encore venu à eux.
18 Et la mer élevait ses vagues par un grand vent qui soufflait.
19 Mais quand ils eurent ramé environ vingt-cinq ou trente stades, ils virent Jésus qui marchait sur la mer, et qui était près de la barque ; et ils eurent peur.
20 Mais il leur dit : C’est moi : n’ayez point de peur.
21 Ils le reçurent donc avec plaisir dans la barque, et incontinent la barque aborda au lieu où ils allaient.
REFLEXIONS
Jésus-Christ en donnant à manger à cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons fit un miracle auquel les apôtres ne s’attendaient pas, quoiqu’ils lui en eussent vu faire plusieurs autres et il le fit autant pour augmenter leur foi et pour les convaincre plus pleinement de sa toute puissance que pour subvenir aux besoins du peuple qui l’avait suivi. Ainsi ce miracle est l’un des plus illustres que notre Seigneur ait faits, surtout par le grand nombre de ceux qui en furent les témoins. St. Jean remarque que ces gens-là furent tellement frappés de cette merveille que, non seulement ils disaient que Jésus était le prophète et le Messie que les Juifs attendaient, mais qu’ils voulurent le déclarer roi, ce qui fit que notre Seigneur se retira dans un lieu écarté, ne voulant pas qu’il arrivât aucun trouble à son occasion.
Cette démarche des Juifs était un effet de l’opinion qu’ils avaient que le Messie serait un roi temporel, mais la retraite de Jésus-Christ marquait que son règne n’était point de la terre. Cela doit nous apprendre à ne point chercher notre gloire en ce monde et surtout à fuir l’éclat et à nous contenir toujours dans une grande humilité.
Jésus-Christ fit en ce temps-là un autre miracle en faveur des apôtres et qui dut faire une grande impression sur eux lorsqu’il vint vers eux en marchant sur la mer. Il fit aussi voir dans cette occasion le soin qu’il avait de ses chers disciples et l’amour qu’il leur portait, les laissant exposés à l’orage afin de les éprouver et de les délivrer ensuite d’une manière plus magnifique et plus consolante que s’il eût d’abord été avec eux.
Telle est l’issue que les épreuves et les afflictions ont ordinairement pour ceux que Dieu aime, il vient tôt ou tard à leur secours et les maux qu’il leur envoie ne servent qu’à manifester l’amour qu’il leur porte et qu’à augmenter leur consolation et leur joie.
CHAPITRE VI VERSETS 22 A 71.
Notre seigneur ayant nourri miraculeusement le peuple avec cinq pains et deux poissons et voyant que ce peuple le suivait avec empressement prend de là occasion de les exhorter à rechercher la nourriture spirituelle qui fait vivre éternellement, plutôt que la nourriture du corps. Il leur dit ensuite qu’il était lui-même cette nourriture et le vrai pain du Ciel et que ceux qui mangeraient de ce pain auraient la vie éternelle. Il ajoute pour expliquer plus particulièrement sa pensée que cette nourriture était sa chair et son sang qu’il donnerait pour la vie du monde, par où il voulait marquer les fruits de sa mort, mais il s’exprima figurément et avec quelque obscurité parce qu’il ne voulait pas dire alors clairement qu’on le ferait mourir. Quelques-uns de ses disciples étant choqués de ce discours, le Seigneur leur dit que ses paroles devaient s’entendre dans un sens spirituel, mais cela n’empêcha pas que plusieurs d’entre eux ne se retirassent d’avec lui.
22 Le lendemain, la troupe qui était demeurée de l’autre côté de la mer, voyant qu’il n’y avait point eu là d’autre barque que celle dans laquelle ses disciples étaient entrés, que Jésus n’y était point entré avec eux, et que ses disciples s’en étaient allés seuls ;
23 (mais il était arrivé d’autres barques de Tibériade près du lieu où ils avaient mangé le pain, après que le Seigneur eut rendu grâces) ;
24 cette troupe donc voyant que Jésus n’était point-là, ni ses disciples, ils entrèrent dans les barques, et allèrent à Capernaüm, chercher Jésus.
25 Et l’ayant trouvé de l’autre côté de la mer, ils lui dirent : Maître, quand es-tu arrivé ici ?
26 Jésus leur répondit et leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains, et que vous avez été rassasiés.
27 Travaillez pour avoir, non la nourriture qui périt, mais celle qui demeure jusqu’à la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car le Père qui est Dieu, l’a marqué de son sceau.
28 Ils lui dirent : Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ?
29 Jésus leur répondit : C’est ici l’œuvre de Dieu, que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.
30 Alors ils lui dirent : Quel miracle fais-tu donc, afin que nous le voyions, et que nous croyions en toi ? Quelle œuvre fais-tu ?
31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon qu’il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel.
32 Et Jésus leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis, Moïse ne vous a point donné le pain du ciel ; mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel.
33 Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel, et qui donne la vie au monde.
34 Ils lui dirent : Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là.
35 Et Jésus leur dit : Je suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n’aura point de faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.
36 Mais je vous l’ai déjà dit, que vous m’avez vu, et cependant vous ne croyez point.
37 Tout ce que le Père me donne viendra à moi, et je ne mettrai point dehors celui qui viendra à moi.
38 Car je suis descendu du ciel, pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
39 Et c’est ici la volonté du Père, qui m’a envoyé, que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour.
40 C’est ici la volonté de celui qui m’a envoyé, que quiconque contemple le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.
41 Mais les Juifs murmuraient contre lui de ce qu’il avait dit : Je suis le pain descendu du ciel.
42 Et ils disaient : N’est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc dit-il : Je suis descendu du ciel ?
43 Jésus leur répondit : Ne murmurez point entre vous.
44 Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et je le ressusciterai au dernier jour.
45 Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Quiconque donc a écouté le Père et a été instruit par lui, vient à moi.
46 Ce n’est pas que personne n’ait vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu ; c’est lui qui a vu le Père.
47 En vérité, en vérité je vous le dis : Celui qui croit en moi a la vie éternelle.
48 Je suis le pain de vie.
49 Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts.
50 C’est ici le pain qui est descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point.
51 Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde.
52 Les Juifs donc disputaient entre eux, disant : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?
53 Jésus leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous-mêmes.
54 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, a la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour.
55 Car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage.
56 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui.
57 Comme le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi.
58 C’est ici le pain qui est descendu du ciel. Il n’en est pas comme de la manne que vos pères ont mangée, et ils sont morts ; celui qui mangera ce pain vivra éternellement.
59 Jésus dit ces choses, enseignant dans la synagogue à Capernaüm.
60 Plusieurs de ses disciples l’ayant ouï, dirent entre eux : Cette parole est dure ; qui peut l’écouter ?
61 Mais Jésus, connaissant en lui-même que ses disciples murmuraient de cela, leur dit : Ceci vous scandalise-t-il ?
62 Que sera-ce donc si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant ?
63 C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie.
64 Mais il y en a quelques-uns d’entre vous qui ne croient point. Car Jésus savait des le commencement qui seraient ceux qui ne croiraient pas, et qui serait celui qui le trahirait.
65 Et il dit : C’est à cause de cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s’il ne lui a été donné par mon Père.
66 Dès cette heure-là plusieurs de ses disciples se retirèrent, et n’allaient plus avec lui.
67 Jésus dit donc aux douze : Et vous, ne voulez-vous point aussi vous en aller ?
68 Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ;
69 Et nous avons cru, et nous avons connu que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.
70 Jésus leur répondit : Ne vous ai-je pas choisis, vous douze ? et l’un de vous est un démon.
71 Or, il disait cela de Judas Iscariot, fils de Simon ; car c’était celui qui devait le trahir, quoiqu’il fût l’un des douze.
REFLEXIONS
La première et la principale instruction que ce discours de Jésus-Christ nous donne, c’est que nous devons travailler avec beaucoup plus d’empressement à nous procurer la nourriture qui fait vivre éternellement que celle qui ne sert qu’à entretenir cette vie temporelle et périssable.
Il nous apprend ensuite qu’il est lui-même ce pain céleste, que cette nourriture de l’âme ne se trouve qu’en lui et dans sa doctrine et que : la volonté de Dieu son Père, qui l’avait envoyé, était que tous ceux qui croiraient en lui eussent la vie éternelle et qu’il les ressusciterait au dernier jour. Ce que notre Seigneur dit dans cette occasion avait de l’obscurité pour ceux qui l’entendirent. Les Juifs ne pouvaient comprendre comment Jésus était un pain descendu du Ciel et comment il fallait manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle. Mais ces paroles de notre Sauveur sont faciles à entendre pour nous qui savons que la mort de Jésus-Christ est la vraie nourriture de l’âme et l’unique principe de la vie spirituelle et de l’immortalité. Il nous dit lui-même que ses paroles sont esprit et vie, c’est-à-dire qu’elles doivent s’entendre d’une manière spirituelle et que manger sa chair et boire son sang ne veut dire autre chose sinon venir à lui et croire en lui.
Il faut seulement que cette foi soit sincère et accompagnée d’amour, de confiance, d’obéissance et qu’elle nous attache et nous unifie si étroitement à notre Seigneur que rien ne puisse nous en séparer. Plusieurs des disciples de Jésus-Christ s’étant retirés d’avec lui, il demanda aux apôtres s’ils voulaient aussi le quitter, à quoi St. Pierre répondit : À qui irions-nous Seigneur ?
Jésus-Christ ne contraint personne de s’attacher à son service, il demande une obéissance libre et volontaire, mais nous ne devons jamais l’abandonner, puisqu’il a lui seul les paroles de la vie éternelle et qu’étant le fils du Dieu vivant, il est l’unique auteur du salut.
Les dernières paroles de ce chapitre où il est dit que Jésus-Christ savait dès le commencement que Judas, qui était du nombre des douze apôtres, le trahirait, nous apprennent que notre Seigneur connait tous ceux qui se disent ses disciples et qu’il discerne ceux qui ne croient pas sincèrement en lui d’avec ceux qui lui sont fidèles. Une profession extérieure du christianisme ne suffit pas et il n’y a qu’une vraie foi et une obéissance constante qui puisse assurer notre conscience devant Dieu et nous rendre approuvé de celui qui connait les cœurs de tous les hommes et qui leur rendra à tous selon leurs œuvres.
St. Jean rapporte ici un voyage que Jésus-Christ fit à Jérusalem pour la fête des tabernacles, Les divers jugements qu’on faisait de lui. Et ce qu’il dit aux Juifs qui avaient trouvé mauvais qu’il eût guéri un paralytique quelques mois auparavant à la fête de pâque, un jour de sabbat.
1 Après ces choses, Jésus se tenait en Galilée, car il ne voulait pas demeurer dans la Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir.
2 Or, la fête des Juifs, appelée des tabernacles, approchait.
3 Et ses frères lui dirent : Pars d’ici et t’en va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais.
4 Car personne ne fait rien en cachette, quand il veut agir franchement. Puisque tu fais ces choses, montre-toi toi-même au monde.
5 Car ses frères même ne croyaient pas en lui.
6 Jésus leur dit : Mon temps n’est pas encore venu ; mais le temps est toujours propre pour vous.
7 Le monde ne vous peut haïr ; mais il me hait, parce que je rends ce témoignage contre lui, que ses œuvres sont mauvaises.
8 Pour vous, montez à cette fête ; pour moi, je n’y monte pas encore, parce que mon temps n’est pas encore venu.
9 Et leur ayant dit cela, il demeura en Galilée.
10 Mais, lorsque ses frères furent partis, il monta aussi à la fête, non pas publiquement, mais comme en cachette.
11 Les Juifs donc le cherchaient pendant la fête, et disaient : Où est-il ?
12 Et on tenait plusieurs discours de lui parmi le peuple. Les uns disaient : C’est un homme de bien ; et les autre disaient : Non, mais il séduit le peuple.
13 Toutefois personne ne parlait librement de lui, à cause de la crainte qu’on avait des Juifs.
14 Comme on était déjà au milieu de la fête, Jésus monta au temple, et il y enseignait.
15 Et les Juifs étaient étonnés, et disaient : Comment cet homme sait-il les Écritures, ne les ayant point apprises ?
16 Jésus leur répondit : Ma doctrine n’est pas de moi, mais elle est de celui qui m’a envoyé.
17 Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de mon chef.
18 Celui qui parle de son chef cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, est digne de foi, et il n’y a point d’injustice en lui.
19 Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi ? et néanmoins aucun de vous n’observe la loi. Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir ?
20 Le peuple lui répondit : Tu es possédé du démon ; qui est-ce qui cherche à te faire mourir ?
21 Jésus répondit et leur dit : J’ai fait une œuvre, et vous en êtes tous étonnés.
22 Moïse vous a ordonné la circoncision (non pas qu’elle vienne de Moïse, mais elle vient des pères), et vous circoncisez un homme au jour du sabbat.
23 Si donc un homme reçoit la circoncision au jour du sabbat, afin que la loi de Moïse ne soit pas violée, pourquoi vous irritez-vous contre moi, parce que j’ai guéri un homme dans tout son corps le jour du sabbat ?
24 Ne jugez point selon l’apparence, mais jugez selon la justice.
25 Et quelques-uns de ceux de Jérusalem disaient : N’est-ce pas celui qu’ils cherchent à faire mourir ?
26 Et le voilà qui parle librement, et ils ne lui disent rien. Les chefs auraient-ils en effet reconnu qu’il est véritablement le Christ ?
27 Mais nous savons d’où est celui-ci ; au lieu que, quand le Christ viendra, personne ne saura d’où il est.
28 Et Jésus criait à haute voix dans le temple, en enseignant, et il disait : Vous me connaissez, et vous savez d’où je suis. Je ne suis pas venu de moi-même, mais celui qui m’a envoyé est véritable, et vous ne le connaissez point.
29 Mais moi, je le connais ; car je viens de sa part, et c’est lui qui m’a envoyé.
30 Ils cherchaient donc à se saisir de lui ; mais personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue.
REFLEXIONS
Ce qu’il y a à remarquer dans ce chapitre, c’est que notre Seigneur ne voulut pas aller à Jérusalem publiquement et dans la compagnie de ses parents. Il en usa ainsi par prudence afin d’éviter l’éclat et de ne pas s’exposer à la fureur des Juifs qui cherchaient à le faire mourir.
Ce qu’il dit à quelques-uns de ses parents que le monde, c’est-à-dire les Juifs incrédules, ne pouvaient les haïr, mais que le monde le haïssait lui parce qu’il condamnait ses œuvres qui étaient mauvaises renferme une vérité constante, c’est que les gens du monde aiment leurs semblables, mais qu’ils haïssent ceux dont la vie et les discours condamnent leurs mauvaises actions.
On voit ici les divers jugements que le peuple faisait de Jésus-Christ, mais on y remarque surtout l’aveuglement et la malice des Juifs, qui, sans faire attention aux preuves que notre Seigneur donnait de sa mission divine par les miracles qu’il faisait et sans être touchés de ce qu’il leur disait avec tant de force et tant de douceur pour justifier ce qu’il avait fait et pour les convaincre que sa doctrine était céleste, l’accusaient d’avoir violé la Loi de Moïse et d’être possédé du démon et voulaient même le faire mourir. Cette résistance et cet endurcissement des Juifs montre que les préjugés et les passions peuvent aveugler les hommes à un tel point que rien n’est capable de les désabuser et qu’ils se scandalisent de ce qui devrait le plus les édifier. On doit bien considérer sur ce sujet ce que Jésus-Christ dit dans cette occasion : Si quelqu’un veut faire la volonté de mon Père, il connaitra si ma doctrine est de Dieu ou si je parle de mon chef.
Ces paroles contiennent une leçon qui est de la dernière importance, savoir que la principale disposition où il faut être pour connaître la doctrine de Jésus-Christ et pour en sentir la vérité et la beauté, c’est d’avoir le cœur bon et une intention sincère de faire la volonté de Dieu autant qu’elle peut être connue. Mais ceux à qui cette disposition manque ne sauraient jamais parvenir à la connaissance de la vérité.
Enfin, il est à remarquer que, quoique les Juifs eussent formés le dessein de faire mourir notre Seigneur, ils ne purent lui faire aucun mal et que nul n’osa mettre la main sur lui. Les méchants ne peuvent nuire aux gens de bien qu’autant que Dieu le leur permet et quoique les hommes puissent entreprendre, ce que Dieu a résolu s’accomplit toujours.
CHAPITRE VII VERSETS 31 A 53
Les pharisiens, indignés de ce que le peuple était touché des discours et des miracles de notre Seigneur, envoient des gens pour le saisir, mais il continua de parler avec tant d’autorité et d’évidence et il adressa au peuple des exhortations si touchantes, que plusieurs reconnurent qu’il était prophète, il y en eut même qui crurent qu’il était le Messie et ceux qui avaient ordre de le saisir s’en retournèrent sans oser mettre la main sur lui, de quoi les pharisiens furent extrêmement irrités.
31 Cependant plusieurs du peuple crurent en lui, et disaient : Quand le Christ viendra, fera-t-il plus de miracles que n’en fait celui-ci ?
32 Les Pharisiens ayant appris ce que le peuple disait sourdement de lui, ils envoyèrent, de concert avec les principaux sacrificateurs, des sergents pour se saisir de lui.
33 Jésus, continuant à parler au peuple, lui dit : Je suis encore avec vous pour un peu de temps ; puis je m’en vais à celui qui m’a envoyé.
34 Vous me chercherez, et vous ne me trouverez point, et vous ne pourrez venir où je serai.
35 Sur quoi les Juifs dirent entre eux : Où ira-t-il donc, que nous ne le trouverons point ? Doit-il aller vers ceux qui sont dispersés parmi les Grecs, et enseigner les Grecs ?
36 Que signifie ce qu’il a dit : Vous me chercherez et ne me trouverez point, et vous ne pourrez venir où je serai ?
37 Le dernier et le grand jour de la fête, Jésus se trouva là, et dit à haute voix : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive.
38 Qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de lui, comme l’Écriture le dit.
39 (Or, il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui ; car le Saint-Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’était pas encore glorifié).
40 Plusieurs de la troupe ayant entendu ces paroles, disaient : Celui-ci est véritablement le prophète.
41 D’autres disaient : Celui-ci est le Christ. Et quelques autres disaient : Mais le Christ viendra-t-il de la Galilée ?
42 L’Écriture ne dit-elle pas que le Christ sortira de la race de David, et du bourg de Bethléhem, d’où était David ?
43 Le peuple était donc partagé sur son sujet.
44 Et quelques-uns d’entre eux voulaient le saisir ; mais personne ne mit la main sur lui.
45 Les sergents retournèrent donc vers les principaux sacrificateurs et les Pharisiens, qui leur dirent : Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ?
46 Les sergents répondirent : Jamais homme n’a parlé comme cet homme.
47 Les Pharisiens leur dirent : Avez-vous aussi été séduits ?
48 Y a-t-il quelqu’un des chefs ou des Pharisiens, qui ait cru en lui ?
49 Mais cette populace, qui n’entend point la loi, est exécrable.
50 Nicodème (celui qui était venu de nuit vers Jésus, et qui était l’un d’entre eux), leur dit :
51 Notre loi condamne-t-elle un homme sans l’avoir ouï auparavant, et sans s’être informé de ce qu’il a fait ?
52 Ils lui répondirent : Es-tu aussi Galiléen ? Informe-toi, et tu verras qu’aucun prophète n’a été suscité de la Galilée.
53 Et chacun s’en alla dans sa maison.
REFLEXIONS
Ce que Saint Jean rapporte ici fait voir :
I. Que les discours et les miracles de Jésus-Christ produisaient un effet bien différent puisque le peuple en était touché et rempli d’admiration et que les pharisiens au contraire en conçurent tant de dépit qu’ils voulurent faire saisir notre Seigneur. Voilà comment la parole de Dieu est diversement reçue, les uns en profitent et ouvrent leurs yeux et leurs cœurs à la vérité et les autres la rejettent et passent même jusqu’à haïr ceux qui la proposent et à s’irriter contre eux.
II. On doit remarquer dans les discours de Jésus-Christ l’évidence, la douceur et l’autorité avec laquelle il parlait aux Juifs et surtout ces invitations pleines de bonté qu’il leur adressait en disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Par où il leur offrait sa grâce et les dons du Saint-Esprit qu’il était prêt de répandre sur ceux qui croiraient en lui. Il nous a fait encore les mêmes offres dans l’Évangile, c’est à nous à les recevoir comme nous le devons et à en profiter avec empressement et avec reconnaissance.
III. Il faut faire réflexion sur ce que Saint Jean dit, que ceux qui avaient ordre de saisir Jésus-Christ n’osèrent pas exécuter leur commission et qu’ils répondirent aux pharisiens
Jamais homme n’a parlé comme cet homme. En cela on voit d’un côté la vertu et l’efficace de la parole de Dieu et de l’autre que Dieu, quand il lui plaît, rend vains et inutiles les desseins des méchants.
IV. Enfin, c’est une chose remarquable que les pharisiens, au lieu de reconnaître qu’en s’opposant à Jésus-Christ ils s’opposaient à Dieu même et d’être frappé de voir tant de gens qui rendaient témoignage à notre Seigneur, s’irritèrent de plus en plus contre lui et même contre le peuple qui parlait avantageusement de lui et de sa doctrine. Cet exemple nous montre que les personnes les plus éclairées et les plus distinguées selon le monde sont souvent moins disposées que les gens simples et du commun à recevoir l’Évangile parce qu’elles sont possédées par leurs passions et surtout parce qu’elles sont remplies d’orgueil et de bonne opinion d’elles-mêmes et qu’elles ne cherchent pas sincèrement et en simplicité de cœur à s’instruire et à connaître la vérité.
Saint Jean rapporte ici :
I. L’histoire de la femme adultère. II. Un entretien que Jésus-Christ eut avec les Juifs dans lequel il leur dit qu’il était la lumière du monde et qu’ils devaient ajouter foi à tout ce qu’il disait de soi-même. III. Il leur reproche leur aveuglement et leur incrédulité et il leur parle de son départ de ce monde et de sa mort, mais il le fait en des termes figurés et qu’ils ne purent bien entendre.
1 Jésus s’en alla ensuite sur la montagne des Oliviers.
2 Et à la pointe du jour il retourna au temple, et tout le peuple vint à lui ; et s’étant assis, il les enseignait.
3 Alors les Scribes et les Pharisiens lui amenèrent une femme qui avait été surprise en adultère, et l’ayant mise au milieu,
4 ils lui dirent : Maître, cette femme a été surprise sur le fait, commettant adultère.
5 Or, Moïse nous a ordonné dans la loi, de lapider ces sortes de personnes ; toi donc, qu’en dis-tu ?
6 Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de le pouvoir accuser. Mais Jésus s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.
7 Et comme ils continuaient à l’interroger, s’étant redressé, il leur dit : Que celui de vous qui est sans péché, jette le premier la pierre contre elle.
8 Et s’étant encore baissé, il écrivait sur la terre.
9 Quand ils entendirent cela, se sentant repris par leur conscience, ils sortirent l’un après l’autre, commençant depuis les plus vieux jusqu’aux derniers, et Jésus demeura seul avec la femme qui était là au milieu.
10 Alors Jésus s’étant redressé, et ne voyant personne que la femme, il lui dit : Femme, où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a-t-il condamnée ?
11 Elle dit : Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit : Je ne te condamne point non plus ; va-t’en et ne pèche plus à l’avenir.
12 Jésus parla encore au peuple, et dit : Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.
13 Les Pharisiens lui dirent : Tu rends témoignage de toi-même ; ton témoignage n’est pas véritable.
14 Jésus leur répondit : Quoique je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est véritable, car je sais d’où je suis venu, et où je vais ; mais vous, vous ne savez d’où je viens, ni où je vais.
15 Vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne.
16 Et quand je jugerais, mon jugement serait digne de foi, car je ne suis pas seul, mais le Père qui m’a envoyé est avec moi.
17 Il est même écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est digne de foi.
18 C’est moi qui rends témoignage de moi-même ; et le Père qui m’a envoyé, me rend aussi témoignage.
19 Ils lui dirent : Où est ton Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.
20 Jésus dit ces paroles dans le lieu où était le trésor, enseignant dans le temple ; et personne ne se saisit de lui, parce que son heure n’était pas encore venue.
21 Jésus leur dit encore : Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché ; vous ne pouvez venir où je vais.
22 Les Juifs donc disaient : Se tuera-t-il lui-même, puisqu’il dit : Vous ne pouvez venir où je vais ?
23 Et il leur dit : Vous êtes d’ici-bas ; et moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde ; et moi, je ne suis pas de ce monde.
24 C’est pourquoi je vous dis, que vous mourrez dans vos péchés ; car si vous ne croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans vos péchés.
25 Alors ils lui dirent : Toi, qui es-tu ? Et Jésus leur dit : Ce que je vous ai dit dès le commencement.
26 J’ai beaucoup de choses à dire de vous et à condamner en vous ; mais celui qui m’a envoyé est véritable, et les choses que j’ai entendues de lui, je les dis dans le monde.
27 Ils ne comprirent point qu’il leur parlait du Père.
28 Et Jésus leur dit : Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je dis ce que mon Père m’a enseigné.
29 Celui qui m’a envoyé est avec moi, et le Père ne m’a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.
REFLEXIONS
Pour entendre l’histoire de la femme adultère et pour en profiter, il faut remarquer :
I. Que les pharisiens en amenant cette femme à Jésus-Christ lui tendaient un piège et que leur dessein était, s’il eût dit qu’il ne fallait pas la faire mourir, de l’accuser de violer la Loi de Dieu et s’il l’eût condamnée, de le déférer au gouverneur comme, un homme qui violait les droits du souverain magistrat.
II. Que, bien que le crime de cette femme fût très grand et digne de mort, le Seigneur ne voulut rien prononcer sur ce que les scribes et les pharisiens lui avaient proposé, ce qu’il fit par des raisons de prudence et pour faire voir qu’il ne cherchait que le salut des pécheurs.
III. Il est surtout à remarquer que notre Seigneur dit à cette femme : Va-t’en et ne pèche plus.
Cela montre que, quoi qu’il donnât en cette occasion des marques de sa miséricorde envers les pécheurs, il était bien éloigné d’autoriser ou d’excuser en aucune façon le crime. Dieu ne pardonne aux pécheurs que lorsqu’ils se repentent sincèrement et à condition qu’ils ne retomberont plus dans leurs péchés.
Dans l’entretien de Jésus-Christ avec les Juifs, nous avons à considérer premièrement qu’il leur parla de soi-même en ces termes : Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.
Ce sont là des paroles qui doivent être sans cesse méditées par les chrétiens et qui les engagent bien fortement à profiter de cette lumière céleste qui les éclaire, à suivre toujours Jésus-Christ et à marcher dans la voie qu’il leur a tracée tant par sa doctrine que par son exemple et qui les conduira sûrement à la vie et à l’immortalité.
Après cela, comme les pharisiens reprochaient à notre Seigneur de parler de soi-même d’une manière trop avantageuse, il leur dit diverses choses pour les faire revenir de la prévention où ils étaient contre lui et pour les engager à croire qu’il leur parlait de la part de Dieu. Ce que le Sauveur du monde disait dans cette occasion doit avoir encore plus de force pour nous convaincre qu’il est le fils de Dieu et que sa doctrine vient du Ciel, Dieu en ayant rendu un témoignage authentique, non seulement par les miracles que Jésus-Christ a faits, mais aussi par ce qui a suivi sa mort, sa résurrection et son élévation dans la gloire céleste.
L’on voit enfin ici que, quoique notre Seigneur parlât aux pharisiens avec tant de force et tant de bonté, ils ne profitèrent point de ses instructions et qu’ils demeurèrent dans l’incrédulité, à cause de quoi il leur déclara qu’ils mourraient dans leurs péchés.
C’est ainsi que les hommes qui sont attachés au monde et à leurs passions résistent à l’évidence et à la force de la vérité lorsqu’elle leur est proposée et que, refusant de croire en Jésus-Christ et de lui obéir, ils demeurent dans leurs péchés et par ce moyen dans la condamnation et dans la mort.
CHAPITRE VIII VERSETS 30 A 59.
Jésus-Christ exhorte ceux d’entre les Juifs qui avaient cru en lui à persévérer dans sa doctrine et il leur promet la véritable liberté. Il dit aux Juifs incrédules qui se glorifiaient d’être libres, étant de la postérité d’Abraham, qu’ils n’étaient pas les enfants de ce patriarche, puisqu’ils ne l’imitaient pas dans sa foi et il leur reproche leur incrédulité, ce qui les irrita tellement qu’ils s’emportèrent jusqu’à lui dire des injures atroces et à vouloir le lapider, mais il évita leur fureur et se retira d’avec eux.
30 Comme Jésus disait ces choses, plusieurs crurent en lui.
31 Jésus dit donc aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous persistez dans ma doctrine, vous serez véritablement mes disciples ;
32 Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira.
33 Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et nous ne fûmes jamais esclaves de personne ; comment donc dis-tu : Vous serez affranchis ?
34 Et Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous dis que quiconque s’adonne au péché, est esclave du péché.
35 Or, l’esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; mais le fils y demeure toujours.
36 Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres.
37 Je sais que vous êtes la postérité d’Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne trouve point d’entrée en vous.
38 Je vous dis ce que j’ai vu chez mon Père ; et vous, vous faites aussi ce que vous avez vu chez votre père.
39 Ils lui répondirent : Notre père, c’est Abraham. Jésus leur dit : Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham.
40 Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui suis un homme qui vous ai dit la vérité, que j’ai apprise de Dieu ; Abraham n’a point fait cela.
41 Vous faites les œuvres de votre père. Et ils lui dirent : Nous ne sommes pas des enfants bâtards ; nous n’avons qu’un seul Père, qui est Dieu.
42 Jésus leur dit : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez sans doute, parce que je suis issu de Dieu, et que je viens de sa part ; car je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé.
43 Pourquoi ne comprenez-vous point mon langage ? C’est parce que vous ne pouvez écouter ma parole.
44 Le père dont vous êtes issus, c’est le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il n’a point persisté dans la vérité, parce que la vérité n’est point en lui. Toutes les fois qu’il dit le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur, et le père du mensonge.
45 Mais parce que je dis la vérité, vous ne me croyez point.
46 Qui de vous me convaincra de péché ? Et si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?
47 Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu ; c’est pourquoi vous ne les écoutez pas, parce que vous n’êtes point de Dieu.
48 Les Juifs lui répondirent : N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain, et que tu es possédé du démon ?
49 Jésus répondit : Je ne suis point possédé du démon, mais j’honore mon Père, et vous me déshonorez.
50 Je ne cherche point ma gloire, il y en a un autre qui la cherche, et qui en jugera.
51 En vérité, en vérité je vous dis, que si quelqu’un garde ma parole, il ne mourra jamais.
52 Les Juifs lui dirent : Nous voyons bien maintenant que tu es possédé du démon ; Abraham est mort, et les prophètes aussi, et tu dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne mourra jamais.
53 Es-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort ? Les prophètes aussi sont morts ; qui prétends-tu être ?
54 Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui, dont vous dites qu’il est votre Dieu.
55 Cependant, vous ne l’avez point connu ; mais moi je le connais ; et si je disais que je ne le connais pas, je serais un menteur comme vous ; mais je le connais et je garde sa parole.
56 Abraham votre père s’est réjoui de voir mon jour ; il l’a vu, et il en a eu de la joie.
57 Les Juifs lui dirent : Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham !
58 Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous dis : Avant qu’Abraham fût, j’étais.
59 Alors ils prirent des pierres pour les jeter contre lui ; mais Jésus se cacha et sortit du temple, passant au milieu d’eux, et ainsi il s’en alla.
REFLEXIONS
Le Sauveur du monde nous enseigne dans ce discours :
I. Que quand on a eu le bonheur de le connaître et de croire en Lui, on doit persévérer constamment dans la vérité et s’y attacher de plus en plus, que ceux qui le font sont véritablement ses disciples et qu’ils jouissent de la vraie liberté des enfants de Dieu, laquelle consiste, comme notre Seigneur l’a dit, à être affranchis de l’esclavage du péché.
II. Jésus-Christ disait aux Juifs dans les mêmes vues qu’ils n’étaient pas les enfants de Dieu, ni de la postérité d’Abraham, puisqu’ils n’imitaient pas la foi de ce patriarche, mais qu’ils étaient plutôt les enfants du diable, puisqu’ils faisaient ses œuvres.
Ces paroles sont d’un grand poids. Elles nous apprennent que la plus sûre marque à laquelle on reconnaisse les enfants de Dieu, c’est qu’ils font sa volonté et qu’ils aiment ceux que Dieu aime, mais que ceux qui s’opposent à la vérité et à ceux qui l’annoncent sont les enfants et les imitateurs du diable qui est menteur, meurtrier et ennemi de la vérité.
III. Nous voyons dans ce discours de notre Seigneur combien ceux qui reçoivent sa doctrine et qui s’y soumettent sont heureux, puisqu’il déclare qu’ils ne demeureront point sous la puissance de la mort.
IV. Il faut remarquer que dans le temps que le Fils de Dieu parlait ainsi, les Juifs, au lieu d’être touchés de ce qu’il leur représentait avec tant de force et de charité, en furent irrités et qu’ils en vinrent jusqu’à cet excès de fureur que de le traiter de Samaritain et d’homme possédé du démon. C’est là l’exemple de l’aveuglement le plus déplorable et de la malice la plus noire, par où l’on peut voir combien il est dangereux de se livrer à ses passions et de s’engager dans l’incrédulité.
Enfin, nous avons dans ce chapitre une preuve remarquable de la gloire et de la divinité de Jésus-Christ, en ce qu’il déclara qu’il était déjà avant Abraham. La dignité infinie de sa personne doit nous persuader d’autant plus de la divinité de l’Évangile et de l’obligation où nous sommes de lui obéir, comme à celui qui est tout ensemble et notre sauveur et notre Dieu.
Ce chapitre contient l’histoire de la guérison d’un aveugle né.
1 Comme Jésus passait, il vit un homme aveugle dès sa naissance.
2 Et ses disciples lui demandèrent : Maître, qui est-ce qui a péché ? est-ce cet homme, ou son père, ou sa mère, qu’il soit ainsi né aveugle ?
3 Jésus répondit : Ce n’est point qu’il ait péché, ni son père, ou sa mère ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui.
4 Pendant qu’il est jour, il me faut faire les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, dans laquelle personne ne peut travailler.
5 Pendant que je suis au monde, je suis la lumière du monde.
6 Ayant dit cela, il cracha à terre, et de sa salive il fit de la boue, et il oignit de cette boue les yeux de l’aveugle.
7 Et il lui dit : Va, et te lave au réservoir de Siloé (ce qui signifie Envoyé). Il y alla donc et se lava, et il en revint voyant clair.
8 Or, les voisins et ceux qui avaient vu auparavant qu’il était aveugle, disaient : N’est-ce pas là celui qui se tenait assis, et qui demandait l’aumône ?
9 Les uns disaient : C’est lui ; d’autres disaient : Il lui ressemble ; lui disait : C’est moi-même.
10 Ils lui dirent : Comment tes yeux ont-ils été ouverts ?
11 Il répondit : Cet homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, et en a oint mes yeux, et m’a dit : Va au réservoir de Siloé, et t’y lave. J’y suis donc allé, et m’y suis lavé, et je vois.
12 Il lui dirent : Où est cet homme ? Il dit : Je ne sais.
13 Ils amenèrent aux Pharisiens celui qui avait été aveugle.
14 Or c’était le jour du sabbat que Jésus avait fait de la boue, et qu’il lui avait ouvert les yeux.
15 Les Pharisiens lui demandèrent aussi eux-mêmes comment il avait reçu la vue ? Et il leur dit : Il m’a mis de la boue sur les yeux, et je me suis lavé, et je vois.
16 C’est pourquoi quelques-uns d’entre les Pharisiens disaient : Cet homme n’est point de Dieu, puisqu’il ne garde pas le sabbat. Mais d’autres disaient : Comment un méchant homme pourrait-il faire de tels miracles ? Et ils étaient divisés entre eux.
17 Ils dirent encore à l’aveugle : Et toi, que dis-tu de lui, de ce qu’il t’a ouvert les yeux ? Il répondit : C’est un prophète.
18 Mais les Juifs ne crurent point que cet homme eût été aveugle, et qu’il eût reçu la vue, jusqu’à ce qu’ils eussent fait venir son père et sa mère.
19 Et ils les interrogèrent et leur dirent : Est-ce ici votre fils, que vous dites être né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant ?
20 Son père et sa mère répondirent : Nous savons que c’est ici notre fils, et qu’il est né aveugle ;
21 mais nous ne savons comment il voit maintenant. Nous ne savons point non plus qui lui a ouvert les yeux. Il a de l’âge, interrogez-le ; il parlera pour lui-même.
22 Son père et sa mère dirent cela, parce qu’ils craignaient les Juifs ; car les Juifs avaient déjà arrêté que, si quelqu’un reconnaissait Jésus pour être le Christ, il serait chassé de la synagogue.
23 C’est pour cela que son père et sa mère répondirent : Il a de l’âge, interrogez-le.
24 Ils appelèrent donc pour la seconde fois l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : Donne gloire à Dieu, nous savons que cet homme est un méchant.
25 Il répondit : Je ne sais si c’est un méchant ; je sais bien une chose, c’est que j’étais aveugle, et que maintenant je vois.
26 Ils lui dirent encore : Que t’a-t-il fait ? comment t’a-t-il ouvert les yeux ?
27 Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit, et ne l’avez-vous pas entendu ? Pourquoi voulez-vous l’entendre encore une fois ? Voulez-vous aussi être de ses disciples ?
28 Alors ils se mirent à l’injurier, et ils lui dirent : Toi, sois son disciple ; pour nous, nous sommes disciples de Moïse.
29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais pour celui-ci, nous ne savons d’où il est.
30 Cet homme répondit : C’est une chose étrange, que vous ne sachiez pas d’où il est, et cependant il m’a ouvert les yeux.
31 Or, nous savons que Dieu n’exauce point les méchants ; mais si quelqu’un honore Dieu et fait sa volonté, il l’exauce.
32 On n’a jamais ouï dire que personne n’ait ouvert les yeux à un aveugle-né.
33 Si celui-ci n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire de semblable.
34 Ils lui répondirent : Tu es entièrement né dans le péché, et tu veux nous enseigner ! Et ils le chassèrent de la synagogue.
35 Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé, et l’ayant rencontré, il lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu ?
36 Il répondit : Qui est-il, afin que je croie en lui ?
37 Et Jésus lui dit : Tu l’as vu, et c’est lui-même qui te parle.
38 Et il dit : Je crois, Seigneur, et il se prosterna devant lui.
39 Et Jésus dit : Je suis venu dans le monde pour exercer ce jugement : que ceux qui ne voient point, voient ; et que ceux qui voient, deviennent aveugles.
40 Et quelques-uns des Pharisiens qui étaient avec lui, entendirent cela et lui dirent : Et nous, sommes-nous aussi des aveugles ?
41 Jésus leur dit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez point de péché, mais maintenant vous dites : Nous voyons ; c’est à cause de cela que votre péché subsiste.
REFLEXIONS
L’histoire qui est contenue dans ce chapitre est des plus remarquables. Outre les preuves de la puissance et de la bonté de Jésus-Christ qui paraissent dans la guérison de l’aveugle né, de même dans tous les miracles de notre Seigneur, on voit ici trois choses qui méritent une considération particulière.
I. Les démarches des pharisiens, les divers efforts qu’ils firent pour nier ce miracle et ce qu’ils dirent dans cette vue au père et à la mère de l’aveugle et ensuite à l’aveugle lui-même pour savoir s’il était bien vrai qu’il eût été aveugle et comment il avait été guéri. Les pharisiens en prenant toutes ces informations ne cherchaient pas la vérité, ils cherchaient plutôt à la supprimer et à la combattre et lorsqu’elle se présenta à eux, ils la rejetèrent, ils calomnièrent Jésus-Christ et enfin, ne pouvant plus rien opposer à la certitude de ce miracle et ne sachant que répondre aux discours de l’aveugle, ils s’emportèrent en injures contre lui et ils l’excommunièrent. Ce sont là les caractères de la passion la plus violente et de la malice la plus obstinée et c’est ainsi que les méchants ferment les yeux à la vérité et que ce qui devrait les toucher et les convertir ne fait que les endurcir davantage. Cependant, c’est une chose remarquable que les pharisiens en faisant tous leurs efforts pour rendre ce miracle suspect ne firent que le rendre plus connu et plus indubitable.
II. Il faut remarquer dans le discours de l’aveugle né l’ingénuité avec laquelle il parlait aux pharisiens et les confondit en soutenant qu’il avait été bien guéri et que puisque Jésus-Christ lui avait rendu la vue, il ne pouvait être un méchant et un séducteur comme ils l’en accusaient. En lisant ce récit, on y voit que la vérité a beaucoup de force, que les personnes les plus simples jugent souvent mieux des choses que ceux que l’on croit avoir bien des lumières et que Dieu se sert de ces personnes-là pour confondre les sages de ce monde.
Enfin, St. Jean rapporte que Jésus-Christ ayant su que cet homme avait été excommunié par les pharisiens pour avoir dit la vérité en leur présence, il se fit connaître à lui en lui disant qu’il était les Fils de Dieu et qu’il lui déclara que ceux qui passaient pour être les plus éclairés, tels qu’étaient les pharisiens, demeureraient dans leur aveuglement pendant que ceux, qu’on regardait comme des ignorants, mais qui avaient de l’humilité et un bon cœur, profiteraient de sa doctrine.
Notre Seigneur reçoit toujours avec bonté ceux qui aiment la vérité et que le monde persécute, il leur accorde de nouvelles lumières et de nouveaux dons, pendant que ceux qui présument d’eux-mêmes et qui rejettent avec obstination la vérité lorsqu’elle se présente à eux demeurent dans leur incrédulité et périssent dans leurs ténèbres.
Ce qui est ici rapporté est arrivé en deux temps différents :
La première partie de ce chapitre contient un discours que notre Seigneur fit aux Juifs après qu’il eût guéri l’aveugle né, il s’y compare à un bon berger. Il y parle aussi des faux bergers et des mercenaires, par où il désigne les séducteurs et en particulier les pharisiens. Il dit que ces gens-là n’avaient en vue que leur intérêt et leur orgueil, au lieu qu’il n’était venu au monde que pour le bien et le salut ses brebis et qu’il donnerait même sa vie pour elles.
Quelques mois après, Jésus étant à Jérusalem à la fête de la dédicace du temple, les Juifs lui demandèrent s’il était le Messie, à quoi il répondit que ses miracles montraient assez ce qu’il était, que s’ils ne le connaissaient pas, cela ne venait que de leur endurcissement, mais que ses brebis le connaissaient, qu’il leur donnerait la vie éternelle et que Dieu ne permettrait jamais qu’elles périssent puisque lui et Dieu son Père étaient un. Les Juifs voulurent le lapider, prétendant qu’il avait prononcé un blasphème, mais notre Seigneur ne voulant pas parler ouvertement de sa divinité se contenta de leur dire que si l’Écriture appelai Dieu et fils de Dieu les princes et les magistrats, il pouvait bien prendre le titre de Fils de Dieu sans blasphème, puisque Dieu l’avait envoyé au monde avec le pouvoir de faire des miracles. Après cela notre Seigneur se retira de Jérusalem.
1 En vérité, en vérité je vous dis, que celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y monte par un autre endroit, est un larron et un voleur.
2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis.
3 Le portier lui ouvre, les brebis entendent sa voix, et il appelle ses propres brebis par leur nom, et les mène dehors.
4 Et quand il a mis dehors ses propres brebis, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix.
5 Mais elles ne suivront point un étranger ; au contraire, elles le fuiront, parce qu’elles ne connaissent point la voix des étrangers.
6 Jésus leur dit cette similitude, mais ils ne comprirent point ce qu’il leur voulait dire.
7 Jésus donc leur dit encore : En vérité, en vérité je vous dis, que je suis la porte des brebis.
8 Tous ceux qui sont venus avant moi ont été des larrons et des voleurs, et les brebis ne les ont point écoutés.
9 Je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et trouvera de la pâture.
10 Le larron ne vient que pour dérober, pour tuer et pour détruire ; mais moi, je suis venu, afin que mes brebis aient la vie, et qu’elles l’aient même avec abondance.
11 Je suis le bon berger ; le bon berger donne sa vie pour ses brebis.
12 Mais le mercenaire, celui qui n’est point le berger, et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, et il abandonne les brebis et s’enfuit ; et le loup ravit les brebis et les disperse.
13 Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se soucie point des brebis.
14 Je suis le bon berger, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent ;
15 comme mon père me connaît, et comme je connais mon Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
16 J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut aussi que je les amène ; et elles entendront ma voix, et il n’y aura qu’un seul troupeau et qu’un seul berger.
17 C’est pour cela que mon Père m’aime, parce que je donne ma vie, pour la reprendre.
18 Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la quitter, et j’ai le pouvoir de la reprendre ; j’ai reçu cet ordre de mon Père.
19 Alors il y eut encore de la division entre les Juifs, à cause de ce discours.
20 Et plusieurs d’entre eux disaient : Il est possédé du démon, et il est hors de sens, pourquoi l’écoutez-vous ?
21 Les autres disaient : Ce ne sont pas là les discours d’un démoniaque. Le démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles ?
22 Or, on célébrait à Jérusalem la fête de la dédicace, et c’était l’hiver.
23 Comme Jésus se promenait au temple, dans le portique de Salomon,
24 les Juifs s’assemblèrent autour de lui, et lui dirent : Jusqu’à quand nous tiendras-tu l’esprit en suspens ? Si tu es le Christ, dis-le-nous franchement.
25 Jésus leur répondit : Je vous l’ai dit, et vous ne le croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi.
26 Mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes point de mes brebis, comme je vous l’ai dit.
27 Mes brebis entendent ma voix, et je les connais, et elles me suivent.
28 Je leur donne la vie éternelle, elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main.
29 Mon père, qui me les a données, est plus grand que tous ; et personne ne les peut ravir de la main de mon Père.
30 Moi et mon Père, nous ne sommes qu’un.
31 Alors les Juifs prirent encore des pierres, pour le lapider.
32 Jésus leur répondit : J’ai fait devant vous plusieurs bonnes œuvres de la part de mon Père ; pour laquelle me lapidez-vous ?
33 Les Juifs lui répondirent : Ce n’est point pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais c’est à cause de ton blasphème, et parce qu’étant homme, tu te fais Dieu.
34 Jésus leur répondit : N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ?
35 Si elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu était adressée, et si l’Écriture ne peut être rejetée,
36 Dites-vous que je blasphème, moi que le Père a sanctifié et qu’il a envoyé dans le monde, parce que j’ai dit : Je suis Fils de Dieu ?
37 Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point.
38 Mais si je les fais, et que vous ne vouliez pas me croire, croyez à mes œuvres, afin que vous connaissiez, et que vous croyiez que le Père est en moi, et que je suis en lui.
39 Ils cherchaient donc encore à se saisir de lui ; mais il échappa de leurs mains.
40 Et il s’en alla de nouveau au-delà du Jourdain, au lieu où Jean avait d’abord baptisé ; et il demeura là.
41 Et il vint à lui beaucoup de gens qui disaient : Jean n’a fait aucun miracle ; mais tout ce que Jean a dit de cet homme-ci était vrai.
42 Et il y en eut là plusieurs qui crurent en lui.
REFLEXIONS
Ce que Jésus-Christ disait en parlant de soi-même sous l’image d’un berger est beaucoup plus clair pour nous qu’il ne l’était pour les Juifs. Nous savons parfaitement que notre Seigneur est le vrai berger qui a donné sa vie pour ses brebis, c’est-à-dire pour tous ses fidèles et qui est venu pour rassembler dans son Église tous ceux d’entre les Juifs et d’entre les païens qui croiraient en lui. Cela nous engage à reconnaître d’un côté l’amour infini de Jésus notre bon berger qui nous a si tendrement aimés et qui a souffert la mort pour nous acquérir le salut et la vie et de l’autre combien notre bonheur est grand d’être du nombre de ces brebis qu’il a rachetées par son sang et à qui il destine la vie éternelle.
Il y a quatre considérations à faire sur la seconde partie de ce chapitre.
I. La première regarde l’étrange aveuglement et la malice des Juifs qui, après tant de miracles que Jésus-Christ avait faits lui demandèrent encore s’il était le Messie et voulurent le lapider comme un blasphémateur. Notre Seigneur remarque lui-même que cette incrédulité des Juifs procédait de ce qu’ils n’aimaient pas la vérité et de ce qu’ils n’avaient pas une intention sincère de la connaître. Si donc il arrive que les hommes ne profitent pas de la doctrine de Jésus-Christ et qu’au milieu de la lumière qui les éclaire, ils soient encore dans l’ignorance et dans l’égarement, cela vient du défaut de docilité et d’amour pour la vérité et pour la vertu.
II. La deuxième considération est que la marque et le caractère des brebis de Jésus-Christ, c’est-à-dire de ses vrais disciples, est d’écouter la voix de leur divin berger, de le suivre et de lui obéir.
III. Nous voyons dans ce discours de notre Seigneur que le bonheur et le salut des vrais fidèles est assuré puisqu’il déclare : qu’il les connait, qu’il leur donne la vie éternelle, qu’ils ne périront jamais et que personne ne les ravira d’entre ses mains.
Ces paroles doivent remplir tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus-Christ d’une grande consolation et d’une ferme attente de la gloire et de la félicité qu’il leur réserve dans son royaume.
IV. Ce que Jésus-Christ dit sur la fin de ce chapitre qu’il pouvait prendre avec justice le titre de Fils de Dieu doit nous convaincre pleinement de sa divinité et de l’excellence de sa charge, surtout puisque nous savons d’ailleurs qu’il est Dieu et homme tout ensemble. En quoi nous avons les plus grands motifs à croire en lui et à lui rendre l’obéissance que nous lui devons si justement à cause de l’autorité qu’il a sur nous et de l’amour qu’il nous porte.
Ce chapitre contient l’histoire de la résurrection de Lazare.
1 Il y avait un homme malade, appelé Lazare, qui était de Béthanie, le bourg de Marie et de Marthe sa sœur.
2 Cette Marie était celle qui oignit le Seigneur d’une huile de parfum, et qui essuya ses pieds avec ses cheveux ; et Lazare, qui était malade, était son frère.
3 Ses sœurs donc envoyèrent dire à Jésus : Seigneur, celui que tu aimes est malade.
4 Jésus, ayant entendu cela, dit : Cette maladie n’est point à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié.
5 Or, Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare.
6 Et quoiqu’il eût appris qu’il était malade, il demeura cependant encore deux jours au lieu où il était.
7 Puis il dit à ses disciples : Retournons en Judée.
8 Les disciples lui dirent : Maître, il n’y a que peu de temps que les Juifs cherchaient à te lapider, et tu y retournes encore !
9 Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures au jour ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne bronche point, parce qu’il voit la lumière de ce monde.
10 Mais si quelqu’un marche pendant la nuit, il bronche, parce qu’il n'a point de lumière.
11 Il parla ainsi, et après cela il leur dit : Lazare notre ami dort, mais je m’en vais l’éveiller.
12 Ses disciples lui dirent : Seigneur, s’il dort, il sera guéri.
13 Or, Jésus avait dit cela de la mort de Lazare ; mais ils crurent qu’il parlait d’un véritable sommeil.
14 Jésus donc leur dit alors ouvertement : Lazare est mort.
15 Et je me réjouis à cause de vous, de ce que je n’étais pas là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui.
16 Thomas donc, appelé Didyme, dit aux autres disciples : Allons-y aussi, afin de mourir avec lui.
17 Jésus étant arrivé, trouva qu’il y avait déjà quatre jours qu’il était dans le sépulcre.
18 Or, Béthanie était environ à quinze stades de Jérusalem.
19 Et plusieurs des Juifs étaient venus voir Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère.
20 Quand Marthe ouït dire que Jésus venait, elle alla au-devant de lui ; mais Marie demeura assise à la maison.
21 Et Marthe dit à Jésus : Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort ;
22 mais je sais que maintenant même, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.
23 Jésus lui dit : Ton frère ressuscitera.
24 Marthe lui répondit : Je sais qu’il ressuscitera en la résurrection, au dernier jour.
25 Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort.
26 Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point pour toujours. Crois-tu cela ?
27 Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir au monde.
28 Quand elle eut dit cela, elle s’en alla et appela Marie, sa sœur, en secret, et lui dit : Le Maître est ici et il t’appelle.
29 Ce que Marie ayant entendu, elle se leva promptement, et vint vers lui.
30 Or, Jésus n’était pas encore entré dans le bourg, mais il était au même endroit où Marthe était venue au-devant de lui.
31 Alors les Juifs, qui étaient avec Marie dans la maison, et qui la consolaient, voyant qu’elle s’était levée si promptement, et qu’elle était sortie, la suivirent, disant : Elle s’en va au sépulcre, pour y pleurer.
32 Mais Marie étant arrivée au lieu où était Jésus, dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort.
33 Quand Jésus vit qu’elle pleurait, et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, il frémit en lui-même, et fut ému ;
34 et il dit : Où l’avez-vous mis ? Ils lui répondirent : Seigneur, viens et vois.
35 Et Jésus pleura.
36 Sur quoi les Juifs dirent : Voyez comme il l’aimait.
37 Et quelques-uns d’eux dirent : Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût pas ?
38 Alors Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, vint au sépulcre ; c’était une grotte, et on avait mis une pierre dessus.
39 Jésus dit : Ôtez la pierre. Marthe, sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais ; car il est là depuis quatre jours.
40 Jésus lui répondit : Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?
41 Ils ôtèrent donc la pierre du lieu où le mort était couché. Et Jésus élevant les yeux au ciel, dit : Mon Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé.
42 Je savais bien que tu m’exauces toujours, mais je dis ceci à cause de ce peuple, qui est autour de moi, afin qu’il croie que tu m’as envoyé.
43 Quand il eut dit cela, il cria à haute voix : Lazare, sors de là.
44 Et le mort sortit, ayant les mains et les pieds liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit : Déliez-le, et le laissez aller.
45 Plusieurs donc des Juifs qui étaient venus voir Marie, et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
46 Mais quelques-uns d’entre eux s’en allèrent trouver les Pharisiens, et leur rapportèrent ce que Jésus avait fait.
47 Alors les principaux sacrificateurs et les Pharisiens, assemblèrent le conseil, et dirent : Que ferons-nous ? Car cet homme fait beaucoup de miracles.
48 Si nous le laissons faire, tout le monde croira en lui ; et les Romains viendront, qui détruiront et ce lieu et notre nation.
49 Mais Caïphe, l’un d’entre eux, qui était souverain sacrificateur de cette année-là, leur dit : Vous n’y entendez rien ;
50 et vous ne considérez pas qu’il est à propos qu’un homme seul meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas.
51 Or, il ne dit pas cela de son propre mouvement, mais, étant le souverain sacrificateur de cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation ;
52 Et non-seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un seul corps les enfants de Dieu qui sont dispersés.
53 Depuis ce jour-là donc ils consultèrent ensemble, pour faire mourir Jésus.
54 C’est pourquoi Jésus ne paraissait plus ouvertement parmi les Juifs ; mais il s’en alla dans une contrée voisine du désert, à une ville appelée Éphraïm ; et il se tint là avec ses disciples.
55 Or, la Pâque des Juifs était proche, et beaucoup de gens du pays étaient montés à Jérusalem avant la Pâque, pour se purifier.
56 Ils cherchaient donc Jésus, et ils se disaient les uns aux autres, étant dans le temple : Que vous en semble ? Ne viendra-t-il point à la fête ?
57 Or, les principaux sacrificateurs et les Pharisiens avaient donné ordre que, si quelqu’un savait où il était, il le déclarât, afin de se saisir de lui.
REFLEXIONS
Voici les principales réflexions qu’il faut faire sur cette histoire qui est l’une des plus remarquables de tout cet Évangile.
I. Quoi que notre Seigneur aimât beaucoup Lazare, il n’alla cependant à Béthanie qu’après que Lazare fût mort, afin de faire un miracle plus éclatant en lui rendant la vie qu’il n’aurait fait en le guérissant. Ceux que Dieu aime peuvent être exposés à divers maux, il diffère même de venir à leur secours, mais il en use ainsi afin que sa puissance et son amour paraissent avec plus d’éclat dans leur délivrance.
II. On voit dans ce que les sœurs de Lazare dirent à notre Seigneur, leur piété, leur amour et leur attachement pour Jésus-Christ, aussi bien la haute opinion qu’elles avaient de sa puissance. On y remarque surtout qu’elles étaient fermement persuadées que leur frère ressusciterait au dernier jour.
Nous avons encore plus de sujet que ces deux femmes pieuses n’en avaient d’aimer notre Seigneur, d’avoir une parfaite confiance en lui, d’attendre tout de sa puissance et en particulier de croire que les morts ressusciteront à la fin du monde.
III. La bonté avec laquelle Jésus-Christ parla aux sœurs de Lazare pour les consoler et pour les préparer au miracle qu’il se proposait de faire, l’émotion qu’il ressentit et les larmes qu’il répandit prouvent bien sensiblement à quel point il aimait ces deux femmes et leur frère et combien il était charitable et plein de compassion.
On est animé de l’esprit de Jésus-Christ à proportion qu’on est touché des maux d’autrui et disposé à consoler les malheureux.
Mais ce qu’il y a de principal à remarquer ici, c’est que notre Seigneur rendit la vie à Lazare qui était depuis quatre jours dans le tombeau. Ce grand miracle que Jésus-Christ fit peu de jours avant sa mort et à la vue d’un grand nombre de Juifs, dont plusieurs crurent même en lui, est l’une des preuves les plus illustres qu’il ait donné pendant sa vie pour montrer qu’il était le fils de Dieu. Cette résurrection de Lazare confirme surtout pleinement la doctrine de la résurrection des morts et la vérité de ce que notre Seigneur dit dans ce chapitre : Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort.
Enfin, St. Jean nous dit que les pharisiens, au lieu de se rendre à un miracle si éclatant, conçurent tant de dépit de voir que le peuple se déclarait pour Jésus-Christ, qu’ils résolurent alors de le faire mourir, ce qui l’obligea de se retirer dans un lieu écarté jusqu’à la fête de pâque.
C’est ainsi que les ennemis de notre Seigneur s’obstinent toujours d’avantage, ils résistèrent jusqu’à la fin à ses miracles et tout ce que ce Sauveur charitable fit pour les gagner et pour les adoucir ne servit qu’à les irriter de plus en plus contre lui. Dieu permit cependant qu’ils prissent la résolution dans leur conseil de faire mourir Jésus-Christ afin que, contre leur dessein il souffrit la mort, non seulement pour la nation des Juifs, mais aussi pour rassembler en un seul corps tous les enfants de Dieu et pour établir par ce moyen dans le monde sa doctrine et son règne.
I. Marie oint les pieds de notre Seigneur.
II. Plusieurs personnes viennent à Béthanie pour voir Jésus-Christ et Lazare qui était ressuscité.
III. Notre Seigneur fait son entrée royale à Jérusalem.
1 Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare qui avait été mort, et qu’il avait ressuscité.
2 On lui fit là un souper, et Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui.
3 Alors Marie ayant pris une livre d’une huile de senteur de nard pur, qui était de grand prix, en oignit les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur de ce parfum.
4 Alors Judas Iscariot, fils de Simon, l’un de ses disciples, celui qui devait le trahir, dit :
5 Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers d’argent, pour les donner aux pauvres ?
6 Il disait cela, non qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était larron et qu’il avait la bourse, et qu’il portait ce qu’on y mettait.
7 Mais Jésus lui dit : Laisse-la faire ; elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture.
8 Car vous aurez toujours des pauvres avec vous ; mais vous ne m’aurez pas toujours.
9 Alors une grande multitude de Juifs, ayant su que Jésus était là, y vinrent, non-seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité.
10 Et les principaux sacrificateurs délibérèrent de faire aussi mourir Lazare,
11 parce que plusieurs des Juifs se retiraient d’avec eux à cause de lui, et croyaient en Jésus.
12 Le lendemain, une grande troupe, qui était venue à la fête, ayant ouï dire que Jésus venait à Jérusalem,
13 prit des branches de palmes, et sortit au-devant de lui, en criant : Hosanna ! béni soit le roi d’Israël, qui vient au nom du Seigneur !
14 Et Jésus ayant trouvé un ânon, s’assit dessus, selon ce qui est écrit :
15 Ne crains point, fille de Sion ; voici ton roi, qui vient monté sur le poulain d’une ânesse.
16 Ses disciples n’entendirent pas cela d’abord ; mais quand Jésus fut glorifié, alors ils se souvinrent que ces choses avaient été écrites de lui, et qu’elles lui étaient arrivées.
17 Et la troupe qui était avec lui rendait témoignage qu’il avait appelé Lazare du sépulcre, et qu’il l’avait ressuscité des morts.
18 C’est aussi pour cela que le peuple alla au-devant de lui, parce qu’ils avaient appris qu’il avait fait ce miracle.
19 De sorte que les Pharisiens disaient entre eux : Vous voyez que vous ne gagnez rien ; voilà que tout le monde va après lui.
REFLEXIONS
Il y a trois choses à considérer dans le premier article de cette lecture, savoir l’action de Marie qui oignit les pieds de Jésus-Christ, le jugement que Judas fit de cette action et ce que notre Seigneur dit pour la défendre.
Marie oignit notre Seigneur avec un parfum précieux suivant la coutume de ce temps-là pour marquer son respect et son amour. À l’exemple de cette femme pieuse, nous devons aussi témoigner à Jésus-Christ notre zèle par tous les moyens qui dépendent de nous et qui lui sont agréables.
Les murmures de Judas qui, étant larron et avare, se plaignait de ce qu’on n’avait pas donné aux pauvres le prix de ce parfum font bien voir que le cœur de ce faux disciple était entièrement corrompu. On voit aussi en cela combien l’avarice a de force sur ceux qu’elle possède et comment les méchants couvrent quelquefois leurs passions du prétexte de la religion et de la piété.
Et ce que Jésus-Christ dit pour la défense de Marie nous montre qu’il reçoit favorablement tout ce qu’on fait en vue de l’honorer et particulièrement les œuvres de charité.
II. L’arrivée du peuple qui vint à Béthanie pour voir Lazare que notre Seigneur avait ressuscité et le dessein que les sacrificateurs formèrent de faire mourir Lazare aussi bien que Jésus-Christ prouvent d’un côté la vérité de ce miracle et font voir de l’autre que la méchanceté des principaux des Juifs était à son comble et qu’il n’y avait plus rien à espérer d’eux.
III. On a une autre preuve de cette résurrection de Lazare dans les acclamations du peuple qui alla au-devant de Jésus-Christ lorsqu’il entra à Jérusalem puisque Saint Jean remarque que cette troupe rendait témoignage qu’il avait tiré Lazare du tombeau. Notre Seigneur voulut alors recevoir des hommages qu’il avait refusé auparavant et il souffrit qu’on le reconnu publiquement pour le Messie. Mais il parut dans cette occasion dans une grande simplicité, n’ayant à sa suite que des personnes du commun et étant monté sur un âne, selon que Zacharie l’avait prédit. Il en usa de la sorte afin qu’aucune des marques que les prophètes avaient données au Messie ne lui manquât et pour faire voir que l’humilité et la douceur était son caractère et que le règne qu’il allait établir serait spirituel et céleste.
Au reste, si les disciples de Jésus-Christ et le peuple firent éclater leur joie et leur reconnaissance en l’accompagnant à Jérusalem, nous sommes encore plus obligés à adorer ce grand Rédempteur et à bénir Dieu continuellement à la vue de tant de merveilles qu’il a faites et tant de preuves qu’il nous a données de sa puissance et de son amour.
CHAPITRE XII VERSETS 20 A 50.
Saint Jean rapporte ici quatre choses :
I. Ce que Jésus-Christ dit lorsque de certains étrangers qui étaient venus à Jérusalem pour la fête de pâque demandèrent à le voir. II. Que Dieu fit entendre alors une voix du Ciel et qu’à cette occasion notre Seigneur parla de sa mort et de l’établissement de son règne, mais que les Juifs ne comprirent pas ses discours. III. Saint Jean remarque que, bien que notre Seigneur eût fait tant de miracles, les Juifs ne crurent point en lui et que cette incrédulité avait été prédite par le prophète Ésaïe. IV. Enfin, l’évangéliste rapporte quelques exhortations que Jésus-Christ adressa aux Juifs avant sa mort, dans lesquelles il marque ce qui arriverait à ceux qui recevraient sa doctrine et ceux qui la rejetteraient.
20 Or, quelques Grecs, de ceux qui étaient montés pour adorer pendant la fête,
21 vinrent vers Philippe, qui était à Bethsaïde en Galilée, et ils lui dirent, en le priant : Seigneur, nous voudrions bien voir Jésus.
22 Philippe vint et le dit à André, et André et Philippe le dirent à Jésus.
23 Et Jésus leur répondit : L’heure est venue que le Fils de l’homme doit être glorifié.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis : Si le grain de froment ne meurt, après qu’on l’a jeté dans la terre, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
25 Celui qui aime sa vie la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle.
26 Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et où je serai, celui qui me sert y sera aussi ; et si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.
27 Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Mon Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cette heure même que je suis venu.
28 Mon Père, glorifie ton nom. Alors il vint une voix du ciel, qui dit : Et je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore.
29 Et la troupe qui était là, et qui avait entendu cette voix, disait qu’il s’était fait un tonnerre ; d’autres disaient : Un ange lui a parlé.
30 Jésus prit la parole et dit : Cette voix n’est pas pour moi, mais elle est pour vous.
31 C’est maintenant que se fait le jugement de ce monde ; c’est maintenant que le prince de ce monde va être chassé.
32 Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi.
33 Or, il disait cela pour marquer de quelle mort il devait mourir.
34 Le peuple lui répondit : Nous avons appris par la loi que le Christ doit demeurer éternellement : comment donc dis-tu qu’il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? Qui est ce Fils de l’homme ?
35 Jésus leur dit : La lumière est encore avec vous pour un peu de temps ; marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent ; car celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va.
36 Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière. Jésus dit ces choses, puis il s’en alla et se cacha d’eux.
37 Et bien qu’il eût fait tant de miracles devant eux, ils ne crurent point en lui.
38 De sorte que cette parole d’Ésaïe le prophète fut accomplie : Seigneur, qui a cru à notre prédication, et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ?
39 Aussi ne pouvaient-ils croire, parce qu’Ésaïe a dit encore :
40 Il a aveuglé leurs yeux, et a endurci leur cœur, de sorte qu’ils ne voient point des yeux, qu’ils ne comprennent point du cœur, qu’ils ne se convertissent point, et que je ne les guéris point.
41 Ésaïe dit ces choses, lorsqu’il vit sa gloire, et qu’il parla de lui.
42 Cependant il y en eut plusieurs, des principaux même, qui crurent en lui ; mais ils ne le confessaient point, à cause des Pharisiens, de peur d’être chassés de la synagogue.
43 Car ils aimaient plus la gloire qui vient des hommes, que la gloire de Dieu.
44 Or, Jésus cria à haute voix et dit : Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi, mais il croit en celui qui m’a envoyé ;
45 et celui qui me voit, voit celui qui m’a envoyé.
46 Je suis venu au monde, moi qui suis la lumière, afin que quiconque croit en moi ne demeure point dans les ténèbres.
47 Et si quelqu’un entend mes paroles, et ne croit pas, je ne le juge point, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver.
48 Celui qui me rejette et ne reçoit point mes paroles, il a déjà qui le juge ; la parole que j’ai annoncée, c’est elle qui le jugera au dernier jour.
49 Car je n’ai point parlé par moi-même ; mais le Père qui m’a envoyé, m’a prescrit ce que j’ai à dire, et de quoi je dois parler.
50 Et je sais que son commandement est la vie éternelle. Les choses donc que je dis, je les dis comme mon Père me les a dites.
REFLEXIONS
Le sens de ce que Jésus-Christ répondit lorsque des étrangers demandèrent à le voir était qu’il se ferait bientôt connaître à tous les hommes, mais qu’auparavant il devait mourir, tout de même que le froment doit être mis dans la terre et y germer avant qu’il puisse pousser et produire du grain en abondance. Le Seigneur ajouta qu’il en serait de ses disciples comme de lui-même et que tous ceux qui voulaient le suivre devaient se disposer aux souffrances et à la mort, mais il promet aussi d’élever ceux qui croiraient en lui et qui le serviraient fidèlement à la même gloire où il allait être élevé. Les Juifs ne comprirent pas bien ce discours de notre Seigneur, mais il n’a rien d’obscur pour nous.
II. En ce temps-là, Jésus frappé de l’horreur de la mort qu’il était sur le point d’endurer pria Dieu son Père de faire voir sa gloire d’une manière éclatante et de montrer qu’il était son fils. Sur quoi Dieu fit entendre une voix du Ciel qui déclara que ce que Jésus venait de demander s’accomplirait. Ce prodige arriva dans le temps que notre Seigneur allait être crucifié pour lever le scandale de sa croix et pour faire connaître qu’il était véritablement le fils de Dieu. C’est pourquoi aussi Jésus-Christ dit alors que le règne de satan allait être détruit, qu’il attirerait bientôt tous les hommes à lui et que ce serait là un des fruits de sa mort. L’événement ne tarda pas à vérifier la divinité de cette prédiction.
III. Saint Jean faisant réflexion sur l’incrédulité des Juifs remarque que la plupart ne crurent point en Jésus-Christ et que de ceux qui le regardaient comme le Messie, il y en eut plusieurs qui n’osèrent pas le témoigner ouvertement parce qu’ils craignaient les pharisiens et qu’ils aimaient mieux la gloire qui vient des hommes que celle de Dieu. C’est là ce qui arrive ordinairement lorsque l’Évangile est annoncé aux hommes. Il y en a qui le rejettent, d’autres qui sont touchés en quelque manière de son excellence, mais ils n’osent pas faire une profession ouverte de la vérité et de la piété, étant retenus par la crainte, par une mauvaise honte ou par d’autres passions.
Enfin, nous devons faire bien attention à ce que Jésus-Christ déclara aux Juifs sur la fin de sa vie et dans le temps qu’ils allaient être privés de sa présence. Il leur dit qu’il était venu pour les éclairer et pour les conduire à la vie, qu’ils devaient marcher dans la lumière avant que les ténèbres les surprissent et que ceux qui n’écouteraient pas sa parole seraient jugés par cette même parole qu’ils auraient rejetée.
C’est là une déclaration qui s’adresse à tous ceux à qui Jésus-Christ a donné la connaissance de son Évangile et qui nous avertit de profiter de cette divine lumière pendant qu’elle nous éclaire de peur que nous ne soyons surpris par les ténèbres et que l’Évangile qui nous a été annoncé ne soit un jour le fondement de notre condamnation.
Jésus-Christ lave les pieds à ses apôtres et il les exhorte à l’humilité et à la charité.Il déclare que Judas le livrerait aux Juifs. Il parle à ses disciples de son départ, il leur recommande de s’aimer les uns les autres, et il prédit que Saint Pierre le renierait.
1 Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue pour passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin.
2 Et après le souper (le diable ayant déjà mis au cœur de Judas Iscariot, fils de Simon, de le trahir),
3 Jésus sachant que le Père lui avait remis toutes choses entre les mains, et qu’il était venu de Dieu, et qu’il s’en allait à Dieu,
4 se leva du souper et ôta sa robe, et ayant pris un linge, il s’en ceignit.
5 Ensuite il mit de l’eau dans un bassin, et se mit à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.
6 Il vint donc à Simon Pierre, qui lui dit : Toi, Seigneur, tu me laverais les pieds !
7 Jésus répondit et lui dit : Tu ne sais pas maintenant ce que je fais ; mais tu le sauras dans la suite.
8 Pierre lui dit : Tu ne me laveras jamais les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’auras point de part avec moi.
9 Simon Pierre lui dit : Seigneur, non-seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête.
10 Jésus lui dit : Celui qui est lavé n’a besoin, sinon qu’on lui lave les pieds ; puis il est entièrement net. Or, vous êtes nets, mais non pas tous.
11 Car il savait qui était celui qui le trahirait ; c’est pour cela qu’il dit : Vous n’êtes pas tous nets.
12 Après donc qu’il leur eut lavé les pieds, et qu’il eut repris sa robe, s’étant remis à table, il leur dit : Savez-vous ce que je vous ai fait ?
13 Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites vrai ; car je le suis.
14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi qui suis le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres.
15 Car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait.
16 En vérité, en vérité, je vous dis que le serviteur n’est pas plus que son maître, ni l’envoyé plus que celui qui l’a envoyé.
17 Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux, pourvu que vous les pratiquiez.
18 Je ne parle point de vous tous, je sais qui sont ceux que j’ai choisis ; mais il faut que cette parole de l’Écriture soit accomplie : Celui qui mange du pain avec moi, a levé le pied contre moi.
19 Je vous le dis dès à présent, avant que la chose arrive ; afin que, quand elle sera arrivée, vous me reconnaissiez pour ce que je suis.
20 En vérité, en vérité je vous le dis : Quiconque reçoit celui que j’aurai envoyé, me reçoit, et qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé.
21 Quand Jésus eut dit cela, il fut ému en son esprit, et il dit ouvertement : En vérité, en vérité, je vous dis que l’un de vous me trahira.
22 Et les disciples se regardaient les uns les autres, étant en peine de qui il parlait.
23 Or, il y avait un des disciples de Jésus, celui que Jésus aimait, qui était couché vers son sein.
24 Simon Pierre lui fit signe de demander qui était celui de qui il parlait.
25 Lui donc, s’étant penché sur le sein de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce ?
26 Jésus répondit : C’est celui à qui je donnerai un morceau trempé. Et ayant trempé un morceau, il le donna à Judas Iscariot, fils de Simon.
27 Et après que Judas eut pris le morceau, Satan entra dans lui ; Jésus donc lui dit : Fais au plus tôt ce que tu as à faire.
28 Mais aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela.
29 Car quelques-uns pensaient que, comme Judas avait la bourse, Jésus lui avait voulu dire : Achète ce qu’il nous faut pour la fête ; ou, qu’il donnât quelque chose aux pauvres.
30 Après donc que Judas eut pris le morceau, il sortit tout aussitôt. Or, il était nuit.
31 Quand il fut sorti, Jésus dit : Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié par lui.
32 Et si Dieu est glorifié par lui, Dieu lui-même aussi le glorifiera, et il le glorifiera bientôt.
33 Mes petits-enfants, je suis encore avec vous pour un peu de temps ; vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs, je vous le dis aussi maintenant, vous ne pouvez venir où je vais.
34 Je vous donne un commandement nouveau, que vous vous aimiez les uns les autres ; que, comme je vous ai aimés, vous vous aimiez aussi les uns les autres.
35 C’est à cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.
36 Simon Pierre lui dit : Seigneur, où vas-tu ? Jésus lui répondit : Tu ne saurais maintenant me suivre où je vais ; mais tu me suivras ci-après.
37 Pierre lui dit : Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je mettrai ma vie pour toi.
38 Jésus lui répondit : Tu mettras ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te dis qu’avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois fois.
REFLEXIONS
Lorsque le fils de Dieu lava les pieds à ses apôtres peu avant sa mort, le but de cette action si extraordinaire et si surprenante était de leur montrer combien il les aimait et de leur donner un exemple d’humilité afin de leur apprendre à s’aimer mutuellement, à se regarder tous comme égaux et à ôter de leurs esprits toutes les pensées d’un règne temporel et de la gloire du monde. C’est là un exemple de charité et d’humilité que nous devons bien considérer et qui est d’une grande efficace pour nous rendre véritablement humbles et pour nous inciter à nous aimer sincèrement les uns les autres. Si Jésus-Christ, qui est le Maître et le Seigneur, s’est abaissé jusqu’à laver les pieds à ses disciples, ce qui était l’office des serviteurs et des esclaves, il n’y a rien que nous devions estimer trop bas lorsqu’il s’agit de s’acquitter des devoirs de la charité et d’édifier le prochain. C’est à quoi le sauveur du monde nous appelle par ces paroles qu’il prononça dans cette occasion : Je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait. Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les fassiez.
II. Notre Seigneur trouva à propos de déclarer, en présence des apôtres, que l’un d’eux le livrerait aux Juifs, afin que lorsque Judas le trahirait, ils reconnussent que cela devait arriver pour accomplir les desseins de la providence. Cependant Jésus-Christ ne donna pas à connaître Judas à tous les apôtres parce qu’il ne voulait pas qu’on l’empêchât d’exécuter son entreprise. De là il paraît clairement que Jésus-Christ n’ignorait rien de ce qui devait lui arriver et qu’il connaissait les pensées des hommes les plus secrètes. Il prévoit la trahison de Judas, mais il n’en est point l’auteur. C’est l’avarice de ce disciple perfide qui le pousse à une action si noire et il ne laisse pas d’achever ce qu’il avait résolu, quoique Jésus l’eût averti et lui eût fait comprendre qu’il connaissait son dessein.
C’est ainsi que Dieu prévoit les péchés que les hommes sont sur le point de commettre, sans que pourtant il en soit la cause, il les avertit, mais quand ils s’obstinent, il les laisse faire.
III. Nous voyons ici que Jésus-Christ, étant sur le point de quitter ses disciples, leur recommanda sur toutes choses de s’aimer les uns les autres. Il leur dit que c’était là son grand commandement, qu’il allait leur donner l’exemple de cet amour en souffrant la mort pour eux et que la charité serait la marque à laquelle on les reconnaîtrait pour ses disciples. Notre principal devoir est donc de nous aimer cordialement et de vivre dans la paix et dans la concorde, à moins de quoi il ne nous appartient pas de porter le glorieux nom de chrétiens.
IV. Enfin, la prédiction que Jésus-Christ fit du reniement de Saint Pierre est une nouvelle preuve qui fait voir que rien n’est caché à notre Seigneur et qu’il connait mieux les hommes qu’ils ne se connaissent eux-mêmes. Saint Pierre ne se croyait pas capable de cette infidélité, il y tomba pourtant cette même nuit-là. Après un tel exemple, il n’y a personne qui ne doive être dans une continuelle défiance de soi-même et dans les sentiments d’une profonde humilité.
Ce chapitre et les deux suivants contiennent l’entretien que Jésus-Christ eut avec ses disciples le soir avant sa passion. Son but dans ces discours était de les consoler, d’affermir leur foi et de les remplir de courage et de zèle afin qu’ils ne fussent pas scandalisés de sa mort et que dans la suite ils fussent en état d’annoncer l’Évangile sans craindre la haine du monde. Dans le chapitre XIV Jésus-Christ parle aux apôtres de la gloire où il allait être élevé et où il les élèverait un jour. II. Il leur dit que ses miracles devaient les convaincre que Dieu l’avait envoyé et qu’ils feraient eux-mêmes des miracles aussi grands que les siens. III. Il les exhorte à garder ses commandements, il leur promet de leur envoyer le Saint-Esprit, il les assure qu’ils le reverraient bientôt et il leur parle du bonheur de ceux qui persévéreront dans son amour et qui garderont sa parole. IV. Enfin, il leur donne sa bénédiction et sa paix et il les exhorte à se réjouir de son départ. Ce discours étant achevé, il sortit de Jérusalem et il s’en alla avec les apôtres vers le mont des oliviers.
1 Que votre cœur ne se trouble point ; vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
2 Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père ; si cela n’était pas, je vous l’aurais dit. Je m’en vais vous préparer le lieu.
3 Et quand je m’en serai allé, et que je vous aurai préparé le lieu, je reviendrai, et vous prendrai avec moi, afin qu’où je serai, vous y soyez aussi.
4 Et vous savez où je vais, et vous en savez le chemin.
5 Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où tu vas, et comment pourrions-nous en savoir le chemin ?
6 Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie ; personne ne vient au Père que par moi.
7 Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père ; et dès à présent vous le connaissez, et vous l’avez vu.
8 Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit.
9 Jésus lui répondit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’as pas connu ! Philippe, celui qui m’a vu, a vu mon Père. Comment donc dis-tu : Montre-nous le Père ?
10 Ne crois-tu pas que je suis en mon Père, et que mon Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même, mais le Père qui demeure en moi, est celui qui fait les œuvres que je fais.
11 Croyez-moi que je suis en mon Père, et que mon Père est en moi ; sinon, croyez-moi à cause de ces œuvres.
12 En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes que celles-ci, parce que je m’en vais à mon Père.
13 Et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié par le Fils.
14 Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.
15 Si vous m’aimez, gardez mes commandements.
16 Et je prierai mon Père, qui vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous ;
17 savoir, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous le connaissez, parce qu'il demeure avec vous, et qu’il sera en vous.
18 Je ne vous laisserai point orphelins ; je viendrai à vous.
19 Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus, mais vous me verrez ; parce que je vis, vous vivrez aussi.
20 En ce jour-là vous connaîtrez que je suis en mon Père, et que vous êtes en moi, et que je suis en vous.
21 Celui qui a mes commandements, et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai, et je me ferai connaître à lui.
22 Jude, non pas l’Iscariot, lui dit : Seigneur, d’où vient que tu te feras connaître à nous, et non pas au monde ?
23 Jésus lui répondit : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui.
24 Celui qui ne m’aime pas ne garde point mes paroles ; et la parole que vous entendez n'est pas de moi, mais elle est du Père qui m’a envoyé.
25 Je vous ai dit ces choses, tandis que je suis avec vous.
26 Mais le Consolateur, qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous remettra en mémoire toutes celles que je vous ai dites.
27 Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne craignez point.
28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que j’ai dit : Je m’en vais à mon Père ; car mon Père est plus grand que moi.
29 Et je vous le dis maintenant, avant que la chose arrive, afin que, quand elle sera arrivée, vous croyiez.
30 Je ne vous parlerai plus guère, car le prince de ce monde vient ; mais il n’a rien en moi ;
31 Mais c’est afin que le monde connaisse que j’aime mon Père, et que je fais ce que mon Père m’a commandé. Levez-vous, partons d’ici.
REFLEXIONS
On voit en général dans ce chapitre et dans les suivants le grand amour que Jésus-Christ avait pour ses disciples et dont il est aussi animé envers tous ceux qui l’aiment et croient en lui.
Voici les devoirs à quoi ce discours de notre Sauveur nous engage. C’est :
I. De penser sans cesse à la gloire où il a été élevé dans le Ciel et où il a déclaré qu’il voulait nous recevoir, d’aspirer à cette gloire en suivant le chemin qui y conduit et de nous attacher inviolablement à lui, puisqu’il est lui-même le vrai chemin qui mène à la vie.
II. Le second devoir, qui est aussi l’abrégé de toute la religion, est d’aimer ardemment notre Seigneur et de montrer la sincérité de cet amour en gardant ses commandements.
III. La promesse que Jésus-Christ faisait d’envoyer son Esprit après son départ ne regardait pas les seuls apôtres à qui cet Esprit saint devait communiquer le don de faire des miracles, elle regarde aussi tous les fidèles dans le cœur desquels notre Seigneur envoie son Esprit de sainteté et de consolation. Ainsi, nous devons implorer l’assistance et la conduite de cet Esprit et afin que nous puissions l’obtenir, purifier nos cœurs de l’amour du monde, Jésus-Christ ayant déclaré que le monde ne peut connaître, ni recevoir l’Esprit de Dieu.
IV. Il faut considérer que, comme notre Seigneur promettait à ses disciples de revenir à eux après sa résurrection, il reviendra aussi au dernier jour, qu’alors ses élus seront remplis de consolation et de joie et qu’en attendant ce retour glorieux, notre grand soin doit être de persévérer dans son amour et dans l’obéissance à ses divins préceptes.
Jésus-Christ nous apprend sur la fin de ce chapitre qu’il se communique et qu’il s’unit d’une manière tout à fait intime et salutaire à tous ceux qui l’aiment et qui gardent sa parole, qu’il les comble de ses grâces et qu’il leur accorde sa bénédiction et sa paix.
La considération de tous ces précieux avantages doit nous enflammer d’amour pour ce rédempteur charitable et nous persuader que tout notre bonheur dépend de lui être fidèles, de l’aimer et de demeurer à jamais dans sa communion.
Notre Seigneur fait quatre choses dans ce chapitre. I. Il représente par la comparaison d’un cep et des sarments la communion qu’il y a entre lui et ses disciples. II. Il les exhorte à persévérer dans cette communion et dans son amour, à garder ses commandements et particulièrement à s’aimer les uns les autres. III. Il leur dit qu’il les avait choisis pour aller annoncer l’Évangile par toute la terre avec un merveilleux succès. IV. Il les avertit qu’ils seraient exposés à la persécution et à la haine du monde, mais pour les encourager, il leur représente qu’il avait lui-même éprouvé cette haine et il leur promet l’assistance de son Saint-Esprit qu’il voulait leur envoyer après son départ.
1 Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron.
2 Il retranche tout sarment qui ne porte point de fruit en moi ; et il émonde tout celui qui porte du fruit, afin qu’il porte encore plus de fruit.
3 Vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai annoncée.
4 Demeurez en moi, et moi je demeurerai en vous. Comme le sarment ne saurait de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, vous n’en pouvez porter aussi, si vous ne demeurez en moi.
5 Je suis le cep, et vous en êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire.
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment ; il sèche, puis on le ramasse et on le jette au feu, et il brûle.
7 Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé.
8 C’est en ceci que mon Père sera glorifié, si vous portez beaucoup de fruit, et alors vous serez mes disciples.
9 Comme mon Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés ; demeurez dans mon amour.
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.
11 Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie demeure en vous, et que votre joie soit accomplie.
12 C’est ici mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés.
13 Personne n’a un plus grand amour que celui de donner sa vie pour ses amis.
14 Vous serez mes amis, si vous faites tout ce que je vous commande.
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu de mon Père.
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis, et qui vous ai établis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit, et que votre fruit soit permanent ; afin, aussi, que tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donne.
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.
18 Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous.
19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que je vous ai choisis dans le monde, c'est pour cela que le monde vous hait.
20 Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite, que le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont observé ma parole, ils observeront aussi la vôtre.
21 Mais ils vous feront tout cela à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent point celui qui m’a envoyé.
22 Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient point de péché ; mais maintenant ils n’ont point d’excuse de leur péché.
23 Celui qui me hait, hait aussi mon Père.
24 Si je n’eusse pas fait d’entre eux les œuvres qu’aucun autre n’a faites, ils n’auraient point de péché ; mais maintenant ils les ont vues, et ils ont haï et moi et mon Père.
25 Mais c’est ainsi que la parole qui est écrite dans leur loi a été accomplie : Ils m’ont haï sans cause.
26 Lorsque le Consolateur sera venu, lequel je vous enverrai de la part de mon Père, savoir, l’Esprit de vérité, qui procède de mon Père, c’est lui qui rendra témoignage de moi.
27 Et vous aussi, vous en rendrez témoignage, parce que vous êtes dès le commencement avec moi.
REFLEXIONS
Voici les réflexions qu’il y a à faire sur les quatre parties de ce chapitre :
I. La première qui contient la similitude du cep et des sarments tend à nous apprendre combien l’union que les fidèles ont avec Jésus-Christ est étroite et avantageuse. Elle marque que tout notre bonheur dépend de cette union, qu’il faut avoir part à l’esprit et à la vie de Jésus pour porter des fruits qui tendent à la gloire de Dieu et qui répondent à l’avantage que nous avons d’être ses disciples et que ceux qui ne lui sont pas unis par la foi et qui ne portent point de fruit seront retranchés et jetés au feu comme des sarments inutiles.
II. La seconde partie de ce chapitre nous enseigne que notre grand et principal devoir est de demeurer dans l’amour de Jésus-Christ, de garder ses commandements et surtout de nous aimer les uns les autres, nous proposant pour cet effet sans cesse l’exemple du grand amour qu’il nous a porté et qui l’a engagé à donner sa vie pour nous.
III. Ce que Jésus-Christ disait aux apôtres qu’il les avait choisis pour aller établir son règne dans tout le monde est une preuve bien claire de la divinité de l’Évangile, puisque la prédication des Apôtres a été suivie de la conversion de tant de peuples. Mais nous devons aussi considérer que Jésus-Christ nous a élus et appelés afin que nous portions les fruits de la sainteté et que nous travaillions chacun de nous de tout notre pouvoir à avancer sa connaissance et son règne.
- La dernière partie de ce chapitre nous apprend deux choses :
- L’une que le monde hait souvent ceux qui aiment Jésus-Christ et qui vivent selon la piété, mais qu’il ne faut pas le trouver étrange puisque notre Seigneur a aussi été exposé à cette haine du
- L’autre, qu’après que Jésus-Christ a parlé et que l’Évangile a été annoncé aux hommes, ceux qui demeurent dans l’incrédulité et dans la corruption n’ont aucune excuse puisqu’ils rejettent le témoignage du fils de Dieu, celui du Saint-Esprit et celui des apôtres et qu’ils ferment volontairement les yeux à la vérité.
Jésus-Christ continue à avertir les apôtres qu’ils devaient se préparer à être persécutés et même à souffrir la mort. II. Pour les consoler de la tristesse que son départ leur causait, il leur promet le Saint-Esprit et il leur dit que cet Esprit Saint condamnerait le monde incrédule et les mettrait en état de connaître plus parfaitement les vérités qui leurs avaient été enseignées, et de les annoncer aux hommes. III. Il ajoute à cela qu’il allait les quitter pour un peu de temps, mais qu’il reviendrait bientôt à eux lorsqu’il serait ressuscité, qu’alors ils seraient comblés de joie, qu’il leur accorderait de nouvelles grâces et qu’il leur ferait obtenir les dons les plus précieux. Ce discours de Jésus consola les apôtres et servit à l’affermissement de leur foi.
1 Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point.
2 Ils vous chasseront des synagogues ; même le temps vient que quiconque vous fera mourir croira rendre service à Dieu.
3 Et ils vous feront tout cela, parce qu’ils n’ont connu ni mon Père, ni moi.
4 Mais je vous ai dit ces choses, afin que quand ce temps sera venu, vous vous souveniez que je vous les ai dites ; toutefois, je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous.
5 Mais maintenant je m’en vais à celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où vas-tu ?
6 Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur.
7 Toutefois, je vous dis la vérité, il vous est avantageux que je m’en aille ; car si je ne m’en vais, le Consolateur ne viendra point à vous ; et si je m’en vais, je vous l’enverrai.
8 Et quand il sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement.
9 De péché, parce qu’ils n’ont pas cru en moi ;
10 de justice, parce que je m’en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus ;
11 de jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé.
12 J’aurais encore plusieurs choses à vous dire ; mais elles sont encore au-dessus de votre portée.
13 Mais quand celui-là sera venu, savoir, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera point par soi-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et vous annoncera les choses à venir.
14 C’est lui qui me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.
15 Tout ce que mon Père a, est à moi ; c’est pourquoi je vous ai dit qu’il prendra de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.
16 Dans peu de temps vous ne me verrez plus ; et un peu de temps après, vous me reverrez, parce que je m’en vais à mon Père.
17 Et quelques-uns de ses disciples se dirent les uns aux autres : Qu’est-ce qu’il nous veut dire : Dans peu de temps vous ne me verrez plus ; et : Un peu de temps après vous me reverrez ; et : Parce que je m’en vais à mon Père ?
18 Ils disaient donc : Qu’est-ce qu’il veut dire : Dans peu de temps ? Nous ne savons ce qu’il veut dire.
19 Jésus donc connaissant qu’ils voulaient l’interroger, leur dit : Vous vous demandez les uns aux autres ce que signifie ce que j’ai dit : Dans peu de temps vous ne me verrez plus, et un peu de temps après vous me reverrez.
20 En vérité, en vérité je vous dis, que vous pleurerez, et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse sera changée en joie.
21 Quand une femme accouche, elle a des douleurs, parce que son terme est venu ; mais dès qu’elle est accouchée d’un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, dans la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde.
22 De même, vous êtes maintenant dans la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira, et personne ne vous ravira votre joie.
23 Et en ce jour-là vous ne m’interrogerez plus de rien. En vérité, en vérité je vous dis, que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera.
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie.
25 Je vous ai dit ces choses par des similitudes ; mais le temps vient que je ne vous parlerai plus par des similitudes, mais je vous parlerai ouvertement de mon Père.
26 En ce temps-là vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis point que je prierai le Père pour vous.
27 Car mon Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis venu de Dieu.
28 Je suis venu du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant je laisse de nouveau le monde, et m’en vais au Père.
29 Ses disciples lui dirent : C’est maintenant que tu parles ouvertement, et tu ne dis point de similitude.
30 Nous voyons présentement que tu sais toutes choses, et que tu n’as pas besoin que personne ne t’interroge ; c’est pour cela que nous croyons que tu es venu de Dieu.
31 Jésus leur répondit : Croyez-vous maintenant ?
32 Voici, l’heure vient, et elle est déjà venue, que vous serez dispersés chacun de son côté, et que vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, parce que mon Père est avec moi.
33 Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi ; vous aurez des afflictions dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde.
REFLEXIONS
On doit considérer sur ce chapitre :
Premièrement, que comme les apôtres devaient être exposés à de grandes persécutions, les vrais fidèles doivent s’attendre à ressentir les effets de la haine de ceux qui ne connaissent et qui n’aiment pas Jésus-Christ.
II. Qu’il a été nécessaire pour notre bien que Jésus-Christ quittât le monde afin qu’il entrât dans sa gloire, qu’il envoyât le Saint-Esprit et qu’il établît son règne.
III. Ce que notre Seigneur disait : que le Saint-Esprit convaincrait le monde de péché, de justice et de jugement signifie que la venue du Saint-Esprit et la prédication des apôtres convaincrait les Juifs d’une incrédulité volontaire et les rendrait inexcusables, qu’elle montrerait que Jésus était le fils de Dieu et qu’elle détruirait le règne du diable. Tout cela arriva en effet après l’ascension de notre Seigneur et fit voir à toute la terre que sa doctrine venait de Dieu.
IV. Les excellentes promesses que Jésus-Christ faisait aux apôtres de les remplir abondamment des dons du Saint-Esprit et de ses lumières furent aussi accomplies dans ces temps-là et l’on en vit les effets par les fruits merveilleux de leur prédication.
V. Les apôtres ne comprirent pas ce que Jésus-Christ voulait marquer lorsqu’il leur disait que bientôt ils ne le verraient plus, mais que dans peu ils le reverraient, qu’il s’en irait à son Père et qu’alors ils seraient pleinement consolés. Mais ces paroles, de même que les précédentes, furent parfaitement éclaircies par sa résurrection, par son ascension et par les suites glorieuses qu’elle eut.
Ces promesses qui affermirent la foi des apôtres doivent aussi fortifier la nôtre et nous faire penser que quoique Jésus-Christ soit maintenant absent de nous, ce n’est pas pour toujours, que si nous persévérons dans son amour, il nous fera obtenir de Dieu les grâces les plus salutaires et que comme il revint à ses apôtres après sa résurrection, il reviendra aussi à nous lors de son second et dernier avènement pour nous introduire dans la gloire de son royaume.
C’est ici la prière que Jésus-Christ adressa à Dieu son Père avant que de souffrir la mort et elle a trois parties : I. Jésus-Christ prie pour soi-même et il demande d’être reçu dans la gloire céleste afin que Dieu en fût glorifié. II. Il prie pour les apôtres qu’il allait quitter et il demande à son Père de les protéger et de les sanctifier afin qu’ils pussent persévérer dans la foi et prêcher l’Évangile par tout le monde sans crainte des persécutions. III. Il prie pour tous ceux qui croiraient en lui et qui recevraient la prédication des apôtres et il souhaite que tant les apôtres que tous les fidèles soient toujours unis avec lui et entre eux par la foi et par la charité et qu’ils soient un jour reçus dans la gloire où il était sur le point d’entrer pour être éternellement avec lui.
1 Jésus dit ces choses ; puis levant les yeux au ciel, il dit : Mon Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie ;
2 comme tu lui as donné puissance sur tous les hommes, afin qu’il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
3 (Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent, toi qui es le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que tu as envoyé.)
4 Je t’ai glorifié sur la terre ; j’ai achevé l’ouvrage que tu m’avais donné à faire.
5 Et maintenant, glorifie-moi, toi mon Père, auprès de toi-même, de la gloire que j’ai eue vers toi, avant que le monde fût fait.
6 J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde ; ils étaient à toi, et tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole.
7 Ils ont connu maintenant que tout ce que tu m’as donné vient de toi.
8 Car je leur ai donné les paroles que tu m’as données, et ils les ont reçues ; et ils ont reconnu véritablement que je suis venu de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
9 Je prie pour eux ; je ne prie point pour le monde, mais je prie pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi.
10 Et tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux.
11 Et maintenant je ne suis plus au monde, mais eux sont au monde, et je vais à toi. Père saint, gardes-en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un, comme nous.
12 Pendant que j’ai été avec eux dans le monde, je les ai gardés en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Ecriture fût accomplie.
13 Et maintenant je vais à toi, et je dis ces choses, étant encore dans le monde, afin qu’ils aient ma joie accomplie en eux.
14 Je leur ai donné ta Parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde.
15 Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal.
16 Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde.
17 Sanctifie-les par ta vérité ; ta Parole est la vérité.
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde.
19 Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité.
20 Or, je ne prie pas seulement pour eux ; mais je prie aussi pour ceux qui croiront en moi par leur parole ;
21 Afin que tous ne soient qu’un, comme toi, ô mon Père ! tu es en moi, et que je suis en toi ; qu’eux aussi soient en nous, et que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé.
22 Je leur ai fait part de la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un, comme nous sommes un.
23 Je suis en eux, et tu es en moi ; afin qu’ils soient perfectionnés dans l’unité, et que le monde connaisse que c’est toi qui m’as envoyé, et que tu les aimes, comme tu m’as aimé.
24 Père, mon désir est que là où je suis, ceux que tu m’as donnés y soient aussi avec moi, afin qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée, parce que tu m’as aimé avant la création du monde.
25 Père juste, le monde ne t’a point connu ; mais moi, je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que c’est toi qui m’as envoyé.
26 Et je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que je sois moi-même en eux.
REFLEXIONS
Il y a deux considérations à faire sur la première partie de cette prière que le Sauveur du monde fit avant que d’être crucifié.
Il nous y apprend que la religion chrétienne consiste : à connaître le seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu’il a envoyé
Et que c’est là le seul moyen d’obtenir la vie éternelle, par où nous voyons que la foi en Dieu et en Jésus-Christ est d’une absolue nécessité pour parvenir au salut.
On voit de plus ici le grand zèle de notre Seigneur pour la gloire de Dieu et la glorieuse récompense qu’il attendait après ses souffrances.
À l’exemple de notre Sauveur, nous devons être animés du même zèle et glorifier Dieu sur la terre autant que nous en sommes capables afin qu’il nous reçoive dans la gloire qu’il a préparée à ses élus avant la création du monde.
II. On découvre dans cette prière le grand amour que notre Seigneur portait à ses disciples et avec combien d’ardeur et de tendresse il les recommandait à la protection de Dieu son Père avant que de les quitter. L’événement fit voir que les prières de notre Seigneur furent exaucées, puisqu’à la réserve de Judas, dont Jésus-Christ avait prévu l’infidélité, les apôtres persévérèrent tous dans la vérité qu’ils avaient embrassée et qu’ils s’employèrent avec un zèle et un succès admirable à la conversion des hommes.
III. Ce que nous devons surtout remarquer ici et qui nous regarde principalement, c’est que notre Seigneur priait non seulement pour les apôtres, mais aussi pour tous ceux qui croiraient en lui et qui recevraient leur prédication. L’on voit en cela combien les vrais fidèles sont chers à Jésus-Christ, le soin qu’il prend d’eux et le désir qu’il a de les rendre participants de la gloire où il est présentement, ce qui doit remplir tous ceux qui aiment véritablement le Seigneur Jésus d’une ferme confiance et d’une joie indicible. Mais il faut bien remarquer que Jésus-Christ ne priait ainsi que pour les vrais fidèles et qu’il a déclaré qu’il ne priait point pour les gens du monde et pour les incrédules. Si donc nous voulons être du nombre de ceux pour lesquels Jésus-Christ a fait cette prière et pour qui il intercède dans le Ciel, il faut se séparer du monde et être unis à notre Seigneur par une vraie foi et avec nos prochains par une sincère charité et persévérer ainsi dans la communion de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre sauveur jusqu’à la fin de notre vie.
Jésus-Christ est pris dans le jardin. Il est ensuite conduit devant le conseil des Juifs, et, après cela, devant Pilate, qui refusa d’abord de le condamner. On voit enfin dans ce chapitre le reniement de Saint Pierre.
1 Après que Jésus eut dit ces choses, il s’en alla avec ses disciples au-delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples.
2 Judas, qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu-là, parce que Jésus s’y était souvent assemblé avec ses disciples.
3 Judas ayant donc pris une compagnie de soldats et des sergents, de la part des principaux sacrificateurs et des Pharisiens, vint là avec des lanternes, des flambeaux et des armes.
4 Et Jésus, qui savait tout ce qui lui devait arriver, s’avança et leur dit : Qui cherchez-vous ?
5 Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C’est moi. Et Judas, qui le trahissait, était aussi avec eux.
6 Et dès qu’il leur eut dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre.
7 Il leur demanda encore une fois : Qui cherchez-vous ? Et ils répondirent : Jésus de Nazareth.
8 Jésus répondit : Je vous ai dit que c’est moi ; si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci.
9 C’était afin que cette parole qu’il avait dite fût accomplie : Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés.
10 Alors Simon Pierre ayant une épée, la tira et frappa un serviteur du souverain sacrificateur, et lui coupa l’oreille droite ; et ce serviteur s’appelait Malchus.
11 Mais Jésus dit à Pierre : Remets ton épée dans le fourreau : ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ?
12 Alors les soldats, le capitaine et les sergents des Juifs prirent Jésus et le lièrent.
13 Et ils l’emmenèrent premièrement à Anne, parce qu’il était beau-père de Caïphe, qui était le souverain sacrificateur cette année-là.
14 Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs, qu’il était à propos qu’un seul homme mourût pour le peuple.
15 Or, Simon Pierre, avec un autre disciple, avait suivi Jésus ; et ce disciple était connu du souverain sacrificateur ; et il entra avec Jésus dans la cour de la maison du souverain sacrificateur.
16 Mais Pierre était demeuré hors de la porte. Et cet autre disciple, qui était connu du souverain sacrificateur, sortit et parla à la portière, qui fit entrer Pierre.
17 Et cette servante, qui était la portière, dit à Pierre : N’es-tu pas aussi des disciples de cet homme ? Il dit : Je n’en suis point.
18 Et les serviteurs et les sergents étaient là, et ayant fait du feu, parce qu’il faisait froid, ils se chauffaient. Pierre était aussi avec eux, et se chauffait.
19 Et le souverain sacrificateur interrogea Jésus touchant ses disciples, et touchant sa doctrine.
20 Jésus lui répondit : J’ai parlé ouvertement à tout le monde, j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où les Juifs s’assemblent de toutes parts, et je n’ai rien dit en cachette.
21 Pourquoi m’interroges-tu ? Interroge ceux qui ont entendu ce que je leur ai dit ; ces gens-là savent ce que j’ai dit.
22 Lorsqu’il eut dit cela, un des sergents qui était présent donna un soufflet à Jésus, en lui disant : Est-ce ainsi que tu réponds au souverain sacrificateur ?
23 Jésus lui répondit : Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?
24 Or, Anne l’avait envoyé lié à Caïphe, le souverain sacrificateur.
25 Et Simon Pierre était là, et se chauffait ; et ils lui dirent : N’es-tu pas aussi de ses disciples ? Il le nia et dit : Je n’en suis point.
26 Et l’un des serviteurs du souverain sacrificateur, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, lui dit : Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ?
27 Pierre le nia encore une fois ; et aussitôt le coq chanta.
28 Ils menèrent ensuite Jésus de Caïphe au prétoire ; c’était le matin ; et ils n’entrèrent point dans le prétoire, de peur de se souiller, et afin de pouvoir manger la Pâque.
29 Pilate donc sortit vers eux, et leur dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme ?
30 Ils lui répondirent : Si cet homme n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré.
31 Sur quoi Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes, et le jugez selon votre loi. Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de faire mourir personne.
32 Et ce fut ainsi que s’accomplit ce que Jésus avait dit, en marquant de quelle mort il devait mourir.
33 Pilate rentra dans le prétoire, et ayant fait venir Jésus, il lui dit : Es-tu le roi des Juifs ?
34 Jésus lui répondit : Dis-tu ceci de ton propre mouvement, ou si d’autres te l’ont dit de moi ?
35 Pilate répondit : Suis-je Juif ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ?
36 Jésus répondit : Mon règne n’est pas de ce monde ; si mon règne était de ce monde, mes gens combattraient, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon règne n’est point d’ici-bas.
37 Alors Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis ; je suis roi, je suis né pour cela, et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est pour la vérité écoute ma voix.
38 Pilate lui dit : Qu’est-ce que cette vérité ? Et quand il eut dit cela, il sortit encore pour aller vers les Juifs, et leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui.
39 Mais vous avez une coutume, que je vous relâche un prisonnier à la fête de Pâque ; voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ?
40 Alors tous crièrent de nouveau : Non, pas celui-ci ; mais Barabbas. Or, Barabbas était un brigand.
REFLEXIONS
Il y a quatre choses principales à considérer dans ce chapitre.
I. La première que Jésus-Christ renversa par terre d’une seule parole qu’il prononça ceux qui venaient pour le prendre. St. Jean remarque que notre Seigneur donna cette preuve de sa puissance pour mettre en sûreté ses apôtres qui étaient avec lui et pour obliger ceux qui venaient le saisir à les laisser aller sans leur faire aucun mal. Il fit aussi voir par là qu’il aurait pu, s’il l’eût voulu, éviter la mort.
II. La deuxième réflexion regarde la conduite de St. Pierre qui mit l’épée à la main pour défendre son Maître et qui peu après le renia. Voilà qui marque que cet apôtre avait du zèle, mais que ce zèle n’était, ni assez éclairé, ni assez affermi. D’où il faut tirer ces deux instructions.
L’une que si notre Seigneur blâma ce que Saint Pierre fit dans cette occasion qui paraissait si légitime, s’agissant de s’opposer à ceux qui voulaient ôter injustement la vie à son Maître. Toutes les actions de violence et de vengeance sont défendues, qu’il n’y a rien qui puisse les autoriser et que la patience et la douceur sont le caractère des disciples de Jésus-Christ.
L’autre instruction est que ceux qui ont du zèle et de bonnes intentions sont capables de faire de très grandes chutes lorsqu’ils présument d’eux-mêmes et qu’ils n’ont pas recours à la vigilance et à la prière pour se garantir des tentations. C’est ce qu’il faut aussi observer sur le reniement de St. Pierre.
III. Dans la manière dont on procéda contre notre Seigneur lorsqu’il parut devant le conseil des Juifs, on voit bien clairement que Jésus-Christ était innocent et que les Juifs ne cherchaient que des prétextes pour le condamner. Mais on y remarque aussi que notre Seigneur voulut bien se soumettre à leur jugement, quoiqu’injuste, qu’il souffrit tous les outrages qu’on lui fit et qu’il marqua dans cette occasion une patience et une douceur admirables. C’est là un grand exemple de patience et de résignation pour tous les chrétiens.
IV. Il faut remarquer enfin que lorsque Jésus-Christ fut présenté à Pilate, ce gouverneur ne voulut pas d’abord le condamner et qu’ayant demandé à notre Seigneur s’il était le roi des Juifs, Jésus répondit qu’il était roi, mais que son règne n’était point de ce monde. Ces circonstances servent à faire voir l’innocence de Jésus-Christ. Outre cela, cet aveu qu’il fit en présence de Pilate nous apprend qu’il faut toujours faire une franche confession de la vérité, quand même nous devrions attirer par-là la haine du monde, imitant en cela le Seigneur Jésus-Christ, lequel comme St. Paul le remarque : fit cette belle confession devant Ponce Pilate et dit : qu’il était venu au monde pour rendre témoignage à la vérité quoique cet aveu dût être la cause de sa condamnation et de sa mort.
Pilate condamne Jésus-Christ à être fouetté et il le fait traiter avec indignité et avec mépris par les soldats, croyant apaiser par-là les sacrificateurs et les principaux des Juifs. Il leur déclare qu’il le trouvait innocent et il tâche de lui sauver la vie, mais les Juifs continuant à demander sa mort, il consent enfin qu’il soit crucifié.
1 Alors Pilate fit prendre Jésus, et le fit fouetter.
2 Et les soldats plièrent une couronne d’épines, et la lui mirent sur la tête, et le vêtirent d’un manteau de pourpre.
3 Et ils lui disaient : Roi des Juifs, nous te saluons ; et ils lui donnaient des soufflets.
4 Pilate sortit encore une fois et leur dit : Le voici, je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve aucun crime en lui.
5 Jésus donc sortit, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : Voici l’homme.
6 Mais quand les principaux sacrificateurs et les sergents le virent, ils s’écrièrent : Crucifie-le, crucifie-le ! Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez ; car je ne trouve aucun crime en lui.
7 Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi, et selon notre loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu.
8 Quand Pilate eut entendu ces paroles, il eut encore plus de crainte.
9 Il rentra donc dans le prétoire, et il dit à Jésus : D’où es-tu ? Et Jésus ne lui fit aucune réponse.
10 Alors Pilate lui dit : Tu ne me dis rien ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te faire crucifier, et le pouvoir de te délivrer ?
11 Jésus lui répondit : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, s’il ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi est coupable d’un plus grand péché.
12 Depuis ce moment Pilate cherchait à le délivrer ; mais les Juifs criaient : Si tu délivres cet homme, tu n’es pas ami de César ; car quiconque se fait roi se déclare contre César.
13 Quand donc Pilate eut entendu cette parole, il mena Jésus dehors, et s’assit dans son tribunal au lieu appelé le Pavé, et en hébreu Gabbatha.
14 Or, c’était alors la préparation de Pâque, et environ la sixième heure ; et Pilate dit aux Juifs : Voilà votre roi.
15 Mais ils criaient : Ôte-le, ôte-le, crucifie-le ! Pilate leur dit : Crucifierai-je votre roi ? Les principaux sacrificateurs répondirent : Nous n’avons point d’autre roi que César.
16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus et l’emmenèrent.
REFLEXIONS
Dans l’histoire de la condamnation de Jésus-Christ, nous devons considérer la conduite de Pilate, celle des Juifs et celle de notre Seigneur.
On voit dans la conduite de Pilate, le caractère d’un juge inique. Quoi qu’il crût Jésus innocent, il le fit fouetter et traiter avec indignité. Il pensait contenter par-là, les Juifs et à les engager à consentir que Jésus ne fût pas crucifié. Mais les Juifs voyant la mollesse de Pilate et les égards qu’il avait pour eux le pressèrent davantage et ce fut ainsi que ce gouverneur, après avoir déjà commis une injustice en condamnant Jésus au fouet, s’engagea à en commettre une autre encore plus criante en le condamnant à mort.
Les égards que l’on a pour les méchants les rendent plus entreprenant et plus hardis, quand on a une fois commencé à faire le mal, on va toujours plus loin, un péché conduit à un autre péché encore plus grand et l’on en vient enfin aux derniers degrés du crime. Tout cela nous montre combien il y a de danger d’agir contre les lumières et la conviction de sa conscience, d’avoir des complaisances dans des choses mauvaises et de chercher des ménagements et des accommodements lorsqu’il s’agit de faire son devoir et de s’opposer au mal.
II. La conduite des Juifs qui ne purent être apaisés, ni par les remontrances de Pilate, ni par ce que Jésus avait souffert et qui continuèrent à demander qu’il fût crucifié, prouve leur fureur et leur injustice et fait voir que quand les hommes se laissent aller à leur passion et qu’ils ont pris un parti, quelque méchant qu’il soit, ils n’écoutent plus rien et qu’ils s’y affermissent de plus en plus jusqu’à ce qu’ils soient venus à bout de leurs desseins.
III. Enfin, la grande patience, la modération et la douceur avec laquelle notre Seigneur se soumit à tout ce que Pilate et les Juifs firent d’injuste et de cruel contre lui doivent faire bien de l’impression sur nous. C’est là une preuve de son grand amour et un exemple qui a beaucoup de force pour nous rendre patients, doux, modérés et soumis à la volonté de Dieu dans tous les maux qui pourraient nous arriver et même lorsque souffririons par un effet de la malice et de l’injustice des hommes.
CHAPITRE XIX VERSETS 17 A 42
Saint Jean fait ici le récit du crucifiement, de la mort et de la sépulture de notre Seigneur.
17 Et Jésus, portant sa croix, vint au lieu appelé le Calvaire, qui se nomme en hébreu Golgotha ;
18 où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, l’un d’un côté, et l’autre de l’autre, et Jésus au milieu.
19 Pilate fit aussi faire un écriteau et le fit mettre au-dessus de la croix ; et on y avait écrit : JÉSUS DE NAZARETH, ROI DES JUIFS.
20 Plusieurs donc des Juifs lurent cet écriteau, parce que le lieu où Jésus était crucifié était près de la ville ; et il était écrit en hébreu, en grec et en latin.
21 Et les principaux sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate : N’écris pas : Le roi des Juifs ; mais qu’il a dit : Je suis le roi des Juifs.
22 Pilate répondit : Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit.
23 Après que les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat ; ils prirent aussi la robe ; mais la robe était sans couture, d’un seul tissu, depuis le haut jusqu’au bas.
24 Ils dirent donc entre eux : Ne la mettons pas en pièces, mais tirons au sort à qui l’aura ; de sorte que cette parole de l’Écriture fut accomplie : Ils ont partagé mes vêtements entre eux, et ils ont jeté le sort sur ma robe. C’est ce que firent les soldats.
25 Or, la mère de Jésus, et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléopas, et Marie-Magdelaine, se tenaient près de sa croix.
26 Jésus donc voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils.
27 Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et dès cette heure-là ce disciple la prit chez lui.
28 Après cela Jésus, voyant que tout était accompli, dit, afin que l’Écriture fût accomplie : J’ai soif.
29 Et il y avait là un vaisseau plein de vinaigre. Ils emplirent donc de vinaigre une éponge, et ils mirent de l’hysope autour, et la lui présentèrent à la bouche.
30 Et quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et baissant la tête, il rendit l’esprit.
31 Or, les Juifs, de peur que les corps ne demeurassent sur la croix le jour du sabbat, (car c’en était la préparation, et ce sabbat était un jour fort solennel) prièrent Pilate de leur faire rompre les jambes, et qu’on les ôtât.
32 Les soldats vinrent donc, et rompirent les jambes au premier, et ensuite à l’autre qui était crucifié avec lui.
33 Mais lorsqu’ils vinrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes.
34 Mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau.
35 Et celui qui l’a vu en a rendu témoignage, (et son témoignage est véritable, et il sait qu’il dit vrai) afin que vous le croyiez.
36 Or, cela arriva ainsi, afin que cette parole de l’Écriture fût accomplie : Aucun de ses os ne sera rompu.
37 Et ailleurs l’Écriture dit encore : Ils verront celui qu’ils ont percé.
38 Après cela, Joseph d’Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret, parce qu’il craignait les Juifs, pria Pilate qu’il pût ôter le corps de Jésus ; et Pilate le lui permit. Il vint donc et emporta le corps de Jésus.
39 Nicodème, qui au commencement était venu de nuit vers Jésus, y vint aussi, apportant environ cent livres d’une composition de myrrhe et d’aloès.
40 Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de linges, avec des drogues aromatiques, comme les Juifs ont accoutumé d’ensevelir.
41 Or, il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié ; et dans ce jardin un sépulcre neuf, où personne n’avait été mis.
42 Ils mirent donc là Jésus, à cause que c’était le jour de la préparation du sabbat des Juifs, parce que le sépulcre était proche.
REFLEXIONS
L’histoire de la passion et de la mort de notre Sauveur doit être considérée et méditée dans ces trois vues principales :
I. Comme un sacrifice qu’il a offert à Dieu pour expier nos péchés, et pour nous acquérir le droit à la vie éternelle,
II. Comme un engagement à aimer ce Rédempteur charitable qui nous a tant aimé et à renoncer au péché qu’il s’est proposé de détruire par sa mort,
III. Comme un exemple de patience et d’humiliation que nous devons nous proposer sans cesse pour modèle.
Outre ces considérations générales, il faut faire ces quatre réflexions particulières sur les circonstances de cette histoire :
I. Que l’écriteau qui fut mis sur la croix de Jésus-Christ en trois langues faisait connaître à tout le monde la cause de sa condamnation et par ce moyen son innocence,
II. Que les diverses circonstances de sa passion et de sa mort, comme le partage de ses habits, sa soif, ses os qui ne furent point brisés, son côté percé, avaient été marquées dans les oracles du Vieux Testaments. Ainsi les Juifs devaient reconnaître par tout ce qui se passait alors que Jésus était le Messie promis par les prophètes et c’est de quoi nous devons être pleinement convaincus par cette admirable conformité qu’il y a entre les prédictions du Vieux Testament et ce qui est arrivé à notre Seigneur.
III. Ce que Jésus-Christ dit de dessus la croix pour recommander la Sainte vierge à St. Jean marque la tendresse et les soins de notre Seigneur envers sa bienheureuse mère et en même temps son amour pour cet apôtre. On doit remarquer dans le récit de la sépulture de Jésus-Christ le courage et la hardiesse de Joseph, qui dans le temps que Jésus vient d’être condamné et de mourir, se déclare hautement pour lui, de même que Nicodème qui avait autrefois été timide. Les circonstances de cette sépulture servent aussi à prouver la vérité de sa mort et de sa résurrection.
IV. Enfin, la pensée que Jésus-Christ a été enseveli doit nous apprendre à ne craindre, ni la sépulture, ni la mort puisque nous savons que si nous mourons comme lui, nous ressusciterons aussi comme il ressuscita le troisième jour après sa mort.
Jésus étant ressuscité se montre premièrement à Marie Magdeleine. Ensuite aux apôtres en l’absence de Thomas. Et après cela à Thomas lui-même.
1 Le premier jour de la semaine, Marie-Magdelaine vint le matin au sépulcre comme il faisait encore obscur ; et elle vit que la pierre était ôtée de l’entrée du sépulcre.
2 Elle courut donc trouver Simon Pierre, et l’autre disciple que Jésus aimait ; et elle leur dit : On a enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où on l’a mis.
3 Alors Pierre sortit avec l’autre disciple, et ils allèrent au sépulcre.
4 Et ils couraient tous deux ensemble ; mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre.
5 Et s’étant baissé, il vit les linges qui étaient à terre ; mais il n’y entra point.
6 Mais Simon Pierre, qui le suivait, étant arrivé, entra dans le sépulcre, et vit les linges qui étaient à terre.
7 Et le linge qu’on lui avait mis sur la tête n’était pas avec les autres linges ; mais il était plié en un lieu à part.
8 Alors cet autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, y entra, et il vit, et il crut.
9 Car ils n’avaient pas encore bien entendu ce que l’Écriture dit, qu’il fallait que Jésus ressuscitât des morts.
10 Après cela, les disciples retournèrent chez eux.
11 Mais Marie se tenait dehors, près du sépulcre, en pleurant ; et comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre.
12 Et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, au lieu où le corps de Jésus avait été couché.
13 Et ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis.
14 Et ayant dit cela, elle se retourna, et vit Jésus qui était là ; mais elle ne savait point que ce fût Jésus.
15 Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, croyant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si tu l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je l’irai prendre.
16 Jésus lui dit : Marie ! Et elle, s’étant retournée, lui dit : Rabboni ! c’est-à-dire, mon Maître !
17 Jésus lui dit : Ne me touche point, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu.
18 Marie-Magdelaine vint annoncer aux disciples qu’elle avait vu le Seigneur, et qu’il lui avait dit cela.
19 Le soir de ce même jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où les disciples étaient assemblés étant fermées, parce qu’ils craignaient les Juifs, Jésus vint, et il fut là au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous !
20 Et quand il leur eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples donc voyant le Seigneur, eurent une grande joie.
21 Il leur dit encore : La paix soit avec vous ! Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie aussi de même.
22 Et quand il eut dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit.
23 Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.
24 Or, Thomas, l’un des douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus y était venu.
25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois la marque des clous dans ses mains, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.
26 Huit jours après, comme ses disciples étaient encore dans la maison, et que Thomas était avec eux, Jésus vint, les portes étant fermées, et il fut là au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec vous !
27 Puis il dit à Thomas : Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et la mets dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais crois.
28 Thomas répondit et lui dit : Mon Seigneur, et mon Dieu !
29 Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !
30 Jésus fit encore en présence de ses disciples plusieurs autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre.
31 Mais ces choses ont été écrites, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom.
REFLEXIONS
Nous apprenons dans ce chapitre que Jésus-Christ, étant ressuscité, se fit voir premièrement à Marie Magdelaine et après à tous les apôtres. Marie Magdelaine fut d’abord informée de la résurrection de notre Seigneur par l’apparition des anges et elle eut la première la consolation de le voir ressuscité. Ce fut là une récompense de sa piété et de son attachement à Jésus-Christ et c’est ainsi que Dieu a accoutumé de se communiquer à ceux qui l’aiment et qui le cherchent sincèrement.
I. Il parait par le récit de St. Jean que les apôtres ne crurent pas d’abord la résurrection de notre Seigneur et qu’ils n’en furent pleinement persuadés qu’après qu’il leur eut donné des preuves certaines et réitérées. C’est ce que l’on voit surtout par l’exemple de Thomas qui ne voulut pas croire que Jésus fut ressuscité à moins qu’il ne le vît et qu’il ne touchât ses mains et son côté, mais qui fut ensuite convaincu de cette vérité qu’il avait d’abord refusé de croire et qui reconnut Jésus-Christ comme son Seigneur et comme son Dieu. Toutes ces différentes apparitions de notre Seigneur servent à prouver la vérité de sa résurrection et à confirmer la sincérité du témoignage que les apôtres ont rendu sur ce sujet.
Jésus-Christ étant ainsi ressuscité, nous ne pouvons pas douter qu’il ne soit le Fils de Dieu et qu’il n’ait parfaitement expié nos péchés par sa mort. Nous avons surtout dans cette résurrection une image et un gage certain de la nôtre, ce qui doit fortifier puissamment notre foi et nous remplir d’espérance et de joie. Il faut aussi que la foi en Jésus-Christ ressuscité nous purifie et nous sanctifie et qu’à l’imitation de Marie et des apôtres qui eurent une si grande joie de le revoir et qui marquèrent tant de zèle et tant d’amour pour lui, nous l’adorions comme notre Seigneur et notre Dieu, en sorte que, marquant par notre obéissance la sincérité de notre foi, nous parvenions par ce moyen au bonheur qu’il promet à tous ceux qui auront véritablement cru en lui.
Jésus se manifeste aux apôtres près de la mer de Tibériade et il leur donne des preuves de sa résurrection. Il confirme St. Pierre dans l’apostolat et il lui prédit ce qui devait lui arriver et à St. Jean et c’est par là que finit l’Évangile.
1 Après cela Jésus se fit encore voir aux disciples près de la mer de Tibériade, et il se fit voir de cette manière :
2 Simon Pierre, et Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, qui était de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples étaient ensemble.
3 Simon Pierre leur dit : Je m’en vais pêcher. Ils lui dirent : Nous y allons aussi avec toi. Ils y allèrent donc aussitôt ; et ils entrèrent dans une barque ; mais ils ne prirent rien cette nuit-là.
4 Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage ; mais les disciples ne savaient pas que c’était Jésus.
5 Jésus leur dit : Enfants, n’avez-vous rien à manger ? Ils lui répondirent : Non.
6 Et il leur dit : Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous en trouverez. Ils le jetèrent donc ; mais ils ne pouvaient plus le tirer, à cause de la grande quantité de poissons.
7 Alors le disciple que Jésus aimait, dit à Pierre : C’est le Seigneur. Et quand Simon Pierre eut entendu que c’était le Seigneur, il se ceignit de sa robe de dessus, car il était nu, et il se jeta dans la mer.
8 Mais les autres disciples vinrent avec la barque, tirant le filet plein de poissons, car ils n’étaient éloignés de terre que d’environ deux cents coudées.
9 Quand ils furent descendus à terre, ils virent de la braise qui était là, et du poisson mis dessus, et du pain.
10 Jésus leur dit : Apportez de ces poissons que vous venez de prendre.
11 Simon Pierre remonta dans la barque, et tira le filet à terre, plein de cent cinquante-trois grands poissons, et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se rompit point.
12 Jésus leur dit : Venez et dînez. Et aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ? sachant que c’était le Seigneur.
13 Jésus donc s’approcha, et prenant du pain, il leur en donna, et du poisson aussi.
14 Ce fut déjà la troisième fois que Jésus se fit voir à ses disciples, après être ressuscité.
15 Après qu’ils eurent dîné, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Il lui dit : Pais mes agneaux.
16 Il lui demanda encore une seconde fois : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Il lui dit : Pais mes brebis.
17 Il lui demanda pour la troisième fois : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui dit : Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis.
18 En vérité, en vérité, je te le dis, lorsque tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais lorsque tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudrais pas.
19 Jésus dit cela pour marquer de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu. Et après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi.
20 Et Pierre s’étant tourné, vit venir après lui le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, était penché sur le sein de Jésus, et lui avait dit : Seigneur, qui est celui qui te trahira ?
21 Pierre donc l’ayant vu, dit à Jésus : Seigneur, et celui-ci, que lui arrivera-t-il ?
22 Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi.
23 Ce qui fit courir le bruit parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Cependant Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; mais il avait seulement dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?
24 C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites ; et nous savons que son témoignage est véritable.
25 Il y a aussi beaucoup d’autres choses que Jésus a faites, et si elles étaient écrites en détail, je ne pense pas que le monde pût contenir les livres qu’on en écrirait. Amen.
REFLEXIONS
On voit premièrement dans ce chapitre que notre Seigneur voulut assurer les apôtres de sa résurrection, non seulement en se montrant à eux et en mangeant en leur présence, mais en leur faisant voir des marques de sa puissance divine. Cela doit nous persuader de plus en plus de cette grande vérité de laquelle toute notre consolation dépend.
II. Jésus-Christ, avant que de confirmer Saint Pierre dans la charge d’apôtre, lui demanda par trois fois s’il l’aimait. Il exigea de lui ces trois déclarations afin que cet apôtre sentît d’autant mieux le péché qu’il avait commis en le reniant par trois fois, qu’il réparât le scandale qu’il avait donné par sa chute.
Cette conduite de notre Seigneur montre qu’il ne nous reçoit en grâce que lorsque nous confessons nos péchés, que nous les réparons et que nous rentrons dans notre devoir. Mais ce qu’il demande de nous sur toutes choses, c’est que nous l’aimions de tout notre cœur et l’on ne mérite pas d’être appelé son disciple si l’on ne peut lui dire comme Saint Pierre : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime.
III. Après que cet apôtre eut fait cette déclaration, Jésus-Christ le confirma dans l’apostolat. Il lui dit de paître ses brebis et il lui prédit même qu’il souffrirait le martyre, ce qui marquait que la fidélité de Saint Pierre serait désormais à tout épreuve.
Dieu pardonne toujours à ceux qui se repentent véritablement, il leur accorde même de nouvelles grâces, mais le devoir de ceux à qui il a ainsi pardonné c’est de lui marquer leur fidélité pendant toute leur vie par un zèle et par un attachement inviolable.
Enfin, le Seigneur prédit que St. Jean demeurerait jusqu’au temps de sa venue, cela signifiait que cet apôtre vivrait jusqu’à ce qu’il eût vu la destruction de Jérusalem et la ruine des Juifs.
Ce fut là un privilège que Jésus-Christ voulut accorder à ce disciple qu’il aimait. Cette promesse fut accomplie, St. Jean parvint à une vieillesse fort avancée, il vécut longtemps après tous les autres apôtres et environ trente ans après la ruine de Jérusalem et il vit avant sa mort l’accomplissement de tout ce qu’il avait entendu dire à notre Seigneur touchant cette ruine et l’établissement de son règne.
Sous-catégories
Evangile de St. Matthieu
ARGUMENT
Nous avons dans l’évangile l’histoire de la naissance de notre Seigneur, de sa vie, de sa mort, de sa résurrection, et de son ascension au ciel. Le devoir des chrétiens est d’apporter une grande attention et un grand respect à la lecture de ces livres divins, de les méditer continuellement et de profiter des instructions qui y sont contenues.
Evangile de St. Marc
ARGUMENT
Cet Évangile a été écrit quelque temps après celui de Saint Matthieu et comme l’on croit, environ dix ans après l’ascension de Jésus-Christ, et cela par Saint Marc, sous les yeux de l’Apôtre Saint Pierre.
Evangile de St. Luc
ARGUMENT
Cet Évangile a été écrit environ vingt ans après l’ascension de Jésus-Christ, par Saint Luc qui fut disciple et compagnon de Saint Paul et qui le suivit dans ses voyages.
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